06 novembre, 2015

Ne manquez pas le Salon du Livre de l'AGRIF le dimanche 15 novembre à Paris !

J'aurai le plaisir d'y prendre la parole, aux côtés de Bernard Antony, Guillaume de Thieulloy et Jérôme Triomphe. Et, je l'espère, de vous y retrouver, chers lecteurs !








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Une grande interview d'Anca-Maria Cernea dans “L'Homme nouveau”

J'ai eu le grand plaisir d'interviewer longuement le Dr Anca-Maria Cernea, le médecin roumain qui a suivi l'ensemble du synode sur la famille en tant qu'observatrice, pour L'Homme nouveau. Mme Cernea a répondu à mes questions avec toute l'expérience d'une fille de dissidents héroïques au temps du communisme, et sa connaissance vécue des persécutions et des techniques propres à la Révolution marxiste. Ses propos, d'une rare franchise et d'une terrible clarté, mettent toutes les questions « chaudes » du synode en perspective.

Elle explique notamment comment elle avait le sentiment d'être en présence d'une « minorité léniniste » qui voulait faire avancer son ordre du jour révolutionnaire au sein même de l'Eglise.

Anca-Maria Cernea est elle-même intervenue au synode où son intervention, suppliant les Pères synodaux à se focaliser d'abord sur l'évangélisation et la conversion, a été très applaudie. Ses paroles ont fait le tour du monde ; vous en trouverez la traduction ici.

Le numéro de L'Homme nouveau comportant le long entretien que m'a accordé Anca-Maria Cernea est disponible en ligne ici










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02 novembre, 2015

Et voilà le démenti ! Le P. Lombardi estime que Scalfari n’a pas rapporté les propos du pape François sur les divorcés de manière « fiable »

Au lendemain de la publication par La Repubblica de la « bombe » sur les divorcés, qui finiraient « tous » par accéder à la communion s’ils le désirent aux dires du pape François, le P. Federico Lombardi a déclaré à Edward Pentin du New Catholic Register que l’article d’Eugenio Scalfari ne reflète pas la pensée du pape. Le démenti est donc arrivé, Scalfari est dénoncé comme « non fiable », et… il faudrait qu’on tourne la page.
« Les informations selon lequelles le pape François a dit au journaliste italien Eugenio Scalfari, que les divorcés remariés “seront admis” aux sacrements par le biais du confessionnal ne sont “d’aucune manière fiables” et “ne peuvent être considérées comme reflétant la manière de  penser du pape”, dit le porte-parole du Vatican, le P. Federico Lombardi », écrit Edward Pentin.
Le P. Lombardi a déclaré à Edward Pentin : « Ainsi que cela s’est déjà produit par le passé, Scalfari rapporte entre guillemets ce que le pape lui a supposément dit, mais souvent cela ne correspond pas à la réalité, puisqu’il n’enregistre ni ne transcrit les paroles exactes du pape, ainsi qu’il l’a lui-même souvent déclaré. Ainsi il est clair que ce qu’il rapporte dans le dernier article sur les divorcés remariés n’est d’aucune manière fiable et ne peut être considéré comme la pensée du pape. »
Le P. Lombardi a précisé qu’il ne publierait pas de communiqué à ce sujet puisque ceux qui ont suivi les événements antérieurs et qui travaillent en Italie connaissent la manière d’écrire de Scalfari et sont bien au courant de ces choses. »
Ce démenti appelle plusieurs commentaires, et des questions qu'Edward Pentin soulève rapidement en fin d'article. Ce n’est pas le premier : une précédente interview publiée par Scalfari en 2013, prêtant au pape des propos hétérodoxes, notamment sur la conscience, a été dans un premier temps publié sur le site du Vatican, puis enlevé. Malgré cela, Scalfari continue d’être reçu par le pape : notamment en juillet 2014, avec la publication d’un nouvel entretien à la clef – celle où le pape est supposé avoir suggéré qu’on puisse en finir avec le célibat sacerdotal. Nouveau scandale. Nouveau démenti de Lombardi. Mais il semblerait qu’un recueil d’entretiens de divers journalistes avec le pape François publié en 2014 contienne ces entretiens « controversés » avec Scalfari (je n’ai pas pu vérifier par moi-même) et le site du Vatican a laissé en ligne le PDF de l’Osservatore Romano qui contient celui de 2013, republié délibérément après sa sortie dans La Repubblica (c’est par là). Alors ?
Et voilà que le pape continue. Il décroche son téléphone pour discuter avec un journaliste dénigré par la Salle de presse du Vatican et aborder avec lui les questions les plus sensibles du moment. Il sait que ses propos seront utilisés. Déformés ? Il le sait aussi : Scalfari saura soit les exploiter, soit mentir, sans que l’on sache très bien où commence et où s’arrête la manipulation.
Si le pape n’a jamais tenu les propos que lui attribue Scalfari sur les divorcés remariés – et je serais la première à m’en réjouir ! – il a à tout le moins œuvré d’une manière qui ouvre la porte à une nouvelle et grave confusion.
Question : le P. Lombardi a-t-il parlé au pape avant de réagir à l’intention d’Edward Pentin ?
Deuxième question : le pape, qui sait trouver des moyens pour exprimer son accord ou son désaccord avec ses interlocuteurs ou avec ses subordonnés (on pense à « l’herméneutique de la conspiration ») ne peut-il pas décrocher son téléphone pour demander à La Repubblica d’amender les propos ? Cela s’appelle un droit de réponse, et – en France du moins – c’est juridiquement contraignant, on suppose qu’il y a des voies similaires en droit italien. Ne pourrait-il pas faire une déclaration claire, orale, personnelle, en appelant Radio Vaticana ? Il y en a qui rétorqueront que cela ne correspond pas au protocole. Mais cela fait bien longtemps que le pape François a manifesté le mépris en lequel il le tient. Ce serait l’occasion.
Il pourrait même se faire acheter – même d’occasion – un petit dictaphone capable de graver ses propos. Tiens, j’en ai un en double. Je veux bien l’offrir au Saint-Père…
La décision de Lombardi de ne pas faire un communiqué officiel parce que tout le monde en Italie « sait » comment travaille Scalfari, est consternante. Les lecteurs de La Repubblica achètent-ils sciemment leur journal pour lire des sornettes ? N’y a-t-il pas un vrai risque de « scandale » – de justifier au yeux des petits le scandale en leur faisant croire que des voies de régularisation sont possibles pour les divorcés remariés ? Le monde entier a accès à l’article de Scalfari : mais qu’est-ce qu’il attend ? Marre de faire du « contrôle des dommages » ?
On notera en tout cas qu’il ne dément en aucun cas le fait qu’un entretien téléphonique ait eu lieu. Son démenti ne reflèterait-il que son opinion personnelle ?
A lire les propos de Lombardi, on a presque l’impression qu’il en veut au site anglophone Rorate Cæli qui a publié ce matin une traduction des propos du pape François rapportés par Scalfari. Comme si les coupables, c’étaient les catholiques inquiets, les catholiques désolés, ceux qui pensent que les plus petits d’entre nous avons droit à une parole de vérité.

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Le pape François veut la communion pour tous les divorcés : la nouvelle bombe Scalfari

A lire aussi : le démenti du P. Federico Lombardi.


Quel crédit accorder aux dires d’un journaliste athée comme Eugenio Scalfari, s’exprimant dans un quotidien de gauche comme La Repubblica ? Il est proche du pape et a déjà rapporté des propos de François qui ont embarrassé le Vatican, amenant la Salle de presse à publier des rectificatifs. Des échanges passés entre les deux hommes ont été publiés sur le site du Vatican – un entretien a ensuite été enlevé – ou encore dans un livre édité par la Libreria editrice vaticana qui a d’ailleurs repris les textes les plus controversés. Voici qu’un nouvel entretien entre le pape François et Eugenio Scalfari vient semer un trouble encore plus grand, une vraie bombe. D’après le journaliste, le pape a dit à propos de l’accès des divorcés aux sacrements : « L’évaluation de fait sera confiée aux confesseurs, mais à la fin des parcours, qu’ils soient plus rapides ou plus lents, tous les divorcés qui le demanderont seront admis. »
L’entretien s’est passé par téléphone mercredi dernier et Scalfari a publié son compte-rendu le 1er novembre : un long texte où la bombe sur les divorcés se trouve vers la fin. Les propos sont-ils exactement rapportés ? C’est toute la question. Avec Scalfari on ne sait jamais, il est coutumier de ce journalisme imprécis et il s’autorise à citer comme précis des propos saisis à la volée.
C’est le pape François – d’après ce que raconte Scalfari – qui au terme de la longue conversation téléphonique s’est dit très intéressé par ce que ce dernier avait écrit une quinzaine de jours plus tôt. François lui a demandé ce qu’il pensait du synode sur la famille. Scalfari répondit – dit-il – qu’à son avis le compromis auquel était arrivé le synode n’avait pas tenu compte des mutations de la famille ces 50 dernières années, telles que l’objectif de « récupération de la famille traditionnelle était un objectif tout à fait impensable ». « J’ai ajouté que l’Eglise ouverte qu’il désire se trouve face à une famille ouverte elle aussi, pour le bien et pour le mal ».
« C’est vrai – a répondu le pape François – c’est une vérité et du reste la famille qui est le fondement de toute société change continuellement, comme tout change autour de nous. Nous ne devons pas penser que la famille n’existe plus, elle existera toujours parce que notre espèce est une espèce sociable et que la famille est la poutre (qui soutient) la sociabilité, mais nous n’ignorons pas que la famille actuelle, ouverte comme vous dites, contient certains aspects positifs et d’autres négatifs. Et comment se manifeste cette diversité ? Les aspects négatifs sont l’antipathie ou même la haine entre les nouveaux conjoints et ceux d’avant, s’il y a eu divorce ; la faiblesse du sentiment de fraternité notamment entre les enfants de parents partiellement ou totalement différents ; un contenu variable de la paternité qui oscille entre l’indifférence réciproque ou l’amitié réciproque. L’Eglise doit œuvrer pour que les éléments positifs prévalent sur les éléments négatifs. Cela est possible et c’est cela que nous ferons. La différence d’opinions entre les évêques fait partie de la modernité de l’Eglise et des différentes sociétés dans de telles œuvres, mais l’intention est commune et pour ce qui regarde l’admission des divorcés aux Sacrements elle confirme que ce principe a été accepté par le Synode. C’est cela, le résultat de fond, l’évaluation de fait sera confiée aux confesseurs, mais à la fin des parcours, qu’ils soient plus rapides ou plus lents, tous les divorcés qui le demanderont seront admis. »
Si le pape a vraiment dit cela, c’est révolutionnaire : l’expression d’un relativisme qui s’aligne sur les changements historiques en récusant une seule et même doctrine pour tous les temps et toutes les circonstances.
On reste interdit en outre devant cet « aspect négatif » des familles recomposées qui résiderait dans le « manque de fraternité » entre enfants de parents différents…
L’entretien rapporté par Scalfari – et commenté à travers le prisme de son athéisme, il ne faut pas l’oublier – portait aussi selon lui sur le regard positif de l’Eglise sur les autres religions, que le journaliste a explicité ainsi : « Il n’est pas besoin de se faire beaucoup violence pour comprendre le sens de cette citation : c’est la réaffirmation du Dieu unique qu’aucune religion ne possède en entier et auquel chacun arrive à travers les différentes voies, les différentes liturgies et les différentes Ecritures qui constellent l’histoire de chacune d’entre elles. Même parmi les différentes confessions de la religion chrétienne et même à l’intérieur de l’Eglise catholique. »
C’est l’interprétation de Scalfari qui dit plus loin, à propos du synode : « François a un sens politique très aigu ; il affirme des vérités révolutionnaires mais avec la diplomatie nécessaire pour transformer la diversité pour qu’elle devienne harmonie d’une œuvre commune. »
En l’absence de démentis, faut-il croire que Scalfari a exactement rapporté les propos et les opinions du pape ? La question est posée. Si c’est le cas, force est de constater que le pape va infiniment plus loin que le rapport final du synode ; la relatio synodi, surtout lue dans le contexte de l’enseignement de Jean-Paul II comme les pères synodaux ont voulu que cela soit fait, est ambiguë certes mais ne dit rien de tel.
Face à cette confusion, il devient urgent qu’à défaut d’un rectificatif du pape, un grand nombre d’évêques rappelle avec précision l’enseignement de l’Eglise.

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25 octobre, 2015

Premières impressions sur le rapport final du synode : doctrine rappelée, omissions et portes ouvertes

Je sors de la lecture du rapport final du synode sur la famille, tel qu’il a été adopté aujourd’hui paragraphe par paragraphe, par les pères synodaux. On est frappé par son classicisme certain qui contraste fortement avec la teneur des conférences de presse servies quotidiennement à la Salle de presse du Vatican, où les positions les plus hétérodoxes ont été amplement présentées par de nombreux invités. Et qui ont justifié les inquiétudes des catholiques inquiets de voir menacée la doctrine de l’Eglise sur le mariage et la sexualité. Se sont-ils donc inquiétés pour rien, cédant à ce que le pape a appelé une « herméneutique de la conspiration » ? En y regardant de plus près, on constate qu’il a ouvert les portes à des changements, en des paragraphes qui n’ont été adoptés que de quelques voix de plus que la majorité requise des deux tiers.
Il n’est pas inintéressant de noter qu’il a été rédigé non pas par les 10 rapporteurs choisis par le pape, mais par une armée d’« experts » qui ont recueilli les amendements catalogués par les 10 et  qui ont présenté à ceux-ci le projet de rapport final afin qu’ils puissent y apporter leurs derniers amendements.
Le document final, la relatio synodi présente des réflexions qui embrassent un grand nombre de sujets, depuis l’impossibilité de séparer la fin unitive et procréative du mariage institué dès l’origine par Dieu, mariage fidèle et indissoluble, jusqu’à la dénonciation de l’idéologie du genre, le rappel de liberté éducative des parents, le devoir de respecter la vie, le constat de l’existence d’une « mentalité abortive et contraceptive », la confirmation de l’enseignement de Humanae vitae, le drame de la dénatalité… Il propose même la re-création de l’« ordo viduarum », l’ordre des veuves, c’est dire.
On sent là combien un grand nombre de pères synodaux ont pesé sur la réécriture de l’Instrumentum laboris porteur de graves omissions et erreurs. Voice of the family avait analysé la grave menace que constituait ce document pour tout l’enseignement de l’Eglise, notamment dans sa présentation hétérodoxe de Humanae vitae et dans ses suggestions d’ouverture aux divorcés remariés.
Ce n’est pas pour autant que le rapport final est en rupture totale avec ces erreurs. Il ne ferme pas les portes au subjectivisme et fait avancer de manière plus discrète la volonté de changement pastoral, en lui obtenant un consensus plus apte à faire taire les voix les plus critiques.
Sur l’ouverture aux homosexuels, si présente dans les conférences de presse et certaines déclarations au sein du synode, le paragraphe 76 ( adopté par 221 voix contre 37) est marqué par la prudence : il rappelle que les personne ayant cette tendance ne doivent pas faire l’objet de « discriminations injustes » comme le disait la Congrégation pour la doctrine de la Foi ; qu’il faut « accompagner les familles où vivent des personnes ayant des tendances homosexuelles », et qu’on ne peut établir « aucune analogie, même lointaine, entre les unions homosexuelles et le dessein de Dieu sur le mariage et la famille ». Ces mots avaient été omis dans l’Instrumentum laboris. Contrairement à l’Instrumentum laboris, le rapport final ne propose pas de « définir la spécificité sociale de ces unions affectives » ni n’appelle à « un meilleur approfondissement humain et culturel, pas seulement biologique, de la différence sexuelle ».
En revanche, s’il est bien question de la pression indue exercée par les organisations internationales sur les Eglises locales et sur certains pays pour « introduire des lois instituant le “mariage” entre personnes de même sexe », il n’est nullement question du caractère peccamineux de l’acte homosexuel, du devoir d’aider les personnes à sortir du style de vie « gay » et du danger de l’activité homosexuelle, dommageable pour la santé et mortelle pour l’âme.
C’est d’ailleurs une caractéristique du texte : il ne parle de péché et de pécheurs que de manière générale, toujours en rapport avec la rédemption mais sans jamais rappeler que le salut des âmes est mis en cause dans les situations objectivement désordonnées comme l’union civile ou le remariage après divorce. Divorce où  l’Eglise doit s’efforcer d’« accompagner », le cas échéant, « ce moment de souffrance de manière à ce qu’il n’y ait pas d’oppositions ruineuses entre les conjoints », notamment pour les enfants qui sont « les premières victimes de la séparation, car ils doivent souffrir le moins possible ».
Mais s’il en est bien question, le rapport parle davantage d’aider chacun là où il est que de la responsabilité à l’égard des enfants qui sont littéralement brisés par le divorce de leurs parents.
Le paragraphe 53 laisse en parlant des divorcés « remariés » et des personnes unies par un mariage civil ou les concubins discrètement la place à la décentralisation annoncée par le pape François il y a huit jours : « Dans la perspective de la pédagogie divine, l’Eglise se tourne avec amour vers ceux qui participent à sa vie de manière imparfaite : elle invoque pour eux la grâce de la conversion, elle les encourage à faire le bien, à prendre soin avec amour l’un de l’autre et à se mettre au service de la communauté où ils vivent et travaillent. Il est souhaitable que dans les diocèses des parcours de discernement et d’implication de ces personnes, pour aider et encourager la maturation d’un choix conscient et cohérent. » (Lequel ? Le rapport ne le dit pas.) « Les couples doivent être informés sur la possibilité de recourir à la procédure de déclaration de nullité du mariage ».
Accueil, accompagnement : ce sont les mots clefs du document où manque cruellement en revanche le rappel des fins dernières.
Il est toujours question pour l’Eglise de « partir de la situation concrète des familles » en effet, en espérant mener ceux qui le peuvent vers la plénitude du sacrement, en prônant une meilleure préparation au sacrement du mariage dans tous les cas, mais sans se demander jamais pourquoi les catholiques dans leur immense majorité aujourd’hui connaissent si mal les principes de leur foi et sont d’ailleurs nombreux à pratiquer la contraception. Et les effets néfastes de celle-ci sur la stabilité des mariages.
Les paragraphes les moins bien adoptés concernent ceux sur les divorcés remariés. « Accompagnement » toujours, avec des approches « différenciées » (n° 77), les couples divorcés « remariés civilement » doivent être « intégrés dans la communauté chrétiennes selon les divers modes possibles, en évitant toute occasion de scandale », puisqu’ils peuvent avoir une « joyeuse et féconde espérance » (n° 84, 187 voix contre 72). « Il faut discerner quelles formes d’exclusion actuellement pratiquées dans le domaine liturgique, pastoral, éducatif et institutionnel peuvent être dépassées ».
Le paragraphe 85 a été adopté avec une majorité d’une seule voix : 178-80, s’appuyant sur des ouvertures attribuées à saint Jean-Paul II et Benoît XVI : il s’agit essentiellement de la voie de la « conscience » et de la reconnaissance que les situations des divorcés remariés sont très diverses. On y lit (traduction d’Yves Daoudal) : « Tout en soutenant une règle générale, il faut reconnaître que la responsabilité face à certains actes ou certaines décisions ne sont pas les mêmes dans tous les cas. Le discernement pastoral, tout en tenant compte de la conscience bien formée de la personne, doit assumer ces situations. Les conséquences des actes ne sont pas nécessairement les mêmes dans tous les cas. »
Le paragraphe clef est le 86 (190 voix contre 64) : Yves Daoudal l’a traduit là encore – « Le processus d’accompagnement et de discernement oriente ces fidèles vers la prise de conscience de leur situation devant Dieu. L’entretien avec le prêtre, au for interne, contribue à la formation d’un jugement correct sur ce qui fait obstacle à la possibilité d’une plus pleine participation à la vie de l’Eglise et de mesures qui peuvent la favoriser et la faire grandir. »
La solution du « for interne » est celle qui circulait depuis plusieurs jours et que j’évoquais hier, c’est celle que Daoudal appelle la « dernière cartouche du cardinal Kasper ». Il n’est pas question de communion explicitement mais que veut dire « pleine participation à la vie de l’Eglise sinon cela… Et il n’est pas question non plus des doutes émis par Benoît XVI lui-même après réflexion, que j’évoquais aussi dans mon dernier blog sur la question.
Et personne, personne ne pose jamais la question de savoir comment les divorcés remariés, fussent-ils persuadés de la nullité de leur premier mariage non déclaré nul selon les formes, peuvent être considérés comme autre chose que des concubins dans leur nouvelle union…
Bref, on comprend qu’une Elisabetta Piqué, dans La Nacion, parle d’une « victoire virtuelle » du pape François, son ami, « et de sa vision de l’Eglise fondée sur la miséricorde » puisque la « voie du discernement » pour les divorcés remariés a été approuvée. « Le document final a laissé les portes ouvertes au pape pour continuer de construire une Eglise qui ne condamne pas, mais qui inclut chacun et aide les blessés d’aujourd’hui ».
C’est dans un même esprit que le cardinal Danneels et Mgr Bonny, favorables aux innovations, ont salué l’esprit du synode : Danneels a déclaré vendredi que « L’Eglise est un grand navire qui, lentement, s’oriente vers un autre chemin ». « Nous ne sommes plus une Eglise qui parle et qui juge, mais qui écoute ».
Un nouveau cap ? Une nouvelle Eglise, alors. Ce rapport final est à comprendre comme l’élément d’un processus. Le pape peut d’ailleurs prendre d’autres voies que celles exprimées par les pères synodaux, choisir un autre équilibre.
On n’a pas fini d’analyser les propos de ce parti hétérodoxe dans l’Eglise, et qui reste médiatiquement poussé en avant au sein de l’Eglise elle-même.

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24 octobre, 2015

Ettore Gotti-Tedeschi parle des environnementalistes, de la gnose, de la guerre contre la religion catholique et du synode : un entretien exclusif

Chers lecteurs, je vous propose aujourd'hui un texte exceptionnel, à méditer alors que le synode sur la famille se termine et que la confusion qui l'entoure est loin d'être dissipée. Ettore Gotti-Tedeschi, économiste, financier, banquier et ancien directeur de l’IOR (Institut des œuvres religieuses, la banque du Vatican) a bien voulu m'accorder une longue interview. Dans cet entretien passionnant, il propose un regard original et lucide sur le monde d’aujourd’hui. Un regard d’économiste frappé par la dimension malthusienne de la crise qui n’en finit pas, et un regard de chrétien qui voit la logique infernale des événements en cours. Je vous invite à découvrir ce texte et à le partager. Et je remercie chaleureusement Ettore Gotti-Tedeschi de bien avoir voulu réserver les propos ci-dessous à ce blog. – J.S.



— Ettore Gotti-Tedeschi, vous avez parlé récemment  du risque d’une Troisième Guerre mondiale, mais en soulignant qu’elle a déjà éclaté et qu’il s’agit d’une guerre contre la vraie foi. Parlons d’abord de ceux qui mènent cette guerre de l’extérieur : qui sont-ils ? Par quoi sont-ils animés ?
— J’ai en réalité évoqué un danger, mis en avant surtout par la culture laïque qui, dans le contexte actuel de la mondialisation, voit les fondamentalismes religieux, les nationalismes et les racismes comme sources du risque d’une troisième guerre mondiale. On dirait qu’à ce stade de la mondialisation, interrompue et déformée par les crises économiques, l’on redoute un processus d’autoprotection de la part des nations, des cultures, des ethnies, en même temps que l’on recherche l’exact opposé : l’homogénéisation morale, culturelle, législative, religieuse, et naturellement aussi celle du modèle de gouvernement.
Ce sont surtout les modèles sociaux à forte identité (comme la famille) ou des valeurs morales et religieuses qui se réfèrent à des dogmes (catholicisme, islam) qui se trouvent en travers de cette « nécessité ». Le processus de relativisation culturelle et religieuse s’oppose donc surtout à la religion catholique « absolutiste » : le pape y est « infaillible », la liberté individuelle y est subordonnée à la Vérité, la conscience ne vaut que si elle est formée par le Magistère de l’Eglise, cette Eglise qui est apostolique et qui a le devoir d’évangéliser.
Ces religions dogmatiques et absolutistes dont on suppose qu’elles peuvent donner naissance à des conflits dans le monde globalisé, il faut donc y substituer une religion universelle, commune à tous : l’environnementalisme, qui non seulement rassemble l’humanité tout entière, mais qui relativise – et paganise même – les religions. Et qui correspond à la phase de « désendettement », de deleveraging des systèmes économiques de post-crise. L’environnementalisme est malthusien, il est immanentiste, c’est-à-dire qui se touche du doigt…
— Quels sont les leviers de cette guerre ?
— C’est la gnose qui coordonne cette « guerre » contre la foi catholique : c’est la « connaissance », celle que le fameux serpent voulait donner à Adam et Eve. La gnose se propose donc de modifier la Création imparfaite. Les leviers utilisés – scientifiques, techniques, culturels – sont divers. Ils se sont focalisés par le passé sur la croissance de la population (pendant les années 1970 avec le néomalthusianisme), alors qu’aujourd’hui ils semblent s’occuper de la dégradation de l’environnement due à l’homme, « cancer » de la nature. En réalité, il s’agit d’une guerre contre la foi. Mais parce que la foi catholique défend la dignité et la valeur unique de l’homme fils de Dieu, le véritable ennemi à combattre est la créature. Pensons à la Genèse, qui dit : « Et Dieu créa l'homme ; il le créa à l'image de Dieu ; il les créa mâle et femelle. Et Dieu les bénit, disant : Croissez et multipliez, remplissez la terre, et dominez sur elle ; soyez maîtres des poissons de la mer, et des oiseaux du ciel, et de tous les bestiaux. » La gnose répond en opposant la théorie du genre au « masculin et féminin » ; la théorie malthusienne au « Croissez et multipliez » ; la théorie environnementaliste au « Remplissez la terre et soumettez-la » ; la théorie animaliste à « Soyez maîtres de tous les êtres vivants ». Voilà les quatre leviers utilisés par la gnose pour combattre les religions qui croient en la Genèse (les religions judéo-chrétiennes). L’environnementalisme devient en fait la religion de la gnose : il est l’incarnation sur terre de l’ange rebelle et tentateur de la Genèse…
— Y a-t-il aussi à votre avis une guerre contre la foi à l’intérieur même de l’Eglise et si oui, comment se manifeste-t-elle ?
— Cela me paraît évident. Mais ce sont les papes eux-mêmes qui l’ont affirmé au cours de ces dernières décennies. La guerre contre l’Eglise a été menée jusqu’à il y a, disons, cent ans, depuis l’extérieur. Les ennemis de l’Eglise se sont rendus compte que persécuter l’Eglise revenait à créer des martyrs qui la rendaient plus forte. Ils ont ainsi compris qu’il serait plus facile et plus efficace de s’insinuer à l’intérieur et de modifier leur stratégie d’attaque. Le pape Léon XIII a vu des démons sur le dôme de Saint-Pierre ; Paul VI a senti les fumées de Satan ; Jean-Paul II et Benoît XVI ont vu la saleté, et perçu les ennemis dans leur dos. François dénonce les quinze maladies de la Curie vaticane… Comment se manifeste cette guerre ? Surtout en cédant devant les pressions de la modernité, en acceptant que le magistère soit relativisé et qu’il y ait une séparation entre la doctrine et la pratique, en cédant sur les thèmes anthropologiques, la sexualité, la loi naturelle, etc. Le monde veut une Eglise consolatrice et charitable plutôt que maîtresse avant tout. Une Eglise qui obéit au monde aidera la doctrine catholique à se transformer en éthique socialement utile, et à devenir elle-même un organisme sans but lucratif. Pauvre, naturellement, de telle sorte qu’elle sera inutile pour les pauvres, que ce soit sur le plan spirituel ou matériel.
— Êtes-vous préoccupé par les attaques contre la famille, largement victorieuses déjà dans le monde sécularisé, mais qui aujourd’hui semblent porter au cœur même de l’Eglise ?
— C’est même ma plus grande préoccupation, puisque, privée de la famille naturelle et catholique, la société elle-même perd son identité et se déresponsabilise, elle perd ses aspirations et tout ce qui la motive. Du point de vue économique cela mettrait fin au cycle économique vertueux – fait de production-épargne-investissement-redistribution interne dans le sens de l’assistance d’assistance, l’auto-production du rendement, etc. – qu’engendre l’existence de la famille lorsqu’elle possède et gère ce cycle. On a vu au cours de ces trente dernières années comment la famille a été empêchée de se développer : nous sommes devenus pauvres, ignorants et moins autonomes. Le fait est que la famille s’oppose au contrôle de l’individu et de la société par le « pouvoir », de telle sorte qu’elle est accusée de créer des ruptures sociales et des inégalités jusque dans l’éducation subjective qu’elle donne à ses membres. On l’accuse aussi de priver la femme de sa liberté de s’exprimer par le travail (?). Elle est accusée d’être obsédée par le sacrement de l’indissolubilité, etc. C’est pourquoi ce qui sera mis en avant au cours du synode sur la famille est préoccupant. L’impression de beaucoup de théologiens experts est que l’on veut aller vers une conception de la famille qui adopte un modèle « néo-luthérien » : c’est l’intention de récupérer les divorcés, d’accepter une tolérance du péché qui devient même salvifique, c’est l’avilissement du sacrement du mariage mais aussi de ceux de la confession et de l’Eucharistie. La famille ne se soutient qu’en dehors de toute confusion, les prêtres sont encouragés à sanctifier la famille et non à justifier l’erreur et le péché. La miséricorde signifie – avant tout – « corriger », et non seulement pardonner. Mais va-t-on pardonner même à ceux qui ne se sont pas repentis ? Il est indispensable qu’il y ait un Magistère sur ces questions, mais aussi que la pratique, l’action, ou la pastorale, ne le contournent et ne le contredisent pas.
— En tant qu’économiste, vous avez fait le lien entre le rejet de la loi naturelle, le refus de la vie, et les crises économiques que nous vivons, spécialement en Europe. Pourquoi ?
— C’est très simple. Je vais répondre par une question : comment le PIB peut-il croître si la population ne croît pas ? Les réponses évidentes ou démenties par la réalité mises à part (comme la croissance de la productivité et les exportations), la vraie réponse est unique. C’est celle que nous avons pu voir au cours de ces trente dernière années : le PIB, si la population ne croît pas, ne peut progresser qu’en faisant progresser la consommation individuelle. Cela s’est produit en inventant le phénomène du « consumérisme » qui a réduit l’homme à sa seule satisfaction matérielle, et non plus sa satisfaction intellectuelle et spirituelle. Pour en arriver là il a fallu détruire l’épargne, en la transformant en consommation ; en rendant le travail précaire, parce que la production a été transférée vers des pays à bas coût de production pour importer des biens à des prix plus bas. A la fin il a fallu arriver à faire consommer de plus en plus à crédit, ce qui a rendu la famille de plus en plus fragile. Par voie de conséquence la population a vieilli, les coûts fixes ont augmenté – santé et pensions – absorbés par une croissance proportionnelle des taxes qui ont pesé de plus en plus lourd sur le pouvoir d’achat et les investissements, ce qui a aggravé encore le cycle. Voilà ce qui arrive lorsqu’on nie l’une des lois naturelles les plus importantes de la Création.
— Pour sortir de ces crises, la première réponse consisterait-elle en ce que les familles retrouvent leur stabilité, leur vocation et leur fécondité ? Est-ce humainement possible ?
— Humainement, oui. Peut-être qu’avec de meilleures incitations économiques en ce sens, les choses iraient mieux. Mais il reste toujours le problème socioculturel : la famille est désacralisée, et cela rend difficile la mise en œuvre de ce projet. Par ailleurs nous savons bien qu’il n’est pas facile de ramener l’homme au vrai sens de la vie. C’est ce qu’affirme Benoît XVI dans Caritas in veritate, lorsqu’il explique que pour sortir d’une crise, ce ne sont pas seulement les instruments qu’il faut changer, mais l’homme… Dans Lumen Fidei il explique qui doit le faire, et comment : l’Eglise, avec la prière, le Magistère, les sacrements…
— Vous avez réagi à l’encyclique Laudato si’ en montrant le lien entre consumérisme et exploitation de l’environnement, entre malthusianisme et pauvreté. Quelle réponse concrète peut-on apporter à cette situation, alors que les familles nombreuses peinent à vivre dans des sociétés où tout favorise la famille de petite taille et où les femmes sont poussées à travailler en dehors de chez elles ?
— Je répondrai en paraphrasant la célèbre question : « Qui de l’œuf ou de la poule est apparu en premier ? », faut-il être riche pour faire une famille et des enfants, ou devient-on riche en faisant une famille et des enfants ? La réponse, cette fois, je vais la laisser au lecteur afin qu’il réfléchisse…
— Que pensez vous du concept de « décroissance », très en vogue dans certains milieux catholiques ?
— Mais nous sommes déjà en décroissance depuis sept ans ! La crise économique a révélé le bluff de la croissance des trente dernières années, qu’on peut évaluer à près de 30 %. L’explosion de la crise a entraîné un désendettement (« deleveraging ») équivalent. Que faut-il faire de plus ? Attention cependant au concept économico-social  d’une décroissance voulue, imposée, et peut-être même béate. J’en parle toujours en rappelant que Caïn aussi était pour la décroissance. De fait il a tué Abel parce que celui-ci était de trop : il dégradait l’environnement en élevant trop de brebis, il polluait l’air en immolant trop d’animaux en sacrifice à Dieu – en les brûlant…
— Vous avez parlé d’une « gnose du XXIe siècle ». Pourriez-vous la définir ? N’y a-t-il pas – dans cet ordre d’idées – aujourd’hui une volonté de faire adorer la Terre-Mère, idolâtrée dans un nouveau panthéisme qui fait de la « Planète » l’objet des louanges et des sacrifices imposés à chacun ?
— La gnose, la connaissance, comme je l’ai déjà dit, est cette connaissance que Dieu n’a pas voulu donner aux hommes et qu’à l’inverse, le « grand tentateur » prétendait leur donner. C’est exactement ce qu’a essayé le serpent avec Eve… Le serpent s’est réfugié, il s’est incorporé dans la terre mère. La terre devient ainsi une divinité à protéger contre l’homme qui veut l’utiliser en la soumettant, et contre la religion qui justifie la soumission naturelle que l’homme doit en faire. Appelée terre mère, ou Sophia, ou par d’autres noms – elle devient le divin. L’homme « perfide » lui fait du mal. L’idée est alors de d’éliminer l’homme. Il y a quelques années on l’a tenté par le néomalthusianisme (qui n’a pas fonctionné, il a au contraire créé la crise en cours) ; aujourd’hui c’est plus directement, par l’environnementalisme (un problème créé par le néomalthusianisme), que les habituels gnostiques exaltent encore plus sur le plan médiatique grâce à l’Encyclique. La prochaine phase ne pourra être autre chose qu’une autorisation de la « chasse à l’homme ».
— Pour évoquer maintenant un autre sujet très actuel : quelle est la juste réponse à la « crise des migrants » ?
— Quels migrants ? Venant d’où ? Nous disposons de diverses classifications pour parler du processus des migrations. Celles-ci vont des véritables réfugiés fuyant la guerre, aux migrants à la recherche de solutions économiques, aux terroristes déguisés en migrants, en passant par les « évangélisateurs » des religions qui doivent entrer en Europe pour chercher à la conquérir après avoir subi diverses défaites au cours de l’histoire ; et enfin aux migrants « soutenus » politiquement pour compenser le déficit de population qui s’est créé en Europe ces trente dernières années, etc. Pour chaque classification, il y a une réponse différente. Mais le problème n’est pas seulement de savoir quelle est la réponse juste, il est de savoir qui décide et ce qui se passe si une nation (encore souveraine) en décide autrement.
— « Cherchez d’abord le royaume de Dieu, et le reste vous sera donné par surcroît » : êtes-vous d’accord pour dire que ce commandement et cette promesse du Christ ont un sens précis et urgent pour la vie politique, économique et sociale ?
— Ce sera ma réponse finale : pour détruire l’homme il suffit de l’éloigner de Dieu… C’est ainsi qu’il perd le sens de la vie, le sens de l’action, et qu’il se perd : les moyens deviennent des fins et vice versa, on sépare la foi et les œuvres, on perd l’unité de la vie… Mais à qui revient la responsabilité de tout cela ? Qui doit enseigner le sens de la vie ? Est-il donc possible que nous autres, pauvres laïcs, nous devions rappeler aux pasteurs qu’ils doivent nous protéger des loups ? Aujourd’hui comment peut-on penser, sans prier pour obtenir un miracle, que celui qui n’a pas su l’enseigner depuis des décennies va apprendre à le faire demain matin, par enchantement ? Désolé, mais je crois davantage aux miracles : allons donc tous à Lourdes, Fatima ou Medjugorje…
Propos recueillis par Jeanne Smits

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23 octobre, 2015

Nouveau remue-ménage au synode sur la famille, raconté par Mgr Mark Coleridge

La journée de jeudi a été marquée par une nouvelle fronde des pères synodaux à propos du rapport final, raconte l'archevêque MarK Coleridge d’Australie qui tient un blog sur le synode auquel il assiste en tant qu’évêque de Brisbane.
Son message de jeudi est particulièrement révélateur. Le ton léger, il s'amuse des difficultés techniques du vote avec un matériel qui a très mal fonctionné pour le tiers européen de la salle, et rapporte les plaisanteries entraînées par ces dysfonctionnements.
Plus gravement, il a indiqué que le texte du rapport final remis au Pères synodaux était en italien alors même que certains évêques et même certains cardinaux ne le parlent pas du tout, ou ne le maîtrisent pas assez pour pouvoir répondre à des questions complexes qui leur sont soumises. Il fait remarquer que le texte d’ouverture du synode du cardinal Erdö était italien : ce n'est que grâce à l'embauche de traducteurs professionnels par les évêques américains que les autres pères du Synode ont pu y avoir accès.
« La rigolade à recommencé », raconte-t-il, « lorsque le cardinal Baldisseri nous a dit que le projet de rapport final était un texte tellement sensible et super-secret que nous ne pouvions même pas l'emporter chez nous le soir. Il y a eu un sérieux remue-ménage dans la salle. On sentait venir les huées. Percevant la mutinerie, le Secrétaire général a changé d'avis : nous pourrions emporter le texte chez nous mais il était “pour nous yeux seulement”. Pas un souffle à quiconque. Personne ne devait même savoir que nous avions le document. Ce qui explique l'hypersensibilité du cardinal, je suppose, ce sont les fuites qui ont accompagné le synode l'an dernier et qui ont troublé les premiers jours de celui-ci. »
Mgr Coleridge poursuit en racontant une autre anecdote, d'autres rires au synode et qui ont donné lieu à des épisodes « hilarants » lors d'erreurs dans la remise du micro à ceux qui, vendredi matin, voulaient présenter des amendements. Alors que les questions débattues le sont d’une manière si inquiétante pour l’Eglise, un esprit de détente semble avoir gagné le synode. Plusieurs évêques, dépassant leur temps de parole, ont eu le micro coupé.
On sait maintenant que samedi matin le texte final sera lu, à haute voix, dans la salle du Synode. En italien, une fois de plus ? Tous les évêques seront en tout cas invités à voter sur chacun des paragraphes, « espérant comme l’enfer que la technologie sera au point cette fois », dit Mgr Coleridge. Je vous laisse avec sa conclusion :
« Le pape François sera devant, avec sa face impassible de joueur de poker, absorbant tout et se demandant que faire de tout cela. Je ne doute pas un instant qu’il a déjà quelques idées. Il n’est rien sinon un stratège. Fera-t-il un discours de conclusion samedi soir ? Je l’espère, mais il peut bien penser que son discours historique de samedi a bien suffi. Nous verrons. »

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Divorcés remariés : la solution du « for interne » mise en avant au synode

La publication catholique anglaise The Tablet met en avant l’émergence d’une nouvelle idée au synode qui permettrait l’accès des divorcés « remariés » à la communion : celle du « for interne ». Le Vatican (la Salle de presse, suppose-t-on) a même proposé jeudi une note aux journalistes pour leur dire de quoi il s’agit : le for externe concerne les actes publics de l’Eglise, dans les domaines du droit canonique et de l’autorité par exemple, alors que le for interne concerne la conscience et la pratique pastorale.
En matière de mariage, le for externe a trait aux questions de nullité éventuelle : un divorcé remarié qui désire communier ne peut le faire sans voir d’abord – for externe – si la déclaration de nullité peut être obtenue.
Assez souvent, il y a de nombreuses raisons pour lesquelles cette option n’est pas possible de telle sorte que la solution interne devient une possibilité. Avec l’aide d’un prêtre, l’individu forme sa conscience sur la validité du premier mariage ou son échec. Par nature le for interne est confidentiel et « basé sur un jugement pastoral, une décision qui est prise par le prêtre approprié ».
Il est donc possible, selon la note citée indirectement par The Tablet, que l’individu puisse recommencer à communier à l’issue de ce processus de discernement.
Ce sont les évêques allemands qui ont proposé cette solution pour trouver une voie de sortie : elle dispense les divorcés remariés des « voies pénitentielles » et elle n’affecte pas la doctrine sur l’indissolubilité du mariage, note le journal.
Le cardinal Oswald Gracias – déjà cité dans le précédent post – a indiqué lors de la conférence de presse de jeudi que cette idée avait déjà été mise en avant par le théologien moraliste allemand Bernard Haring en 1970. Elle avait rencontré l’hostilité des « conservateurs ».
La question a de nouveau été soulevée quelques années plus tard par The Tablet qui s’était attirée une réponse vigoureuse du cardinal Ratzinger, alors préfet de la Congrégation pour la doctrine de la Foi, rejetant tout recours au for interne, alors que le journal assurait qu’il y était favorable.
The Tablet affirme qu’aujourd’hui, de nombreux diocèses du monde occidental ont déjà adopté cette solution, que ce soit au confessionnal ou de façon privée.
Il affirme encore qu’un nombre « énorme » de personnes ne sont pas en mesure d’essayer d’obtenir une annulation, et que cette situation perdurera malgré les décisions prises par le pape François pour accélérer la procédure parce que l’obtention d’une annulation sera trop difficile pour ceux qui ne pensent pas pouvoir démontrer que leur premier mariage était invalide.
D’autres – c’est encore le journal qui parle – « croient fortement que leur premier mariage a été un échec et est mort, plutôt que d’avoir été d’emblée nul ou invalide. Au lieu de cela ils reçoivent l’Eucharistie après un profond examen de conscience, avec l’aide d’un guide spirituel. »
Le cardinal Gracias a indiqué que l’Eglise recherche encore « un chemin ».
Sandro Magister publiait en décembre 2011 une note à propos d’une démarche du pape Benoît XVI qui a fait republier cette année-là dans L'Osservatore Romano deux textes : un essai qu’il avait publié en 1998 sur la question, complété d’une note de 2005. Il y rappelait l’impossibilité de la communion pour les divorcés remariés mais s’interrogeait pour des cas exceptionnels sur la question du for interne, liée à la situation des chrétiens non croyants engagés dans un mariage sacramentel, et à leur absence de foi qui « appartient à l’essence du sacrement » (question curieuse : un mariage entre un catholique croyant et un non croyant affirmé qui veut s’y engager comme le veut l’Eglise est bien un mariage sacramentel).
« La situation est particulièrement douloureuse pour les personnes qui se sont mariées à l’Église, mais qui ne sont pas vraiment croyantes et qui l’ont fait par tradition, puis ayant contracté un nouveau mariage non valide, se convertissent, trouvent la foi et se sentent exclues du Sacrement. C’est réellement une grande souffrance et, lorsque j’étais préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi, j’ai invité plusieurs conférences épiscopales et spécialistes à étudier ce problème : un sacrement célébré sans foi », ajoutait-il en 2005 en évoquant cette question oralement avec les prêtres du diocèse d’Aoste.
Mais il ajoutait aussitôt :
« Je n’ose pas m’avancer en affirmant que l’on puisse trouver ici réellement un motif d’invalidité parce qu’il manquait une dimension fondamentale au mariage. Je le pensais personnellement, mais à la suite des discussions que nous avons eues, j’ai compris que le problème est très difficile et doit être encore approfondi. »
C’est une marche arrière sur le texte de 1998, même si cela n’exclut pas que dans certains cas un époux puisse avoir la certitude morale de n’avoir pas été validement marié lors d’une première union : il s’agit de dire que cela est délicat et compliqué. On lira avec profit la réponse d’un dominicain à une proposition en ce sens du P. Garrigues en juin dernier (à la fin d’un autre article de Sandro Magister).
La proposition des cardinaux allemands au synode est en revanche un pas en avant, invoquant bien plus largement la question du for interne, le faisant peut-être même au nom de ces quelques idées émises avec prudence et assez rapidement remises en question par le pape Benoît XVI puisqu’on en est à parler dans un journal comme The Tablet du nombre « énorme » de personnes qui ne sauraient obtenir une déclaration de nullité ou, pire encore, qui considèrent leur premier mariage comme ayant existé mais « mort ».


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Synode : le cardinal Oswald Gracias dit à propos des divorcés « remariés » que les circonstances ont changé depuis “Familiaris consortio”


Lors de la conférence de presse dela mi-journée au synode sur la famille jeudi, le cardinal Oswald Gracias, membre du « G9 » du pape François, a répondu à une question sur la décentralisation dans l’Eglise posée par George Buscemi de Campagne-Québec-Vie. Ce prélat très proche du pape a indiqué que les différentes zones du monde étaient confrontées à des problèmes très différents et qu’il pouvait être sain de laisser les conférences épiscopales se pencher sur ceux qui les concernent le plus directement. Il a ainsi évoqué celui des divorcés « remariés », plus présent en Europe notamment, en indiquant que des solutions de soins pastoraux pourraient être recherchées dans ce cadre.
« Il pourrait être question des possibilités d’annulations et de rectifications des mariages », a-t-il suggéré.
« Ce synode ne fait pas de doctrine, il cherche l’approche pastorale (…) », a-t-il noté plus loin, ajoutant qu’il souhaitait voir le texte final à la rédaction duquel il collabore saura refléter les préoccupations de chacun tout en donnant une « direction pastorale » acceptable pour tous.
A la question des divorcés remariés, il a répondu :
« Familiaris consortio a abordé de nombreux problèmes, mais il date du temps de saint Jean-Paul II. Le monde a changé, et même beaucoup. C’est pourquoi les défis eux-mêmes ont changé. (…) Familiaris consortio date du début des années 1980 et naturellement nous ne dirons pas la même chose. Il y aura beaucoup de références à Familiaris consortio. Je crois que saint Jean-Paul II avait déjà (…) donné une certaine ouverture, dans le n° 84 qui est souvent cité et qui disait qu’on ne pouvait pas considérer chaque cas de la même manière. Il a donné une indication. (…) C’est toute l’idée du synode : comment faire face à ce défi d’aujourd’hui, la doctrine restant la même, le principe de la foi restant le même, nous devons… Certainement l’indissolubilité est un grand don qui nous a été donné par Dieu, nous l’avons tous dit, très clairement, et nous n’avons répété – mais comment pouvons-nous cependant aider les gens dans un nouveau climat sociologique, économique, politique, et aussi idéologique : comment y répondre ? Ce ne sera pas la même chose, mais la doctrine, naturellement, ne sera pas changée. »
C'est le leitmotiv commun à tous, cardinal Kasper compris : la doctrine ne changera pas !

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22 octobre, 2015

Où Mgr Simon Aquila de Denver demande si Thomas More et John Fisher sont morts pour rien

Mgr Simon Aquila, évêque de Denver, Colorado, a publié un blog à l’occasion du synode, pour demander si Thomas More et John Fisher sont morts pour rien. Je vous en propose ici la traduction. – J.S.

Mgr Simon Aquila
L'idée selon laquelle les catholiques devraient avoir la permission de se remarier et de recevoir la communion ne date pas de la lettre signée par le cardinal Kasper et d'autres membres de l'épiscopat allemand en 1993. Un autre épiscopat, celui de l'Angleterre, a été le pionnier de expérience proposée dans un cadre chrétien il y a près de 500 ans. Ce qui était alors en cause, ce n'était pas seulement de savoir si n’importe quel catholique pouvait se remarier, mais de savoir cela était permis au roi, puisque sa femme ne lui avait pas donné de fils.
De même que ceux qui réclament la communion pour les divorcés civilement remariés, les évêques étaient mal à l’aise à l’idée d’approuver carrément le divorce et le remariage. Ils ont choisi plutôt de tordre la loi afin de la mettre en adéquation avec les circonstances individuelles du dont ils avaient a juger : le roi Henri VIII obtint une annulation, sur un fondement frauduleux, et sans l’approbation de Rome.
Si « l'héroïsme n'est pas fait pour le chrétien moyen », comme l'a dit le cardinal allemand Walter Kasper, il n'était certainement pas fait pour le roi d'Angleterre. Ce sont plutôt des questions de bonheur personnel et du bien-être du pays qui ont servi d'arguments utilitaristes forts en faveur du divorce d'Henri VIII. Le roi ne pouvait guère se donner la peine de se passer de la communion en raison d'un mariage irrégulier.
 En Angleterre le cardinal Wolsey et tous les évêques du pays, à l'exception de Mgr John Fisher de Rochester, soutinrent la tentative du roi de défaire son premier mariage légitime. Tout comme Fisher, Thomas More, laïc et chancelier du roi, refusa de lui apporter son soutien. Tous deux ont été martyrisés – et, plus tard, canonisés.
En affirmant publiquement que le mariage du roi était indissoluble, Fisher soutenait que « ce mariage du roi et de la reine ne peut être dissous par aucun pouvoir, qu'il soit humain ou divin ». Pour défendre ce principe, dit-il, il était prêt à donner sa propre vie. Il poursuivit en notant que Jean-Baptiste n'avait pas trouvé de manière plus glorieuse de mourir qu’en défendant du mariage, bien que le mariage « ne fût alors pas aussi saint qu'il l'est aujourd'hui devenu par le sang versé du Christ ».
Tout comme Thomas More et Jean-Baptiste, Fisher a été décapité, et tout comme eux, on l’appelle « saint ».
Au synode sur la famille qui se tient actuellement à Rome, nombre d’évêques allemands et leurs soutiens font pression pour que l'Église permette à ceux qui sont à la fois divorcé et remarié puissent recevoir la communion, tandis que d'autres évêques venus de toutes les régions du monde insistent sur le fait que l'Église ne peux pas changer l'enseignement du Christ. Voilà qui suscite cette question : les évêques allemands pensent-t-ils que saint Thomas More et saint John Fisher ont fait le sacrifice de leur vie en vain ?
Jésus nous a montré tout au long de son ministère que le suivre exige un sacrifice héroïque. Lorsqu'on lit l'Évangile avec un cœur ouvert, un cœur qui ne met pas le monde et l'histoire au-dessus de l'Évangile et de la Tradition, on voit combien coûte le fait d'être disciple à chaque disciple qui est appelé. Les évêques allemands feraient bien de lire Vivre en disciple, le prix de la grâce par le martyr luthérien, Dietrich Bonhoeffer. Car ce dont ils font la promotion, c'est la « grâce à bon marché » plutôt que la « grâce acquise à grand prix », et ils semblent même ignorer les paroles du Christ selon lesquelles « quiconque veut me suivre doit renoncer à soi-même, prendre sa croix et me suivre ».
Pensez par exemple à la femme adultère que les Pharisiens présentèrent au Christ pour le piéger. La première chose qu'Il fit, ce fut de la protéger de ses accusateurs, et la deuxième fut de l'appeler à abandonner son péché. « Va », commanda-t-Il, « et ne pêche plus ».
En suivant les paroles du Christ lui-même, l'Eglise catholique a toujours enseigné que le divorce et le remariage ne sont que l'adultère sous un autre nom. Et puisque la communion est réservé aux catholiques en état de grâce, ceux qui vivent dans une situation irrégulière ne peuvent pas participer à cet aspect de la vie de l'Église, alors même qu'ils doivent toujours être accueillis au sein de la paroisse, et à la messe elle-même.
En mai dernier, le cardinal Kasper a déclaré lors d'un entretien avec Commonweal que « nous ne pouvons pas savoir s'il s'agit d'un adultère permanent » lorsqu'un chrétien divorcé repentant continue d'avoir des relations sexuelles au d'une nouvelle union. Au contraire, il pense que l'absolution est possible.
Et pourtant le Christ a clairement qualifié leur mariage d'adultère et Il a dit que l'adultère est un péché. Dans le cas de la Samaritaine, Jésus a également confirmé que le remariage ne peut être valide, même lorsque ce mariage est rempli de sentiments sincères dans un cadre de fidélité.
Lorsqu'on ajoute au tableau le fort taux d'échec des remariages qui suivent un divorce, nul ne saurait dire jusqu'où pourrait conduire le raisonnement du cardinal Kasper. Par exemple : la communion sacramentelle ne doit-elle être permise qu'à ceux qui se sont remariés une seule fois ? Qu’en est-il de ceux qui se seraient remarié deux fois, ou trois fois ? Et il est évident que les arguments avancés pour assouplir l'interdiction du Christ par rapport au mariage pourrait également servir par rapport à l'utilisation de la contraception, ou n'importe quel autre aspect de la théologie catholique que ce monde moderne et autoréférentiel considère comme difficile.
Prédire la direction où cela mènerait ne relève pas de la connaissance de l’avenir, mais de la simple observation du passé. Il nous suffit de regarder l'Eglise anglicane, qui a ouvert la porte à la contraception au 20e siècle avant de l'embrasser tout à fait, et qui depuis plus d'une décennie a autorisé le divorce et le remariage dans certains cas.
Le plan B des évêques pour faire les choses comme ils l’entendent en Allemagne, même s'il va à l'encontre de l'enseignement de l'Eglise, est entaché des mêmes erreurs. Et il a des relents inquiétants – qui font un peu penser à l’anglicanisme. Considérez les paroles du président de la Conférence des évêques d'Allemagne, le cardinal Marx, cité dans le New Catholic Register comme ayant dit que l'Église d'Allemagne pourra bien rester en communion avec Rome quant à la doctrine mais qu'en termes de soins pastoraux pour les cas individuels, « le synode ne peut prescrire en détail ce que nous devons faire en Allemagne ». Henri VIII aurait très probablement été d'accord.
« Nous ne sommes pas simplement une filiale de Rome », soutenait le cardinal Marx. « Chaque Conférence épiscopale est responsable du soin pastoral au sein de sa culture et doit proclamer l'Evangile à sa propre façon, unique. Nous ne pouvons attendre qu’un synode déclare quoi que ce soit, puisqu'il nous appartient d'assurer le ministère du mariage et de la famille ici. »
 Les Anglicans étaient eux aussi était à la recherche d'une telle autonomie, même si c'était au prix d’une division interne de plus en plus importante, et du dépeuplement progressif de leur communauté.
Il est indéniable que l'Église doit chercher à toucher ceux qui sont en marge de la foi et de la miséricorde, mais la miséricorde dit toujours la vérité, elle ne justifie jamais le péché, elle reconnaît que la croix est au cœur de l'Évangile. On pourrait rappeler que saint Jean Paul II – qualifié par le pape François de pape de la famille lors de sa canonisation – a beaucoup écrit sur la miséricorde, consacrant une encyclique entière au sujet et en établissant la fête de la Divine Miséricorde. Pour St Jean-Paul II, la miséricorde était un thème central, mais qu'il fallait aborder dans le contexte de la vérité et de l'Ecriture, et non contre lui.
A propos du mariage et de bien d'autres questions, personne ne dirait que l'enseignement de l'Eglise, qui est celui du Christ, soit facile. Mais le Christ lui-même n'a pas accepté de compromettre les enseignements fondamentaux afin d'empêcher ses disciples de le quitter, que ce soit à propos de l'Eucharistie ou du mariage. John Fisher n'a pas non plus accepté de compromission afin que le roi restât catholique.
Nus n'avons pas besoin d’aller chercher plus loin que les mots du Christ et de saint Pierre dans le 6e chapitre de l'Evangile de Saint-Jean pour trouver un modèle : un passage qui nous rappelle que l'enseignement sur l'Eucharistie est souvent difficile à accepter y compris pour ceux qui croient :
« “C'est l'Esprit qui vivifie; la chair ne sert de rien. Les paroles que je vous ai dites sont esprit et vie. Mais il y en a parmi vous quelques-uns qui ne croient point.” Car Jésus savait, dès le commencement, qui étaient ceux qui ne croyaient point, et qui était celui qui le trahirait. Et il ajouta: “C'est pourquoi je vous ai dit que nul ne peut venir à moi si cela ne lui a été donné par mon Père.” Dès ce moment, beaucoup de ses disciples se retirèrent, et ils n'allaient plus avec lui. 
« Jésus donc dit aux Douze : « Et vous, ne voulez-vous pas aussi vous en aller ?” 
« Simon-Pierre lui répondit : “Seigneur, à qui irions-nous ? Vous avez les paroles de la vie éternelle.” »
En tant que disciples nous sommes toujours appelés à écouter la voix de Jésus avant d'écouter celle du monde de la culture ou de l'histoire. La voix de Jésus répand la lumière sur l’obscurité du monde et des cultures. Prions pour que tous ceux qui sont impliqués écoutent ces paroles de vie éternelle, quelle que soit leur difficulté ! »
+ Simon Aquila
Archevêque de Denver



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