26 novembre, 2015

Affaire Annen : la CEDH condamne l’Allemagne pour un référé interdisant à un militant provie de distribuer des tracts près d’une clinique

Klaus Günter Annen
Dans l’affaire Annen c. Allemagne, la Cour européenne des droits de l’homme vient de donner raison à Klaus Günter Annen à qui la justice allemande avait interdit de distribuer des tracts contre l’avortement à proximité d’une clinique pratiquant l’« IVG ». C’est une belle victoire pour la liberté d’expression – liberté d’exprimer la vérité, s’entend – et elle a été obtenue précisément sur ce fondement, celui de l’article 10 de la Convention européenne des droits de l’homme qui affirme le respect de cette liberté.
Les tracts que distribuait Klaus Annen lors d’une campagne provie en 2005 à Weinheim mentionnaient pourtant les noms et adresses de deux médecins travaillant dans la clinique, avec une accusation qui paraissait en soi diffamatoire puisqu’ils étaient désignés comme pratiquant des « avortements illégaux ». Notion morale et non juridique : le même tract précisait, en plus petits caractères, que la loi allemande permet l’avortement qui n’est pas sanctionné pénalement.
Le tract précisait ainsi : « Le certificat de consultation protège le “médecin” et la mère des poursuites pénales mais ne les protège pas de leur responsabilité devant Dieu. » Et il ajoutait, suprême injure surtout en Allemagne : « L’assassinat d’êtres humains à Auschwitz était illégal, or l’État nazi en déshérence morale a permis le meurtre d’innocents sans le sanctionner pénalement. » Il était fait mention ensuite d’un site internet administré par Klaus Annen, www.babycaust.de, qui comportait une liste de « médecins avorteurs », parmi lesquels figuraient les deux médecins qui dirigeaient l’établissement.

« Le site qui appelle l'injustice par son nom »

Les deux médecins portèrent plainte selon une procédure d’urgence qui ne devait aboutir qu’en janvier 2007 devant une cour régionale. Celle-ci leur donna raison en enjoignant à Klaus Annen de cesser la distribution des tracts à proximité de la clinique et de retirer les noms des deux intéressés de sa liste noire des « médecins avorteurs » sur Internet. L’appel interjeté par Klaus Annen n’eut pas davantage de succès et il n’obtint pas de la Cour constitutionnelle fédérale que celle-ci se saisît de l’affaire.
Annen avait été condamné en Allemagne au motif que ses tracts donnaient la fausse impression que les avortements pratiqués dans la clinique étaient hors-la-loi, et que ses attaques contre les médecins étaient particulièrement violentes en raison de la référence à l’Holocauste.
La CEDH a refusé cette argumentation pour une raison extrêmement intéressante : elle a noté que le droit pénal allemand distingue entre les avortements jugés « nécessaires » et donc légaux destinés à préserver la vie ou la santé de la femme, et les avortements qui sont des délits simplement dépénalisés lorsqu’ils sont pratiqués au cours des 12 premières semaines et que la femme est passée par la consultation obligatoire, requise en Allemagne pour échapper aux sanctions. « Dès lors, il était juridiquement exact de dire dans les tracts que des avortements “illégaux” étaient pratiqués dans la clinique », note le communiqué de presse de la CEDH sur l’affaire. Les juges ont estimé que les précisions données dans le tract, fussent-elles en petits caractères, étaient suffisamment claires « même aux yeux du profane ».
Si Annen a donné le nom de médecins avorteurs, « la Cour estime cependant qu’il avait recouru à cette méthode d’exposition de ses arguments axée sur la personnalisation de manière à mieux véhiculer le message de sa campagne, laquelle contribuait manifestement à un débat d’intérêt public particulièrement polémique », note le même communiqué. Autrement dit, cela s’est justifié par la volonté de transmettre un message efficace.
Et la référence à l’Holocauste ? On sait à quel point l’établissement d’un parallèle entre le massacre de l’avortement et celui de l’Holocauste est décrié, et on aurait pu penser que pour une affaire se déroulant en Allemagne, la CEDH aurait pu aller dans le sens du vent. Mais tout en reconnaissant le contexte historique particulier dans le pays où a sévi l’idéologie nazie, les juges ont refusé de donner raison aux tribunaux allemands qui estimèrent Klaus Annen coupable d’avoir comparé les médecins et leurs activités professionnelles au régime nazi.
Voici ce qu’en dit le service de presse de la Cour : « On peut plutôt y voir un moyen de sensibiliser les gens au fait plus général que le droit peut diverger de la morale. Si elle est consciente du message sous-jacent aux propos de M. Annen, aggravé par le renvoi au site internet www.babycaust.de, la Cour constate qu’il n’a pas explicitement assimilé l’avortement à l’Holocauste. Elle n’est donc pas convaincue que l’interdiction de continuer à distribuer les tracts fût justifiée par une violation des droits des médecins à la personnalité sur la base d’une seule référence à l’Holocauste. »
Le droit peut diverger de la morale ! C’est la grande leçon, la grande respiration de cet arrêt de la Cour européenne. La loi civile ne prime pas la loi morale ! Sauf à justifier tous les excès de tous les régimes totalitaires qui ont imposé le mal et poursuivi ceux qui osaient – qui osent – toujours affirmer le bien.
La Cour n’a même pas cédé à la requête de faire supprimer les noms des deux médecins du site internet de Klaus Annen, affirmant que les tribunaux allemands n’avaient pas pris la peine de se pencher sur le contenu du site, de définir les termes « médecins avorteurs » alors qu’ils pratiquent effectivement des avortements, ni moins encore de déterminer si la publication de leurs noms « risquait de les exposer à des violences ou des agressions ». Les juges allemands avaient donc condamné le militant pro-vie sans respecter les « exigences procédurales » de l’article 10.
L’Allemagne devra verser 13.696,87 euros à Klaus Annen au titre des frais et dépenses.
L’arrêt a été rendu par une chambre de la Cour européenne des droits de l’homme et à ce titre, il est susceptible d’appel dans un délai de trois mois.

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23 novembre, 2015

Avec Amnesty International, 838 médecins réclament la dépénalisation mondiale de l’avortement

Des médecins et des professionnels de la santé de toutes les régions du monde ont cosigné une lettre ouverte aux gouvernements réclamant la dépénalisation de l’avortement dans les pays qui le sanctionnent encore. Les 838 médecins de 44 pays ont confié leur demande à Amnesty International qui a publié leur lettre vendredi, au nom des « droits de l’homme »…
Des médecins irlandais « de premier plan », estimant insuffisante la récente réforme de la loi sur l’avortement qui donne maintenant accès à l’avortement aux femmes dont la vie est menacée, ont participé à l’initiative.
La lettre affirme que la pénalisation de l’avortement met la vie des femmes et des jeunes filles en danger en empêchant les soignants de procurer des soins opportuns et médicalement indiqués en accord avec les souhaits de leurs patientes (rappelons que l’Irlande, pour ne parler que d’elle, détient l’un des plus bas taux de mortalité maternelle au monde).
Amnesty souligne que 40 % des femmes en âge de procréer vivent dans des zones où l’avortement est interdit, très sévèrement restreint ou inaccessible pour d’autres raisons.
L’ONG estime que l’avortement peu sûr est cause de 13 % des morts maternelles, soit 47.000 par an.
Amnesty s’indigne également de ce que dans certains pays les femmes soient obligées de mener à terme des « grossesses non viables » – sans rappeler que le traumatisme de la mise à mort d’un enfant est bien plus lourd que celui, terrible, de sa mort naturelle.
Le directeur exécutif d’Amnesty International Irlande, Colm O’Gorman, a déclaré : « La loi internationale est très claire : à tout le moins les femmes doivent avoir accès à l’avortement quand la grossesse représente un danger pour leur vie ou pour leur santé, dans les cas de malformation fœtale sévère ou mortelle, et dans le cas de viol ou d’inceste. »
Faux : aucune loi internationale, aucun traité international ne l’affirme. Mais cela fait partie des pressions exercées à l’ONU et ailleurs par des agences favorables à l’avortement sur les pays qui protègent encore la vie de l’enfant à naître.

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Un juge britannique autorise la mort par déshydratation d’une femme en état de conscience minimale

Dans une décision destinée à faire jurisprudence, un juge britannique a décidé qu’une femme totalement dépendante et incapable de communiquer doit être privée de nourriture et d’hydratation dans l’objectif de la faire mourir. La patiente, âgée de 68 ans, est en dernière phase de sclérose en plaques. La Cour de protection avait été saisie par la fille de la malade, dont le nom n’a pas été divulgué, et il ne s’y est trouvé personne pour prendre la défense de sa vie. C’est la première fois qu’un juge britannique ordonne l’arrêt de la nourriture et de l’hydratation d’une personne diagnostiquée en « état de conscience minimale ».
Cela veut dire que cette femme qui a encore quelque conscience du monde qui l’entoure, qui ressent plaisir et douleur, va mourir de soif.
Jusqu’ici, ce type de décision était réservé aux personnes jugées en « état végétatif – ce qui n’est d’ailleurs pas plus moral mais relève d’une autre logique. En tout état de cause, il s’agit d’euthanasie lente.
La fille de cette patiente a saisi la justice au motif que sa mère « n’aurait pas voulu vivre ainsi ». Elle a rapporté la manière dont cette femme était toujours d’apparence « immaculée », très soucieuse de sa dignité, vivant toujours sa vie en plénitude : « C’est ce qui constituait son système de croyance, c’est pour cela qu’elle vivait. Tout cela a disparu maintenant et malheureusement ma maman a souffert durant tant d’années d’une profonde humiliation et d’indignité », a-t-elle déclaré.
Le juge Hayden a souligné que sa décision faisait évoluer le droit jurisprudentiel mais que la malade aurait jugé « grotesques » les efforts consistant à lui procurer une nutrition pour la maintenir en vie.
Des avocats avaient été désignés pour représenter ses intérêts ; ils étaient du même avis.
Le juge s’est appuyé sur le Mental Capacity Act, une loi britannique qui autorise explicitement le retrait de la nourriture et de l’hydratation aux personnes ayant une lésion cérébrale mais qui ne sont pas en phase terminale, avec l’objectif de mettre fin à leur vie, sur la base de leurs « intérêts ».
Le Dr Peter Saunders, de Care not Killing a qualifié la décision de « précédent dangereux » en ce qu’elle exploite la faille de la loi de manière de plus en plus avancée, « ce qui pourrait mettre en danger la vie de bien d’autres personnes vulnérables, malades et handicapées ».
« Les victimes de lésions cérébrales qui ne sont pas en danger de mort imminente doivent être nourries, hydratées, recevoir des anti-douleur et être traitées de la manière la plus aimable, avec amour et respect, jusqu’au jour où elles meurent paisiblement de leur mort naturelle. Nous ne devons pas les déshydrater délibérément jusqu’à ce qu’elles meurent. »
Comme souvent, c’est une progression de la culture de mort obtenue par la décision des juges, éléments clefs du processus révolutionnaire.

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18 novembre, 2015

La COP peut-elle ignorer la question démographique ? Depuis les malthusiens jusqu'à Radio Notre Dame

Je garde Radio Notre Dame pour la fin. Parlons d'abord des malthusiens de Démographie Responsable.

« La COP21 peut-elle ignorer la question démographique ? » C'est le thème d'une conférence-débat organisée à Paris, ce 19 novembre, par l'association Démographie Responsable qui a pour objectif l'« autolimitation de la natalité » pour « Préserver la Vie sur la planète » pour défendre l'espèce humaine et les « autres espèces vivantes présentes à ses côtés ». Elle œuvre « pour la stabilisation, voire la diminution, de la population humaine ».

Chose amusante, pour adhérer, il faut prendre l'engagement suivant (fautes d'orthographe et de typographie comprises) :
« Notre action portant sur un sujet délicat et controversé, il est demandé aux adhérents de se reconnaître dans la charte suivante : « pour ne pas porter préjudice à la cause que je défend, lorsque je m’exprime dans un espace public en temps qu’adhérent, je m’engage à respecter mes interlocuteurs et à ne pas tenir de propos excessifs.»
On peut donc espérer que jeudi soir, les prises de paroles seront des plus correctes. Mais allez, notez tout de même que Démographie responsable prône la fin des allocations familiales supplémentaires au-delà de deux enfants, tout comme les parts pour le quotient familial au-delà du 2e enfant : 
« Autre effet bénéfique de premier ordre, n’incitant plus à la surnatalité, c'est à dire ne faisant plus partie des "mauvais élèves de la classe", la France  pourrait intervenir dans les organismes internationaux pour promouvoir une politique démographique planétaire responsable. »
Les invités de jeudi ? Yves Cochet, Roger Martin de Population matters, Gérard Charollois (Convention vie et nature), Denis Garnier de Démographie Responsable et… Odon Vallet, professeur à Science-Po, « spécialiste des religions », chroniqueur occasionnel à La Croix.

Le logo de l'association ne laisse guère de doute quant à ses préoccupations et aux solutions proposées.


Le site distribue également des bons points, notamment à Hubert de Beaufort pour une chronique sur Radio Notre-Dame sur les réalités démographiques, le 24 octobre dernier. Plaidant in fine pour que la France maintienne les « valeurs de son passé », il s'en prend surtout à la démographie des pays pauvres et ses rapports avec la crise migratoire :

« Un des aveuglements les plus spectaculaires concerne l’écologie. Elle redoute à juste titre les conséquences du réchauffement climatique, mais n’évoque jamais, nous disons bien jamais sa raison principale : l’explosion démographique ayant fait passer en un siècle la population humaine de un à sept milliards d’habitants. Il est pourtant évident que la pollution s’est propagée au rythme de cette croissance, mais le mot démographie est un mot tabou et la fameuse conférence mondiale sur le climat qui va se tenir à Paris n’en dira pas un mot ! 
« En réalité, la plupart de mouvements écologistes sont des mouvements de gauche, ce qui est bien entendu leur droit, mais qui se parent du qualificatif pour se donner une éthique. Il est désolant que le débat écologique ne porte pas sur cette question vitale pour l’avenir de l’humanité : quelle population notre terre peut-elle nourrir ? 
« Peut-on considérer comme viable de voir une population de l’Afrique doubler tous les vingt ans ? Un milliard et demi d’habitants aujourd’hui, deux milliards en 2050 ? Seule la Chine a compris le défi en imposant la politique de l’enfant unique.  Quant à l’Europe elle stabiliserait sa population si elle n’avait pas à faire face aux migrations massives que nous constatons aujourd’hui. »

Vous avez bien lu, sur Radio Notre Dame on peut glorifier la politique de l'enfant unique de la Chine, avec son cortège de crimes, d'avortements forcés, de stérilisations, et son ingérence intolérable dans la vie des familles… On peut s'y réjouir de ce que l'Europe sache « stabiliser » sa population (hors migrants), mais c'est à coups de contraception quasi universelle, de génocide de l'avortement, de refus de la vie…

Qu'en pensent les responsables de Radio Notre Dame ?

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16 novembre, 2015

Le pape François répond à une luthérienne qui demande comment accéder à la communion eucharistique avec son mari catholique : conscience et unité de foi…


Tout serait-il question de conscience ? Et donc de libre examen ? En soi ce blog n’a pas vocation a accueillir le texte qui suit : la traduction de la réponse du pape François à une femme luthérienne qui regrettait de ne pouvoir communier à la même « Cène du Seigneur » que son mari, catholique. Il s’agit d’une question religieuse. Mais des ballons d’essai ont été lâchés dans l’Instrumentum laboris en même temps que ceux sur la communion des divorcés « remariés », ce qui nous rapproche du sujet, et par ailleurs, la réponse du pape qui invite son interlocutrice à chercher elle-même la solution rappelle les ambiguïtés sur le « for interne » dans le rapport final du synode.
La vidéo a été mise en ligne ici sur le blog de Rocco Palma, chroniqueur catholique de Whispers in the Loggia. Il propose une traduction en anglais des propos du pape, par endroits erronée.

Pour accéder à la vidéo, c'est par là.

A cette femme, donc, qui dit sa « douleur » de ne pas pouvoir communier en même temps que son mari, le pape François a fait la réponse suivante. C’était lors de sa visite, ce 15 novembre, à l’église évangélique luthérienne de Rome à l’occasion d’un dialogue économique, en présence notamment du cardinal Kasper et du cardinal Kurt Koch. « Que pouvons-nous faire pour atteindre enfin la communion sur ce point ? », dit-elle.
Pape François : « La question sur le fait de partager la Cène du Seigneur, il n’est pas facile pour moi d’y répondre. Surtout [gloussement] devant un théologien comme le cardinal Kasper. J’ai peur ! » [Rires dans l’assistance, puis applaudissements.] 
« Je pense que le Seigneur nous a dit, lorsqu’il nous a donné ce commandement, “Faites ceci en mémoire de moi”. Et lorsque nous partageons la Cène du Seigneur, nous rappelons et nous imitons, nous faisons la même chose que ce que le Seigneur Jésus-Christ a fait. La Cène du Seigneur y sera : le banquet final dans la Nouvelle Jérusalem. Il y sera. Mais ce sera le dernier. En attendant, je me demande et je ne sais comment répondre : votre question, je la fais mienne, et je me la pose. Partager la Cène du Seigneur : est-ce la fin d’un chemin ou est-ce le viatique pour cheminer ensemble ? Je laisse la question aux théologiens et à ceux qui comprennent. 
« Il est vrai que dans un certain sens, partager signifier qu’il n’y a pas de différences entre  nous, que nous avons la même doctrine – je souligne ce mot, un mot difficile à comprendre. Mais je me demande : mais n’avons-nous pas le même baptême ? Et si nous avons le même baptême, nous devons cheminer ensemble. Vous êtes vous-même le témoignage d’un chemin tout aussi profond, car c’est un chemin conjugal, un vrai chemin familial, d’amour humain et de foi partagée, non ? Nous avons le même baptême. 
« Quand vous vous sentez pécheresse – et moi je me sens si pécheur –, que votre mari se sent pécheur, vous, vous allez devant le Seigneur, vous demandez pardon. Votre mari fait la même chose, et il va aussi devant le prêtre, et il demande l’absolution. Ce sont des remèdes pour maintenir vivant le baptême. Lorsque vous priez ensemble, ce baptême grandit, il devient fort. Lorsque vous enseignez à vos enfants qui est Jésus, pourquoi Jésus est venu, ce qu’a fait Jésus, vous faites la même chose, que ce soit dans la langue luthérienne ou dans la langue catholique. Mais c’est la même chose. 
« La question ? [Ici le pape dessine un point d’interrogation dans l’air avec son index.] La Cène ? Ce sont des questions auxquelles, seulement si l’on est sincère avec soi-même, et avec le peu de lumières théologiques que j’ai, il faut répondre la même chose. Voyez, vous. 
« “Ceci est mon corps, ceci est mon sang, a dit le Seigneur. Faites ceci en mémoire de moi.” Ceci est un viatique qui nous aide à cheminer. 
« J’ai eu une grande amitié avec un évêque épiscopalien, 48 ans, marié, deux enfants. Il y avait en lui cette inquiétude. Une femme catholique, les enfants catholiques, lui, évêque. Le dimanche, il accompagnait sa femme et ses enfants à la messe. Et après il allait faire le culte avec sa communauté. C’est un pas de participation à la Cène du Seigneur. Puis il est allé de l’avant, puis le Seigneur l’a appelé, un homme juste. 
« A votre question, je réponds seulement par une question. Comment puis-je faire avec mon mari pour que la Cène du Seigneur m’accompagne sur ma route ? C’est un problème auquel chacun doit répondre. Mais un pasteur, ami, me disait : “Mais nous croyons que le Seigneur est présent là. Il est présent. Vous, vous croyez que le Seigneur est présent. Quelle est la différence ?” – “Ce sont les explications, les interprétations…” 
La vie est plus grande que les explications, les interprétations. Faites toujours référence au baptême. Une foi, un baptême, un Seigneur ! C’est ce que nous dit Paul ; et à partir de là, tirez les conséquences. 
« Moi, je n’oserais jamais vous donner la permission de faire cette chose parce que ce n’est pas de ma compétence. Un baptême, un Seigneur, une foi : parlez avec le Seigneur, et allez de l’avant. 
« Je n’ose pas, je n’ose pas dire davantage. » [Forts applaudissements.]
La réaction de la salle, les sourires de la femme qui avait posé la question et d’un homme dans l’assistance sur lesquels la caméra vaticane s’attarde semblent indiquer que les paroles du pape ont été comprises comme une approbation.
Savoir ce qu’est l’Eucharistie, selon la doctrine catholique, serait-ce donc une question à laquelle seuls les théologiens sauraient répondre ? La « présence » est-elle la même ? Alors que les luthériens professent la « consubstantiation », et que pour eux le pain et le vin restent du pain et du vin ?
Demander simplement pardon de ses fautes à Dieu aurait-il la même valeur, la même efficacité que la confession au prêtre, et l’absolution que celui-ci donne ?
Suffit-il de répondre à la question de la communion en se fondant sur l’idée que catholiques et luthériens ont « un même baptême, une même foi, un même Seigneur », et enseignent « la même chose » dans des langues différentes ? Subjectivisme de la conscience, confusion quant au contenu de la foi : il est difficile de voir autre chose dans le discours du pape.
J’en ai délibérément gardé certaines expressions maladroites, car elle est caractéristique de la confusion de son discours.
Tony Palmer (au centre) reçu à Sainte-Marthe en juillet dernier
Quant à l’ami « évêque épiscopalien » évoqué par le pape, il me semble impossible qu’il ne s’agisse pas de Tony Palmer, mort accidentellement à l’âge de 48 ans l’an dernier. Celui-ci a été – comme en témoigne Michael Daly, membre de la communauté franciscaine christiano-syncrétiste « non-dénominationnelle » Companions of Jesus – enterré le 6 août 2014 dans la ville anglaise de Bath en l’église catholique de St John the Evangelist en présence « d’évêques et de prêtres [et prêtresses] de la communion des Eglises épiscopaliennes » avec qui Daly a pu constater une « similarité de vues » à propos de « l’unité dans le Corps du Christ ».
Le curé (catholique) de l’église, le chanoine David Ryan, a dit son regret de ne pas pouvoir concélébrer avec ces évêques et pasteurs, expliquant qu’il avait dû demander la permission à son évêque de célébrer la messe de requiem bien que la veuve et les enfants de Palmer fussent catholiques. « L’évêque était d’accords mais il a dit que Tony ne pouvait être enterré en tant qu’évêque parce qu’il n’était pas un évêque catholique romain. Cependant, le pape François a dit qu’il devait et pouvait être enterré en tant qu’évêque – et cela a donc mis fin à ce petit épisode de balivernes ecclésiastiques. »



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14 novembre, 2015

Chronique d'une guerre annoncée

Ce n’était pas une question de « si », mais de quand et comment. Depuis le « 13-11 » et – à l’heure d’écrire – ses 128 victimes d’un terrorisme déterminé, et 99 blessés en « état d’urgence absolue », nous savons que la guerre est là. Avec l’entrée de milliers et de milliers de jeunes hommes depuis des terres où l’on prêche la conquête islamique, nous savons que cette guerre peut-être terrible. Qu’elle peut s’organiser. Depuis hier, elle ne vise plus des ennemis déclarés, comme l’attentat contre Charlie, mais un style de vie. L’homme de la rue. Le jeune qui s’éclate, dans un macabre « retour à l’envoyeur ».
La réponse doit-elle être politique ? Oui, certainement. Il appartient aux responsables des Etats d’y assurer la sécurité en les défendant contre les attaques extérieures et intérieures, et la paix, qui est « tranquillité de l’ordre ». Quel « ordre » ? Dans un pays où l’« ordre moral » est proscrit, où le désordre le plus fondamental est inscrit dans les lois et prêché dans les écoles, la tâche prend une allure singulière. Il s’agit de sauver et de protéger des vies, urgence vitale. Mais après ? Que défendons-nous ? Un « vivre-ensemble » qui traîne d’année en année son propre bilan de destruction, ce carnage propre, sûr et caché de plus de 200.000 victimes par an, par avortement légal ?
Mère Teresa le disait, en recevant son prix Nobel à Oslo en 1979 : 
« Le plus grand destructeur de la paix, aujourd'hui, est le crime commis contre l'innocent enfant à naître. Si une mère peut tuer son propre enfant, dans son propre sein, qu'est-ce qui nous empêche, à vous et à moi, de nous entretuer les uns les autres ? L'Écriture déclare elle-même : “Même si une mère peut oublier son enfant, moi, je ne vous oublierai pas. Je vous ai gardés dans la paume de ma main.” Même si une mère pouvait oublier... Mais aujourd'hui on tue des millions d'enfants à naître. Et nous ne disons rien. On lit dans les journaux le nombre de ceux-ci ou de ceux-là qui sont tués, de tout ce qui est détruit, mais personne ne parle des millions de petits êtres qui ont été conçus avec la même vie que vous et moi, avec la vie de Dieu. Et nous ne disons rien. Nous l'admettons pour nous conformer aux vues des pays qui ont légalisé l'avortement. Ces nations sont les plus pauvres. Elles ont peur des petits, elles ont peur de l'enfant à naître et cet enfant doit mourir ; parce qu'elles ne veulent pas nourrir un enfant de plus, élever un enfant de plus, l'enfant doit mourir. »
Cela n’enlève rien à l’horreur du massacre de vendredi qui résulte d’un attentat guerrier contre des innocents, des gens paisibles, des gens comme vous et moi.
Mais comment nous défendre ?
Car c’est une guerre où l’ennemi ne craint pas la mort. Il la recherche. C’est l’autre versant de cette culture de mort où l’Occident s’est enfoncé, recherchant la mort comme solution à ses problèmes, ses difficultés, ses ennuis, ses égoïsmes et même sa « charité » mal ordonnée faite de compassion et son refus de la souffrance. A l’Occident sans Dieu s’oppose sur son propre sol un « Orient » avec son faux dieu qui n’offre pas la rédemption mais la destruction, qui ne recherche pas l’amour librement donné mais la soumission. L’islam. Les djihadistes sont insaisissables parce qu’ils sont déjà de l’autre côté. Ils pensent gagner la vie en donnant la mort à autrui comme à eux-mêmes.
« Que votre règne arrive mais je l’imposerai par ma volonté ; récompensez-moi parce que je n’ai pas pardonné aux autres… »
Nous n’avons à opposer à cette charte de la haine que l’oubli de ce que nous sommes et la recherche de solutions trop humaines.
Les huit terroristes qui sont morts – et d’autres peut-être, qui alors ne le sont pas, courent-ils toujours ? – ont choisi pour cibles des lieux symboliques d’une vie parisienne légère en un doux soir d’automne. Des restaurants où l’on se retrouve, des terrasses de café, des lieux sans souci. C’est la banalité de la vie quotidienne… le meilleur moyen de frapper les cœurs car chacun se dit : « J’aurais pu être là. » Le symbolisme de l’absence de symbolisme.
Mais le plus grand nombre de morts, surtout des jeunes, sont tombés au Bataclan.
Le groupe qui s’y produisait s’appelle Eagles of Death Metal. Dernier CD : « Zip down » – comprendre : « Braguette ouverte ». Au moment de l’irruption des trois ou quatre jeunes, très jeunes tueurs, ceints d’explosifs et lourdement armés, au moment des premiers tirs – il interprétait son tube de 2004, Kiss the devil. Embrasser le diable… Sans être un groupe de « métalleux » à strictement parler – on a plutôt à faire à un groupe de rock – le groupe affectionne les paroles à connotation sexuelle, noires, obscènes, avec des relents d’enfer.
« Qui aimera le diable, qui chantera sa chanson ?… Qui embrassera sa langue ? »
Ce sont eux. Ils le proclament. Assurément, ils jouent. Espérons qu’ils n’en pensent pas un mot. Mais il y a des mots dangereux qui sont autant d’appels au Malin. Les chanteurs s’en sont sortis. Les jeunes qui s’étaient massés dans la salle du Bataclan – ils étaient 1.500 – ont été frappés dans leur chair par ces appels à la mort, à celui qui veut notre mort. « Ne prie pas pour moi maintenant, garde ça pour le lendemain », dit une autre chanson récente du groupe.
Le lendemain triste, nous y sommes. A nous demander que faire. A savoir que l’Occident s’est déjà couché devant cette force qui arrive d’ailleurs en oubliant qu’il est chrétien, et qu’il a reçu les paroles de la vie éternelle.
La solution est politique, mais pas seulement, et ce sera si difficile, il est déjà tellement trop tard !
La vraie solution nous a été donnée à Fatima. Pour la France, il s’agit de ne pas se laisser mettre à genoux, mais s’y mettre soi-même en implorant celle qui est « forte comme une armée rangée en bataille », et son divin Fils.




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12 novembre, 2015

Des nouvelles de « Laura », la jeune Belge en bonne santé physique qui avait obtenu le droit à l’euthanasie : un reportage vidéo sur Emily

La jeune Belge, dite « Laura », qui avait obtenu au printemps l’autorisation de se faire euthanasier en raison de « souffrances psychiatriques intolérables », a fait l’objet d’un documentaire poignant tourné par The Economist pendant les mois et les jours qui ont précédé le jour fixé pour son injection létale. Elle s’appelle en réalité Emily, c’est une Flamande de la ville de Bruges. A 24 ans, en excellente santé physique, elle avait derrière elle une vie de désespérance, de dépression profonde et de fréquents épisodes d’automutilation. Le documentaire sur sa marche vers l’euthanasie a été mis en ligne le 10 novembre. Arrêtez votre lecture ici si vous voulez voir son histoire plutôt que je ne vous la raconte…
En fait, l’histoire se termine bien. Emily, à la dernière minute, a choisi de vivre.
C’est une bonne nouvelle. C’est une jeune vie sauvée. On peut espérer que la jeune femme va pouvoir vivre une nouvelle vie, sans ce mal qui la rongeait. Mais le documentaire de The Economist est avant tout un plaidoyer pour le droit à l’euthanasie, qui présente complaisamment la demande de fin de vie de la jeune femme. A travers la compassion suscitée, l’idée est de faire accepter que l’option de l’euthanasie, du simple fait qu’elle existe, donne le courage de continuer. Tant qu’Emily « Laura » a pensé qu’il n’y avait pas d’issue, elle a désiré la mort plus que tout. Une fois la mort à portée de mains, elle a retrouvé une certaine paix de l’esprit.
Il y a dans ce récit une contre-vérité. Pourquoi Emily a-t-elle obtenu d’une équipe de trois médecins l’autorisation d’être euthanasiée, si ce n’est au motif du caractère totalement incurable et insupportable de son affection psychiatrique ? C’est parce qu’il n’y avait pas d’espoir de guérison, ni même d’amélioration, de l’avis des spécialistes, que ceux-ci ont donné le feu vert.
En définitive, c’est l’approche de la mort qui a déclenché quelque chose dans son esprit. Elle a trouvé des raisons de vivre puisqu’elle est encore là. Si ces choses ont un sens, elles montrent bien que le désespoir de la jeune femme n’était pas si profondément enraciné qu’il ne puisse céder devant telle ou telle forme d’aide ou de soutien. Emily avait des ressources dans son propre esprit, et au cours de ses dernières semaines avant la date prévue de l’euthanasie, cet été, elle a bénéficié de l’écoute et du soutien de sa mère, de ses amies, qu’on voit dans le documentaire tour à tour résignées et atterrées devant sa décision.
Ainsi donc, la maladie d’Emily n’était pas totalement incurable, hors d’espoir.
On peut arguer que les médecins qui la traitent depuis des années ont failli, non pas parce qu’il n’y avait objectivement pas de solution, mais parce qu’ils n’ont pas trouvé de moyen de lui rendre un peu d’espoir. Au cours du documentaire Emily montre au journaliste un tiroir plein d’antidépresseurs et autres médicaments qui n’arrivaient pas à juguler sa haine d’elle-même et ses crises d’automutilation, en encore moins à la guérir. Sans aucun doute les médicaments aident-ils à rendre l’équilibre aux personnes souffrant de maladies de l’esprit, mais il est clair qu’ils ne parvenaient pas à leur fin dans le cas de la jeune femme.
Le film commence par des images qu’Emily avait tournées d’elle-même il y a quelques années pour y exprimer pour la première fois aux yeux du monde son désir de mort, tapie dans un coin, les bras lacérés. Elle se souvient : dès l’âge de trois ans, elle aurait préféré « ne pas être là » et son désir de se tuer s’est manifesté quand elle avait six ans.
Le film ne dit pas que ses parents se sont séparés très tôt : la vie commune avait été rendue impossible par la violence et l’alcoolisme de son père. Emily a passé la plus grande partie de son enfance avec ses grands-parents maternels, qui l’ont entourée de leur affection. Mais il y avait cette faille, dont Emily se persuade aujourd’hui qu’elle n’a eu aucun rôle majeur dans son désir d’autodestruction.
Le fait est que ses séances d’automutilation ont commencé tôt et que personne n’a su en comprendre la gravité. Après le lycée – le documentaire n’en parle pas non plus – elle a choisi de faire du théâtre, elle a emménagé avec une amie avec qui elle vivait une « passion amoureuse très agréable » comme elle l’a raconté au printemps, avant que sa propre dépression ne conduise à leur séparation.
C’est alors qu’un psychiatre l’a convaincue de se faire interner – chose que le film ne dit pas non plus – dans une institution psychiatrique où elle a fait la connaissance d’une autre femme, Sarah, qui était en train d’organiser sa propre euthanasie. Elles parlaient souvent de la mort et Emily, forcément fragile, a eu l’idée de suivre son exemple. Dans le documentaire, elle qu’elle se serait donné la mort, « mais c’eût été une mort affreuse, douloureuse, dans l’isolement ». « Sans l’option de l’euthanasie, je me serais suicidée », dit-elle. Vraiment ?
Cependant, ses crises terribles se succédaient, faisant d’Emily « Laura » une patiente si violente et agressive qu’on la renvoyait chez elle de temps en temps pour que le personnel de la clinique psychiatrique puisse souffler. Elle raconte dans le film comment elle avait l’impression d’abriter un « monstre maléfique » dans sa cage thoracique : au pire de ses crises, elle se scarifiait en imaginant qu’il pouvait alors sortir, s’éloigner, mais la douleur pouvait revenir dans les cinq minutes. Elle se coupait et se frappait la tête contre les murs, sans trouver la paix.
Le film montre les trois médecins qui ont autorisé l’euthanasie d’Emily, et qui l’ont suivie pendant plusieurs mois. Parmi eux, Lieve Thienpont, psychiatre spécialisée dans l’évaluation des demandes d’euthanasie. Elle a écrit un livre sur le sujet, Libera me, et pour elle on est en plain dans la question de la « mort dans la dignité » : elle conçoit l’euthanasie comme une solution possible. On peut sans risque d’être injuste dire qu’elle est partisane de l’euthanasie.
Elle paraît plusieurs fois dans le documentaire pour commenter sur le cas d’Emily. On la voit même avec les deux autres médecins au moment où ils expliquent à la jeune femme comment se passera concrètement l’euthanasie, en soulignant qu’elle pourra refuser jusqu’à la dernière seconde, au dernier instant, sans craindre que sa « crédibilité » n’en prenne un coup.
Lieve Thienpont explique au cours d’un entretien filmé que les souffrances d’Emily sont si graves qu’elles sont « incompatibles avec la vie » et en tout cas avec une « qualité suffisante de vie » qui lui permettrait de continuer.
Après des échanges avec la mère, les amies de la jeune femme, le journaliste se rend dans l’appartement d’Emily, apparemment le jour de l’euthanasie, programmée pour 17 heures. C’est à la fin, à l’arrivée du médecin, qu’elle dit ne pas vouloir de l’injection létale. « Très rationnellement, j’ai dit : “Je ne peux pas le faire.” Car les deux dernières semaines qui ont précédé ce fameux jeudi où cela aurait dû se faire ont été relativement supportables. Il n’y a pas eu de crises. Et je ne comprenais pas bien pourquoi il en était ainsi. Est-ce parce que la sérénité de la mort était si proche ? Parce que nous nous disions adieu et que je me sentais bien à cause de cela ? Ou bien quelque chose a-t-il changé ? »
En attendant, l’histoire d’Emily est bel et bien utilisée pour promouvoir l’euthanasie, en tant qu’option possible pour tous ceux qui le désirent, voire comme une solution qui au bout du compte, pourrait aider certains à continuer de vivre. Mais aujourd’hui en Belgique, même si nombre de tels cas sont connus, certains meurent des mains des médecins alors même qu’ils sont en bonne santé physique, comme Emily.
Quel rôle a joué le passé d’Emily dans sa dramatique histoire ? Le film n’en parle pas. Il se contente de noter qu’elle n’est pas croyante, qu’elle n’a aucune idée de l’existence ou non d’une vie après la vie.
On ne peut s’empêcher de poser la question : n’avait-elle pas avant tout besoin d’un soutien spirituel et  physique ? Son traitement psychiatrique était-il adapté ? A l’heure où tant de jeunes ont des problèmes d’identité, induits notamment par des méthodes pédagogiques qui déstructurent la pensée – à preuve, tous ces jeunes qui ne comprennent pas la différence entre sujet et objet, qui ne savent pas qui est « je » – le cas d’Emily devrait être un appel à une véritable prise de conscience, au lieu d’être utilisé par le lobby de l’euthanasie.


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06 novembre, 2015

Ne manquez pas le Salon du Livre de l'AGRIF le dimanche 15 novembre à Paris !

J'aurai le plaisir d'y prendre la parole, aux côtés de Bernard Antony, Guillaume de Thieulloy et Jérôme Triomphe. Et, je l'espère, de vous y retrouver, chers lecteurs !








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Une grande interview d'Anca-Maria Cernea dans “L'Homme nouveau”

J'ai eu le grand plaisir d'interviewer longuement le Dr Anca-Maria Cernea, le médecin roumain qui a suivi l'ensemble du synode sur la famille en tant qu'observatrice, pour L'Homme nouveau. Mme Cernea a répondu à mes questions avec toute l'expérience d'une fille de dissidents héroïques au temps du communisme, et sa connaissance vécue des persécutions et des techniques propres à la Révolution marxiste. Ses propos, d'une rare franchise et d'une terrible clarté, mettent toutes les questions « chaudes » du synode en perspective.

Elle explique notamment comment elle avait le sentiment d'être en présence d'une « minorité léniniste » qui voulait faire avancer son ordre du jour révolutionnaire au sein même de l'Eglise.

Anca-Maria Cernea est elle-même intervenue au synode où son intervention, suppliant les Pères synodaux à se focaliser d'abord sur l'évangélisation et la conversion, a été très applaudie. Ses paroles ont fait le tour du monde ; vous en trouverez la traduction ici.

Le numéro de L'Homme nouveau comportant le long entretien que m'a accordé Anca-Maria Cernea est disponible en ligne ici










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02 novembre, 2015

Et voilà le démenti ! Le P. Lombardi estime que Scalfari n’a pas rapporté les propos du pape François sur les divorcés de manière « fiable »

Au lendemain de la publication par La Repubblica de la « bombe » sur les divorcés, qui finiraient « tous » par accéder à la communion s’ils le désirent aux dires du pape François, le P. Federico Lombardi a déclaré à Edward Pentin du New Catholic Register que l’article d’Eugenio Scalfari ne reflète pas la pensée du pape. Le démenti est donc arrivé, Scalfari est dénoncé comme « non fiable », et… il faudrait qu’on tourne la page.
« Les informations selon lequelles le pape François a dit au journaliste italien Eugenio Scalfari, que les divorcés remariés “seront admis” aux sacrements par le biais du confessionnal ne sont “d’aucune manière fiables” et “ne peuvent être considérées comme reflétant la manière de  penser du pape”, dit le porte-parole du Vatican, le P. Federico Lombardi », écrit Edward Pentin.
Le P. Lombardi a déclaré à Edward Pentin : « Ainsi que cela s’est déjà produit par le passé, Scalfari rapporte entre guillemets ce que le pape lui a supposément dit, mais souvent cela ne correspond pas à la réalité, puisqu’il n’enregistre ni ne transcrit les paroles exactes du pape, ainsi qu’il l’a lui-même souvent déclaré. Ainsi il est clair que ce qu’il rapporte dans le dernier article sur les divorcés remariés n’est d’aucune manière fiable et ne peut être considéré comme la pensée du pape. »
Le P. Lombardi a précisé qu’il ne publierait pas de communiqué à ce sujet puisque ceux qui ont suivi les événements antérieurs et qui travaillent en Italie connaissent la manière d’écrire de Scalfari et sont bien au courant de ces choses. »
Ce démenti appelle plusieurs commentaires, et des questions qu'Edward Pentin soulève rapidement en fin d'article. Ce n’est pas le premier : une précédente interview publiée par Scalfari en 2013, prêtant au pape des propos hétérodoxes, notamment sur la conscience, a été dans un premier temps publié sur le site du Vatican, puis enlevé. Malgré cela, Scalfari continue d’être reçu par le pape : notamment en juillet 2014, avec la publication d’un nouvel entretien à la clef – celle où le pape est supposé avoir suggéré qu’on puisse en finir avec le célibat sacerdotal. Nouveau scandale. Nouveau démenti de Lombardi. Mais il semblerait qu’un recueil d’entretiens de divers journalistes avec le pape François publié en 2014 contienne ces entretiens « controversés » avec Scalfari (je n’ai pas pu vérifier par moi-même) et le site du Vatican a laissé en ligne le PDF de l’Osservatore Romano qui contient celui de 2013, republié délibérément après sa sortie dans La Repubblica (c’est par là). Alors ?
Et voilà que le pape continue. Il décroche son téléphone pour discuter avec un journaliste dénigré par la Salle de presse du Vatican et aborder avec lui les questions les plus sensibles du moment. Il sait que ses propos seront utilisés. Déformés ? Il le sait aussi : Scalfari saura soit les exploiter, soit mentir, sans que l’on sache très bien où commence et où s’arrête la manipulation.
Si le pape n’a jamais tenu les propos que lui attribue Scalfari sur les divorcés remariés – et je serais la première à m’en réjouir ! – il a à tout le moins œuvré d’une manière qui ouvre la porte à une nouvelle et grave confusion.
Question : le P. Lombardi a-t-il parlé au pape avant de réagir à l’intention d’Edward Pentin ?
Deuxième question : le pape, qui sait trouver des moyens pour exprimer son accord ou son désaccord avec ses interlocuteurs ou avec ses subordonnés (on pense à « l’herméneutique de la conspiration ») ne peut-il pas décrocher son téléphone pour demander à La Repubblica d’amender les propos ? Cela s’appelle un droit de réponse, et – en France du moins – c’est juridiquement contraignant, on suppose qu’il y a des voies similaires en droit italien. Ne pourrait-il pas faire une déclaration claire, orale, personnelle, en appelant Radio Vaticana ? Il y en a qui rétorqueront que cela ne correspond pas au protocole. Mais cela fait bien longtemps que le pape François a manifesté le mépris en lequel il le tient. Ce serait l’occasion.
Il pourrait même se faire acheter – même d’occasion – un petit dictaphone capable de graver ses propos. Tiens, j’en ai un en double. Je veux bien l’offrir au Saint-Père…
La décision de Lombardi de ne pas faire un communiqué officiel parce que tout le monde en Italie « sait » comment travaille Scalfari, est consternante. Les lecteurs de La Repubblica achètent-ils sciemment leur journal pour lire des sornettes ? N’y a-t-il pas un vrai risque de « scandale » – de justifier au yeux des petits le scandale en leur faisant croire que des voies de régularisation sont possibles pour les divorcés remariés ? Le monde entier a accès à l’article de Scalfari : mais qu’est-ce qu’il attend ? Marre de faire du « contrôle des dommages » ?
On notera en tout cas qu’il ne dément en aucun cas le fait qu’un entretien téléphonique ait eu lieu. Son démenti ne reflèterait-il que son opinion personnelle ?
A lire les propos de Lombardi, on a presque l’impression qu’il en veut au site anglophone Rorate Cæli qui a publié ce matin une traduction des propos du pape François rapportés par Scalfari. Comme si les coupables, c’étaient les catholiques inquiets, les catholiques désolés, ceux qui pensent que les plus petits d’entre nous avons droit à une parole de vérité.

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Le pape François veut la communion pour tous les divorcés : la nouvelle bombe Scalfari

A lire aussi : le démenti du P. Federico Lombardi.


Quel crédit accorder aux dires d’un journaliste athée comme Eugenio Scalfari, s’exprimant dans un quotidien de gauche comme La Repubblica ? Il est proche du pape et a déjà rapporté des propos de François qui ont embarrassé le Vatican, amenant la Salle de presse à publier des rectificatifs. Des échanges passés entre les deux hommes ont été publiés sur le site du Vatican – un entretien a ensuite été enlevé – ou encore dans un livre édité par la Libreria editrice vaticana qui a d’ailleurs repris les textes les plus controversés. Voici qu’un nouvel entretien entre le pape François et Eugenio Scalfari vient semer un trouble encore plus grand, une vraie bombe. D’après le journaliste, le pape a dit à propos de l’accès des divorcés aux sacrements : « L’évaluation de fait sera confiée aux confesseurs, mais à la fin des parcours, qu’ils soient plus rapides ou plus lents, tous les divorcés qui le demanderont seront admis. »
L’entretien s’est passé par téléphone mercredi dernier et Scalfari a publié son compte-rendu le 1er novembre : un long texte où la bombe sur les divorcés se trouve vers la fin. Les propos sont-ils exactement rapportés ? C’est toute la question. Avec Scalfari on ne sait jamais, il est coutumier de ce journalisme imprécis et il s’autorise à citer comme précis des propos saisis à la volée.
C’est le pape François – d’après ce que raconte Scalfari – qui au terme de la longue conversation téléphonique s’est dit très intéressé par ce que ce dernier avait écrit une quinzaine de jours plus tôt. François lui a demandé ce qu’il pensait du synode sur la famille. Scalfari répondit – dit-il – qu’à son avis le compromis auquel était arrivé le synode n’avait pas tenu compte des mutations de la famille ces 50 dernières années, telles que l’objectif de « récupération de la famille traditionnelle était un objectif tout à fait impensable ». « J’ai ajouté que l’Eglise ouverte qu’il désire se trouve face à une famille ouverte elle aussi, pour le bien et pour le mal ».
« C’est vrai – a répondu le pape François – c’est une vérité et du reste la famille qui est le fondement de toute société change continuellement, comme tout change autour de nous. Nous ne devons pas penser que la famille n’existe plus, elle existera toujours parce que notre espèce est une espèce sociable et que la famille est la poutre (qui soutient) la sociabilité, mais nous n’ignorons pas que la famille actuelle, ouverte comme vous dites, contient certains aspects positifs et d’autres négatifs. Et comment se manifeste cette diversité ? Les aspects négatifs sont l’antipathie ou même la haine entre les nouveaux conjoints et ceux d’avant, s’il y a eu divorce ; la faiblesse du sentiment de fraternité notamment entre les enfants de parents partiellement ou totalement différents ; un contenu variable de la paternité qui oscille entre l’indifférence réciproque ou l’amitié réciproque. L’Eglise doit œuvrer pour que les éléments positifs prévalent sur les éléments négatifs. Cela est possible et c’est cela que nous ferons. La différence d’opinions entre les évêques fait partie de la modernité de l’Eglise et des différentes sociétés dans de telles œuvres, mais l’intention est commune et pour ce qui regarde l’admission des divorcés aux Sacrements elle confirme que ce principe a été accepté par le Synode. C’est cela, le résultat de fond, l’évaluation de fait sera confiée aux confesseurs, mais à la fin des parcours, qu’ils soient plus rapides ou plus lents, tous les divorcés qui le demanderont seront admis. »
Si le pape a vraiment dit cela, c’est révolutionnaire : l’expression d’un relativisme qui s’aligne sur les changements historiques en récusant une seule et même doctrine pour tous les temps et toutes les circonstances.
On reste interdit en outre devant cet « aspect négatif » des familles recomposées qui résiderait dans le « manque de fraternité » entre enfants de parents différents…
L’entretien rapporté par Scalfari – et commenté à travers le prisme de son athéisme, il ne faut pas l’oublier – portait aussi selon lui sur le regard positif de l’Eglise sur les autres religions, que le journaliste a explicité ainsi : « Il n’est pas besoin de se faire beaucoup violence pour comprendre le sens de cette citation : c’est la réaffirmation du Dieu unique qu’aucune religion ne possède en entier et auquel chacun arrive à travers les différentes voies, les différentes liturgies et les différentes Ecritures qui constellent l’histoire de chacune d’entre elles. Même parmi les différentes confessions de la religion chrétienne et même à l’intérieur de l’Eglise catholique. »
C’est l’interprétation de Scalfari qui dit plus loin, à propos du synode : « François a un sens politique très aigu ; il affirme des vérités révolutionnaires mais avec la diplomatie nécessaire pour transformer la diversité pour qu’elle devienne harmonie d’une œuvre commune. »
En l’absence de démentis, faut-il croire que Scalfari a exactement rapporté les propos et les opinions du pape ? La question est posée. Si c’est le cas, force est de constater que le pape va infiniment plus loin que le rapport final du synode ; la relatio synodi, surtout lue dans le contexte de l’enseignement de Jean-Paul II comme les pères synodaux ont voulu que cela soit fait, est ambiguë certes mais ne dit rien de tel.
Face à cette confusion, il devient urgent qu’à défaut d’un rectificatif du pape, un grand nombre d’évêques rappelle avec précision l’enseignement de l’Eglise.

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