12 septembre, 2012

Canada : une “ministre” protestante doit choisir entre célébrer des “mariages” gay ou partir

Jay Brown
Une « ministre » de l'« Eglise du Christ » – l'église protestante Church of Christ – qui assure depuis quinze ans les cérémonies de mariage civil à la mairie de la ville de Cambridge, Ontario, a été priée de célébrer des « mariages » homosexuels, sans quoi elle ne pourra plus remplir sa fonction. Cela a été décidé par huit voix contre une lors du conseil municipal qui a eu lieu lundi soir.

En droit canadien, il est possible pour se marier de choisir entre une cérémonie religieuse et une cérémonie civile, cette dernière ne revêtant pas de forme particulière. La « révérende » Jay Brown a été engagée il y a quinze ans pour officier en ces occasions, et elle y met toujours beaucoup de cœur, allant jusqu'à payer de sa poche fleurs et musique pour donner un peu de solennité.

Mise devant ce choix impossible, elle a répondu que sa foi chrétienne ne lui permettait pas de célébrer des mariages homosexuels, et son église pas davantage.

Elle est pourtant accommodante. Les rares fois où, depuis la légalisation du « mariage » gay, on lui a demandé une telle cérémonie, elle s'est assurée que les candidats puissent se « marier » à Cambridge, en les aiguillant vers l'autre personne rémunérée par la municipalité pour célébrer les mariages civils et qui elle, n'y voit pas d'inconvénient. Et comme le souligne Jay Brown, elle n'est pas salariée de la Ville, mais engagée par contrat, tout comme l'autre célébrant à qui l'on pourrait tout simplement assigner la mission de s'occuper des « mariages » gays.

Le plus remarquable, c'est que hormis la conseillère municipale qui a lancé le pavé dans la mare, Donna Reid, tout le monde était satisfait de la situation et il semble même que lors du conseil de lundi soir, les uns et les autres ne comprenaient pas bien où était le problème. Mais telle est la pression de la pensée unique que seul un conseiller, Nicholas Ermeta, a fini par voter contre la motion mettant Jay Brown dans l'obligation de choisir, d'autant que tous ceux qui ont fait appel à ses services en ont toujours été tout à fait ravis.

Plusieurs activistes anti-sida et des communautés LGBT en ont fait pourtant une affaire de principe, qualifiant par exemple de « déplorable » le fait de vouloir confier la célébration des unions gays à un seul officiant.

Thaddeus Baklinski, de LifeSite, signale que cela va dans le sens de ce que pressentent bien des commentateurs. Cette volonté de contraindre des ministres ou pasteurs chrétiens à célébrer des unions homosexuelles dépasse une simple question de « normalisation » ou d'égalité de droits, note-t-il.

« Les activistes gays demandent souvent aux chrétiens en quoi le “mariage” gay peut bien leur faire du tort », commente Eric Metaxas de Breakpoint.org : pour lui, vouloir obtenir une reconnaissance totale du « mariage » gay est avant tout une tentative de détruire la liberté religieuse et la liberté d'expression. Et c'est un tort évident.

Et de fait de nombreuses procédures sont engagées au Canada contre des institutions chrétiennes, des responsables et de simples fidèles qui ont osé manifester leur opposition au “mariage” des homosexuels.

• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner

© leblogdejeannesmits

11 septembre, 2012

Sauvées par un bracelet pro-vie

L'histoire se passe à Mankato, Minnesota. Et dans la morosité ambiante, elle me plaît mieux, ce soir, que les mauvaises nouvelles que je pourrais hélas vous donner des avancées de la culture de mort. Celle-ci – cette histoire – prouve que rien n'est jamais perdu. Que les solutions ne sont pas toujours là où nous les attendons. Que Dieu – « ami des hommes » comme le dit la liturgie orientale – répond à nos élans, et parfois de manière bien tangible !

Donc, Mankato, Minnesota, un parking de Walmart. Rachel vient de faire ses courses et de charger sa voiture. Arrivée chez elle, elle s'aperçoit qu'elle n'a plus le bracelet rouge avec l'inscription « VIE » – « LIFE » acheté quelque temps plus tôt, et qui lui rappelait son engagement de prier quotidiennement pour le respect de la vie. Elle cherche partout : dans sa chambre, dans sa voiture, se souvient qu'elle l'avait encore en sortant de faire ses courses au supermarché. Il n'y a qu'une solution : il a dû tomber lorsqu'elle traversait le parking. Tant pis ! Elle se contente d'espérer qu'il servira à la personne qui le trouvera.


Dix mois plus tard, la jeune femme, qui a décroché entre-temps un emploi comme serveuse dans l'établissement local d'une chaîne de restaurants italiens, aperçoit une cliente avec un bébé tout petit : la jeune maman a quelque 25 ans, un ravissant sourire, semble un peu timide. Rachel lui souhaite la bienvenue, lui dit que sa toute petite fille est très jolie et bien paisible dans son siège bébé. Puis elle voit que la cliente porte un bracelet « LIFE », exactement comme le sien. « Alors, vous portez un Life-Band ? », dit-elle. « Je l'ai trouvé sur un parking », répond la cliente.

La jeune maman semble vouloir en parler.

Car c'est le bracelet qui a sauvé la vie de son bébé.

Et bien sûr, le bracelet, elle l'avait trouvé dix mois plus tôt, sur le parking du Walmart où Rachel venait de perdre le sien…

Ce jour-là, elle était totalement désemparée. Elle venait d'apprendre qu'elle était enceinte. Son petit ami l'avait aussitôt abandonnée. L'avortement semblait être la seule solution, et il était programmé pour dans deux jours. Terrifiée à l'idée de le subir, la jeune femme en détresse était allée faire des courses juste pour se distraire, pour ne plus y penser. En voyant le bracelet avec le mot « LIFE » par terre, elle n'avait pu s'empêcher de le ramasser et de le fourrer dans son sac.

Mais elle n'y pensa plus avant de rentrer chez elle. Seule, assise sur son lit, pleurant à l'idée de l'avortement qu'elle allait subir, ne sachant pas quoi dire à ses parents, elle se souvint tout d'un coup du bracelet, et le prit dans ses mains. Et s'endormit. Au beau milieu de la nuit, elle se réveilla soudain. Un seul mot s'imposa à elle, « dans sa tête et dans son cœur » : « LIFE. » Le matin, elle annula son rendez-vous pour l'avortement. Le bébé qui était à côté d'elle était une rescapée. Elle aussi, d'ailleurs…

Bien sûr, les deux jeunes femmes – ne pensant ni au restaurant, ni à la commande, ni au service – pleuraient à chaudes et douces larmes. Rachel, entre deux sanglots, expliqua comment elle avait perdu son bracelet « LIFE » dix mois plus tôt, exactement où son interlocutrice l'avait trouvé. Et la jeune maman lui répondit :

« Merci. Si vous n'aviez pas perdu votre bracelet, je n'aurais pas ce beau bébé à côté de moi. »

• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner

© leblogdejeannesmits

France : Christiane Taubira présente le projet de “mariage” homosexuel

Non à l'objection de conscience, prévient le ministre

Tout en annonçant un important « travail de réflexion et d’élaboration du projet de loi » de légalisation du « mariage » des couples homosexuels au cours d’« auditions conduites dans un esprit de grande franchise et de grande écoute », le garde des Sceaux a déjà une religion toute faite sur le sujet. L’égalité, l’égalité et encore l’égalité sera la seule notion déterminante dans ce pseudo-débat et au bout du compte elle fera taire toutes les oppositions, a en substance déclaré Christiane Taubira en présentant les intentions du gouvernement à La Croix :

« Nous sommes bien conscients de toutes les dimensions philosophiques et anthropologiques entourant le mariage. Mais nous estimons qu’elles ne peuvent venir percuter l’exigence d’égalité. C’est à cela, à cette exigence d’égalité, que nous satisfaisons avec ce projet de loi. »

Alors, qu’elle promette ou qu’elle ne promette pas de « discuter » avec les associations favorables ou hostiles au « mariage » gay – qu’elle appelle « le mariage pour tous » –, les « représentants des cultes », etc., le contenu du texte de loi qui sera déposé d’ici à la fin du mois d’octobre avec toute la force d’un projet de loi gouvernemental promis explicitement au cours de la campagne présidentielle, est déjà largement fixé.

Il s’inscrit profondément dans le refus de toute « discrimination » considérée comme un mal en soi, et rejoint un mouvement de fond qui progresse toujours davantage sur le plan international. D’ici à deux semaines, l’Assemblée générale de l’ONU, lors de sa 67e session annuelle, sera invitée à ajouter en droit international « l’orientation sexuelle » et « l’identité de genre » aux catégories contre lesquelles la « discrimination » est interdite, avertit Austin Ruse de l’organisme de veille catholique sur les institutions internationales, C-Fam. C’est cette notion qui est utilisée pour promouvoir le mariage homosexuel, pour imposer l’adoption homosexuelle. N’imaginons pas que l’affaire est marginale et ne concerne que les homosexuels entre eux : outre l’intérêt des enfants – que Mme Taubira prétend avoir pour première préoccupation – il y va des droits de ceux qui refusent ces aberrations pour des motifs éthiques et religieux. En Angleterre, les organismes d’adoption catholiques ont déjà été sommés de choisir entre fermer leurs portes ou fournir leur prestation à des demandeurs homosexuels.

Les prises de position de Mme Taubira laissent entrevoir un même radicalisme. Elle a d’ores et déjà averti, en termes impérieux, que la loi ne prévoirait aucune objection de conscience de la part des maires et officiers publics qui « représentent l’Etat lorsqu’ils célèbrent un mariage ». « Nous sommes dans un Etat de droit, le code civil va être modifié, il s’impose à tous, y compris aux maires », a-t-elle martelé.

Christiane Taubira est consciente de présider à « une révolution sociétale, mais aussi juridique ». En même temps, peut-être pour tenter de faire plus facilement avaler la pilule, elle a annoncé trois limites aux droits des homosexuels « mariés ». Ils ne bénéficieront pas d’une présomption de « parentalité » (la « paternité », ça ne colle plus !), devant passer par la procédure d’adoption pour obtenir des droits parentaux sur l’enfant biologique de leur « époux ». Le projet de loi, en l’état actuel, n’entend pas non plus leur ouvrir l’accès à la procréation médicalement assistée auquel ont droit, dans certaines conditions, les couples « hétérosexuels » : infertilité de l’un ou de l’autre ou existence d’une pathologie grave. Enfin, la légalisation de la « gestation pour autrui » – mères porteuses – n’est pas à l’ordre du jour.

Cependant, par une décision datant de mars 2012 (Valérie Gas contre la France), la Cour européenne des droits de l’homme a fait comprendre qu’à statut égal doivent correspondre des droits égaux. Ainsi entrevoit-on qu’un couple d’homosexuels « marié » satisfaisant à l’une des conditions actuellement en vigueur pour accéder à la procréation médicalement assistée ne pourrait se la voir refusée sous peine de voir le refus condamné par la Cour européenne. On pourrait même aller plus loin, en faisant de l’infertilité de nature des couples homosexuels un motif valable entrant dans le cadre actuel de la loi française. Quant à la « parentalité » présumée, elle existe de plein droit pour les couples mariés : pourra-t-on en exclure longtemps les « époux » gays ?

Pour ce qui est des mères porteuses, la France résiste encore. Mais l’expérience prouve – aux termes d’une enquête menée par le site australien d’informations pro-famille MercatorNet – que la légalisation de l’adoption homosexuelle dans un pays s’accompagne toujours d’un accroissement de la demande de ces services dans des pays plus accommodants avec des femmes suffisamment pauvres pour se laisser exploiter de la sorte.

Mme Taubira a choisi de s’exprimer dans La Croix, c’est tout un symbole. Elle sait que la résistance sera d’abord religieuse même si elle ne se fonde pas sur des exigences confessionnelles. L’éditorial de Dominique Greiner en dit long lui aussi : le journaliste demande à juste titre qu’on sorte du « domaine émotionnel » pour penser d’abord au « bien commun », à la « dimension sociale du mariage » et à la « différence sexuelle », mais il craint déjà que « certains catholiques » ne soient « tentés de faire valoir de manière plus démonstrative leur opposition, quitte à tomber dans la caricature ».

C’est vraiment ça, le danger qui guette la France ?

Cet article a paru dans Présent daté du 12 septembre.

• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner

© leblogdejeannesmits

10 septembre, 2012

Fécondation “in vitro” : la pression monte sur le Costa Rica

Dans la procédure en cours pour tenter d'imposer au Costa Rica la légalisation de la fécondation in vitro, trois juges de la Cour interaméricaine des droits de l'homme – l'équivalent, en gros, de la Cour européenne des droits de l'homme – ont mené une audience publique où ils ont clairement, et même de manière goguenarde, affirmé leurs préjugés. Tout montrait que leur opinion était faite : la manière d'interroger les représentants du gouvernement costaricain, leurs commentaires, leurs mauvaises blagues. Pour Rita Chaves, secrétaire de l'Assemblée législative du Costa Rica, qui a assisté aux séances des 5 et 6 septembre, la partialité des juges ne fait pas de doute, ainsi qu'elle l'a fait savoir en publiant un communiqué à l'issue de  la dernière audience.

« A l'expert juridique, ils ont posé des questions scientifiques ; à l'expert juridique, des questions scientifiques : leur objectif évident était d'embrouiller et de décontextualiser leurs réponses », a-t-elle noté. Et en écoutant les représentants du Costa Rica parler, les juges ne se sont pas privés de gesticuler pour montrer leur désaccord ; quand ils ont évoqué le fait que la fécondation in vitro aboutit à la destruction de nombreux embryons, les juges se sont carrément moqués d'eux.

La même élue costaricaine a observé que la salle où se déroulaient les audiences et le salle contiguë où on pouvait les suivre étaient blindées par un public trié sur le volet – des membres d'associations favorables à la fécondation in vitro et toutes les personnes participant actuellement à une session de formation organisée par la Cour. Les personnes réclamant le droit à la fécondation artificielle étaient aussi présentes, entourées de nombreux proches selon les officiels de la Cour. La presse avait aussi été convoquée en grand nombre. En revanche, Rita Chaves a eu le plus grand mal à obtenir le droit d'entrer…

Tout cela pour voir le président de la Cour, Diego Garcia Sayan, la juge jamaïcaine Margarette May Macauly et l'Uruguayen Alberto Perez Perez manifester ostensiblement leur soutien à l'avortement et aux techniques de procréation artificielle…

Le directeur du Population Research Institute pour l'Amérique latin, Carlos Polo, a fait remarquer que si la Cour juge avec la partialité dont on fait preuve ces juges à l'audience, les lois et constitutions protégeant la vie qui restent en vigueur en Amérique latine seraient en grand danger  : « Ainsi, on laissera le champ libre aux organisations internationales abortistes et cette protection de l'enfant à naître risque d'être renversée », a-t-il observé.

Sans compter que la Cour interaméricaine, ce faisant, outrepasserait sa compétence, puisqu'il lui revient uniquement de se prononcer sur les droits que protège la convention américaine des droits de l'homme, la Pacto de San José. Ni celle-ci, ni aucun instrument international, a-t-il ajouté, ne peut être interprété de manière à imposer au Costa Rica d'autoriser et de réguler la fécondation in vitro.


• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner

© leblogdejeannesmits

08 septembre, 2012

Espagne : l'Eglise continue de récuser une professeur de religion mariée à un homme divorcé

Resurreccion Galera, professeur de religion dans un collège de la ville andalouse d'Almeria, ne retournera pas devant les classes en cette rentrée 2012. Ainsi en a décidé l'évêché d'Almeria malgré un jugement du tribunal constitutionnel qui avait donné tort aux autorités diocésaines d'avoir remercié la jeune femme en 2002 alors qu'elle venait de se marier civilement avec un homme divorcé, Johannes Romes. C'est par communiqué que l'évêché a fait savoir à la presse que Mme Galera n'avait pas reçu de « mission canonique » lui permettant d'enseigner cette matière.

L'affaire se poursuit ainsi depuis dix ans sans être résolue. Fin avril dernier, la jeune femme avait bénéficié d'un jugement ordonnant sa réintégration, mais jusqu'au 31 août seulement : le diocèse a fait appel mais Resurreccion Galera aussi, ne s'estimant pas satisfaite par la mesure. Il faut cependant savoir que celle-ci n'était titulaire que d'un contrat temporaire d'un an lorsqu'elle avait été renvoyée initialement en 2002.

Si le tribunal avait donné raison à Mme Galera, fût-ce partiellement, c'est au nom de son droit de ne pas subir de « discrimination » du fait de sa situation, de sa liberté idéologique et de son droit à l'intimité de sa vie privée et familiale.

Le diocèse, lui, continue d'arguer « qu'il est parfaitement constitutionnel que ne puisse dispenser des cours de religion et de morale catholiques celui qui ne professe pas volontairement les dogmes de cette foi religieuse ». Il invoque également le fait que les accords Eglise-Etat conclus en Espagne en 1979 prévoient que le ministère de l'Education ne peut engager un professeur de religion si ce n'est sur proposition préalable de l'autorité ecclésiastique.

On attend maintenant le résultat des recours introduits.

Tout ça… pour ça :



• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner

© leblogdejeannesmits

06 septembre, 2012

“Mariage” homo : discrimination, le mot qui tue

Prenant tout le monde de court, Jean-Marc Ayrault a annoncé à la sortie du premier Conseil des ministres de la rentrée, le 22 août, que le projet de loi visant à légaliser le « mariage » et l’adoption allait être déposé dès la fin du mois d’octobre. Une contre-proposition, par laquelle les Verts cherchent à s’imposer dans le débat en prenant à leur tour les socialistes de court, a été déposée sur le bureau du Sénat le 27 août (voir notre numéro de mardi). L’histoire s’accélère. Il ne reste au mieux qu’une cinquantaine de jours avant que la machinerie lourde du projet gouvernemental, assuré – a priori – de la majorité absolue au Parlement, soit mise en mouvement.

La mobilisation contre le « mariage » ouvert aux couples de même sexe, c’est ici et maintenant. Par tous les moyens. Tout ce qui ira contre, tout ce qui voudra empêcher cette loi folle, sera bon à prendre et à saluer.

Il faudra se méfier des mots. Le débat, tel qu’il doit se tenir, tel qu’il faudra l’exiger afin que l’on puisse parler en toute vérité d’une question que les gros médias, à la remorque de l’agitation mondiale en faveur de la reconnaissance des unions des couples de même sexe, ont réussi à confisquer, se jouera sur une notion clef : celle de la discrimination.

Et c’est une notion pipée, faussée, dangereuse à manier.

La non-discrimination est aujourd’hui, au cœur de la « morale laïque », une « valeur » qui ne se discute pas, qui s’est médiatiquement imposée, qui est à ce point chargée d’émotion et de bons sentiments que nul ou presque n’ose dire que la discrimination n’est pas toujours un mal. Qu’elle peut être un bien, une nécessité, une prudence.

Avec le refus de la « discrimination à raison de l’orientation sexuelle », aujourd’hui inscrite dans la loi française et aussi, de manière plus agressive encore, dans la Charte européenne des droits fondamentaux, un pas décisif a été accompli pour fausser et confisquer le débat. Celui-ci exige de clarifier d’abord les termes. Je vois avec inquiétude des initiatives et des déclarations contre le « mariage » gay qui s’empressent d’emblée d’affirmer qu’il faut combattre toute discrimination à l’égard des personnes en raison de leur orientation sexuelle. Non pas par mauvaise volonté : c’est une manière, bien entendu, de dire que l’on ne veut pas de mal aux homosexuels que nous respectons et que nous devons aimer en tant que personnes, et approcher avec bienveillance, en voulant leur bien. Mais par une sorte d’automatisme imposé par le langage ambiant : il a fait perdre le sens des mots.

Qu’est-ce que la discrimination ? Littré l’appelait « la faculté de discerner, de distinguer ». Et fait la citation d’un psychologue qui la décrit comme « le fondement de notre intelligence ». Une définition moderne, celle du Larousse, rend compte du glissement de sens actuel : « Fait de distinguer et de traiter différemment (le plus souvent plus mal), quelqu’un ou un groupe par rapport au reste de la collectivité ou par rapport à une autre personne. »

Le fait de s’interdire toute « discrimination », supposée mauvaise parce qu’elle traduit une différence de traitement, à l’égard des homosexuels, c’est déjà accepter de débattre selon les termes imposés, non par « les homosexuels », mais par le lobby qui veut ouvrir l’accès au mariage aux couples de même sexe. C’est le mythe égalitariste. Il a très bien fonctionné en Argentine, par exemple, où, contre la volonté d’une population largement attachée au mariage naturel, traditionnel, normal, le « mariage » gay a été imposé comme le « mariage égalitaire », accessible à tous au nom de la non-discrimination. C’est une logique de plus en plus acceptée dans le domaine juridique. Une notion dangereuse aux conséquences parfois insoupçonnées.

Peut-il être juste de discriminer à l’égard de personnes, de groupes de personnes, d’une religion ? Bien sûr que oui ! Une religion qui prône la mise à mort des apostats peut et doit être discutée ; une secte qui repose sur l’extorsion de fonds et les abus sexuels mérite d’être interdite ; le fait de réserver les postes de fonctionnaires ou de militaires aux nationaux d’un pays est légitime ; interdire l’embauche d’un pédophile condamné pour certains emplois est une mesure de prudence ; refuser l’ordination aux femmes est un droit de l’Eglise catholique ; tant que cela durera, évidemment. Préférer ne pas engager un homosexuel comme assistante maternelle est une liberté – mais à condition de ne pas le dire ainsi, car cela tombe déjà sous le coup de la loi sur la discrimination à l’embauche.

Une discrimination est toujours un choix, et ce choix peut être injuste, méchant, arbitraire. Mais elle est une opération normale et nécessaire de l’intelligence. La nouvelle loi « antiraciste » chilienne, par exemple, moins extrémiste que la nôtre, pénalise les « discriminations injustifiées ».

L’expérience de plusieurs pays plus avancés que la France sur le chemin de l’égalitarisme forcené devrait nous inciter à réfléchir.

Au Royaume-Uni, un couple de chrétiens propriétaires d’une pension de famille qui est aussi son domicile a été condamné pour avoir refusé une chambre à un couple d’homosexuels. Aux Etats-Unis, des procédures s’ouvrent contre des établissements louant des salles pour des mariages qui les ont refusées pour des « mariages » gays. Au Brésil, la loi antiraciste en cours de discussion veut punir de deux ans de prison toute réaction négative à une manifestation d’affectivité d’un couple homosexuel dans tout lieu « ouvert au public » (une église, c’est ouvert au public). Dans les pays scandinaves, en Espagne, des procès ont été intentés contre des prêtres ou des pasteurs qui ont condamné l’acte homosexuel comme moralement mauvais. En France, en application de la loi, il est possible d’être condamné si l’on refuse de louer un appartement à un couple homosexuel en raison de son orientation sexuelle.

Accepter le discours sur la discrimination, c’est se soumettre d’emblée à la dictature du relativisme. C’est ouvrir la porte, demain, à la persécution des religions qui ont un discours moral traditionnel sur le comportement homosexuel.

C’est un danger qu’il ne faut pas minimiser.

Cet article a été publié par le quotidien Présent daté du 7 septembre 2012. Vous a-t-il intéressé ? Faites-le suivre : utilisez l'option « share » ci-dessous.

• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner

© leblogdejeannesmits

La Chine s'accroche à sa politique de l'enfant unique

Nonobstant la demande de plusieurs provinces, le déficit tragique de petites filles éliminées par avortement sélectif ou infanticide et les perspectives sombres d'une population vieillissante, le gouvernement central de la Chine a décidé de ne pas s'engager dans un quelconque assouplissement de la politique de l'enfant unique. Certains gouvernements provinciaux réclamaient la possibilité de permettre la naissance d'un deuxième enfant aux couples si l'un des époux est lui-même enfant unique.

Le directeur de la commission de la population et du planning familial de la province de Guangdong, Luo Wenzhi, a indiqué qu'on n'attendait guère de changement par rapport à cette politique pour le moment, d'autant que les gouvernements locaux n'ont pas le droit d'y toucher de leur propre autorité. Guangdong avait introduit une demande d'assouplissement, rappelle China Daily.

Selon le Center for Strategic and International Studies basé à Washington, la Chine comptera en 2040 27,9 % de personnes âgées de plus 60 ans contre 11,4 % en 2007, tandis que la proportion de personnes âgées de plus de 60 ans par rapport aux personnes actives y passera de 16 pour 100 actuellement à 61 pour 100 en 2050, dans un pays où une majorité de vieillards n'a pas de pension.

Pour autant la Chine continue d'imposer – par tous les moyens, y compris avortements et stérilisations forcés – sa politique de rétrécissement forcené de sa population, et de favoriser ceux qui s'y conforment. Je découvre à l'instant une information publiée début août par China Daily : la province d'Heilongjiang a décidé d'octroyer des aides publiques aux couples de parents qui se sont conformés à la politique de l'enfant unique et dont les deux membres ont plus de 60 ans. Ceux qui ont eu un emploi privé ou qui sont sans emploi y ont bénéficié d'une allocation unique de 3.000 yuan (375 euros).

Au niveau national, la Commission de la population et du planning familial a promis d'améliorer les allocations offertes aux familles rurales ayant adhéré à la politique de l'enfant unique, notamment à l'approche de la retraite : pour les familles urbaines, cela devra attendre puisqu'il est difficile au gouvernement d'allouer des fonds à un groupe aussi important en raison de « l'impératif de la croissance économique », a souligné Lu Jiehua, professeur de sociologie à l'université de Pékin.

Dans la province de Shaanxi, les parents urbains retraités capables de produire leur certificat d'enfant unique reçoivent une allocation mensuelle de 13,25 euros depuis 2011. « Nous ne nous y attendions pas mais sommes heureux de la recevoir comme une marque de respect », commente un fonctionnaire à la retraite.

D'autres allocations sont annoncées, notamment pour les parents dont l'enfant unique est mort ou handicapé de naissance ou par accident.

La population chinoise continue actuellement de croître du fait de son vieillissement.

• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner © leblogdejeannesmits

Veillées pour la vie naissante

Un groupe Facebook c'est créé en vue de renouveler la « veillée pour la vie » que Benoît XVI avait lancée pour le début de l'Avent 2010. Cette année, c'est le samedi 1er décembre. Le groupe est ici.

L'Evangile de la vie y fait écho. On peut y signaler les veillées et initiatives dont on a connaissance : clic.

Et comme en 2010 et 2011, une carte sera ouverte pour repérer la veillée la plus proche : celle de l'an dernier est ici.

Le site est .


• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner

© leblogdejeannesmits

05 septembre, 2012

Implants contraceptifs : mais où sont-ils passés ?

Ce sont des forums et des blogs qui ont révélé un nouveau scandale autour des implants contraceptifs en Angleterre. Le Daily Mail d'aujourd'hui évoque le cas de « centaines » de femmes chez qui le contraceptif de longue durée « Implanon » du fabricant MSD, filiale des laboratoires Merck a été « perdu » : introuvable là où le médecin l'avait glissé sous la peau du bras, il se trouve quelque part dans le corps. Introuvable au moyen d'une radio ou d'une échographie.

Quelque 800.000 femmes britanniques utilisent l'Implanon, selon le département de la Santé : la barrette, grosse comme une allumette, diffuse du progestérone qui inhibe l'ovulation et qui rend l'implantation de l'œuf dans l'utérus plus difficile, ce qui signifie qu'elle peut avoir un effet abortif précoce. Sa durée normale d'efficacité est de trois ans, date à laquelle on le remplace. Mais ses effets contraceptifs (et contragestifs) peuvent se prolonger jusqu'à 5 ans.

Les femmes qui désirent avoir un enfant peuvent demander que l'implant soit enlevé : lors de sa mise en place, on leur explique que la procédure est simple. Mais elle semble connaître des ratés : une forumeuse, Claire T., explique comment cela fait 5 mois qu'elle attend l'enlèvement de son implant – peut-être le trouvera-t-on grâce à une IRM, raconte-t-elle. Mais elle s'inquiète à l'idée qu'on ne le repère jamais.

Nici Davies, elle, s'était fait poser l'implant en 2010. En avril dernier elle a décidé qu'elle voulait avoir un enfant et a pris rendez-vous pour faire ôter l'Implanon. Trois médecins successifs n'ont pas réussi à le trouver, et elle a été prévenue qu'on n'y réussirait peut-être jamais. A 37 ans, elle craint de ne plus avoir aucune chance d'avoir des enfants. « Pourquoi font-ils la promotion des implants chez les femmes plus âgées alors qu'ils savent que cela peut arriver ? », demande-t-elle.

25 % des femmes qui se rendent dans des cliniques de planning familial optent pour l'implant contraceptif en Angleterre, rapporte le Mail, et quelque 10 % des jeunes femmes de 16 à 19 ans le choisissent pour ne pas avoir à penser à prendre la pilule quotidiennement.

Au vu des problèmes de repérage de la barrette, MSD vient de modifier la formule de l'implant, qui dans sa nouvelle version, Nexplanon, est munie d'un applicateur plus adapté (on a connu de multiples cas de grossesse notamment en raison de mauvaises applications de la barrette) et contient du barium qui le rend visible aux rayons X. Mais l'Implanon est toujours distribué.

Pour ce qui est des effets secondaires, ils sont généralement minimisés par le corps médical mais internet fourmille de témoignages de femmes qui n'en peuvent plus.

• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner

© leblogdejeannesmits

Intégristes, extrémistes, allumeurs de bûchers ?


Lue dans la livraison de septembre de Philosophie Magazine, cette « brève » dans la rubrique « Matière à penser » :

« En Europe, annonce Eric Kaufman, professeur de sciences politiques au Birkbeck College (Londres), le sécularisme devrait décliner à compter de 2050. Quant aux Etats-Unis, les Pro-Life (“anti-IVG”) y représenteront les trois quarts de la population avant la fin du siècle. »
C'est sous le titre :
« A quand les bûchers ? »
Quelle finesse !

Vu de plus près (ici par exemple), il s'agit de la part d'Eric Kaufman d'une réflexion sur la démographie (les conservateurs, les croyants ont plus d'enfants que les autres) et sur les réactions de radicalisation des populations religieuses confrontées à un laïcisme militant. Pour l'Europe, il fait référence au taux de fertilité des populations immigrées musulmanes, la plupart du temps « modérées », s'empresse-t-il de dire,  qui leur assurera un statut de « minorité significative » à l'horizon 2050, à leur radicalisation identitaire et donc religieuse en tant que population « assiégée », et aux alliances qui se forment sur certains thèmes entre eux et les chrétiens conservateurs.

Philosophie Magazine ne craint sûrement pas d'assimiler les pro-vie à des allumeurs de bûchers. La revue a-t-elle vraiment voulu en faire autant à propos des musulmans installés en Europe ?

• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner

© leblogdejeannesmits

03 septembre, 2012

Un tribunal brésilien autorise un avortement en anticipant sur la réforme du code pénal

Une jeune fille enceinte de 16 semaines a obtenu vendredi du tribunal de justice de São Paulo, au Brésil, une décision l'autorisant à « interrompre » sa grossesse du fait de la malformation de son enfant. Une échographie avait permis d'établir que le bébé souffrait du syndrome d'Edwards (la trisomie 18). La presse brésilienne dans son ensemble répète que cette condition est incompatible avec la vie extra-utérine. S'il est vrai que la plupart des fœtus atteints meurent avant même de voir le jour, le diagnostic de survie de ceux qui naissent vivants est de plusieurs mois, voire, dans de très rares cas, de plusieurs années : jusqu'à 18 ou 19.

Tout cela fait de ce jugement une affaire évidemment idéologique. Le juge Ricardo Cardozo de Mello Tucunduva, de la 6e chambre criminelle du tribunal, a infirmé le refus du premier juge d'accéder à la demande de la jeune femme en faisant comme si le bébé n'avait strictement aucune chance de survie, et en ajoutant foi à l'allégation selon laquelle la mère risquait sa vie si elle poursuivait sa grossesse. Pourquoi ? Aucune source brésilienne ne confirme ce motif qu'elle a avancé en appel : garder le fœtus en son sein, disait-elle, était « potentiellement dangereux », car cela pouvait porter atteinte à sa santé voire la mettre en péril de mort.

A ce compte-là, en parlant de danger potentiel, on pourrait justifier de mettre fin à n'importe quelle grossesse…

Le juge avait manifestement envie de créer sa jurisprudence, après celle qui a autorisé l'avortement des anencéphales au Brésil au printemps. C'était déjà une entorse à la loi, l'article 128 du code pénal brésilien n'excusant l'avortement (depuis 1940 !) que dans deux cas : danger de mort pour la femme ou grossesse résultant d'un viol.

Le juge a expliqué que la loi ayant plus de 70 ans, elle doit être interprétée avec une certaine « élasticité » (pour lui faire dire ce qu'elle n'a pas dit), et il est allé plus loin, expliquant que la nouvelle rédaction de l'article 128, aujourd'hui en discussion devant le Sénat brésilien, crée de nouveaux cas d'avortement légal et qu'en somme il ne faisait qu'anticiper.

Anticiper sur un texte qui n'a pas été voté, qui n'a pas reçu sa « bénédiction » démocratique, c'est ça l'Etat de droit ? Réponse : oui, pourvu que cela aille dans le sens des progrès de la culture de mort…

Le juge Cardozo de Mello le dit clairement : le projet de loi comporte une incise qui correspond précisément à l'affaire, où, respectant les exigences d'une loi qui n'existe pas encore, on a pris soin de faire constater la malformation de l'enfant par deux médecins. « L'incise III décrit une hypothèse qui s'ajuste à ce cas comme un gant », écrit-il.

« Comme un gant »… pas tout à fait puisqu'en dehors de l'anencéphalie, le texte prévoit que les anomalies constatées rendent « la vie extra-utérine non viable » : ce n'était pas le cas ici.

On lit dans le projet de loi d'autres motifs d'avortement légal, qui à l'aune de cette jurisprudence pourraient être invoqués en dehors de tout vote ou promulgation du texte :

— Danger pour la vie ou pour la santé de la femme enceinte ;

— Si la grossesse « résulte d'une violation de la dignité sexuelle » (sic) ou de « l'emploi non consenti d'une technique de reproduction assistée » ;

— Anencéphalie ou anomalie incompatible avec la vie extra-utérine ;

— A le demande de la femme enceinte, jusqu'à la 12e semaine de gestation, si un médecin ou un psychologue atteste que la femme ne présente pas les conditions psychologiques lui permettant de faire face à la grossesse.

• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner

© leblogdejeannesmits

01 septembre, 2012

France : une proposition de loi pour le mariage homosexuel

Esther Benbassa
Le lundi 27 août dernier a été déposé à la présidence du Sénat une proposition de loi visant à légaliser le mariage homosexuel. Elle porte la signature de tous sénateurs écologistes (EELV), emmenés par Esther Benbassa : Mmes Leila Aïchi, Kalliopi Ango Ela, Aline Archimbaud, Marie-Christine Blandin, Corinne Bouchoux, et MM. Ronan Dantec, Jean Dessessard, André Gattolin, Joël Labbé, Hélèbe Lipietz – celle-ci nommée, curieusement, parmi les messieurs signataires, ça doit faire genre – et Jean-Vincent Placé.

Ce texte sera-t-il le « bon » ? Celui qui sera discuté effectivement ? Ou le gouvernement Hollande lancera-t-il à son tour un projet ? Pour l'heure, la proposition, qui a été selon l'expression consacrée « envoyée à la commission des lois constitutionnelles, de législation, du suffrage universel, du Règlement et d'administration générale, sous réserve de la constitution éventuelle d'une commission spéciale dans les conditions prévues par le Règlement », mérite cependant d'être étudiée attentivement, car son exposé des motifs contient des arguments qui seront repris, c'est certain, au cours de la campagne pour le « mariage » gay qui s'annonce.

Voici les points importants de ce que la proposition entend faire légaliser.
  • Légalisation du mariage des personnes du même sexe par une modification explicite du code civil.
  • Elimination de toute référence au sexe dans les lois régissant le mariage, au profit de termes neutres : époux, beaux-parents etc.
  • Adoption plénière ouverte aux couples de même sexe, s'ils sont mariés, adoption simple par les pacsés ou concubins.
  • Révision des accords bilatéraux d'adoption à l'étranger pour éliminer les refus opposés aux couples homosexuels par certains pays.
  • Ouverture de la procréation médicalement assistée aux couples de femmes, en reconnaissance de la « demande parentale d'un couple de femmes » ajoutée aux conditions exigées pour pouvoir y recourir.
  • Transcription à l'état-civil français des actes de naissance des enfants nés par « gestation pour autrui » (mère porteuse) à l'étranger.
La proposition de loi s'abstient volontairement d'introduire plusieurs changements souhaités par les sénateurs EELV, laissant aux « états généraux sur la famille en vue de la réforme du code civil » le soin de débattre de la notion de « parentalité », et de la présomption de paternité que « plusieurs associations LGBT voudraient voir remplacée par la présomption de parentalité » (pour que l'« époux » du même sexe soit présumé parent de l'enfant). Les mêmes états-généraux seraient l'occasion de faire légaliser la « gestation pour autrui » (et tant pis pour l'exploitation des femmes pauvres que cela suppose : la pire qui soit…).

Pour ce qui est des raisons avancées à l'appui de la proposition dans l'exposé des motifs, elles visent, sans surprise, les sondages dits favorables au « mariage » homosexuel, le principe de non-discrimination (dont il faut rappeler qu'il a été fortement affirmé par la Cour européenne des droits de l'homme disant qu'à partir du moment où les couples homosexuels avaient accès au mariage civil, ils devaient bénéficier de l'entièreté de ses droits), et l'évolution déjà largement entamée des droits des homosexuels avec un pacs qui s'est de plus en plus aligné sur le mariage, le pacs étant présenté comme « un des avatars du mariage ».

Sur le plan de la logique de l'interprétation du droit comme il va, il n'y a me semble-t-il pas grand chose à opposer à cela. Du moins si l'on admet que les intérêts de l'enfant ne sont pas lésés par le fait de grandir auprès d'un couple homosexuel…

Je lis avec intérêt ces paragraphes de l'exposé des motifs.
(1) Certes, le fait de réserver le mariage à des couples de sexes différents est clairement un dispositif de régulation sociale. En même temps, l'accorder aux personnes du même sexe n'apporte et ne retire rien aux couples de sexes différents. Il convient en ce cas de s'interroger sur la légitimité de ce refus, sauf à considérer que le mariage entre personnes du même sexe risque de mettre irrémédiablement en cause le contrôle social sur les couples et les familles. 
(2) Si l'objectif du mariage civil n'est pas la procréation comme l'entendait l'Église, il semble difficile de trouver une raison convaincante d'empêcher la réalisation du mariage souhaité par deux hommes ou deux femmes qui s'aiment. Il faudrait alors préconiser l'interdiction du mariage de couples stériles ou n'étant plus en âge de procréer. En outre, les nouvelles techniques d'aide à la procréation ont révolutionné le rapport des couples à cette dernière, rendant notamment possible à ceux qui le souhaitaient de réaliser un projet familial. 
(3) Si le mariage consacre l'amour entre deux personnes, croit-on que des personnes du même sexe ne sont pas en mesure d'éprouver l'une pour l'autre ce sentiment qui n'a pas de sexe ? Retenir cette hypothèse reviendrait à réduire à la sexualité seulement les relations amoureuses entre deux personnes du même sexe. 
Il y a là trois points auxquels il faut réfléchir. Le premier s'énonce à peu près ainsi : le mariage des homosexuels ne change rien à la situation des mariages hétérosexuels, l'interdiction n'indiquant qu'une (coupable) volonté de « contrôle social sur les couples et les familles » : ce serait donc une atteinte aux libertés dont les couples hétérosexuels sont victimes du fait même de leur statut privilégié.

Ici il faut répondre avec netteté – et ce ne sera pas facile – que la société, le bien commun exigent que ce contrôle social se fasse effectivement, dans le respect des libertés et des droits des familles qui contribuent à la pérennité de la société, en promouvant celles-ci, en évitant que les enfants deviennent objets de désir, en faisant le maximum pour que leur droit d'être élevés conjointement par leur vrai père et leur vraie mère soit sauvegardé de manière durable.

Le deuxième point, qui frappe, ma foi, très fort mais de manière incomplète, affirme que si le mariage a pour finalité la procréation « comme l'entendait l'Eglise », alors il serait logique d'en exclure les homosexuels.

C'est le point central. Présenté de manière injuste puisque ce n'est pas seulement l'« Eglise » qui affirme cela, mais la raison, et la sagesse multi-séculaire des religions et des peuples. Peu à peu la finalité première du mariage, la procréation, est passée au second plan dans beaucoup d'esprits, même des esprits d'Eglise. Jusqu'à disparaître psychologiquement au fur et à mesure que la contraception, le divorce, l'union libre sont venus dévaluer le mariage.

Il faut bien comprendre à cet égard que s'il est vrai que le « mariage » homosexuel dévaluera certainement le mariage que nous appelons normal, naturel, traditionnel – il faudra se mettre d'accord sur le terme –, le fait que les pouvoirs publics en soient aujourd'hui à l'envisager procède d'une dévaluation préalable. C'est la dévaluation du mariage lui-même : elle a déjà eu lieu et elle a fait du mariage instable, infécond par choix, fondé sur le seul sentiment, facile à rompre, une quasi norme sociale.

Autrement dit, le mariage, en oubliant sa finalité, s'ouvre forcément à tous vents. La bataille contre la légalisation du mariage homosexuel en sera singulièrement compliquée. C'est pourquoi, probablement, elle sera sur le bien et le droit des enfants. La réflexion devrait pourtant aller plus loin.

Passons sur le mariage qui devrait, aux dires des sénateurs, être aussi interdits aux couples stériles ou trop âgés pour procréer. C'est la différence entre la potentialité et l'impossibilité de nature qui compte ici, l'acte homosexuel étant par nature infécond et non par accident.

Troisième point : l'amour. Les adversaires du mariage homo disent-ils que deux partenaires homosexuels sont incapables d'amour l'un pour l'autre au-delà de la relation homosexuelle ? Il me semblerait injuste de dire les choses de façon aussi absolue. Mais il y a un véritable amour entre parent et enfant, entre deux amis proches, entre frère et frère ou frère et sœur, etc., et il n'ouvre aucun droit au mariage. Ce n'est pas l'amour, pour profond qu'il soit, qui fonde l'institution du mariage. Pas n'importe quel amour. Pas n'importe quelle union.

Il est important de comprendre que c'est bien sur l'existence de rapports physiques que les homosexuels qui demandent l'accès au mariage fondent celle-ci, rapports physiques dont on a préalablement exclu toute notion de finalité. On revient aussitôt au point numéro 2.

Non, le mariage ne consacre pas uniquement l'amour-sentiment entre deux personnes : il est un engagement, une alliance, une communion de personnes dans laquelle l'homme et la femme entrent librement en vue de plusieurs biens : il consacre et affirme la volonté de rechercher toujours le bien de l'autre – amour vrai –, quoi qu'il arrive, fidèlement et jusqu'à la mort, en vue de la procréation et de l'éducation des éventuels enfants qui naîtront et dont le bien sera alors l'œuvre commune de l'homme et de la femme qui leur auront donné le jour.

• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner

© leblogdejeannesmits

31 août, 2012

L'avortement lié à un risque subséquent d'accouchement prématuré : une étude finlandaise

Aux termes d'une étude parue dans Human Reproduction, journal scientifique de l'université d'Oxford, plus une femme subit d'avortements avant de donner le jour à son premier enfant, plus elle risque de donner naissance à un prématuré (né avant 28 semaines de gestation).

C'est ce qu'on rapporté le Dr Reija Klemetti, de l'Institut national pour la Santé et le bien-être d'Helsinki, et son équipe de chercheurs, après avoir examiné l'histoire médicale de la totalité des 300.858 mères primipares ayant accouché entre 1996 et 2008 en Finlande.

L'étude a permis de dénombrer trois bébés prématurés (moins de 28 semaines) sur 1.000 naissances chez les femmes n'ayant jamais avorté. Elle en a compté 4 pour 1.000 chez celles ayant subi un seul avortement, 6 pour 1.000 après deux avortements, 11 pour 1.000 pour trois avortements et plus.

Cette prématurité est liée à des problèmes accrus d'infection et d'hypothermie et à une mortalité plus importante.

Les avortements multiples étaient également liés à un petits poids de naissance, et dans les mêmes proportions, lorsque celle-ci intervenait à terme (37 semaines). Toutefois, la proportion de femmes ayant avorté trois fois et plus avant de donner la vie pour la première fois n'a pas dépassé 0,3 %.

Il est symptomatique que Mme Klemetti ait aussitôt chercher à minimiser les résultats de cette étude qui l'a mobilisée, elle et son équipe. A propos de la prématurité, elle a déclaré : « L'augmentation du risque est très petit, particulièrement après un seul avortement, voire deux, et les femmes ne devraient pas s'alarmer en raison de nos constats. »

La BBC, qui rapporte ces chiffres, les a fait commenter par le Pr Andrew Whitelaw, qui enseigne la néonatalogie à l'université de Bristol : « Alors que la naissance avant le terme des 37 semaines de gestation expose l'enfant à un risque modeste mais certainement plus élevé de présenter un ou plusieurs problèmes graves comme une lésion cérébrale, ou la mort, la naissance avant 28 semaines expose le nouveau-né à un risque immensément accru de mort, de lésion cérébrale et de handicap permanent. »

Le Pr Whitelaw a souligné que la multiplication par trois des naissances avant 28 semaines était donc bel et bien inquiétante. Mais il a eu ensuite cette phrase que je vous demande de lire très attentivement, car elle prouve qu'il est toujours possible de tomber plus bas :

« Le taux de survie des enfants très prématurés augmente régulièrement mais cela ne devrait pas être compris comme une solution au problème de la naissance prématurée. L'augmentation du taux de survie des nouveau-nés à moins de 28 semaines se fait au prix de l'augmentation du taux de survie des enfants handicapés. »

Ben oui, autant qu'ils meurent eux aussi…

• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner

© leblogdejeannesmits

Embolie pulmonaire liée à la pilule contraceptive : un cas irlandais

O'Connell (Cork): On February 23, 2012, unexpectedly, at the Mercy University Hospital, JENNIFER, Hillcrest Drive, Blarney Road and Cork County Council, beloved daughter of Carmel and Joe and loving sister of Stephen. Sadly missed by her loving parents, grandmother, brother, aunts, uncles, nephews, nieces, relatives, neighbours and friends. Reposing at O'Connor Bros. Funeral Home, North Gate Bridge. Rosary this (Friday) evening at 8pm. Removal on tomorrow (Saturday) at 4.30pm to St. Vincent's Church, Sunday's Well. Requiem Mass on Monday at 11am. Funeral afterwards to St. Mary's Cemetery, Curraghkippane. Requiescat in pace.

Jennifer O'Connell, 33 ans, fonctionnaire vivant à Ballyvolane, dans le comté de Cork en Irlande, est morte subitement le 23 février dernier. Elle ne fumait pas. Elle s'était plainte de problèmes pulmonaires depuis sept mois. Soudain elle s'est sentie mal. Elle a appelé sa mère qui est arrivée dix minutes plus tard : sa fille avait réussi à se traîner jusqu'à la porte pour lui ouvrir… ses lèvres étaient noires. Les secours sont arrivés très vite mais non rien pu faire. Transportée au service de réanimation de l'hôpital le plus proche, elle est morte peu d'heures plus tard.

Selon la procédure judiciaire anglo-saxonne, une enquête a été ouverte pour déterminer les causes de la mort : le coroner, magistrat représentant les pouvoirs publics, a rendu jeudi sa décision affirmant que la jeune femme était morte du fait d'un caillot de sang dans ses poumons, lui-même causé par l'utilisation depuis neuf ans d'une pilule contraceptive de troisième génération, Mercilon.

Les pilules de troisième génération comportent un risque aggravé de thromboses et autres accidents de ce type.

De retour d'un voyage à Lanzarote, Jennifer O'Connell avait consulté son médecin généraliste sept mois avant son décès en raison d'une jambe enflée et de difficultés respiratoires récurrentes. Le Dr Niamh Coffey, interrogée lors de la séance d'enquête publique, a souligné qu'elle ne connaissait pas l'histoire médicale de la famille de sa patiente et que ce n'était pas elle qui lui avait la première prescrit le Mercilon, mais un collègue. Quoi qu'il en soit elle lui a diagnostiqué une infection des broches ou des poumons cinq mois avant son décès et lui a recommandé de venir se faire prescrire une radio si les problèmes persistaient. Ce fut le cas, Jennifer O'Connell revint voir son médecin le 21 février et la radio fut programmée pour la semaine suivante.

Entre-temps, elle mourut…

Ce qui donna l'occasion au médecin pathologiste expert, le Dr Margaret Bolster, de constater qu'elle avait succombé à une thromboembolie veineuse pulmonaire associée à la pilule de troisième génération, la génétique ayant joué un rôle majeur, et la pilule servant d'événement déclenchant.

Autrement dit, il fallait s'y attendre.

Mais à force de nous dire que la pilule est quasiment sans danger…

• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner

© leblogdejeannesmits

30 août, 2012

Chers lecteurs, j'aimerais mieux vous connaître !

“Que pensez-vous du Blog de Jeanne Smits ?”

Etes-vous un lecteur assidu de ce blog ? Ou n'y passez-vous que de loin en loin, voire par hasard ? Quoi qu'il en soit, vous y êtes le bienvenu et j'aimerais avoir une meilleure idée de vos attentes et de votre satisfaction (ou non !) par rapport à ce que je publie ici depuis plus de cinq ans maintenant…

J'ouvre donc un petit sondage : rassurez-vous, cela va très vite, dix petites questions et le tour sera joué.

Il sera en ligne jusqu'au samedi 14 septembre dans l'après-midi.

Cliquez ici pour répondre au sondage.

Merci d'avance pour votre participation !

• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner

© leblogdejeannesmits

29 août, 2012

Clarifier le langage en vue du débat sur le « mariage » homosexuel

Michael Cook (à droite !).

Journaliste remarquable au langage imagé des anglophones des antipodes, Michael Cook anime un remarquable blog bioéthique, BioEdge, lié au groupe de médias australien MercatorNet actuellement très en pointe dans la défense de la dignité humaine et de la famille. Il a publié récemment une réflexion sur le débat autour du mariage homosexuel – qui nous attend en France à brève échéance – et qu'il me semble important de méditer avant de se lancer dans la bataille. Je vous en propose ma traduction. Voici la source du texte : c'est ici. – J.S.

Pourquoi donc est-il si difficile d’engager un débat calme et rationnel à propos du mariage homosexuel ? Aux Etats-Unis, en Australie et en Grande-Bretagne il se fait chaque jour plus vociférant et plus amer. Mais le torrent de paroles se déverse sur la pierre, sans être absorbé par l’adversaire. Ce que beaucoup de gens ne comprennent pas, c’est que les mots-clefs du débat sont interprétés de manières différentes. Si on ne les met pas en lumière, il y a peu d’espoir d’obtenir que les esprits se rencontrent. Voici quelques-uns des termes qu’il faut clarifier.

*

• Moralité. Les actes homosexuels sont-ils moraux ou immoraux ? La plupart des discussions à propos du mariage homosexuel marchent sur des œufs pour ne pas aborder directement cette question. Mais si nous ne nous mettons pas d’accord, il n’y aura aucun progrès. S’ils sont moraux, il est assez difficile d’expliquer pourquoi une relation fondée sur ces actes ne devrait pas suffire à lier par mariage.
La question n’est pas de savoir si les actes homosexuels sont légalement permissibles. La loi n’offre guère de secours lorsqu’il s’agit de définir ce qui est moral ou immoral. De fait, dans Lawrence v. Texas, le cas emblématique de 2003 qui déclara inconstitutionnel le fait d’interdire la sodomie, la Cour suprême des Etats-Unis se déclara agnostique quant à la valeur morale des actes homosexuels. Elle reconnut que « pendant des siècles, il y a eu des voix puissantes pour condamner les actes homosexuels en tant qu’immoraux. La condamnation a été façonnée par des croyances religieuses, des conceptions par rapport au comportement juste et acceptable, et le respect de la famille traditionnelle. Pour beaucoup de personnes, il ne s’agit pas de questions mineures mais de convictions profondément ancrées comprises comme des principes moraux et éthiques auxquels elles aspirent et qui, de la sorte, déterminent le cours de leurs vies. »

Néanmoins on jugea à la majorité que les considérations morales sont par essence étrangères à la question. « Celle-ci porte sur le fait de savoir si la majorité peut utiliser la puissance de l’Etat pour imposer ces points de vue à l’ensemble de la société par le truchement de la loi pénale. »
Affirmer que l’homosexualité a été rendue légale il y a plusieurs décennies passe à côte du problème. Au nom de quels principes devons-nous évaluer la moralité de ces actes – ou même de n’importe quel acte ? Voilà qui est fondamentalement en jeu. Si nous voulons être cohérents, il nous faut être prêts à accepter toutes les conséquences qui découlent en aval de l’acceptation des principes. Nous devons utiliser les mêmes principes éthiques pour décider si les assassinats ciblés en Afghanistan, l’infanticide ou le harcèlement par internet sont mauvais.

• Origines. Naissent-ils vraiment comme ça ? La plupart des partisans du mariage homosexuel supposent que l’homosexualité est déterminée de manière génétique, autant que la couleur de la peau. Gays et lesbiennes sont « nés comme ça » et ils ne peuvent pas changer. Discriminer à leur encontre est aussi injuste que la discrimination raciale.

Cependant, il n’y a pas de science commune permettant d’affirmer que l’homosexualité est inscrite dans les gènes, déterminée par le vécu de l’enfance ou affaire de choix. Même l’American Psychological Association – qui soutient le mariage homosexuel et l’homoparentalité – reconnaît que la cause ou les causes de l’homosexualité sont extrêmement opaques :

« Il n’y a pas de consensus parmi les scientifiques par rapport aux raisons exactes qui font qu’un individu développe une orientation hétérosexuelle, bisexuelle, gay ou lesbienne. Bien que de nombreuses recherches aient examiné les possibles influences génétiques, hormonales, développementales, sociales et culturelles sur l’orientation sexuelle, aucune donnée recueillie n’a permis aux scientifiques de conclure que l’orientation sexuelle est déterminée par un facteur ou des facteurs particuliers. »

Quoi qu’il en soit, la génétique ne détermine pas la valeur morale. Il y a une prédisposition génétique au cancer, mais le cancer n’est pas bon. Il y a peut-être un gène de l’alcoolisme, mais l’ivresse n’excuse pas les troubles à l’ordre public.

Il paraît certes injuste de refuser le mariage à une « minorité sexuelle », un groupe de personnes dont les préférences sexuelles sont inaltérables depuis la naissance. Mais il n’y a pas de consensus – y compris parmi les homosexuels, que l’homosexualité soit déterminée génétiquement.

« Mariage ». De quelle version du mariage parlons-nous ? Après la légalisation du divorce sans faute et la large propagation de la contraception, deux visions parallèles du mariage ont émergé : la version sanctionnée par la loi et la version « culture pop ». Légalement, le mariage est « l’union d’un homme et d’une femme à l’exclusion de tous les autres, où ils entrent volontairement pour la vie ». Cette version impose la fidélité exclusive à un partenaire pour la totalité de sa vie. Si vous acceptez cela, alors les mœurs sexuelles contemporaines sont désorientées et déplorables. Les choix publics doivent viser à promouvoir activement la fidélité et à faire diminuer le nombre de divorces.

L’autre version admet l’infidélité et considère les mots « jusqu’à ce que la mort nous sépare » comme une aimable fiction. Le mariage traditionnel est battu en brèche d’un côté par des activistes gay et de l’autre par des « experts » du mariage qui veulent le reformater. Exemple d’une particulière corruption : l’universitaire britannique Catherine Hakim a soutenu l’autre jour que le problème des pays comme les Etats-Unis, l’Angleterre et l’Australie est qu’il n’y a pas assez d’adultère. « Quiconque rejette une nouvelle approche du mariage et de l’adultère, avec un nouvel ensemble de règles, n’arrive pas à reconnaître les bénéfices d’une vie sexuelle revitalisée en dehors du foyer », écrit-elle dans son dernier livre, Les nouvelles règles du mariage : rencontres par internet, champs de jeux loyaux et pouvoir érotique. Elle parle exactement comme le conseiller-sexe pour les gays, Dan Savage.

La coexistence de deux modèles d’une institution fondamentale crée beaucoup de confusion, et pas seulement chez les homosexuels. Les opposants au mariage homosexuel, pour la plupart, ont la définition légale à l’esprit. Les partisans de Catherine Hakim pensent que sa version du mariage est simplement géniale. Un vrai débat exige de clarifier la question de savoir quel type de mariage est idéal.

• « Amour ». Voilà un autre concept ambigu. Le mariage idéal a toujours été considéré comme un mariage empli d’amour. Mais cet amour se limite-t-il à l’attirance sexuelle ? La plupart des partisans du mariage homosexuel semblent le penser. L’attirance entre deux hommes ou deux femmes est une justification suffisante du mariage.

Cependant, l’amour érotique n’est qu’une composante du mariage traditionnel décrit plus haut. Il serait plus vrai de dire que le mariage est une affaire toute d’engagement – des époux l’un à l’égard de l’autre et des deux à l’égard des enfants – qu’une affaire toute d’amour. Les traditionalistes pensent que la redéfinition du mariage en vue de monter en épingle sa dimension érotique dévalue les sacrifices indispensables à la création et au maintien d’une famille.

« Finalité ».  Le sexe a-t-il une finalité ? Et le mariage ? Dans la plupart des débats sur le mariage homosexuel la question des fins surgit quasiment d’emblée. La plupart des gens pensent que les institutions naturelles ont une finalité. Nos mains servent à saisir ; nos cerveaux servent à penser ; l’eau sert à boire. L’univers entier a une finalité, pour mystérieuse qu’elle puisse être.

Cependant, ce point de vue ne trouve que peu de soutien parmi les philosophes contemporains. La théorie de Darwin a récuré la science pour en faire disparaître toute trace de « finalité ». Les choses sont, c’est tout. Les choses se produisent, c’est tout. Aujourd’hui les philosophes postmodernes nient que les mots puissent avoir une signification stable. Au contraire, ils affirment avec Humpty Dumpty : « Quand, moi, j'emploie un mot, il veut dire exactement ce qu'il me plaît qu'il veuille dire… ni plus ni moins. » Si c’est le cas, alors se plaindre de ce que les gays et lesbiennes sont en train de redéfinir le mariage sont est tout simplement inintelligible. Evidemment qu’ils sont en train de le faire : que faire d’autre avec des mots ?

• Une présomption de malice. Les débats efficaces sont fondés sur le respect mutuel. Votre adversaire peut sembler illogique, il peut sembler ignorer les faits ou empêtré dans des préjugés quasiment insurmontables. Mais des deux côtés, on a abordé le débat en ayant conscience de ce que la vérité est difficile à saisir et difficile à exprimer. Ils savent que le langage est un instrument mal aiguisé mais ils persistent dans l’espoir que les conflits pourront être résolus.

Cependant, certains – des deux côtés du débat sur le mariage homosexuel – pensent que dans une affaire aussi importante que le mariage homosexuel il est impossible d’avoir en bonne conscience une opinion différente. A leurs yeux, la question est d’une évidence si criante que seul un sot ou un fripon pourrait professer une opinion différente. Etant donné que leurs adversaires utilisent des mots de plus d’une syllabe et savent utiliser un clavier, ce ne sont pas des sots. Par conséquents, ce sont des fripons malhonnêtes (un mot qu’on brandit volontiers), remplis de haine ou d’un appétit brut de domination.
Si c’est le cas, le mépris et la diffamation sont des réponses adéquates. Après tout, serait-il moral de serrer la main de Hitler et d’échanger des considérations polies sur le temps qu’il fait ? Evidemment que non. La politesse reviendrait à approuver tacitement sa politique maléfique.

Dans mon expérience, la présomption de malice est plus répandue parmi les partisans du mariage homosexuel. Ses adversaires tendent à penser que l’amour et le mariage sont fondés sur des vérités éternelles dont on peut parler de manière rationnelle, pour difficile que cela puisse être. Mais ses partisans sont généralement des postmodernes, sur le plan philosophique, qui sont sceptiques par rapport à la « vérité ». Tout débat est une bataille de domination dont le vainqueur rafle tout, et la partie « traditionnelle » est malveillante, et pas seulement dans l’erreur.

*

Le mariage homosexuel est une affaire profondément émotionnelle. La vie conjugale est parfois semée de pierres et bordée d’épines, mais le mariage est un chemin de bonheur pour la vie qui a fait ses preuves au cours du temps. Le lobby des gays et des lesbiennes pense que ceux-ci en sont injustement exclus. Mais peut-être que si nous parvenons à clarifier certains mots du débat, nous pouvons progresser afin de faire découvrir où se trouve le vrai bonheur.


• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner

© leblogdejeannesmits pour la traduction.
© MercatorNet.

28 août, 2012

Le père fondateur de Singapour déplore le suicide démographique de son pays

Lee Kuan Yew lors de son discours du 11 août
Lee Kuan Yew, fondateur de Singapour, 88 ans, voit désolé la mort annoncée de son pays. Le 11 août dernier, alors qu'il participait à un dîner marquant la fête nationale de cette importante place économique et financière, il s'est lamenté de voir peu à peu les Singapouriens de souche disparaître au profit d'une population immigrée qui, au cours actuel des choses, est destinée à les mettre en minorité. Singapour qu'on nous vante comme possédant le meilleur système scolaire au monde (ce qui reste sans doute à examiner) est parti d'un quasi néant économique pour prendre aujourd'hui une place de pointe dans le monde, mais on n'y aime pas les enfants – pas assez, en tout cas, pour dépasser un taux de fécondité estimé à 1,16 enfant par femme en 2011, en chute constante depuis 1960.

La CIA évalue même ce taux, pour 2012, à 0,78 enfant par femme (sans que je puisse déterminer s'il s'agit de naissances autochtones).

Si Lee Kuan Yew se meurt, il en va de même pour son pays.

« Si nous continuons ainsi, ce lieu n'aura plus qu'à se remballer, car il n'y aura plus de citoyens d'origine pour former la majorité, et nous ne pouvons pas permettre à de nouveaux citoyens, de nouveaux résidents permanents de fixer notre éthique sociale, notre éthique sociale, nos normes sociales. Mon message est donc simple. La réponse est très difficile mais les problèmes, si nous n'y trouvons pas de réponse, seront énormes…

Nos hommes et nos femmes ayant reçu une formation supérieure doivent décider de se remplacer ou non dans la prochaine génération. A l'heure qu'il est, 31 % des femmes et 44 % des hommes choisissent de ne pas le faire. De ne pas laisser une génération suivante.

Alors, pensez-y simplement et vous comprendrez que la solution n'est pas simple. Mais nous devons persuader les gens que le fait de se marier est important, avoir des enfants est important. Voulons-nous nous remplacer nous-mêmes ou voulons-nous rétrécir, vieillir et nous voir remplacés par des immigrés et des détenteurs de permis de séjour ? Voilà la question simple. »

Un peu plus avant dans son discours, il ajoutait :

« Notre choix est simple. Ou bien, accepter les immigrés au rythme ou nous pouvons les assimiler et obtenir qu'ils se conforment à nos valeurs, ou bien ne leur accorder qu'un permis de travail temporaire, pour aider à construire et améliorer le Singapour ».

Il s'agit d'un cas classique de pyromane pompier. Lee Kuan Yew, ancien Premier ministre du Singapour, à conduit avec son gouvernement une politique de limitation drastique des naissances et de stérilisation, appelée « Stop at Two » (arrêtez-vous à deux), pénalisant lourdement les familles qui outrepassaient cette limite, rappelle un blog anonyme mais pertinent : Political Writings. Ce ne sont donc pas les Singapouriens qu'il faut accuser, mais la politique qui est à la racine du problème. Le bloggueur l'accuse également de ne promouvoir la reproduction que chez les riches, les « personnes éduquées »… et les autres ?

• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner

© leblogdejeannesmits

Corée-du-Sud : l'enfant à naître a le droit de vivre… mais pas toujours

La nouvelle nous parvient d'une source francophone, l'Agence d'information des Missions étrangères de Paris, et elle est de tout premier plan. Dans une dépêche très documentée, elle nous apprend que la Cour constitutionnelle de la Corée du Sud a rendu le 23 août un arrêt affirmant que « le droit à la vie est le plus fondamental des droits de l'homme » et que le droit d'une femme à disposer de son corps « ne peut être invoqué comme étant supérieur au droit à la vie d'un fœtus ».

La dépêche intégrale est disponible ici.

Les juges ont jugé à égalité, quatre contre quatre, pour maintenir le statu quo, à savoir une législation autorisant exceptionnellement l'avortement : l'égalité joue en faveur de ce statu quo. On peut imaginer que cette décision pourra contribuer à mettre fin au laxisme généralisé en ce qui concerne l'avortement, toléré bien au-delà des termes de la loi. Car les juges ont rejeté l'invocation de motifs économiques ou sociaux en disant que leur légalisation rendrait l'avortement encore plus fréquent.

Car il faut bien dire que le jugement se situe dans la logique de la loi Veil : on affirme fortement le respect du principe (« La loi garantit le respect de tout être humain dès le commencement de la vie ») pour aussitôt le battre en brèche, soit par le biais d'exceptions, soit en redéfinissant le moment où commence la vie.

De fait, si les organisations féministes sud-coréennes sont furieuses en raison de cette décision, en revanche l'Eglise catholique n'affiche qu'une satisfaction prudente, étant donné que les juges ont arbitrairement défini que la vie commence à l'implantation de l'œuf dans l'utérus, ce qui permet de blanchir à la fois la fécondation in vitro et les expériences et manipulations génétiques sur l'embryon.

C'est la crise démographique sud-coréenne – pays qui a plusieurs fois affiche le plus bas taux de natalité du monde – qui conduit actuellement les pouvoirs publics à appliquer la loi sur l'avortement de manière plus stricte. La plainte demandant la libéralisation de la loi émanait d'une sage-femme condamnée à deux ans de prison pour avoir pratiqué un avortement illégal à six semaines.

Les quatre juges qui demandaient un aménagement de la loi plaidaient, eux, pour l'avortement sur simple décision de la femme pendant le premier trimestre de la grossesse.

• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner

© leblogdejeannesmits

25 août, 2012

Euthanasie : une clinique de “sortie” dans les îles Fiji ?


Le partisan du « droit de mourir » australien Philip Nitschke a fait savoir vendredi qu’il veut fonder une clinique de suicide assisté à Fiji, où le gouvernement envisagerait sérieusement selon lui de donner son feu fert au projet. Le modèle est tout trouvé : c’est la clinique Dignitas en Suisse qui accueille, moyennant de jolies sommes, une majorité de touristes du suicide…

Nitschke met en avant les économies que pourraient réaliser les clients venant de la zone Asie-Pacifique qui s’épargneraient les frais mais aussi les tracas d’un voyage vers la Suisse, la logistique s’avérant d’autant plus compliquée que le patient est malade. Pour les îles Fiji, les retombées seraient importantes puisque le service s'adresse plutôt à des personnes riches et qu'il doit comprendre service funéraire, enterrement, etc. Sans compter les séjours des proches venant sur les tombes de leur cher disparu…

« Le processus est très humain, et un pays qui montre quelque compassion ou intérêt pour ses voisins pourrait, à mon avis, envisager une telle idée », a-t-il déclaré à ABC Radio. Et le service serait réservé aux patients gravement atteints, et jugés sains d’esprit par un psychiatre.

En annonçant que son projet avait été bien accueilli, Nitschke a cependant brûlé les étapes, ou vendu la peau des vieux avant de les avoir tués. Une information de dernière minute m'apprend que le procureur général de Fiji, nation profondément chrétienne et conservatrice, a précisé que si, selon la procédure habituelle, une demande a été adressée à Nitschke pour obtenir des détails supplémentaire, « il n'y a pas de plan en vue d'établir un tel service ».


• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner

© leblogdejeannesmits

23 août, 2012

Un chercheur préfère perdre son emploi que de travailler sur des cellules récupérées sur un bébé avorté

Thomas et Emanuele Sardella
Pour John Smeaton, directeur de la plus importante et plus ancienne association pro-vie britannique, SPUC, le Dr Thomas Sardella est un héros, rien de moins. Avec le soutien de sa femme, ce chercheur diplômé summa cum laude de recherche en Sciences biologiques de l'université de Rome - Tor Vergata, a mis en jeu son avenir en décidant de ne pas participer à un programme de recherches qui devait porter sur un prélèvement de tissus sur un bébé avorté à huit semaines de gestation. Ces cellules devaient être transplantées dans le système nerveux central de modèles animaux que le Dr Sardella, compétent dans un éventail impressionnant de spécialités, de la zoologie à la biochimie, de l'anatomie à la génétique.

Le chercheur est employé par une université britannique  où il a d'abord complété ses études sur la transplantation de cellules souches adultes avant de s'engager dans la recherche de pointe sur la douleur et la manière dont celle-ci est transmise par le système nerveux central.

C'est le contexte économique qui a conduit Thomas Sardella à devoir chercher de nouveaux projets : les fonds pour la recherche sont de plus en plus difficiles à obtenir et il était, avec sa faculté dans l'attente d'un financement pour ses propres recherches. D'où cette proposition d'un groupe de recherche de San Diego, aux Etats-Unis, qui n'avait personne sous la main présentant le niveau d'expertise du jeune père de famille.

« Comment aurais-je pu regarder ces cellules dans le microscope et oublier qu'elles avaient été prises sur un enfant en même temps qu'on lui avait pris sa vie ? », a-t-il expliqué à John Smeaton au cours d'un long et émouvant entretien publié sur le blog de celui-ci. Tout simplement parce que, dès la fécondation humaine, « nous ne pouvons rien faire qui empêche le nouvel embryon de faire partie de notre espèce ; ce nouvel individu doit être considéré comme un être humain ». Et on ne peut pas de manière arbitraire tuer un être humain.

Dès qu'il reçut la proposition de San Diego, Thomas Sardella eut un mouvement de dégoût : « Comment me persuader moi-même que ces êtres humains de 8 semaines n'avaient pas le droit de vivre, et que ma carrière, mon salaire et ma famille étaient plus importants que leurs vies ? Alors j'ai décidé de perdre mon emploi. »

Une décision applaudie par sa femme, qui a fait des études de bioéthique en Italie et pour qui il était évident qu'en participant à la recherche, son mari aurait été le complice – certes éloigné et passif – d'un avortement volontaire.

Avec Eleonora, spécialiste en bioéthique
Le même soir, Thomas Sardella s'en ouvrit au curé de sa paroisse qui approuva lui aussi cette décision et l'encouragea. Et le lendemain, son employeur le mit devant ce choix : accepter de travailler avec l'équipe de San Diego ou voir son contrat avec l'université s'achever au 1er janvier 2012. « Fin de l'histoire ! »

Thomas Sardella reçut un véritable soutien de la part de ses parents, beaux-parents et de nombreux amis, mais souffrit de voir combien d'autres amis lui reprochèrent de voir le monde en noir et blanc, au lieu d'accepter le « gris » pour le bien de sa famille.

Depuis lors le jeune et brillant chercheur s'est intéressé à l'avortement, découvrant avec horreur et surprise combien il s'en commet dans le monde : « Même le pire dictateur du XXe siècle n'aurait pu imaginer quelque chose d'aussi mauvais et de bien organisé ! » Et encore, assure-t-il, les statistiques sont sous-évaluées : on ne parle pas des embryons éliminés à l'occasion de fécondations in vitro ni des avortements très précoces liés à la pilule du lendemain par exemple. Du coup, Thomas Sardella se voue à visiter les écoles et alerter les jeunes, de manière scientifique, sur ce qui se passe,  « pour leur montrer la différence entre la vérité et le mensonge ». Et, assure-t-il, les collégiens et lycéens qu'il rencontre sont horrifiés d'apprendre ce qu'est réellement un avortement, et ce qui s'y passe.

« Ce qui a particulièrement touché mon cœur, c'est l'expression de choc et de surprise sur les visages des garçons : probablement, quand ils pensaient au sexe, ils le voyaient comme un jeu ; probablement personne ne leur avait montré aussi clairement des diagrammes du système reproducteur féminin ni ne leur avait décrit de manière aussi détaillée ce qui se passe quand la vie commence, et comment on peut la mettre en pièces par la procédure de l'avortement ; probablement, ils se sont rendus compte que l'avortement les implique bien plus qu'ils ne l'avaient imaginé jusque-là. »

Ironie du sort, l'université où travaillait Thomas Sardella lui a proposé, en tant que chercheur international ayant priorité pour les nouvelles vacations, un nouveau contrat à compter du 1er janvier 2012… Mais ce contrat de trois ans avec un groupe australien comportait lui aussi une recherche sur les cellules d'enfants à naître victimes d'avortement volontaire, ou plus exactement sur des fœtus avortés de 10 à 13 semaines de gestation et « récoltés » pour faire l'objet d'expériences électrophysiques sur leur moelle épinière : Sardella aurait eu à examiner des tranches de moelle sous le microscope.

Sardella refusa là encore, non sans découvrir qu'il aurait eu comme collaborateur un collègue qu'il avait côtoyé de près depuis sept ans, et que celui-ci était déjà impliqué dans ce type de recherches. Thomas Sardella lui fit part de sa tristesse de l'apprendre, et la réponse de son collègue le mit « très en colère » : « C'est de la science, il faut bien que quelqu'un le fasse ! »

L'histoire ne s'arrête pas là. Au cours de ses recherches pour un nouveau poste, il obtint un entretien auprès d'une fondation privée à Palerme. Description du poste : recherche sur des fœtus avortés au deuxième trimestre dans le cadre d'avortements « thérapeutiques » pour malformation. Sardella répondit, au téléphone, qu'à son avis une thérapie ne peut entraîner la suppression intentionnelle du patient car celle-ci ne soigne nullement le patient. Son interlocutrice « écouta, rit doucement et lui donna raison ». Encore un entretien refusé…

« Par la suite je n'ai pas pu réagir à nombre d'offres d'emploi en Grande-Bretagne et ailleurs car elles affichaient clairement que les recherches à accomplir porteraient sur des cellules souches embryonnaires ou sur des tissus prélevés sur des embryons avortés. J'ai été choqué par leur nombre ! Peut-être est-ce lié à la crise financière ? Peut-être plus de mères acceptent-elles que leurs enfants soient utilisés pour la recherche ? Je n'en sais rien, mais je peux vous dire qu'il y a sept ans, ni moi ni mes amis ne rencontrions ce type de recherche. »

Pour finir Thomas Sardella s'est vu offrir deux postes « ethiques », l'une dans son université, l'autre hors du Royaume-Uni, et c'est ce dernier qu'il a choisi. Il a déjà perdu plus de 20 000 livres de salaire cette année du fait de son choix, mais il ne regrette rien. « C'est si facile de prendre la mauvaise décision, de choisir le gris quand on manque d'argent… Avec le recul ma décision a vraiment été la bonne, elle n'a apporté que des bénédictions à nos vies !… Ce choix m'a forcer à ouvrir les yeux et à rechercher le bonheur véritable dans ma vie d'époux, de père et de scientifique. »

Avec sa femme Eleonora, son fils Emmanuele et le deuxième bébé qui arrive, Thomas Sardella s'envolera vers d'autres cieux, non sans avoir témoigné d'une réalité méconnue du monde de la recherche médicale et scientifique, qui sans son aventure n'aurait peut-être pas été mise au jour.

• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner

© leblogdejeannesmits. J'emprunte les photos au blog de John Smeaton, SPUC.

 
[]