30 décembre, 2015

New York poursuivra pour discrimination et harcèlement les employeurs qui méconnaissent les transsexuels

Des droits des LGBT jusqu’à la censure, puis à la persécution de ceux qui ne les reconnaissent pas assez au goût de leurs lobbies, il y a un chemin tout tracé. La commission des droits de l’homme de New York City vient de publier de nouvelles directives concernant les transsexuels. Désormais, les employeurs qui feront référence à ces personnes en utilisant le pronom ou le nom correspondant à leur sexe d’origine s’exposeront à des amendes qui pourront atteindre 250.000 dollars.
Même le fait d’utiliser l’abréviation « Mrs » pour Madame, pour une femme qui préfère la forme neutre « Ms » qui ne donne aucune indication sur sa situation maritale pourra « constituer un harcèlement illégal » à raison du genre, indique le « NYC Pronoun Ban ».
Pour assurer le respect de sa très bavarde directive, NYC Pronoun Ban demande aux employeurs et responsables d’établissements désignés de se renseigner auprès de leurs employés, clients ou utilisateurs sur le pronom que ceux-ci préfèrent se voir appliquer.
Cette directive émise par une commission qui a pouvoir de sanction – et qui s’est donné les moyens d’avoir la main lourde – s’inscrit de manière extrémiste dans le cadre de l’idéologie du genre : « Le genre se définit comme le “sexe actuel ou perçu et il inclura également l’identité de genre de la personne, son apparence, son comportement ou son expression”, que cette identité de genre, cette image de soi, apparence, ce comportement ou cette expression soient différents de ce qui est traditionnellement associé au sexe légal assigné à cette personne à la naissance. »
Désolée pour le charabia. Dans… le genre, il est difficile de l’éviter.
Donc, dire « il » d’un homme qui se sent femme exposera les employeurs aux poursuites ; dire « elle » d’une fille qui veut qu’on la traite comme un garçon aussi. Et ce qu’il y ait eu, ou non, changement de nom.
La même directive de New York City impose aux établissements accueillant du public d’interdire les toilettes ou les vestiaires des femmes ou des hommes – y compris ceux sans boxes individuels – aux utilisateurs qui font visiblement partie du sexe opposé. Cette mesure s’impose elle aussi sous peine d’amende, « indépendamment du sexe qui leur a été assigné à la naissance, de leur anatomie, de leur histoire médicale, de leur apparence, ou du sexe indiqué sur leur documents d’identification ».
Autrement dit, quiconque se présente comme se sentant du sexe opposé à celui auquel il appartient visiblement pourra exiger de se rendre dans les vestiaires communs opposés : même le fait de lui proposer des vestiaires isolés constituera une « discrimination ».
Même les abris pour femmes victimes de violence seront soumis à ces règles absurdes (mais peut-on encore en dénoncer l’absurdité sans se voir convaincu de harcèlement ?) : un homme qui s’y présente et annonce qu’il se sent femme devra être accueilli. Et réciproquement pour les abris réservés aux hommes.
Les femmes battues seront-elles encore à l’abri dans ces lieux jusqu’ici défendus aux hommes pour des raisons évidentes ? La Ville de New York s’en moque…
Elle est toute occupée à la mise en place d’autres règles de traque des « stéréotypes de genre » : les employeurs se voient ainsi interdire de mettre en place des règles vestimentaires différentes selon les hommes et les femmes, relatives par exemple à la longueur des cheveux ou à l’interdiction de porter des bijoux qui ne saurait être spécifiquement dirigée vers les hommes. « Le simple fait d’établir une différence fondée sur le genre suffit à le désigner comme discriminatoire », dit la directive.
Discrimination, donc, que le fait de demander aux hommes de ne pas porter de talons hauts, ou de leur imposer le port de la cravate pour dîner dans un restaurant chic.
Le comble de ces règlements qui dépasse tout ce que Kafka aurait pu imaginer, c’est le fait de considérer comme discriminatoire une proposition d’assurance maladie obligatoire excluant la couverture du cancer de la prostate pour les femmes transgenre alors que les hommes transgenre en bénéficient…
On peut lire ici (mais il faut s’armer de courage) l’ensemble du texte de loi local promulgué par la Ville de New York par amendement de sa loi d’anti-discrimination de 2002.
La leçon de cette affaire est à méditer. Dans les combats actuels, la bataille des mots, la lutte sémantique est au cœur des offensives. Plus encore que d’obtenir des droits, voire une indifférence pour leurs choix, ceux qui contestent la loi naturelle ont pour objectif de changer le langage pour qu’ils paraissent conformes à la normalité. C’est ainsi qu’on a commencé à parler de « divorcés remariés », parce que cela vous pose un couple – alors même qu’il a démontré par ses choix son mépris à l’égard du mariage. C’est ainsi qu’on parle de « mariage gay » alors qu’il est impossible. C’est ainsi qu’on ne doit plus dire Pierre, Paul ou Jacques à l’homme qui a décidé qu’il s’appellerait Valentine. Les mots ne désignent plus la réalité : ils font pire que la déconstruire, ils créent un monde parallèle pour ceux qui refusent les règles de celui où nous vivons.

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29 décembre, 2015

Sara « Winter » Giromin, Femen repentie au Brésil, dénonce le féminisme et l’avortement et s’excuse auprès des chrétiens

C’est un retournement total. Sara Fernanda Giromin, dite « Sara Winter », est la fondatrice des Femen au Brésil où elle a lancé le mouvement féministe en 2012. Avec une poignée d’autres jeunes femmes, elle menait les opérations « seins nus » pour protester contre l’exploitation des femme. En octobre, elle a publiquement renié son engagement en dénonçant les abus dont elle a fait l’objet de la part d’un mouvement qui lui a fait beaucoup de mal. Elle a surtout dit son regret d’avoir avorté jadis, et elle est allée jusqu’à présenter ses excuses aux chrétiens.
Ce qui a provoqué ce qu’il faut bien appeler une conversion, c’est la naissance de son deuxième enfant, qui lui a fait prendre conscience de la signification de la vie.
Au mois d’octobre, Sara Giromin a fait paraître ce message sur sa page Facebook : « Je me suis repentie d’avoir eu un avortement et aujourd’hui je demande pardon. Il y a un mois hier que mon bébé est né et ma vie a un sens nouveau. J’écris ceci pendant qu’il dort sereinement sur mes genoux. C’est la sensation la plus extraordinaire du monde entier. »
« S’il vous plaît, vous ces femmes qui cherchez désespérément à avorter, réfléchissez-y, faites attention. Je regrette énormément de l’avoir fait. Je ne veux pas qu’il vous arrive la même chose », écrit-elle.
Depuis lors Sara Giromin a raconté à ses lecteurs ses déceptions par rapport au féminisme et à l’idéologie du genre, rejetant à titre personnel son orientation « bisexuelle ». Mieux, elle s’est excusée auprès des chrétiens pour avoir échangé un baiser lesbien avec une autre jeune femme seins nus sur fond de crucifix et d’église – celle de Notre Dame de Candelaria à Rio de Janeiro. La photo était devenue un symbole du mépris des LGBT à l’égard du christianisme au Brésil.
Aujourd’hui Sara Giromin regrette d’avoir délibérément offensé les chrétiens, reconnaissant qu’elle était allée « beaucoup trop loin » au risque de blesser de nombreuses personnes religieuses ou non : le geste avait été organisé comme un « blasphème ». Elle-même annonce avoir fait des « progrès » dans sa vie spirituelle.
Comme bien d’autres Femen, Sara Giromin a quitté le mouvement assez tôt après l’avoir intégré, en 2013, dénonçant le « business » qui en était à la base. Elle a alors créé un autre mouvement féministe composé de femmes et d’hommes, cette fois : les Bastardxs qui continuaient sur la lancée des manifestations seins nus.
Mais aujourd’hui « Sara Winter » a totalement rompu avec le féminisme, qu’elle dénonce comme une « secte » qui utilise les femmes comme des objets, fait la promotion du lesbianisme et couvre même la pédophilie parmi ses rangs.
« J’ai vu le mouvement féministe couvrir des faits de PEDOPHILIE. J’ai vu le mouvement féministe PERSECUTER DES FEMMES… Je suis témoin du fait qu’aujourd’hui, dans le mouvement féministes, les femmes n’ont aucune importance mais ne servent que de carburant pour alimenter la haine que la secte féministe ne peut pas se permettre de laisser mourir », écrit-elle.
Elle explique ainsi comment elle s’était sentie sous pression pour se dire bisexuelle afin d’être mieux respectée. Les lesbiennes et les « bi » sont les mieux vues au sein du mouvement : « A mesure que les jours passaient, je déconstruisais mon hétérosexualité et j’y substituais une bisexualité artificielle », explique Sara Giromin, qui par la même occasion a rejeté l’idéologie du genre, « obligatoire » au sein du mouvement.
La jeune femme publie un livre de témoignage sous le titre Vadia não ! Sete vezes que fui traída pelo feminismo (« Je ne suis pas une catin ! Sept fois trahie par le féminisme »). Elle y explique qu’elle a été poussée à consommer des drogues et à avoir des rapports sexuels avec des inconnus : elle a même été molestée par une lesbienne, tout cela dans un milieu de féministes qui prétendaient se battre pour le droit des femmes.
Sara Giromin espérait trouver dans ce milieu une aide après être entrer dans la prostitution à l’adolescence. S’en étant ouverte à une universitaire féministe, celle-ci l’avait félicitée pour cette activité au lieu de lui trouver les moyens d’en sortir. Ce n’est qu’auprès d’une femme plus âgée, réputée « conservatrice », « antiféministe », qu’elle a trouvé une oreille compatissante : cette femme l’avait traitée comme si elle avait été sa propre fille.
L’ex-Femen donne aujourd’hui des conférences pour dénoncer le féminisme, l’idéologie du genre et le marxisme culturel, en compagnie d’une psychologue évangélique, Maria Lobo.

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20 décembre, 2015

Mgr Marcelo Sánchez Sorondo affirme que l’enseignement de Laudato si’ a la même autorité magistérielle que la condamnation de l’avortement

Les déclarations du pape François sur les dangers du « réchauffement climatique » ont la même autorité magistérielle que l’enseignement de l’Eglise catholique sur le caractère peccamineux de l’avortement, vient de déclarer un évêque de la Curie, Mgr Marcelo Sánchez Sorondo. Une déclaration proprement ahurissante à plus d’un titre, et en premier lieu parce que Mgr Sorondo est un proche du pape François, chancelier à la fois de l’Académie pontificale des sciences et de l’Académie pontificale des sciences sociales. A ce titre, il a été en première ligne lors de la présentation de l’encyclique Laudato si’ qu’il évoquait en faisant sa déclaration sur le « magistère ».
Mgr Sorondo s’exprimait en ces termes lors d’un colloque de l’Acton Institute « pour l’étude de la religion et de la liberté » à Rome le 3 décembre dernier à l’université de la Sainte-Croix, sur le thème : « En dialogue avec Laudato si’ : les marchés libres peuvent-ils nous aider à prendre soin de notre Maison commune ? »
Précisons d’abord que le prélat parlait en son nom propre, et qu’il n’engage nullement le pape.
Mais ajoutons aussi qu’il ne semble pas que Mgr Sorondo ait été publiquement rappelé à l’ordre pour cette divagation publique.
Les déclarations de Mgr Sorondo ont suscité de vives réactions parmi les intervenants et les quelque 200 participants au colloque dès lors qu’il a dit : « Pour la premier fois dans le magistère, (le pape François) a dénoncé les causes scientifiquement identifiables de ce mal, en affirmant que “de nombreuses études scientifiques signalent que la plus grande partie du réchauffement global des dernières décennies est due à la grande concentration de gaz à effet de serre (dioxyde de carbone, méthane, oxyde de nitrogène et autres) émis surtout à cause de l'activité humaine.” »
Il devait préciser un peu plus tard : « Foi et raison, la connaissance philosophique et la connaissance scientifique sont réunies pour la première fois dans le magistère pontifical dans Laudato si’. »
Aussitôt, le président-fondateur de l’Acton Institute, le P. Robert Sirico, a rétorqué qu’il est « important de souligner la distinction entre la dimension théologique de Laudato si’ et ses assertions empiriques, scientifiques et économiques. (…) L’Eglise ne prétend pas parler avec la même autorité en matière d’économie et de sciences (…) que lorsqu’elle se prononce en matière de foi et de morale. »
Le P. Sirico a rappelé, citant le Compendium de la doctrine sociale catholique : « Le Christ n’a pas laissé à l’Eglise une mission dans l’ordre politique, économique ou social ; le but qu’il lui a assigné est religieux… Cela signifie que l’Eglise n’intervient pas dans les questions techniques avec sa doctrine sociale, pas plus qu’elle ne propose ni n’établit des systèmes ou des modèles d’organisation sociale. Cela ne fait pas partie de la mission qui lui a été confiée par le Christ. »
Cela fait partie, en fin de compte, de la distinction entre le spirituel et le temporel. Cela ne veut pas dire qu’un prêtre ou un religieux, ou l’Eglise ne saurait s’intéresser aux sciences naturelles, mais dans ces domaines elle n’a pas une autorité différente de celle des scientifiques laïques. Domaine de l’hypothèse, de l’expérimentation et de la vérification, les sciences sont ouvertes à la contestation et l’histoire est truffée de cas où ce qui faisait « consensus » à telle époque se révèle totalement erroné à la suivante, à mesure que la connaissance du monde sensible progresse.
Ce qu’enseigne l’Eglise en matière de foi et de morale, en revanche, protégé par l’infaillibilité pontificale, est incontestable, s’impose à chaque catholique et ne saurait varier.
Interrogé sur le poids des opinions du pape sur le réchauffement climatique exprimée dans Laudato si’, Mgr Sorondo a distingué entre les déclarations infaillibles, et celles relevant de son « magistère ordinaire » qui ne requièrent pas l’adhésion inconditionnelle des fidèles, même si ceux-ci doivent s’y soumettre selon un « assentiment religieux de la volonté et de l’esprit ».
L’assimilation entre l’enseignement du pape François sur le réchauffement et celui sur le caractère peccamineux de l’avortement pose pourtant la question. Le pape Jean-Paul II s’était exprimé en ces termes dans Evangelium vitæ : « C’est pourquoi, avec l'autorité conférée par le Christ à Pierre et à ses successeurs, en communion avec les Evêques – qui ont condamné l'avortement à différentes reprises et qui, en réponse à la consultation précédemment mentionnée, même dispersés dans le monde, ont exprimé unanimement leur accord avec cette doctrine –, je déclare que l'avortement direct, c'est-à-dire voulu comme fin ou comme moyen, constitue toujours un désordre moral grave, en tant que meurtre délibéré d'un être humain innocent. Cette doctrine est fondée sur la loi naturelle et sur la Parole de Dieu écrite ; elle est transmise par la Tradition de l'Eglise et enseignée par le Magistère ordinaire et universel. »
Bien des commentateurs ont souligné le caractère particulièrement solennel de cette condamnation qui s’appuie explicitement sur l’autorité apostolique pour porter un jugement moral sur l’avortement.
Il va de soi que rien dans ce qui est dit dans Laudato si’ du réchauffement climatique ne présente une telle solennité – au contraire : le pape François rappelle que l’Eglise se doit généralement en matière scientifique de respecter la « diversité des opinions ». Mettre les deux types d’enseignement sur le même plan est déjà un abus du sens des mots.
Dans la discussion qui a suivi, Mgr Sorondo n’a pas hésité à renforcer encore sa comparaison entre gravité de l’avortement et celle du « réchauffement » : « Ce jugement doit être considéré comme faisant partie du magistère : ce n’est pas une opinion. » « C’est selon le magistère ordinaire que l’avortement est un péché grave – il s’agit du magistère ordinaire parce que cela ne résulte pas de la révélation. » Il y a une présomption de « doctrine morale » selon laquelle, même si l’opinion majoritaire va dans le sens contraire,  « l’avortement est un péché grave » et que cela relève magistère.
Le journaliste Riccardo Cascioli s’est publiquement rebellé, rappelant que les catholiques n’ont pas à se soumettre à des affirmations qui relèvent de « théories scientifiques » plutôt qu’a celles disant « la foi et la morale ».
Réponse de Sorondo : « Lorsque le pape a pris cela à son compte, il s’agit du magistère de l’Eglise que cela vous plaise ou non – c’est le magistère de l’Eglise tout comme l’avortement est un péché grave – égal (c’est la même chose)… C’est le magistère de l’Eglise… Que cela vous plaise ou non. »
Cascioli a alors souligné que les catholiques devaient pouvoir suivre leur conscience à propos de question scientifiques théoriques, pour s’attirer cette réponse de Sorondo : « Si vous étiez scientifique et que vous aviez une différence sérieuse d’opinion », alors oui, « mais puisque vous êtes journaliste il vaut mieux que vous suiviez l’opinion du pape » ! Et de souligner qu’il est lui-même « au sein de l’Académie des sciences du pape ».
C’est le grand retour de l’argument d’autorité dans le domaine où il a le moins de poids, celui des sciences…
Et s’il est vrai que la foi et la raison sont étroitement liées, et que l’une ne se détache pas de l’autre sans dommage, nous en arrivons ici au point où la théorie scientifique est confondue avec la vérité de foi. Foi et raison n’ont-elle jamais été réunies dans l’enseignement pontifical ? On croit rêver. Mais il est vrai que Veritatis splendor n’a pas bonne presse parmi les progressistes… Vrai encore que la philosophie réaliste, avec ses distinctions et ses précautions méthodologiques, est devenue ringarde.
Chacun aura noté la passion, pour ne pas dire la colère des réponses de Mgr Sorondo. L’important pour lui est de faire du réchauffement climatique une affaire morale : celle de la « conscience écologique » affirmée dans Laudato si’, avec un ensemble de croyances et de règles de conduite qui s’imposeraient à chaque catholique avec toute la force du Credo et des Dix commandements.
A en oublier presque le salut des âmes…

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02 décembre, 2015

Euthanasie par omission : une cour britannique autorise une femme de 50 ans à refuser la dialyse parce qu’elle craint de devenir laide et vieille

Une cour britannique vient d’accorder à une femme de 50 ans qui craint de perdre son « éclat » en vieillissant, le « droit de mourir ». Elle a peur de perdre sa jeunesse et sa beauté… Il ne s’agit pas, techniquement, d’une euthanasie, mais du droit de refuser un soin nécessaire à la survie. La presse néerlandaise – c’est parlant – évoque ce triste fait divers sous le titre « euthanasie ». Et aux Pays-Bas, on s’y connaît. En l’occurrence, il faudrait parler d’« euthanasie par omission »… Au Royaume-Uni, rappelons-le, l’euthanasie demeure hors-la-loi.
La femme, demeurée anonyme, n’est ni malade ni dans les affres d’une souffrance psychologique intolérable. Elle est également, selon le juge MacDonald de la Cour de Protection, capable de prendre des décisions, ne souffrant pas d’« incapacité mentale ».
Personnalité fantasque et égocentrique, « Mme C » a été mariée quatre fois, a multiplié les aventures et consacré sa vie à paraître jeune et à jouir d’un niveau de vie élevée qu’elle était en passe de perdre, faute d’accepter le moindre contrôle de ses dépenses. Apprenant à 49 ans qu’elle souffrait d’un cancer du sein, elle a récusé tout traitement qui puisse entraîner pour elle une impossibilité de porter un bikini ; elle a subi une chirurgie et une chimiothérapie qui l’ont ébranlée, et affirmait que de toute façon la maladie arrivait à la bonne heure…
C’est sa tentative de suicide au paracétamol qui a causé de graves lésions au foie et surtout aux reins : même si les médecins estiment qu’elle a des chances d’être guérie, moyennant une période de dialyses, Mme C ne veut plus de ce traitement actuellement indispensable à sa survie. De manière répétée, ces dernières semaines, elle a refusé les séances, semblant certaine contrairement à ce que pensaient ses médecins qu’elle restera toute sa vie dépendante de ce type de soins et répétant qu’elle préfère mourir.
Ce sont les médecins qui ont saisi la Cour, estimant que son attitude était irrationnelle, et plusieurs personnes, parmi lesquelles un professeur de médecine,  ont témoigné de son déséquilibre, de ses excès, de son « narcissisme » et de son désordre de la personnalité qui l’empêchaient selon elles de prendre une décision « bien pesée ».
Un autre médecin citée par la famille de Mme C, et notamment ses filles, a estimé qu’elle comprenait bien qu’elle sera en mesure de se passer de dialyse dans le courant de 2016 et que sa condition ne pourra, ensuite, que s’améliorer, mais il l’a tout de même jugée victime d’un désordre narcissique qui trouble son fonctionnement mental – sans toutefois l’empêcher de prendre une décision quant à la poursuite de son traitement.
Sa propre fille a soulignée que cette femme vivait pour s’amuser, et craint de devenir « pauvre » et « laide » – c’est-à-dire « vieillir » ; elle-même insiste pour dire que sa qualité de vie ne sera pas suffisante.
Toutes choses qui ont été acceptées par l’« Official Solicitor » – l’équivalent du procureur…
Le juge MacDonald a décidé de ce fait que Mme C a suffisamment de capacités mentales pour prendre une décision concernant les traitements qu’elle désire ou ne désire pas subir, même si celle de refuser la dialyse apparaît comme « manquant de sagesse ». Il reconnaît que le fait de prendre en compte non seulement les craintes plus ou moins fondées de la patiente quant à a durée de son traitement, mais aussi celles relatives à sa beauté, à la perspective de vieillir ou de perdre des biens, au fait de « perdre son éclat » pourront « alarmer et peut-être même horrifier grand nombre de personnes ». La volonté de Mme C pourra même paraître « immorale dans le contexte du caractère sacré revêtu par la vie selon la société en général » (on se demande en passant où vit ce juge…).
Mais il l’a déclarée « souveraine » en ce qui concerne son propre corps et son esprit puisqu’elle est assez lucide pour comprendre ce qu’elle demande.
Le juge précise toutefois que les médecins seront dans leur rôle et même accompliront leur devoir s’ils continuent d’insister auprès de cette femme pour qu’elle accepte les traitements qui peuvent la soigner : le juge MacDonald estime qu’il se borne à reconnaître le droit de Mme C de choisir pour elle-même.
Mais l’affaire consiste-t-elle simplement en un refus de soins ? La dialyse n’est pas aujourd’hui un traitement extraordinaire, surtout dans un pays comme le Royaume-Uni, et il est clair que le refus de soins opposé par cette patiente n’est pas tant dicté par la mise en balance des bénéfices à en attendre et de sa pénibilité mais d’une volonté affirmée d’en finir avec la vie pour des raisons qui n’ont rien à voir.
La peur de ne plus être belle, d’être vue comme une « grand-mère », d’être à charge, de ne plus correspondre à l’image très superficielle que cette femme avait d’elle-même a joué un rôle majeur que le juge, au fond, accepte même s’il ne semble pas l’approuver.
En ce sens la presse néerlandaise a raison : il s’agit bien d’un acte euthanasique qui est ici imposé par la justice britannique puisque Mme C demande une forme d’omission de traitement qui aura pour conséquence sa mort, recherchée en tant que telle.
Autonomie du patient ? Elle a des limites. Ici ces limites ne sont pas reconnues, et le désir de mort de cette femme est finalement considérée comme justifiant tout le reste.

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27 novembre, 2015

Veillées pour la vie : c'est en ce samedi, à l'occasion des premières vêpres de l'Avent


Toutes informations sur le site veillées pour la vie


La carte interactive pour trouver la veillée la plus proche de chez vous :
C'est par là !


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A l'Institut catholique, Mgr Brunin et Mgr Bordeyne parlent du synode sur la famille, qu'ils ont vécu. Révélateur…

Mgr Brunin, évêque du Havre, et Mgr Philippe Bordeyne, recteur de l’Institut catholique, ont participé mercredi soir à l’Institut catholique à une conférence-débat sur le synode sur la famille, auquel ils ont tous deux assisté. La modératrice de la soirée était Isabelle de Gaulmyn, de La Croix, ce qui donnait déjà le ton. Une sorte de débriefing ou deux figures d’un « catholicisme de cheminement » sont venus expliquer ce qui a pu, et ce qui n’a pas pu se faire au synode.

Ils partaient en effet d’un présupposé que les faits n’allaient pas démentir : la salle attendait une évolution, des « avancées » au sein de l’Eglise.

Mode de travail, questions qui fâchent, que peut-on faire en attendant le document papal, probablement au mois de mars si la rumeur romaine se confirme : telle était la structure donnée à la soirée par Isabelle de Gaulmyn. Il s’agissait d’apprendre à la fois comment les choses s’étaient passées « à l’intérieur » et ce que cela pourra changer, « à l’extérieur ». Le public ? Nombre de jeunes, sans doute de nombreux étudiants à l’Institut catholique parmi lesquels beaucoup de Noirs, des religieuses en civil, mais majoritairement un public grisonnant qui a pu connaître des enthousiasmes de jeunesse pour la révolution liturgique.

Mgr Brunin était au synode en tant que père synodal élu par ses pairs, revêtu de l’autorité de président du conseil famille et société de la conférence des évêques de France. Mgr Bordeyne avait été appelé par le pape François en tant qu’expert théologique, sans droit de vote. Présent lors de toutes les sessions – notamment lors des circuli minores, affecté à celui présidé par le cardinal George Pell – il a notamment participé à la rédaction du rapport final qui est passé entre les mains d’une commission spécialisée. Ces groupes où « tout s’est joué », comme l’a dit l’évêque du Havre ?

Savez-vous pourquoi les évêques africains ont eu le sentiment de ne pas être pris en compte, ajoutant au sentiment de départ de « positions clivées » ? Mais c’est tout simplement parce que leur rapport « est arrivé hors délais », a expliqué Mgr Brunin ! (Serait-on un peu pélagien, à la secrétairerie du synode, faisant trop confiance aux structures et aux règles rigides ?)

Vous me permettrez de faire un compte-rendu linéaire, en soulignant typographiquement quelques moments-clefs de cette soirée peu encourageante… Il m'a paru utile de vous donner tous ces éléments très révélateur sur l'esprit de certains au synode et sur leur volonté de l'utiliser déjà dans un sens dynamique.

Brunin comme Bordeyne ont insisté sur le consensus qui est arrivé non au terme d’affrontements et d’oppositions, mais d’un « discernement » décidément omniprésent dans leur discours et dans le document synodal.
Puis Bordeyne raconte les sessions en aula, la salle plénière. Elles ont participé, dit-il, à une dynamique constituée par l’interaction au sein des groupes linguistiques et par l’interaction entre l’aula et le pape. Celui-ci restait immobile, impassible. « Il y a eu quelques interventions marquantes où on voyait le pape se déplier et écouter, surtout si c’était concret » : d’où ce poids lié à sa présence, même s’il ne parlait pas.
Personnellement, Mgr Bordeyne estime que la lecture par les 17 rapporteurs des textes issus des groupes linguistiques a « fait bouger les lignes » ; l’idée était donc bien de faire changer les choses.
On comprend mieux la logique de l’ensemble lorsque Bordeyne raconte comment il a eu « la chair de poule » en écoutant le discours du pape à l’occasion du 50e anniversaire du l’institution du synode des évêques que d’aucuns avaient « séché », pensant à leur fatigue et au peu de rapport que cela semblait avoir avec le synode sur la famille. En réalité on devine qu’il était absolument central, partie intégrante de l’ensemble de par la volonté du pape François. A-t-il choisi la date du synode pour coïncider – à quelques semaines près – avec cet anniversaire ? Quoi qu’il en soit, Mgr Bordeyne a vu dans cette annonce d’une certaine décentralisation et d’une accentuation de la synodalité un « grand texte ecclésiologique ».
Cela veut sans doute dire que les partisans du changement vont s’appuyer fortement sur lui.
Mgr Brunin a pris le relais pour répondre à la question de savoir quel avait été le rôle du pape dans ce synode. Important, à l’en croire : c’est François qui a voulu qu’il s’étale sur une durée de deux ans, avec des consultations des fidèles, des « remontées ».
Pour un texte aussi longuement préparé les quidams que nous sommes peuvent être frappés par son manque de souffle, de profondeur, de nouveauté dans le bon sens du terme, celle qu’on aurait pu espérer pour trouver des réponses et des stratégies doctrinalement solides face à l’apostasie immanente en Occident par exemple. Ce n’est pas ce qui saute aux yeux dans le rapport final du synode qui n’a donc pas été fait pour cela…
Mgr Brunin estime, lui, que le synode aura été l’occasion de faire « travailler la collégialité, le sensus fidei, le travail des théologiens ». Tout au long de la soirée à l’Institut catholique, ces derniers étaient décidément à l’honneur, ce qui ne manquera pas d’inquiéter. La lecture des réponses de 26 théologiens aux questions sur la famille dans un ouvrage francophone paru quelques semaines avant l’ouverture du synode à l’initiative de Mgr Brunin et de Mgr Bordeyne ne laisse aucun doute quant à leur orientation. Je m’étais attelée au pensum : face à la centaine de réponses à des questions posées de manière à valoriser les positions progressistes, ou plus exactement hétérodoxes, la quasi totalité des réponses que j’avais voulu classer, de manière optimiste, de -4 à +4, ont récolté des -4. J’ai relevé deux +1.
Cette manière de « faire synode », Mgr Brunin l’impute au pape et estime que la méthode a été annoncée dès Evangelii Gaudium, le « discours programmatique » de François. Où « le temps est supérieur à l’espace » (il faut « sortir et rejoindre pour initier des processus ») ; « l’unité prévaut sur le conflit » (« le pape habite sereinement la pluralité, alors que souvent la pluralité fait peur »). François « invite à ce que les différences et les divergences soient exprimées : ce n’est pas du relativisme mais un acte de foi ; l’unification sans le Christ, c’est Babel ».
Troisième ligne de force : « La réalité est plus importante que l’idée » : c’est ce qui explique le temps d’une semaine du synode donnée aux défis de la famille, que de nombreux pères synodaux ont, soit dit en passant, dénoncée comme trop sociologique. Et enfin : « Revisiter la tradition à partir des réalités concrètes », ce qui constitue tout de même une inversion du chemin où l’on cherche à transformer les réalités concrètes en trouvant le moyen pour qu’y passe la grâce.
C’est ce qui aboutit à la « parabole du polyèdre », plus riche avec ses facettes que la sphère lisse, et à cette assertion qui est en effet, si l’on veut bien regarder les choses en face, centrale dans le discours issu du synode : « Même les personnes qui sont dans l’erreur ont quelque chose à apporter. » Ce n’est pas faux, mais utilisé à l’envers : comme forme de justification.
Sur les théologiens, Mgr Bordeyne est tout aussi enthousiaste, d’autant qu’il en fait partie. La « réussite » du synode est « une mayonnaise qui a pris », mettant en présence des gens très différents.
Il rapporte ainsi une anecdote qu’il considère extraordinaire : il a rencontré parmi les auditeurs laïcs du synode des personnes d’autres continents qui ont donné raison aux évêques qui estiment avoir la mission d’enseigner » ; des laïcs qui ont raconté comment cet enseignement avait provoqué et soutenu leur conversion. Pour Mgr Bordeyne, cela est presque exotique…
Mais il a vu aussi des évêques « accepter de changer d’avis », grâce au travail entre évêques et théologiens pour faire passer des amendements.
Mgr Bordeyne a voulu mettre l’auditoire sur une piste de recherche en soulignant qu’un élément du paragraphe 4 du rapport final est à son avis dû à un théologien qui n’était pas au synode : Eberhard Schockenhoff. Il a cru en tout cas reconnaître ses paroles dans les mots utilisés comme amendement par un père synodal : « L’amour ne se réduit pas à l’illusion du moment. L’amour n’est pas une fin en soi. L’amour cherche la fiabilité d’un “tu donné personnellement. Dans la promesse réciproque d’amour, pour le meilleur et pour le pire, l’amour se veut continu pour toute la vie, jusqu’à la mort. »
Schockenhoff fait justement partie de ceux qui veulent une « approche différente » de l’Eglise à l’égard des divorcés remariés, comme il le prêche depuis longtemps.
Bordeyne s’est également félicité de la composition de la commission finale composée de théologiens et de cinq évêques ou cardinaux : dont Baldisseri, Erdö, Forte (« très grand théoligien », celui qui avait imposé la thématique de l’homosexualité au premier synode) et « un petit nombre d’experts qui ont beaucoup apporté dans la rédaction.
Il a salué également un « 5e protagoniste » au terme d’un « raisonnement par l’absurde » : le texte de l’Instrumentum laboris, « suffisamment mauvais » et donc « formidable puisque tout le monde pouvait crier dessus : cela a généré une créativité,  la logique de fabriquer des amendements ».
Le processus de synodalité (on l’a entendu plusieurs fois au cours de la réunion) devrait « inspirer les relations internationales ».
Retour à Mgr Brunin. « Ce synode a débloqué une situation présentée comme clivante, entre ceux venus pour affirmer la doctrine et pour l’approuver, et ceux venus pour le pastoral », a-t-il expliqué. C’est une « troisième voie » qui a été choisie entre « la simple fourniture de repères normatifs, doctrinaux », et celle d’un « accueil bienveillant », « un peu niais », « aux évolutions sociétales ».
La voie choisie est celle de « la vocation, du cheminement, de l’accompagnement ». Où le mariage n’est pus un « modèle à suivre mais une vocation à laquelle il faut répondre ». Relisez cela : ce ne sont que des mots…
Il parle du « contenu d’une parole de miséricorde, une parole qui appelle, qui dévoile une vocation, qui pose des exigences mais ne désespère jamais de la personne ». Mais où a-t-on vu le catholicisme traditionnel désespérer de la personne ?
Il faut croire que Mgr Bordeyne l’a rencontré ; pour lui, les oppositions aux perspectives de la « pédagogie divine » (sa spécialité) sont le signe que, « hélas, des chrétiens, des évêques, n’ont sans doute pas encore assimilé Vatican II ».
Aujourd’hui, grâce au synode, on affirme que « la mission des familles se fonde sur le baptême plus que sur le sacrement de mariage ». C’est intéressant. C’est ainsi que le pape François a parlé à la femme luthérienne d’un mari catholique qui regrettait de ne pas communier avec lui à la même « Cène du Seigneur » : « un seul baptême » les unit. Donc…
Dans la logique de Vatican II, a-t-il poursuivi, il faut insister sur « l’acceuil pastoral », tout rattacher au « mystère pascal » : « Ne pas s’étonner si un homme et une femme qui adhèrent à cette folie d’amour, qu’il puisse leur arriver des bricoles. »
Sur la question de la communion pour les divorcés « engagés dans une nouvelle union civile », Isabelle de Gaulmyn observe dans sa transition vers la deuxième partie du débat qu’on s’est peut-être arrêté en chemin au fameux paragraphe 86.
« Précisément parce que c’est un chemin », répond Mgr Brunin. « Si on avait posé comme terme l’accès à la réconciliation, à l’Eucharistie, ça aurait bloqué. » Il a concédé que la raison en était « stratégique », « mais pas seulement ».
Il estime que le passage d’un « chemin pénitentiel » (proposé par Kasper) et un « chemin de discernement » retenu au synode a permis d’aboutir à quelque chose de « tout à fait différent ».
« On a posé quelques balises sur ce chemin : l’anamnèse de l’échec, prendre la mesure de sa part de responsabilité, (…). Un chemin pénitentiel, c’est trop réducteur, il y a aussi la reconstruction, avoir pardonné, ne plus être dans la haine… »
« On n’a pas posé le terme parce qu’on ne sait pas où cela va mener. Dans ce synode on a réintroduit la conscience, c’est une référence à Gaudium et spes », a-t-il dit. « On a réintroduit la dimension de la conscience personnelle, éclairée avec un accompagnement spirituel » (comme si la conscience avait disparu entre-temps).
Rien de tout cela n’est très explicite et n’a pas voulu l’être : si la conscience éclairée doit aboutir quelque part, c’est au discernement de la vérité et au constat de ses propres manquements par rapport à une vérité donnée par Dieu – et c’est ce que Mgr Brunin a évité de dire.
Il a ainsi parlé de la responsabilité dans le cadre de la contraception et de la nécessité de formation de la conscience qui est « le centre le plus secret de l’homme », « sans liste d’interdits ». « Il y a eu un échec de la réception d’Humanae vitae car il n’y pas eu suffisamment de renvoi à la responsabilité de la conscience », a-t-il dit de manière sibylline, et que c’était un peu la même chose « pour les personnes divorcées engagées dans une deuxième union civile ».
En tout cas, a répété Mgr Brunin, « le terme du chemin, on n’a pas à le poser d’emblée ». Manière prudente de dire que plusieurs solutions sont possibles.
A Mgr Bordeyne, Isabelle de Gaulmyn demande : « Ya-t-il eu une inflexion de la morale familiale ? »
Réponse : « Au fond, ce n’était pas possible. Mais il faut voir ce qu’il y a à la place. » Le paragraphe 84 parle du baptême comme « point de référence » pour les divorcés, « rien sur la communion ». « Ce sont des baptisés. Ils ont des dons et des charismes pour le bien de tous. » Et de se féliciter qu’on ne parle plus de « situations irrégulières » mais de « situations matrimoniale complexe »…
La référence au baptême ouvre selon lui une « autres pistes qu’il faut creuser ».
Quant à la nouvelle unions visible, « si elle n’a pas la possibilité d’être sacramentelle, elle a la capacité de faire passer un message »…
Mgr Brunin renchérit. « Les divorcés remariés ne sont pas dans une impasse. Ils sont toujours appelés à avancer » (c’est vrai). Mais il ajoute que le regard sur eux est modifié : « On cherche à découvrir ce qu’il y a de positif, dans ce qu’il y a de complexe ou difficile – même chose pour la cohabitation. »
Sur celle-ci aussi, qui concerne « 80 % des couples » qui demandent le mariage, il faut un « regard positif » et « non un regard qui condamne, qui enferme, qui rejette », qui sait regarder ce qui est déjà opéré « par la grâce » : « C’est un acquis du synode », pense Mgr Brunin.
Un acquis effectif, selon Mgr Bordeyne puisque pour lui, la relatio synodii n’est pas un texte de propositions, mais un texte synodal adopté à la majorité des deux tiers qui « fait partie du processus de synodalité », le « produit d’une interaction », « l’attestation forte d’un travail synodal » qui devra entrer en « interaction » avec l’exhortation post-synodale ou « autre chose » que le pape choisira de publier.
Mgr Brunin est d’accord : puisque le pape a choisi de faire publier le rapport final, « celui-ci demande à être reçu dans les Eglises locales ». Et donc déjà mis en œuvre. Tout cela est dans la logique du discours du 17 octobre sur le cinquantenaire du synode des évêques. « L’attente de l’exhortation ne doit pas être passive, l’Esprit continue de travailler ! »
La séance de questions subséquente a porté sur le rôle des laïcs, la remontée de leurs prises de positions, parfois un « défouloir » parce que c’était la première fois ; elle a porté sur la « décentralisation » pour laquelle Mgr Bordeyne « ne sen(t) pas les choses très mûres pour un pouvoir donné » ; mais voit plutôt « une étape préalable à travers le discernement ». Qui passe par « le mouvement anthropologique de l’écoute et de la parole » qui correspond à la volonté du pape ».
On comprend mieux en écoutant Brunin. Il pense que le pape parle de « conférences épiscopales continentales », avec « la nécessité qu’il soit au service de l’unité, mais avec des facettes différentes ». « Ce qui peut apparaître comme juste dans un endroit comme décision pastorale peut paraître, ailleurs, inacceptable » : voilà une manière de relativiser la vérité.
Le pape « est le garant de l’unité, mais il nous dit de ne pas nous contenter d’entendre le peuple de Dieu, mais de l’écouter » : ce qui veut dire, quelque part, le suivre.
(à suivre…)
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26 novembre, 2015

Affaire Annen : la CEDH condamne l’Allemagne pour un référé interdisant à un militant provie de distribuer des tracts près d’une clinique

Klaus Günter Annen
Dans l’affaire Annen c. Allemagne, la Cour européenne des droits de l’homme vient de donner raison à Klaus Günter Annen à qui la justice allemande avait interdit de distribuer des tracts contre l’avortement à proximité d’une clinique pratiquant l’« IVG ». C’est une belle victoire pour la liberté d’expression – liberté d’exprimer la vérité, s’entend – et elle a été obtenue précisément sur ce fondement, celui de l’article 10 de la Convention européenne des droits de l’homme qui affirme le respect de cette liberté.
Les tracts que distribuait Klaus Annen lors d’une campagne provie en 2005 à Weinheim mentionnaient pourtant les noms et adresses de deux médecins travaillant dans la clinique, avec une accusation qui paraissait en soi diffamatoire puisqu’ils étaient désignés comme pratiquant des « avortements illégaux ». Notion morale et non juridique : le même tract précisait, en plus petits caractères, que la loi allemande permet l’avortement qui n’est pas sanctionné pénalement.
Le tract précisait ainsi : « Le certificat de consultation protège le “médecin” et la mère des poursuites pénales mais ne les protège pas de leur responsabilité devant Dieu. » Et il ajoutait, suprême injure surtout en Allemagne : « L’assassinat d’êtres humains à Auschwitz était illégal, or l’État nazi en déshérence morale a permis le meurtre d’innocents sans le sanctionner pénalement. » Il était fait mention ensuite d’un site internet administré par Klaus Annen, www.babycaust.de, qui comportait une liste de « médecins avorteurs », parmi lesquels figuraient les deux médecins qui dirigeaient l’établissement.

« Le site qui appelle l'injustice par son nom »

Les deux médecins portèrent plainte selon une procédure d’urgence qui ne devait aboutir qu’en janvier 2007 devant une cour régionale. Celle-ci leur donna raison en enjoignant à Klaus Annen de cesser la distribution des tracts à proximité de la clinique et de retirer les noms des deux intéressés de sa liste noire des « médecins avorteurs » sur Internet. L’appel interjeté par Klaus Annen n’eut pas davantage de succès et il n’obtint pas de la Cour constitutionnelle fédérale que celle-ci se saisît de l’affaire.
Annen avait été condamné en Allemagne au motif que ses tracts donnaient la fausse impression que les avortements pratiqués dans la clinique étaient hors-la-loi, et que ses attaques contre les médecins étaient particulièrement violentes en raison de la référence à l’Holocauste.
La CEDH a refusé cette argumentation pour une raison extrêmement intéressante : elle a noté que le droit pénal allemand distingue entre les avortements jugés « nécessaires » et donc légaux destinés à préserver la vie ou la santé de la femme, et les avortements qui sont des délits simplement dépénalisés lorsqu’ils sont pratiqués au cours des 12 premières semaines et que la femme est passée par la consultation obligatoire, requise en Allemagne pour échapper aux sanctions. « Dès lors, il était juridiquement exact de dire dans les tracts que des avortements “illégaux” étaient pratiqués dans la clinique », note le communiqué de presse de la CEDH sur l’affaire. Les juges ont estimé que les précisions données dans le tract, fussent-elles en petits caractères, étaient suffisamment claires « même aux yeux du profane ».
Si Annen a donné le nom de médecins avorteurs, « la Cour estime cependant qu’il avait recouru à cette méthode d’exposition de ses arguments axée sur la personnalisation de manière à mieux véhiculer le message de sa campagne, laquelle contribuait manifestement à un débat d’intérêt public particulièrement polémique », note le même communiqué. Autrement dit, cela s’est justifié par la volonté de transmettre un message efficace.
Et la référence à l’Holocauste ? On sait à quel point l’établissement d’un parallèle entre le massacre de l’avortement et celui de l’Holocauste est décrié, et on aurait pu penser que pour une affaire se déroulant en Allemagne, la CEDH aurait pu aller dans le sens du vent. Mais tout en reconnaissant le contexte historique particulier dans le pays où a sévi l’idéologie nazie, les juges ont refusé de donner raison aux tribunaux allemands qui estimèrent Klaus Annen coupable d’avoir comparé les médecins et leurs activités professionnelles au régime nazi.
Voici ce qu’en dit le service de presse de la Cour : « On peut plutôt y voir un moyen de sensibiliser les gens au fait plus général que le droit peut diverger de la morale. Si elle est consciente du message sous-jacent aux propos de M. Annen, aggravé par le renvoi au site internet www.babycaust.de, la Cour constate qu’il n’a pas explicitement assimilé l’avortement à l’Holocauste. Elle n’est donc pas convaincue que l’interdiction de continuer à distribuer les tracts fût justifiée par une violation des droits des médecins à la personnalité sur la base d’une seule référence à l’Holocauste. »
Le droit peut diverger de la morale ! C’est la grande leçon, la grande respiration de cet arrêt de la Cour européenne. La loi civile ne prime pas la loi morale ! Sauf à justifier tous les excès de tous les régimes totalitaires qui ont imposé le mal et poursuivi ceux qui osaient – qui osent – toujours affirmer le bien.
La Cour n’a même pas cédé à la requête de faire supprimer les noms des deux médecins du site internet de Klaus Annen, affirmant que les tribunaux allemands n’avaient pas pris la peine de se pencher sur le contenu du site, de définir les termes « médecins avorteurs » alors qu’ils pratiquent effectivement des avortements, ni moins encore de déterminer si la publication de leurs noms « risquait de les exposer à des violences ou des agressions ». Les juges allemands avaient donc condamné le militant pro-vie sans respecter les « exigences procédurales » de l’article 10.
L’Allemagne devra verser 13.696,87 euros à Klaus Annen au titre des frais et dépenses.
L’arrêt a été rendu par une chambre de la Cour européenne des droits de l’homme et à ce titre, il est susceptible d’appel dans un délai de trois mois.

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23 novembre, 2015

Avec Amnesty International, 838 médecins réclament la dépénalisation mondiale de l’avortement

Des médecins et des professionnels de la santé de toutes les régions du monde ont cosigné une lettre ouverte aux gouvernements réclamant la dépénalisation de l’avortement dans les pays qui le sanctionnent encore. Les 838 médecins de 44 pays ont confié leur demande à Amnesty International qui a publié leur lettre vendredi, au nom des « droits de l’homme »…
Des médecins irlandais « de premier plan », estimant insuffisante la récente réforme de la loi sur l’avortement qui donne maintenant accès à l’avortement aux femmes dont la vie est menacée, ont participé à l’initiative.
La lettre affirme que la pénalisation de l’avortement met la vie des femmes et des jeunes filles en danger en empêchant les soignants de procurer des soins opportuns et médicalement indiqués en accord avec les souhaits de leurs patientes (rappelons que l’Irlande, pour ne parler que d’elle, détient l’un des plus bas taux de mortalité maternelle au monde).
Amnesty souligne que 40 % des femmes en âge de procréer vivent dans des zones où l’avortement est interdit, très sévèrement restreint ou inaccessible pour d’autres raisons.
L’ONG estime que l’avortement peu sûr est cause de 13 % des morts maternelles, soit 47.000 par an.
Amnesty s’indigne également de ce que dans certains pays les femmes soient obligées de mener à terme des « grossesses non viables » – sans rappeler que le traumatisme de la mise à mort d’un enfant est bien plus lourd que celui, terrible, de sa mort naturelle.
Le directeur exécutif d’Amnesty International Irlande, Colm O’Gorman, a déclaré : « La loi internationale est très claire : à tout le moins les femmes doivent avoir accès à l’avortement quand la grossesse représente un danger pour leur vie ou pour leur santé, dans les cas de malformation fœtale sévère ou mortelle, et dans le cas de viol ou d’inceste. »
Faux : aucune loi internationale, aucun traité international ne l’affirme. Mais cela fait partie des pressions exercées à l’ONU et ailleurs par des agences favorables à l’avortement sur les pays qui protègent encore la vie de l’enfant à naître.

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Un juge britannique autorise la mort par déshydratation d’une femme en état de conscience minimale

Dans une décision destinée à faire jurisprudence, un juge britannique a décidé qu’une femme totalement dépendante et incapable de communiquer doit être privée de nourriture et d’hydratation dans l’objectif de la faire mourir. La patiente, âgée de 68 ans, est en dernière phase de sclérose en plaques. La Cour de protection avait été saisie par la fille de la malade, dont le nom n’a pas été divulgué, et il ne s’y est trouvé personne pour prendre la défense de sa vie. C’est la première fois qu’un juge britannique ordonne l’arrêt de la nourriture et de l’hydratation d’une personne diagnostiquée en « état de conscience minimale ».
Cela veut dire que cette femme qui a encore quelque conscience du monde qui l’entoure, qui ressent plaisir et douleur, va mourir de soif.
Jusqu’ici, ce type de décision était réservé aux personnes jugées en « état végétatif – ce qui n’est d’ailleurs pas plus moral mais relève d’une autre logique. En tout état de cause, il s’agit d’euthanasie lente.
La fille de cette patiente a saisi la justice au motif que sa mère « n’aurait pas voulu vivre ainsi ». Elle a rapporté la manière dont cette femme était toujours d’apparence « immaculée », très soucieuse de sa dignité, vivant toujours sa vie en plénitude : « C’est ce qui constituait son système de croyance, c’est pour cela qu’elle vivait. Tout cela a disparu maintenant et malheureusement ma maman a souffert durant tant d’années d’une profonde humiliation et d’indignité », a-t-elle déclaré.
Le juge Hayden a souligné que sa décision faisait évoluer le droit jurisprudentiel mais que la malade aurait jugé « grotesques » les efforts consistant à lui procurer une nutrition pour la maintenir en vie.
Des avocats avaient été désignés pour représenter ses intérêts ; ils étaient du même avis.
Le juge s’est appuyé sur le Mental Capacity Act, une loi britannique qui autorise explicitement le retrait de la nourriture et de l’hydratation aux personnes ayant une lésion cérébrale mais qui ne sont pas en phase terminale, avec l’objectif de mettre fin à leur vie, sur la base de leurs « intérêts ».
Le Dr Peter Saunders, de Care not Killing a qualifié la décision de « précédent dangereux » en ce qu’elle exploite la faille de la loi de manière de plus en plus avancée, « ce qui pourrait mettre en danger la vie de bien d’autres personnes vulnérables, malades et handicapées ».
« Les victimes de lésions cérébrales qui ne sont pas en danger de mort imminente doivent être nourries, hydratées, recevoir des anti-douleur et être traitées de la manière la plus aimable, avec amour et respect, jusqu’au jour où elles meurent paisiblement de leur mort naturelle. Nous ne devons pas les déshydrater délibérément jusqu’à ce qu’elles meurent. »
Comme souvent, c’est une progression de la culture de mort obtenue par la décision des juges, éléments clefs du processus révolutionnaire.

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