20 février, 2009

Congé d'accompagnement de fin de vie : danger ?

L’adoption à l’unanimité par l’Assemblée nationale, mercredi, d’une loi prévoyant l’indemnisation d’un congé pris, de droit, pour accompagner un proche mourant, peut certes être considéré comme une « bonne nouvelle ».

Mais la proposition de loi soulève aussi des questions et des inquiétudes, et des interrogations plus générales devant ce qui relève tout de même d’un interventionnisme croissant de l’Etat, dans absolument tous les domaines. N’est-il pas plus urgent de rendre leur liberté aux familles ?
Le bénéfice de ce congé de trois semaines est réservé à « un ascendant, un descendant, un frère, une sœur ou une personne partageant » le domicile d’un patient « en phase avancée ou terminale d’une affection grave ou incurable ». Il ne pourra être accordé qu’à un seul bénéficiaire au titre d’un seul patient.

« Trois semaines » : pas un jour de plus. Et même plutôt moins : l’allocation quotidienne de 49 euros sera versée jusqu’au lendemain du décès effectif. Mme Dominique Orliac, partisane haute en paroles de l’euthanasie, notait pendant les débats que si le patient n’a pas l’à-propos de mourir avant la fin de la période, on est dans les ennuis : comment revenir sur une décision d’hospitalisation à domicile, seule concernée par le congé. Que faire, en effet ? Achever le malade ?

« Phase avancée ou terminale » ? Que veulent dire au juste ces paroles gravées dans la loi ? Si le malade est en phase terminale, on peut sans doute prévoir, à quelques jours près, le décès… Encore que certains s’accrochent à la vie avec la dernière énergie. S’il est en « phase avancée », comment prévoir une mort à 21 jours… à moins qu’elle ne soit programmée ?
Le débat est en réalité celui des soins palliatifs. Mais là encore, il n’est peut-être plus tout à fait celui qu’on croit. Bien sûr, la progression du recours aux soins palliatifs, qui visent à apporter tout le confort possible aux personnes en fin de vie, est une excellente chose, et l’on y a certainement trop peu recours. Pouvoir les administrer à domicile adoucit la mort à plus d’un titre. Mais au vu des débats qui ont précédé l’adoption unanime de la loi, leur définition est en train de glisser.

C’est Gaëtan Gorce, l’un des auteurs de la proposition de loi – et partisan discret de l’euthanasie – qui a vendu la mèche. Plaçant cette affaire sous le signe de « l’appel déchirant de Marie Humbert », il a déclaré à propos de « l’euthanasie » et des « soins palliatifs » : « Nous allons inéluctablement vers un déplacement, voire un brouillage de frontières entre ces deux notions. » Et, plus loin, il salue « notre loi du 22 avril 2005 (loi Leonetti) dont nous pouvons nous honorer, comme en témoigne la terrible affaire qui a récemment agité l’Italie ».

Mais oui, en France il n’y aurait pas eu d’affaire Eluana, puisque la loi autorise l’arrêt de l’alimentation sur une personne qui n’est pas en « phase terminale ».

Et oui encore : aux Pays-Bas, où l’euthanasie est autorisée, sa forme dite « active » est un peu moins employée depuis qu’on a développé des « sédations terminales » qui consistent à cesser l’alimentation en augmentant l’endormissement, protocole qui permet… de programmer la mort en quelques jours.

Il me semble que c’est à cette lumière qu’il faut évaluer la loi sur l’accompagnement des mourants, d’autant que Jean Leonetti s’est ému pendant les débats de ce que pour un Hervé Pierra, « l’arrêt de traitement » (arrêt d’alimentation d’un malade incurable mais dont la vie n’était pas menacée) ait été aussi un « arrêt d’accompagnement ». La « sédation en phase terminale » qu’il souhaite voir développer va décidément bien avec un congé aux contours précis.

Et au coût nul : on économisera sur les frais hospitaliers, sur les arrêts maladie complaisants qui aujourd’hui permettent le plus souvent à un proche s’assister un malade hospitalisé à domicile, et sur les « deuils pathologiques » des proches qui se reprochent de ne pas avoir été là.

Peut-être suis-je trop pessimiste. Mais enfin, alors que les familles sont appauvries par des prélèvements obligatoires qui prennent bien plus de 50% des salaires réels, alors que beaucoup de femmes doivent, du coup, travailler alors que naturellement elles voudraient pouvoir soigner leurs proches, sans dépendre du bon vouloir de l’Etat ou d’une rémunération publique toujours menaçante pour les libertés, n’est-il pas plus prudent de soulever cette question ?

Article paru dans Présent daté du 21 février 2009

19 février, 2009

Cellules souches embryonnaires et cancer : la tragédie d’un petit garçon israélien

Un petit garçon israélien emmené à Moscou pour y subir un traitement d’injection de cellules souches embryonnaires a développé plusieurs tumeurs cancéreuses, au cerveau et à la moelle épinière. C’est ce qu’affirment des médecins du centre médical Sheba de Tel Aviv.

Le petit patient est atteint d’une maladie génétique rare, une ataxia telangiecstasia.

Les cellules employées avaient été prélevées sur deux fœtus avortés, et étaient de types différents. Les tumeurs analysées chez le petit garçon sont constituées d’un mélange de types de cellules diverses.

Les articles scientifiques publiés à ce propos, ici par exemple, annoncent qu’il s’agit de la première « complication » de ce type documentée en matière de thérapie au moyen de cellules souches embryonnaires. Et ajoutent que le protocole suivi par les médecins russes n’aurait pas été accepté aux Etats-Unis, notamment en raison du mélange de types de cellules utilisé.
Mais les cellules souches embryonnaires sont par nature cancérigènes : c’est même ce qui permet de les reconnaître. Peu importe : au vu du drame vécu par le petit patient et sa famille, des scientifiques occidentaux invités à commenter l’information ont affirmé qu’il ne fallait surtout pas interrompre la recherche dans ce domaine. Comme l’a affirmé le Dr Marius Wernig, de l’université de Stanford : « Si des gens se précipitent là-bas sans vraiment savoir ce qu’il font… c’est vraiment contre-productifs et pourrait même forcer l’arrêt de tout ce champ de recherches. »

Autrement dit, ce qui les ennuie le plus, c’est la mauvaise presse…

Source : BioEdge.

13 février, 2009

Il faut protéger les « LGBT » : le Conseil de l'Europe nomme un comité d'experts

Un nouveau pas vient d’être accompli vers la protection légale des « droits homosexuels » dans leur version la plus extrémiste. Le Comité directeur pour les droits de l’homme, instance du Conseil de l’Europe, a officiellement mandaté un comité d’experts sur « la discrimination fondée sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre (DH-LGBT) ». Celui-ci se réunira par deux fois : du 18 au 20 février, puis, en principe, au début du mois de juin, et devra rédiger une « recommandation » signée par le Comité des ministres compétents.

On sait que les résolutions, rapports et autres encouragements n’ont pas fait défaut ces derniers temps, ni de la part de l’Union européenne ni dans le cadre du Conseil de l’Europe. La nouveauté, c’est la dimension « exécutive » d’une recommandation portant l’approbation des gouvernements des Etats-membres. Sans avoir encore de pouvoir contraignant, les recommandations « ont une valeur politique significative car elles résultent d’un accord du Comité des ministres sur des objectifs communs à atteindre dans un domaine donné », précise le texte du mandat adressé aux experts. Ledit Comité peut ensuite demander aux Etats-membres de rendre des comptes. En outre, une recommandation peut, depuis 1994, être adoptée à la majorité et non plus à l’unanimité des votants.

Plus de 32 000 euros ont été débloqués pour la rémunération des experts et les frais d’interprétariat. Tout cela pour que les experts, ayant des « qualités pertinentes en matière des droits des personnes LGBT, puissent « élaborer une recommandation sur les mesures visant à combattre la discrimination fondée sur l’orientation sexuelle ou l’identité de genre, à assurer le respect des droits de l’homme des lesbiennes, gays, bisexuels et transsexuels et à promouvoir la tolérance à leur égard ».

Le Comité des ministres prend soin, au passage, de noter que « les situations de discrimination fondée sur l’orientation sexuelle ou l’identité de genre, ainsi que l’homophobie et l’intolérance à l’égard des personnes transsexuelles sont malheureusement encore courantes en Europe ». Et d’invoquer la Charte des droits fondamentaux, pas encore adoptée puisque faisant partie du traité de Lisbonne, pour légitimer une action concertée de la part des gouvernements…

Un long rappel de la jurisprudence européenne, qui s’est auto-investie du pouvoir de juger en la matière, vient éclairer le mandat. Depuis la dépénalisation des actes homosexuels et du « droit au mariage » jusqu’au refus d’adoption opposé aux homosexuels. Il y est question de l’« angoisse » ressentie par les homosexuels devant des législations répressives…
Le mandat cite également la déclaration récemment signée par 66 pays dans le cadre de l’ONU pour protéger les « LGBT », sous l’impulsion de la France… Ce texte reste toutefois relativement discret dans son expression.

Trop pour le Comité des ministres qui a choisi d’annexer les « Principes de Yogyakarta » aux documents de travail du comité d’experts : c’est une charte de 29 principes de défense des droits des homosexuels signée par une série d’experts et de personnalités, qui sert aujourd’hui de référence aux militants de tous niveaux. Ils visent expressément le « droit de fonder une famille, y compris à travers l’accès à l’adoption ou à la procréation assistée sans discrimination fondée sur l’orientation sexuelle ou l’identité de genre ». Ils revendiquent l’égalité parfaite en matière d’« allocations sociales familiales et autres subventions publiques », de mariage et d’union civile. Il faut que « le bien de l’enfant soit une priorité, et que l’orientation sexuelle et l’identité de genre de l’enfant ou de n’importe quel autre membre de la famille ou d’une autre personne ne soient pas déclarées incompatibles avec ce bien ».

Mieux : les « multiples opinions, convictions et croyances relatives aux questions d’orientation sexuelle (…) » ne doivent pas « être entreprises d’une manière incompatible avec les droits humains ».

Quelle place, dans ce monde-là, pour l’expression de la morale traditionnelle ? On se le demande bien.

Source : Présent du 14 février 2009.

11 février, 2009

Mgr Charles Chaput : Construire et promouvoir une culture de la vie

Un point de vue américain

Mgr Charles Chaput, archevêque de Denver (Colorado) rendait dimanche visite, en Irlande, au chapitre local de Human Life International. A l’heure où l’on s’interroge en France sur la meilleure stratégie pro-vie, c’est une véritable feuille de route qu’il propose. Les déclarations du cardinal Vingt-Trois, très en retrait par rapport à la Marche pour la Vie, et le choix épiscopal de tout miser sur le « dialogue » à l’occasion des états généraux de la bioéthique, sont autant de défis qui sont lancés. Je vous propose ici ma traduction de l’allocution de Mgr Chaput : elle est certainement à verser au débat, même si l’on imagine d’avance la réaction d’aucuns – il est américain, nous n’avons pas la même culture. Ni la même conception de la laïcité, dira-t-on (quoique…). Mais rien n’interdit de réfléchir et de confronter des points de vue. Justement si, sur tel point ou tel autre, on aurait envie d’apporter un éclaircissement ou de marquer une différence.


C’est une bénédiction d’être ici aujourd’hui. Les Irlandais forment décidément une tribu privilégiée. Vous vivez dans un pays dont l’esprit missionnaire a changé la face de la vie catholique à travers tout le monde anglophone, et spécialement aux Etats-Unis.

Laissez-moi donc d’emblée honorer les milliers de prêtres irlandais, les religieux et les laïcs qui ont traversé l’Atlantique pour construire une nouvelle vie. Ils y ont réussi au-delà de tout ce que l’on aurait pu imaginer. Et ils ont infusé dans leur nouvelle vie en Amérique la Foi catholique et l’Evangile de Jésus-Christ. L’Eglise aux Etats-Unis leur est immensément redevable. Que vos ancêtres, donc, soient une inspiration en ce moment que nous passons ensemble.

Mon sujet est le suivant : « Construire la culture de vie : un point de vue américain. » Mais mon but est de vous proposer quelques leçons acquises au fil de l’expérience américaine que les Irlandais pourraient trouver utiles. La Cour suprême américaine a renversé les lois restreignant l’avortement aux Etats-Unis en 1973. La décision a de fait légalisé l’avortement à la demande. Depuis lors, l’avortement a tué plus de 40 millions d’enfants américains à naître. Il a également porté atteinte à la vie de millions de femmes et d’hommes. L’importance numérique de cette tragédie a eu un effet très curieux sur la mentalité américaine, parce que les Américains ont toujours formé un peuple très religieux – spécialement à l’aune européenne d’aujourd’hui. Les Américains ont développé une sorte de schizophrénie à propos de l’avortement. La plupart pensent que l’avortement est un mal. Mais la plupart souhaitent également qu’il soit légal en certains cas limités.

Cette dichotomie dans l’esprit américain a deux effets. Voici la première conséquence. Les Etats-Unis possèdent une industrie de l’avortement importante et bien financée. Cette industrie bénéficie de « lobbyeurs » politiques très avisés. Mais aussi d’une « machine à relations publiques » qui ferait apparaître le ministère de la Vérité de George Orwell comme une équipe d’amateurs. De fait, cette industrie fonctionne grâce à une machine à mensonges très persuasifs.

Vous connaissez certains de ces mensonges. Je suis sûr que vous les avez entendus en Irlande. Comme le mensonge selon lequel l’enfant à naître n’est pas « pleinement humain ». Ou celui selon lequel l’avortement est une décision purement privée sans conséquences publiques. Le mensonge qui veut que nous puissions être « pro-choix » et ne pas être impliqués dans les conséquences de nos choix : à savoir la mise à mort d’un enfant à naître.

Et voici la deuxième conséquence. A côté de l’industrie de l’avortement, il y a aux Etats-Unis un mouvement pro-vie très vigoureux. Les défenseurs de la vie américains ont connu beaucoup d’échecs. Ils n’ont jamais assez d’argent. Les médias ne les traitent pas de façon équitable. Trop de leurs chefs se disputent trop souvent entre eux. Mais ils refusent d’abandonner la lutte ou de mourir. Et ils ont obtenu un bon nombre de victoires juridiques modestes, mais importantes. Dans le même temps ils continuent de travailler en vue du but stratégique de renverser la décision Roe v. Wade de 1973.

Laissez-moi donc partager avec vous, d’après leur expérience, ces quelques choses « à faire » et « à ne pas faire » de l’action pro-vie.
I. D’abord six choses « à ne pas faire ».
Premièrement : ne vous laissez pas imposer frauduleusement un complexe d’infériorité.

Ceux qui nous critiquent aiment à dire que la religion divise, qu’elle est intellectuellement arriérée. Cette pensée fausse est désormais si largement partagée que toute action politique à fondement religieux peut être présentée comme traversant la frontière entre les affaires de l’Eglise et celles de l’Etat.

Cela est absurde. La démocratie dépend du principe que des gens de conviction portent leurs convictions dans le débat public – de manière respectueuse, légale et non-violente, mais vigoureusement et sans s’excuser. Si le fait d’être chrétiens nous met mal à l’aise dans le débat public, alors nous avons déjà perdu la guerre. En Amérique, le mot « pluralisme » est souvent brandi comme une sorte de bouclier voudou pour empêcher les personnes religieuses de parler du bien et du mal. En réalité, nos croyances morales façonnent toujours les choix politiques. Le véritable pluralisme exige au contraire que les gens ayant des croyances diverses défendent celles-ci de manière énergique dans la sphère publique. C’est de cette seule manière qu’un débat public peut être honnête et fécond. Nous ne devons jamais nous excuser d’être catholiques.

• Deuxièmement : ne laissez pas les divisions prendre racine.

L’unité est une marque du Saint-Esprit. La division renvoie vers quelqu’un de très différent. Comme l’affirmait saint Augustin, nous devons être unis sur l’essentiel, libres en ce qui est ouvert au débat, charitables en tout. Des opinions diverses dans le combat pro-vie font partie de la richesse de ce mouvement. En tant qu’évêque, j’ai été abasourdi par la quantité d’énergie gaspillée en disputes internes. Nous ne devons jamais laisser nos différences prendre un tour personnel. L’acrimonie à l’intérieur du mouvement pro-vie n’est qu’un cadeau pour ceux d’en face. Elle est également une forme de vol à l’égard des enfants à naître qui souffriront des conséquences de nos divisions.

• Troisièmement : ne vous laisser pas enfermer dans la politique ; et spécialement la politique partisane.

La politique est un champ où l’action pro-vie peut obtenir des résultats très concrets. Jean-Paul II a dit dans son exhortation Christifideles laici que « les accusations de carriérisme, d’idolâtrie du pouvoir, d’égoïsme et de corruption visant les personnes au gouvernement, dans les parlements ou les partis politiques » sont souvent injustifiées. Tout comme l’est « l’opinion commune selon laquelle la participation à la vie politique constitue un danger moral absolu » ; au contraire ces choses « ne justifient absolument pas, ni le scepticisme, ni l’absence des chrétiens dans la vie publique ».

Mais le pas rapide de la politique de partis, et l’illusion selon laquelle la politique dirige les « sommets » depuis lesquels notre société est réglée et peut permettre d’accomplir nos obligations sociales de chrétiens, fait que la vie politique peut vite devenir une addiction. Et cette illusion devient dangereuse lorsque la défense de la vie à naître s’identifie par trop à un homme politique en particulier ou, pire, à un parti spécifique. Plus il y aura de défenseurs de la vie attachés à un seul parti politique, moins ils pourront s’adresser à la société au sens large. Aux Etats-Unis, des catholiques – à droite comme à gauche – ont trop souvent commis l’erreur de devenir les supporters d’un candidat spécifique.

• Quatrièmement : ne créez pas de fausses oppositions, et ne les acceptez pas.

La pensée dialectique, et par là je veux désigner l’idée selon laquelle la plupart de nos options impliquent des choix « ou ceci, ou cela », est généralement anti-chrétienne. Lors des dernières élections américaines, nous avons assisté à l’émergence de soi-disant organisations pro-vie qui étaient d’avis de cesser le combat légal à propos de l’avortement. Au lieu de quoi nous aurions dû nous entendre avec les « pro-choix » pour chercher des « positions communes ».

Leur argument était simple : pourquoi mener un combat perdant sur le front légal, culturel et moral puisque – de leur avis – nous n’avons pas encore obtenu de sérieux progrès pour faire cesser l’avortement légal ? Laissons tomber la bataille politique qui divise, disaient-ils : travaillons tous, plutôt, à prendre à bras-le-corps les problèmes économiques et sanitaires dont la résolution pourra, à terme, réduire le nombre d’avortements.

Mais en regardant l’histoire américaine récente, les Américains ont ils pris un chemin progressif d’amélioration sociale pour « réduire » le racisme ? Non : nous avons obtenu le « Civil Rights Act » de 1964. Je n’ai jamais non plus entendu qui que ce soit proposer d’en finir avec le meurtre, le viol ou la violence domestique en améliorant l’accès à la santé et au travail. Nous criminalisons le viol – même si nous savons que cette tragédie se produira tout de même à l’occasion – parce que le viol est un mal grave. C’est un acte de violence, et la loi doit le proscrire. Evidemment, nous avons dans le même temps le devoir d’améliorer les conditions sociales qui peuvent engendrer la violence domestique et sexuelle. Mais cela ne change rien à la nécessité de la loi.

De même, si nous pensons réellement que l’avortement est un acte intime de violence, alors nous ne pouvons rien vouloir de moins que la fin de l’avortement. Peu importe qu’il y ait toujours eu des avortements, et qu’il y en aura toujours. Si nous pensons réellement que l’avortement tue une vie qui se développe en attendant de naître, alors nous ne pourrons jamais nous satisfaire de simple « réductions » du nombre des victimes.

Les évêques des Etats-Unis ont souligné depuis plus de 30 ans que le gouvernement doit apporter une amélioration aux conditions économiques qui conduisent certaines femmes à avorter. Mais un bon programme de justice économique n’absout jamais les catholiques de mener le combat juridique pour mettre fin à l’avortement. La protection de l’enfant à naître n’est pas un choix « ou bien, ou bien ». Il s’agit de faire les deux, l’un et l’autre. Nous devons aider les femmes confrontées à des grossesses à problème en leur fournissant aide sanitaire et soutien économique ; et nous devons faire passer des lois qui mettront fin à l’avortement légal. Nous devons faire les deux.

• Cinquièmement : ne haïssez pas l’adversaire.

Notre adversaire nous est opposé, mais il n’est jamais notre « ennemi ». Notre ennemi est le Malin. Les législateurs pro-avortement et les organisations qui œuvrent en ce sens, et même ceux qui nous détestent pour ce que nous croyons, ne sont pas nos ennemis. Ils sont nos frères et nos sœurs. Nous devons avoir confiance en la puissance de l’amour – la vraie puissance de Dieu. Saint Irénée de Lyon avait mis en garde les premiers chrétiens : nous sommes des agneaux envoyés parmi les loups. Dès l’instant où nous devenons nous-mêmes des loups, nous perdons

J’ai toujours été ému par l’histoire de Norma McCorvey, cette femme dont le cas a abouti à la décision de la Cour suprême qui a légalisé l’avortement permissif aux Etats-Unis. Au fil des ans qui ont suivi sa victoire judiciaire, McCorvey a commencé à regretter son avortement [NDLR : son rôle dans la légalisation de l’avortement et son travail dans des cliniques d’avortement – en fait, elle n’a jamais avorté], à examiner sa vie, puis elle s’est convertie à la cause pro-vie avant d’embrasser la Foi catholique.

Se sentant utilisée, puis jetée par l’industrie de l’avortement, McCorvey s’est battue avec la dépression et a connu une profonde confusion dans sa vie. Un jour un mouvement pro-vie, représenté par un jeune couple chrétien avec leurs enfants, s’est installé à côté de son travail. Ils la traitaient toujours avec gentillesse. Ils la laissaient parler et jouer avec leurs enfants. Elle craignait toujours qu’ils ne découvrent son identité : pas seulement « une » ennemie mais « l’ennemie », la femme qui a permis la légalisation de l’avortement.

Norma devait découvrir qu’ils avaient toujours su qui elle était. L’expérience de leur gentillesse inconditionnelle fut pour elle le premier pas de son voyage vers la Foi catholique, et, aujourd’hui, une vie consacrée à mettre fin à l’avortement.

• Sixièmement et pour finir : ne laisser pas votre adversaire fixer l’ordre du jour.

Lors de sa première semaine en fonctions, le président Barack Obama a renversé la politique de Mexico City, qui a empêché l’utilisation de l’argent fédéral américain pour la promotion de l’avortement dans les pays en voie de développement. Pour justifier cet ordre de l’exécutif il a donné la raison qu’il était temps de placer cette « question qui divise » derrière nous, une fois pour toutes.

Il y a quelque chose de bizarre dans la rhétorique selon laquelle nous sèmerions la division, et dans les leçons adressées à des citoyens adultes à propos de ce que nous devons contester, et quand nous devons cesser de le faire. Dans une démocratie, nous devons justement pouvoir décider de cela nous-mêmes. Je suis donc heureux qu’un représentant catholique pro-vie ait immédiatement proposé un texte bi-partisan, la résolution 708, demandant la rentrée en vigueur de la politique de Mexico City. Un problème qui implique la vie et la mort d’enfants à naître et la subversion de sociétés traditionnelles tout entières ne peut pas être placée « derrière nous » par le fait d’une signature exécutive.

Pendant le temps qui nous reste, j’aimerais vous présenter la partie positive de ma causerie :
II. Ce qu’il faut faire.

• Premièrement, et avant tout : c’est très simple, devenez bien des martyrs.


J’ai dit que c’était simple. Je n’ai pas dit que c’était facile. Soyez prêts à payer le prix ultime.

Le pape Jean-Paul II a, de manière très avisée, choisi saint Thomas More, martyr, comme saint patron des avocats et des hommes politiques. Thomas More et son ami, l’évêque John Fisher, tous deux exécutés par le même roi en raison de leur fidélité à la Foi catholique, sont les modèles de l’endroit où nous devons être prêts à aller pour notre foi.

Dans le monde d’aujourd’hui, il se peut qu’il ne nous soit jamais demandé de payer le prix ultime. Mais nous voyons bien l’assassinat moral et les calomnies qui visent les bonnes gens tous les jours dans les médias. Et nous devons être prêts à payer ce prix-là, aussi. Nous avons quelques très bons exemples récents d’heroïsme. Il y a deux mois, le Grand-Duc Henri du Luxembourg a rejeté une loi légalisant l’euthanasie votée par les législateurs de son pays.

Le Grand-Duc est le petit-fils de la Grande-Duchesse Charlotte, héroïne du pays pendant la Seconde guerre mondiale, qui fut la dernière personne à recevoir du Pape la Rose d’Or, la plus haute distinction papale qui puisse être offerte à une femme souveraine catholique.

Bien évidemment, certains hommes politiques ont immédiatement demandé que la constitution du Luxembourg soit modifiée pour dépouiller le Duc de son pouvoir.

Une bataille similaire a eu lieu en Belgique il y a deux décennies lorsque le roi Baudouin a refusé de donner son Assentiment royal à une loi légalisant l’avortement. Son refus n’était que formel, puisque le roi avait très peu de pouvoir réel. Mais c’était un acte sans précédent de la part de Baudoin, qui était un catholique profondément croyant. Le Parlement belge l’a déclaré incapable de régner. Il abdiqua pour un jour, et la loi fut promulguée sans son approbation.

La leçon de tout cela, c’est que rien, pas même notre bonne réputation, ne doit nous empêcher de faire ce que nous savons être juste.

• Deuxièmement : garder l’espérance bien vivante.

Cultiver la joie chrétienne n’est pas un acte d’auto-déception. C’est une manière de professer que Dieu est de notre côté, et que la nature humaine, créée par Dieu, même abîmée par le péché originel, est aussi de notre côté. Rien n’inspire davantage que des guerriers joyeux. J’espère qu’il y en aura parmi vous qui iront voir sur Internet quelques photos de la Marche annuelle pour la vie à Washington D.C. C’est un événement plein de prière, de charité et de confiance. Parmi les marcheurs, beaucoup sont des jeunes joyeux, rayonnant de confiance en l’avenir – non les espoirs superficiels des slogans politiques, mais la vraie espérance chrétienne qui est le fruit du sacrifice de soi et de la lutte pour accomplir la volonté de Dieu.

Je n’ai jamais de ma vie vu un événement pro-avortement joyeux. J’ai toujours pensé que c’était instructif.

• Troisièmement : soyez stratégiques.

Etre des brebis parmi les loups ne signifie pas que nous avons aussi le droit d’être stupides comme des pierres. Thomas More a fini par être martyr – mais il était également un penseur d’une grande finesse, et s’est montré un chef politique avisé, intelligent et prudent pendant qu’il essayait d’éviter sa propre exécution. Les forces pro-avortement dépenseront toujours davantage que les organisations. Tous nos efforts sont écrasés par leur argent. Nous n’avons que très rarement accès à des médias bienveillants, aux fondations et aux cercles du pouvoir. Mais il peut s’agir là d’une bénédiction déguisée en malédiction. Cela nous force à être créatifs, à penser sur le long terme et à tirer le plus possible de nos modestes moyens.

Etre stratégique veut dire avoir des plans à long terme, fixer l’ordre du jour, travailler ensemble et surpasser nos adversaires en intelligence. Pour atteindre ces buts, nous avons besoin d’une forte dose de réalisme. Nous ne devons jamais rêver ou pleurnicher à propos de toutes les choses que nous pourrions faire avec les millions d’euros que nous n’avons pas. Nous devons nous focaliser sur les dix euros que nous avons effectivement.

Deux poissons et cinq pains, bien investis – en d’autres termes, donnés au Seigneur – ont rassasié une multitude. L’histoire montre que les guerres de guérilla, bien planifiées et bien exécutées, peuvent remporter la victoire sur de grandes armées. Et nous ne devons jamais oublier que le plus grand chef guérillero de tous n’était pas Mao ou le Che, mais un jeune berger nommé David, qui est devenu roi.

• Quatrièmement : utilisez les meilleurs moyens pour répandre votre message, spécialement les nouvelles technologies.

Les nouvelles technologies d’aujourd’hui ne sont pas sans inconvénients sociaux. Mais elles sont bon marché et peuvent être très efficacement employées par les pro-vie. Tandis que les gros médias traditionnels, y compris la presse écrite, perdent de leur influence, les blogs, les réseaux sociaux, et les canaux de YouTube prospèrent. Et ils offrent des possibilités immenses au combat pro-vie.

Voici un exemple. Lila Rose est une jeune femme de 19 ans qui vient de recevoir l’un des six prestigieux prix pro-vie attribués par la « Gerard Health Foundation » aux Etats-Unis. Depuis l’âge de 15 ans, armée d’un peu de courage, de beaucoup d’astuce, d’un enregistreur audio et d’une petite caméra vidéo, Rose a mené plusieurs enquêtes incognito, y compris celle qui a révélé le racisme du Planning familial et une affaire de viol criminel occultée par cette institution. Son arme principale : les vidéos YouTube qui se transformèrent pour ainsi dire en virus jusqu’à être citées par les gros médias, forçant le Planning familial à présenter des excuses et à renvoyer certains collaborateurs.

Lila Rose et bien d’autres utilisateurs agiles des nouvelles technologies ont montré que le nouvel Internet, bien utilisé, peut casser le mur du silence qu’oppose souvent aux pro-vie l’établissement des gros médias malveillants à leur égard.

• Cinquièmement et pour finir : rappelez-vous que le renouvellement de la culture, et non la conquête du pouvoir, est notre but ultime.

La culture est tout. La culture est notre « écologie humaine ». C’est l’environnement dans lequel nous autres êtres humains ne respirons par seulement l’air qui nous entoure, mais les idées, les croyances, les valeurs.

Le stratège de la campagne de Bill Clinton, James Carville, a su forger un slogan qui a mené son boss à la Maison Blanche en 1992. Pour maintenir la campagne autour de ce message, Carville suspendit son affiche dans le QG de Clinton à Little Rock : « It’s the economy, stupid ! » (« c’est l’économie, idiot »).

La phrase est habile, et elle porta ses fruits – si le but était bien l’exercice du pouvoir par Bill Clinton à court terme. Mais ce n’est pas cela, la mission des pro-vie. Notre véritable tâche, et notre but à long terme, et bien plus important, est de réaliser ce que Jean-Paul II appelait « l’évangélisation de la culture ».

Bien des choses dans notre monde développé d’aujourd’hui travaillent à la promotion d’un esprit de lucre, de désespoir et d’auto-illusion. Nos adversaires disposent bien souvent de bien plus de ressources que l’Eglise et le mouvement pro-vie ne pourront jamais accumuler.

Mais les tendances culturelles peuvent être changées. Et je vais le prouver. Les gros médias nous disent depuis une décennie que le public américain est également réparti entre ceux qui se disent pro-vie et ceux qui se décrivent comme « pro-choix ».

Cela est vrai, en gros. Mais le diable (ou, en ce cas précis, Dieu) est dans les détails.

Un sondage national réalisé par Harris Interactive il y a deux mois a révélé que moins de dix pour cent des Américains sont favorables à l’avortement légal tel qu’il existe aujourd’hui. 95 % sont favorables à des lois restreignant la pratique de l’avortement à des médecins reconnus. 88 % sont favorables à une législation de « consentement éclairé » – en d’autres termes, l’obligation légale pour les fournisseurs d’avortement de donner aux femmes des informations sur les risques que l’avortement peut faire courir à leur santé, et aussi sur l’existence d’autres options que l’avortement. 76 % soutiennent les lois exigeant que les parents puissent intervenir si leur fille mineure veut recourir à l’avortement. 68 % sont favorables aux lois interdisant l’avortement par naissance partielle. 63 % sont favorables aux loix qui empêchent l’utilisation de l’argent des contribuables pour l’avortement.

Ces chiffres sont très révélateurs. Ils montrent que le travail des pro-vie a résulté en de réels progrès quant à la prise de conscience du caractère sacré de la vie à naître. Ces bons résultats auraient peut-être été inconcevables il y a vingt ans.

Nous devons travailler pour changer la culture. Voilà qui exige un engagement, tout au long de la vie, pour l’éducation, pour la formation chrétienne et, au bout du compte, la conversion. Seuls les saints changent véritablement le monde. Et là se cache notre victoire ultime : si nous changeons un cœur à la fois, pendant que nous sauvons un enfant à naître à la fois, viendra le jour où nous n’aurons plus à nous soucier de sauver des bébés, parce qu’ils seront entourés d’une culture aimante et accueillante.

Verrai-je ce jour de mes yeux ? Je ne peux pas retenir ma respiration aussi longtemps. Mais d’un autre côté, je n’aurais jamais espéré voir un pape polonais, ni la chute du Rideau de Fer. Peut-être ne verrons-nous pas ce jour pendant nos vies, mais les enfants de vos petits-enfants, eux, le verront. L’avenir dépend de nos choix et de nos actions, ici, maintenant, aujourd’hui – ensemble.

Quelle que soit votre fatigue, quelque rude soit le travail, et peu importe qui vous loue et qui vous condamné, la seule chose qui importe au bout du compte est celle-ci : Jésus-Christ est le Seigeur, Il est venu pour nous donner la vie, et la vie en abondance. A cause du mystère de la Croix et de la Résurrection, l’avenir est à nous. Et le meilleur est encore à venir.

Dieu vous bénisse !

Eluana Englaro est morte : chronique d’un assassinat délibéré

Alors même que le Sénat italien était en plein débat à propos d’un texte qui aurait pu lui sauver la vie, Eluana Englaro, l’Italienne de 38 ans plongée dans un « coma végétatif » depuis 17 ans, à la suite d’un accident de la route, est morte lundi soir vers 20 heures. Brusquement – mais opportunément ? Son hydratation et son alimentation avaient été interrompues depuis vendredi – ou plutôt, selon des sources pro-vie américaines, « arrêtées graduellement ». Le Sénat a observé une minute de silence avant de reprendre la discussion d’un texte qui pourra, espère-t-il, protéger d’autres qu’Eluana d’une mise à mort semblable. Des veillées de prières ont été organisées près de la clinique « La Quieta » d’Udine où la jeune femme est morte.

« La mort d’Eluana clôt la polémique sur l’euthanasie », titrait mardi Le Figaro : il faut oser. Comme s’il n’y avait plus aucun problème de droit, de justice, de morale, de déontologie médicale.

Car l’affaire ne fait que commencer, et ses conséquences – dans un sens ou dans l’autre – seront profondes. Soit l’affaire Eluana permettra une prise de conscience, que l’Eglise appelle de ses vœux : Mgr Javier Lozano Barraga a donné le ton en déclarant : « Que le Seigneur l’accueille et pardonne à ceux qui l’ont conduite à cela. » Soit des instances de pouvoir italiennes, contrant la volonté de Silvio Berlusconi qui a tout fait pour empêcher que le crime soit consommé – comme le président Napolitano, ancien communiste, refusant de signer vendredi le décret ordonnant l’alimentation de la jeune femme – tirent argument de l’affaire pour promouvoir cette forme d’euthanasie par omission. S’appuyant sur une opinion italienne divisée, mais surtout manipulée à l’occasion de faits tragiques.

Le drame, le supplice vécus par ceux qui voient un proche dans une situation sans issue sont bien réels. Pour autant la vie – point fragile, puisqu’elle était en excellente santé – d’Eluana Englaro ne pesait pas sur sa famille : elle était soignée par des religieuses qui ne demandaient qu’à poursuivre l’administration des soins ordinaires qui lui permettaient de vivre. Tous ses organes fonctionnaient. Elle était simplement incapable de s’alimenter par ses propres moyens.

C’est pourquoi il n’est pas exagéré de parler de crime, et d’assassinat délibéré : l’alimentation et l’hydratation ne lui ont pas été refusées (à la suite d’une décision judiciaire obtenue par son père) parce qu’elles lui causaient du tort, ou la faisaient souffrir, ou parce qu’elles ne servaient plus à rien, mais dans l’intention expresse de causer sa mort.

Sa mort en moins de quatre jours ? Voilà l’aspect plus qu’étrange de cette affaire. Une heure avant son décès, le neurologue qui était aux côtés d’Eluana affirmait que tout se passait normalement et que la mort devrait intervenir dans les 12 ou 14 jours. La cause de la mort est quant à elle décrite diversement selon les sources : crise cardiaque à la suite de la déshydratation ? Détresse respiratoire ? A l’heure d’écrire, il n’est pas encore certain qu’une autopsie ait été ordonnée. Mais on s’interroge. Dans des cas similaires : Terri Schiavo aux Etats-Unis, Hervé Pierra en France, il avait fallu bien plus de temps avant que les forces ne quittent leurs pauvres corps abandonnés. Et Eluana était « en excellente santé ». Selon les mêmes sources pro-vie américaines, les artisans de la mort d’Eluana avaient prévu de lui administrer de lourds sédatifs.

En soins palliatifs, cela se défend. A une personne à l’agonie il est légitime d’administrer des calmants qui peuvent avoir pour effet indirect de hâter la mort. Dans les cas d’euthanasie par refus d’alimentation et d’hydratation, ces sédatifs sont théoriquement (dans la logique des euthanasieurs) inutiles, puisque par définition on tient que le patient ne souffre ni ne ressent rien. Mais l’objectif étant bien de faire mourir, pourquoi se priver de cet adjuvant ?

Ou bien il faut supposer que l’équipe qui a soigné (ou plutôt qui a refusé les soins) craignait tout de même qu’Eluana conserve une forme de conscience. Il y a un peu plus d’un an, une équipe de chercheurs britanniques n’affirmait-elle pas que dans 40% des cas, le diagnostic de syndrome végétatif persistant est erroné ? On compte désormais bien des exemples de personnes plongées dans un coma végétatif qui en sont sorties, totalement ou partiellement.

Le débat qui agite l’Italie (et qui n’est pas « clos » par la mort d’Eluana !) est assurément un signe d’espérance, puisque l’Eglise s’y exprime haut et fort, et est entendue. En France, la loi Leonetti permet déjà de considérer l’alimentation comme un traitement, un soin « médical » dont on peut s’abstenir s’il n’est pas susceptible d’apporter une « amélioration » de l’état du patient.

Source : Présent du 11 février 2009

04 février, 2009

Refus d'adoption homosexuelle à Emmanuelle B. : une décision ambiguë

Le conseil général du Jura est sous le feu des projecteurs : son nouveau président, Jean Raquin (divers droite) est accusé d’« homophobie » parce qu’au nom des services de l’institution qu’il préside il vient de refuser à une paire de lesbiennes un agrément d’adoption internationale. Emmanuelle B., institutrice, 47 ans, et Laurence R., psychologue scolaire, 44 ans, avaient fait ensemble cette démarche, la deuxième du genre. Malgré des rapports favorables des services sociaux et des psychologues rencontrés, le conseil général a estimé qu’il y avait un désaccord entre les deux femmes sur l’âge des enfants à adopter (ce qu’elles contestent) ; le conseil général reproche en outre à Laurence de se positionner en tiers dans la relation mère-enfant.

Les termes du refus – mais personne ne le souligne – laissent absolument pantois. Défendant la décision, Laurent Bourguignat, directeur de cabinet de Jean Raquin, s’inquiétait d’abord de souligner ceci : « A aucun moment, l’homosexualité n’est évoquée pour justifier ce refus. Je défie quiconque de trouver un propos homophobe dans la lettre du président. »

Préoccupation ahurissante dans la mesure où l’adoption homosexuelle est et demeure interdite en France, le Code civil disposant que « nul ne peut être adopté par plusieurs personnes si ce n’est par deux époux ». En l’occurrence, la demande d’adoption proprement dite était certes présentée par la seule Emmanuelle B. Mais elle a été traitée comme une demande à deux, puisque Laurence R. s’était associée à la procédure, et elle n’a pas été rejetée en tant que telle. Le conseil général du Jura au contraire a décidé que le projet ne tenait pas la route : en caricaturant on pourrait dire que c’est parce que l’enfant adopté n’aurait pas l’assurance de trouver une bonne seconde mère en la personne de la concubine de sa mère adoptante.

De vous à moi, il semble bien que le refus soit fondé sur l’homosexualité du couple, mais les contorsions de langage et de critères sur lesquelles se fondait le refus indique la très grande peur d’être condamné pour homophobie. C’est dire que l’économie générale de la question a déjà basculé en faveur de l’adoption homosexuelle.

C’est une longue histoire que celle de ces deux employées de l’Education nationale. Emmanuelle B. avait déposé seule une demande d’adoption en 1998, rejetée à l’époque (déjà) en raison du manque d’« implication » de sa concubine, et de l’absence de « référant paternel ». Une longue procédure avait abouti, en janvier 2008, à une décision de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) pour qui la référence implicite à l’homosexualité de la requérante était constitutive d’une « différence de traitement » qui, se rapportant « uniquement à l’orientation sexuelle », constitue une « discrimination » punissable selon la Convention européenne des droits de l’homme. Pris par la Grande Chambre de la CEDH, et à ce titre particulièrement solennel, l’arrêt consacrait en droit l’impossibilité pour les Etats membres de refuser une adoption au seul titre de l’homosexualité.

C’est une révolution dont Emmanuelle B. a bien sûr perçu la portée et c’est forte de cette décision qu’elle a de nouveau, le 28 avril 2008, déposé une demande d’adoption, faisant cette fois-ci intervenir sa concubine dans toute l’enquête administrative qui s’en est suivie. On n’oubliera pas de noter que le rapport du psychologue, de l’avis de Judith Silberfeld du magazine gay en ligne Yagg, était « dithyrambique ». Par le refus d’agrément, lit-on ailleurs sous sa plume, on a « interdit » à Emmanuelle B. « d’être mère »…

Les deux femmes se défendent de vouloir utiliser leur affaire pour faire avancer la cause de l’adoption homosexuelle, mais uniquement pour répondre à leur désir d’offrir un foyer à des enfants. Quoi qu’il en soit, leur manière de procéder est menée de manière à obtenir des décisions de principe. Elles ont d’ailleurs annoncé leur intention de saisir la terre entière : aux recours administratifs, s’ajouteront la saisine de la HALDE, celle du conseil des ministres chargé du suivi de l’exécution des arrêts de la CEDH et le commissaire aux droits de l’homme.

Source : Présent du 4 février 2009.

23 janvier, 2009

Marche pour la Vie à Washington : 300.000 personnes et davantage...

« Pas d’exceptions ! »

Trois cent mille personnes rassemblées par un soleil radieux à Washington pour dire « non », à l’avortement, sans aucune exception, c’est le chiffre qu’aura retenu une radio américaine. Devant moi, le Mall qui grouille de monde jusqu’à l’estrade aux abords du Capitole me paraît en effet bien plein, quoique. C’est là que je me retourne vers une grande avenue perpendiculaire, et j’en ai le souffle coupé. Une marée humaine, constellée de pancartes avec l’inscription « We choose life » (nous choisissons la vie) s’étend à perte de vue. Derrière moi, d’autres groupes s’avancent, denses eux aussi. Pour les pro-vie, qui ont eu pour cette première Marche pour la Vie après l’inauguration de l’ère Obama un temps magnifique totalement exempt de la froidure, de la glace, du vent amer et des averses de neige fondue qui sont habituellement l’ordinaire du jour, c’est un triomphe. Et malgré Obama, malgré tout, ils se mettent à espérer : sera-ce la dernière ? La dernière parce que l’an prochain, le massacre de plus d’un million de bébés américains par ans aura cessé ?

Si c’est le cas, ce sera par la grâce de Dieu. Et parce que tous ces partisans du respect de la vie l’auront beaucoup prié, publiquement, chacun à sa manière. Les Américains tiennent à leur liberté : chacun vient avec la pancarte, la bannière ou le slogan qui lui chante, pourvu que tout se passe dans la sérénité, la courtoisie et la prévenance. 300 000 personnes convergeant vers un goulot d’étranglement – les grilles de la Cour suprême où, il y a 36 ans, fut prise l’infâme décision Roe versus Wade – ont bien besoin de ces qualités-là ! « Ils sont pro-vie, c’est normal qu’ils soient comme ça », lance Nelly Gray, organisatrice depuis 36 ans de la marche, alors que je m’en étonne.

A plus de 80, peut-être 90 %, la Marche rassemble des catholiques. Ils viennent avec leurs paroisses, avec leurs écoles, avec leurs groupements – et, surtout, leurs prêtres. Les soutanes et clergymen sont partout, et les habits religieux, et les bannières rappelant que le respect de la vie des enfants, c’est d’abord la défense des droits de Dieu. Ici on n’a pas peur de se montrer. C’est plutôt mal vu de ne pas être là…

Regardant passer l’interminable défilé de ces braves gens, gens braves pour défendre leurs principes mais doux et accueillants pour aider ceux déchirés par un avortement commis, un évêque discute avec deux frères dans l’épiscopat. Mgr Coakley, de Saline, Kansas, m’explique pourquoi il est là. « Parce que c’est important de porter témoignage pour la vie. C’est pourquoi j’encourage les jeunes de mon diocèse à venir ici. Ils doivent savoir ce qui se passe, connaître la question de l’avortement. J’estime nécessaire que nous venions si nombreux ici une fois par an pour que la question de l’avortement demeure dans le débat public. Et notre mobilisation encourage les élus à voter les mesures pro-vie. » (J’apprendrai plus tard que cet évêque américain avait failli entrer à Fontgombault…)

Avec des cardinaux et plusieurs dizaines d’évêques catholiques, il avait été là, sur l’estrade, avec les organisateurs de la Marche…

Les élus pro-vie, au Sénat et au Congrès ? Ils étaient là aussi, plusieurs dizaines d’entre eux, venus dire chacun avec son accent leur engagement constant à défendre la vie. Que cette foule impressionnante les y aide, on ne peut en douter.
A la mobilisation exceptionnelle de cette 36e Marche pour la Vie, Barack Obama a répondu par le mépris. « Je reste déterminé à protéger la liberté des femmes de choisir » entre avoir un enfant ou pas, a dit M. Obama dans un communiqué publié le jour-même. Cet anniversaire « nous rappelle que cette décision non seulement protège la santé des femmes et la liberté de reproduction, mais symbolise un principe plus large: que le gouvernement n'a pas à se mêler des affaires de famille les plus intimes », a-t-il fait savoir, laissant entrevoir qu’il n’oubliera pas son engagement à faire voter la levée au niveau fédéral de toutes les restrictions existantes sur l’avortement.

On n’imagine pas pire cynisme.

Nous reviendrons sur cet événement, et sur les leçons qu’on peut en tirer. En attendant, ce message des Franciscains du Bronx pour les lecteurs de Présent : « Embrassez la vie ! »

22 janvier, 2009

A Washington, veillée pour la Marche pour la Vie

J’ai vu ce soir ce que je voudrais voir… en France. Lieu : le Sanctuaire national des Etats-Unis, à Washington, la basilique de l’Immaculée Conception. Il fait déjà sombre et le froid, dehors, est glacial. Mais ce sont des milliers de jeunes – 16 000 ? davantage ? – qui remplissent l’immense église, profitant de chaque recoin, de chaque pouce carré d’espace. Une messe est en cours. Elle est célébrée par le cardinal Justin Rigali, de Philadelphie. Des dizaines de prélats mitrés – 50 ? davantage – écoutent l’homélie de leur confrère dans le même religieux silence que les jeunes fidèles. Un silence qu’interrompt parfois une salve contenue d’applaudissements…

Et c’est lorsque le cardinal Rigali, sous l’œil des caméras, sous l’œil de la nation américaine, dénonce avec une force toute pastorale la « mort de plus de 50 millions d’enfants depuis Roe vs Wade » que l’assistance se manifeste. C’est lorsqu’il plaide pour que chaque Américain puisse jouir de la « liberté et la justice » que son message passe cinq sur cinq. C’est lorsqu’il dénonce la mise à mort de la « vie humaine innocente » comme toujours mauvaise que la foule, que les évêques si nombreux l’acclament. C’est un pasteur !

Le cardinal Rigali a su trouver les mots, les mots fermes pour dire que ce sont de petits garçons et de petites filles qui meurent de l’avortement légalisé. Il a souligné la « profonde blessure » que cela cause aux Etats-Unis : le mal qui est fait aux enfants à naître, « les plus vulnérables » des petits Américains ; le « mal physique, psychologique, moral, spirituel » qui touche les mères ; le mal qui touche les pères, les frères et sœurs, et ceux qui participent à l’avortement… « Priez pour eux ! »

« Nous savons bien qu’un vote majoritaire ne permet pas de déterminer si une chose est juste ou non. Nous savons bien que, n’y eût-il plus que nous pour affirmer que l’avortement est mal, cela ne changerait rien à la vérité. Mais aujourd’hui, ce sont (aux termes d’un récent sondage commandé par l’épiscopat catholique américain) 82 % des Américains qui estiment inacceptable la jurisprudence Roe vs. Wade qui permet l’avortement sans condition jusqu’au terme de la grossesse. Vous serez au moins 150 000 mercredi à marcher pour la vie : vous devez savoir, en arrivant près de la Cour Suprême, que la majorité des Américains pensent comme vous. »

Oui, mercredi, dans quelques heures, la Marche pour la Vie va commencer. Après une nuit de veillée et d’adoration au Sanctuaire national. Après des messes, des conférences, et d’autres activités pro-vie qui ne concernent pas uniquement les catholiques. Après une nuit grave au joyeuse dans un hôtel de luxe de Washington qui ouvre ses portes aux jeunes à des tarifs défiant toute concurrence, pour l’occasion.
Ce sera une Marche différente des autres : Obama envisage de faire voter la Freedom of choice act qui interdira toute restriction à la pratique de l’avortement. Les évêques des Etats-Unis, ensemble, ont déjà demandé à tous les catholiques et hommes de bonne volonté d’empêcher cet acte extrémiste. Le cardinal Rigali, lors de son homélie, en a souligné le caractère épouvantable, qui risque de porter atteinte « à la liberté des catholiques de pratiquer leur religion ».

Il s’est dit « encouragé », « revigoré », avec ses frères dans l’épiscopat, devant la mobilisation et la volonté des marcheurs de mercredi qui « portent témoignage » en étant là : « Vous nous donnez aussi la force de nous exprimer, puisque nous nous savons soutenus », a-t-il dit.

Tiens, dimanche, à la Marche pour la Vie parisienne, combien d’évêques ?

20 janvier, 2009

Obama arrive... et DOCA avec lui ?

Le Président le plus pro-mort de l’histoire de l’Etats-Unis

L’Obamania qui a accompagné la cérémonie d’investiture du 44e président des Etats-Unis passe sous silence l’un des aspects les plus terrifiants de son élection à la Maison-Blanche. Les observateurs politiques s’attendent à ce que l’un des tout premiers actes de Barack Obama soit de renverser la « Mexico City Policy » qui interdit l’usage de fonds publics américains d’aide internationale pour financer la promotion ou la procuration d’avortements dans les pays en voie de développement.

Le symbolisme d’un tel acte serait lourd : il renvoie à l’attitude systématiquement défavorable au respect de la vie qui a été celle d’Obama, en actes et en paroles – et maintenant, en promesses. Ses votes ont été systématiquement, pour reprendre la terminologie de ceux qui veulent un droit de vie et de mort des femmes sur l’enfant qu’elles portent, « pro-choix ». Parmi les nominations au sein de sa nouvelle équipe d’administration, entre le 5 novembre et le 10 décembre, on compte une bonne dizaine de personnalités très favorables à l’avortement comme droit absolu, et même plusieurs militantes de NARAL (la principale association pro-choix) à des postes juridiques ou dans l’administration de la Santé. La fédération américaine du Planning familial s’est même dite « enthousiasmée » par l’arrivé de Jeanne Lambrew au poste de directeur délégué du Bureau de la Maison-Blanche pour la réforme de la Santé. S’y ajoutent Rahm Emmanuel et Tom Daschle, tous deux présentés par les « pro-choix » comme ayant voté 0 % de textes restreignant le « droit » à l’avortement, et Hillary Clinton, favorable à sa reconnaissance comme un « droit humain universel ».

Barack Obama avait eu cette formule cinglante à propos de ses propres filles et de l’avortement : « Si elles font une erreur, je ne veux pas les voir punies par un bébé. »

En toile de fond de ces déclarations et de ces actes déjà posés, se profile la mise en place de la législation la plus anti-vie que les Etats-Unis aient jamais connue (et peut-être le monde…). Il s’agit de « FOCA », Freedom of Choice Act (Loi sur la liberté de choix), qui interdirait pratiquement toute restriction, quelle qu’elle soit, au droit d’avorter à n’importe quel moment de la grossesse. Introduit par le sénateur Barbara Boxer en 2004, FOCA constitue (comme le souligne la Conférence des évêques américains) la « législation sur l’avortement la plus radicale et la plus extrême jamais envisagée aux Etats-Unis », dépassant de loin la jurisprudence Roe versus Wade, y compris dans sa version originelle aussi longtemps qu’elle n’avait pas été atténuée au fil des ans par la Cour suprême.

Cette nouvelle loi fédérale, si elle venait à être votée, empêcherait absolument toute mesure ou loi susceptible de poser une entrave à l’avortement : le droit de consentement des parents pour leurs filles mineures, l’exigence d’une échographie préalable, l’interdiction de la procédure d’avortement par naissance partielle, particulièrement barbare, l’entretien préalable ou l’exigence ne serait-ce que de 24 heures de réflexion, les procédures de contrôle appliquées aux cliniques d’avortement, les lois protégeant le droit d’objection de conscience pour les personnels de santé… Elle interdirait toute mesure favorable à la protection des futures mères qui ne prenne pas en compte l’avortement : accueil, indemnisation des frais, soutiens financiers…

Cette législation extrémiste ne verra sans doute pas le jour tout de suite : c’est un sujet passionnel qu’Obama peut préférer éviter. Mais peut-on en être sûr ? A l’occasion du 35e anniversaire de Roe versus Wade en 2008, le sénateur s’est engagé à faire adopter FOCA s’il était élu Président…

Des millions d’Américains se sont lancés dans une campagne d’envoi de cartes postales au Congrès pour demander à leurs élus de voter contre FOCA. Une campagne massivement soutenue par la Conférence des évêques. Mgr Robert McManus de Worcester, Massachussetts, a appelé tous ses paroissiens catholiques à participer à cette campagne : « Voyez votre signature au bas de cette carte postale comme votre réponse morale aux paroles de Jésus, que nous entendrons tous au jour de notre jugement particulier : “Tout ce que vous aurez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’aurez fait.” »

Pour que des années de travail et les 300 lois et textes pro-vie en vigueur dans les différents Etats ne soient pas balayés par Barack Obama, des milliers et des milliers d’Américains défileront jeudi à Washington. Avec des cardinaux et des évêques…

Source : Présent daté du 21 janvier 2009

17 janvier, 2009

Protection des “transgenres”. Et les autres ?

C'est mal, on le sait, de se rendre coupable de discrimination envers les « LGBT » (lesbiennes, gays, bi, trans). A Gainesville, Floride,le message a été si bien reçu que le conseil municipal a décidé d'imposer l'égal accès pour tous dans les toilettes publiques. Histoire de ne pas empêcher les transsexuels d'aller chez les messieurs ou chez les dames, conformément à leur identité ressentie.

Immédiatement, un groupe de défense des bonnes politique a fait réaliser un message publicitaire diffusé par les chaînes locales. A voir ici.

Attention : tout sentiment d'inquiétude pouvant vous effleurer à la vue de cette vidéo pourrait relever de l'homophobie...

11 janvier, 2009

Extrémisme euthanasique : la baronne Warnock récidive

S'exprimant lors d'un débat organisé dans l'enceinte de l'église de Tous les Saints de l'Eglise Unitaire de Belfast (Irlande du Nord), la baronne Mary Warnock a déclaré, lundi, que les médecins qui refusent d'aider des malades en phase terminale à se suicider lorsqu'ils manifestent le désir de mourir sont « authentiquement malfaisants ». Elle se référait plus particulièrement au cas des malades ayant fait un testament de vie, du temps où ils étaient bien portants et lucides, pour demander une mise à mort ou un arrêt de tous les soins en cas de dépassement d'un certain stade de leur maladie.

« Il y a des médecins, nous le savons, qui n'y prêtent pas attention. Mais cela me semble authentiquement malfaisant - d'ignorer ce qu'une personne a dit explicitement, qu'elle veut mourir, qu'elle ne veut pas être réanimée dans certaines circonstances, ou dans certaines circonstances être aidée à mourir.

« Je crois que si une personne est diagnostiquée comme souffrant d'un début d'Alzheiler ou de démence, c'est à ce moment-là que les médecins ont l'obligation active de lui parler de ce qui lui arrivera quand commencera le grave déclin. (...)

« La conséquence de cela [la vie prolongée par les soins médicaux] est financière, mais de manière encore plus importante, je pense à ceux qui achèvent leur vie dans un état de démence, incapables de reconnaître leurs proches, incapables de faire quoi que ce soit pour eux-mêmes. On peut les garder en vie et ils sont gardés en vie, mais la question s'impose : à quoi rime une vie aux derniers stades d'Alzheimer ou de démence ? »


La baronne Warnock, professeur d'Université qui, au cours de sa longue carrière, a tenu des hauts postes à Oxford comme à Cambridge, est une autorité « éthique » reconnue et son annoblissement par Elisabeth II lui assure un siège à la Chambre des Lords, où elle dirige les commissions et réflexions sur les questions de bioéthique actuelles. C'est dire son influence.

Elle s'était déjà fait remarquer en septembre 2008 en déclarant, dans une interview publiée par l'Eglise d'Ecosse (« Chruch of Scotland »), que les malades de démence avaient l'obligation de se faire euthanasier pour le bien de la société dans son ensemble, en raison du poids qu'ils représentent pour leurs familles et pour les services publics.


« Si vous êtes dément, vous gâchez la vie des autres - celle de vos familles - et vous gaspillez les ressources du Service national de santé. Je suis absolument, pleinement en accord avec l'argument selon lequel, si une douleur est insupportable, alors il faut aider le malade qui en souffre à mourir, mais j'estime qu'il y a des arguments encore plus acceptables si le malade en question veut absoulent, désespérément mourir parce qu'il est un poids pour sa famille, ou pour l'Etat : alors il doit aussi avoir le droit de mourir. »


Source : ici.

Escroquerie Madoff : bénéfices collatéraux ?

Selon la Catholic News Agency, l'escroquerie gigantesque montée par Bernard Madoff a fait des victimes collatérales... ou plutôt, le diable porte pierre. De nombreux organismes caritatifs juifs lui avaient confié leurs fonds. La Picower Foundation qui œuvre notamment pour l'éducation, la recherche sur les sciences du cerveau, les « droits reproductifs » et la « continuité juive », association sans but lucratif, est l'une de ces victimes qui se sont retrouvées sans le sou.

L'écroulement de Picower entraînera des pertes sèches : le Center for Reproductive Rights n'aura pas ses $600.000 dollars de contribution en 2009, le Planning familial (Planned Parenthood) aura un manque à gagner de $484.000, et le Projet de liberté reproductive d'ACLU, l'un des lobbies pour l'extension de l'avortement au nom des droits civiques, perd $200.000.

Les trois organisations ont pour dénominateur commun leur refus total ou partiel de reconnaîre l'objection de conscience aux professionnels de santé pro-vie : elles sont ainsi dans la ligne Obama.

19 décembre, 2008

ONU : 66 pays signent la déclaration sur la non-discrimination à l'égard des homosexuels

La France au service du lobby gay

Il s’agissait avant tout de lever un « tabou » : Maxime Verhagen, ministre néerlandais des Affaires étrangères qui a travaillé en étroite collaboration avec Rama Yade a décrit ainsi l’opération montée devant l’ONU pour faire adopter une déclaration – non contraignante – sur la dépénalisation de l’homosexualité. Lors d’une table ronde organisée jeudi dans la salle des audiences plénières à New York, une minorité de pays (66, dont les 27 de l’Union européenne, le Japon, le Mexique et le Brésil) ont signé le texte dont Présent a donné en avant-première et en exclusivité la traduction française.

Sur 192 pays membres, 66 signataires ne pèsent pas si lourd, numériquement, d’autant que les Etats-Unis, la Chine et la Russie n’ont pas approuvé la déclaration promue avec beaucoup d’énergie par la diplomatie française. Il y a même eu une contre-déclaration, forte de 60 voix, menées notamment par les pays islamiques : dans sept pays, les actes homosexuels sont punis de mort.

Mais comme l’a souligné Verhagen, « pour la première fois dans l’histoire, un groupe important d’Etats membres s’est prononcé à l’Assemblée générale contre la discrimination fondée sur l’orientation sexuelle ».

Où l’on voit le détournement immédiatement opéré par ceux qui, sous couleur d’en finir avec des peines criminelles, cherchent en réalité à imposer l’interdiction de toute « discrimination », c’est-à-dire toute différence de traitement. Le texte invoque clairement cette « orientation sexuelle » dont le libre choix est revendiqué par le lobby « LGBT » (lesbiennes-gays-bi-trans), et aussi « l’identité de genre », retranscription dans le droit de l’idéologie du genre, pour qui les différences entre les sexes ne sont que des données culturelles.

Le Vatican n’a évidemment pas voté la déclaration contre laquelle il avait mobilisé l’opposition. Il a simplement déclaré qu’il souhaitait l’abandon des peines criminelles pour les actes homosexuels et condamnait les violences envers les personnes homosexuelles – objectif seulement apparent du texte – en précisant, par un communiqué officiel de sa délégation :

« En particulier, les catégories “orientation sexuelle” et “identité de genre” utilisées dans le texte, ne sont ni connus ni clairement définis d’un commun accord dans le droit international. S’il fallait les prendre en compte dans la proclamation et la mise en œuvre des droits fondamentaux, cela créerait une grave incertitude au sein de la loi. »

Le langage de la discrimination adopté par la Déclaration traduit en effet une volonté d’imposer ce pour quoi l’Union européenne, notamment, la France et les Pays-Bas en tête, militent plus ou moins ouvertement. L’accès à tous les droits civils : mariage ou union civile, le droit d’adoption pour les homosexuels, droits fiscaux, absence de discrimination au travail, répression de l’« homophobie » comprise comme toute présentation défavorable des comportements homosexuels.

Si les Etats-Unis ont répugné à signer la déclaration (mais Obama arrive…), c’est notamment pour sauvegarder leur droit de ne pas recruter d’homosexuels au sein de leur armée. Plus largement, la signature d’un texte comme celui défendu par la France entraverait à terme toute volonté d’écarter des homosexuels de certaines charges ou métiers (en relation avec l’enfance ou la célébration du culte par exemple).

Le texte présenté par a France à l'ONU en vue de la dépénalisation universelle de l'homosexualité

Voici le document de travail sur la protection des droits homosexuels (traduit de l’anglais par nos soins) que la France, par l’engagement de Rama Yade, et les Pays-Bas, ont promu devant l’Assemblée générale des Nations unies le 18 décembre. Bien plus qu’une « décriminalisation » universelle de l’homosexualité, le texte est une porte ouverte à l’imposition universelle des droits homosexuels et qui comprennent, on le sait, le droit au mariage et à l’adoption, et la protection à l’égard des jugements négatifs sur le comportement homosexuel. Le « droit à l’avortement » qui a logiquement fait suite à la dépénalisation de l’avortement est à cet égard un exemple de dérive connue… Ce texte a été publié en exclusivité dans Présent du 13 décembre 2008.

« Nous avons l’honneur de faire cette déclaration sur les droits humains et l’orientation sexuelle et l’identité de genre au nom de…

1. Nous réaffirmons le principe de l’universalité des droits de l’homme, tels qu’ils ont été sacralisés dans la Déclaration universelle des droits de l’homme dont on célèbre le 60e anniversaire cette année, dont l’article 1 proclame que « tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits » ;

2. Nous réaffirmons que chacun a le droit de jouir des droits humains sans aucune distinction d’aucune sorte, telles que la race, la couleur, le sexe, le langage, la religion, l’opinion politique ou autre, l’origine nationale ou sociale, la propriété, la naissance ou n’importe quel autre statut, ainsi que le proclame l’article 2 de la Déclaration universelle des droits de l’homme et l’article 2 des Conventions internationales sur les droits civils et politiques, économiques, sociaux et culturels, ainsi que l’article 26 de la Convention internationale sur les droits civils et politiques ;

3. Nous réaffirmons le principe de non-discrimination qui exige que les droits humains soient également reconnus à tout être humain, quelle que soit son orientation sexuelle ou son identité de genre ;

4. Nous sommes gravement préoccupés par la violation des droits humains et des libertés fondamentales basée sur l’orientation sexuelle ou l’identité de genre ;

5. Nous sommes également perturbés par le fait que la violence, le harcèlement, la discrimination, l’exclusion, la stigmatisation et les préjugés frappent des personnes dans tous les pays du monde en raison de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre, et que ces pratiques portent atteinte à l’intégrité et à la dignité de ceux qui subissent ces abus ;

6. Nous condamnons les violations des droits humains basées sur l’orientation sexuelle ou sur l’identité de genre où qu’elles se produisent, en particulier le recours à la peine de mort de ce chef, les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires ; l’usage de la torture et de tous autres traitements ou peines cruels, inhumains ou dégradants ; l’arrestation ou la détention arbitraire et la privation des droits économiques, sociaux et culturels, y compris le droit à la santé ;

7. Nous rappelons la déclaration faite en 2006 devant le Conseil des Droits de l’Homme par cinquante-quatre pays demandant au Président du Conseil de fournir une occasion, lors d’une session future appropriée dudit Conseil, pour discuter de ces violations ;

8. Nous approuvons l’attention portée à ces sujets lors de procédures spéciales du Conseil des Droits de l’Homme et les organes conventionnels et les encourageons à continuer d’intégrer l’examen des violations des droits humains basées sur l’orientation sexuelle ou l’identité de genre dans le cadre de leurs mandats respectifs ;

9. Nous accueillons avec satisfaction l’adoption de la résolution AG/RES. 2435 (XXXVIII-0/08) intitulée « Droits de l’homme, orientation sexuelle et identité de genre » par l’Assemblée générale de l’Organisation des Etats d’Amérique pendant sa 38e session le 3 juin 2008 ;

10. Nous appelons tous les Etats et les mécanismes internationaux compétents en matière de droits humains à s’engager à promouvoir et à protéger les droits humains de toutes personnes, quelles que soient leur orientation sexuelle et leur identité de genre ;

11. Nous exhortons les Etats à prendre toutes mesures nécessaires, en particulier législatives et administratives, afin d’assurer que l’orientation sexuelle ou l’identité de genre ne puisse en aucune circonstance servir de base à des peines criminelles, en particulier des exécutions, des arrestations ou la détention ;

12. Nous exhortons les Etats à assurer que les violations des droits de l’homme basées sur l’orientation sexuelle ou l’identité de genre fassent l’objet d’enquêtes et que leurs auteurs soient tenus responsables et jugés ;

13. Nous exhortons les Etats à assurer une protection adéquate aux défenseurs des droits humains et écartent tous obstacles qui les empêchent de mener à bien leur travail en matière de droits humains et orientation sexuelle et identité de genre. »

14 novembre, 2008

Euthanasie par omission : l'Italie ouvre la porte

Euthanasie par omission

En Italie, la Cour de cassation vient à l’inverse de prendre une décision de mort en levant le dernier obstacle juridique à l’arrêt de l’alimentation et de l’hydratation artificielles d’Eluana Engaro, qui vit dans un état de coma profond depuis 1992 à la suite d’un accident de voiture. Soignée dans une clinique de religieuses, elle reçoit depuis lors les « soins ordinaires » ; nul n’y songe à la débrancher.

C’est son père qui mène bataille pour obtenir qu’elle puisse, comme le disent les euthanasieurs, « mourir dans la dignité » : c’est-à-dire être transférée dans une clinique où le personnel soignant accepterait de la laisser mourir – mourir de faim et de soif. « Eluana ne souffrira pas car elle n’éprouve aucune sensation », croit savoir l’anesthésiste Mario Riccio, précisant que la mort pourrait survenir « en 15 ou 20 jours ».

Vrai ou pas (que sait-on des comas dits « végétatifs » et des ressources de l’âme, même quand les signes physiques de l’activité cérébrale ont disparu ?), il y a la réalité de l’acte. Comme dans le cas très célèbre de Terri Schiavo, refuser les soins ordinaires, c’est une euthanasie par omission. Un « assassinat » et même une « monstruosité inhumaine », a déclaré mardi le cardinal « ministre de la Santé » du Vatican, Javier Lopez Barragán, tandis que le président de l’Académie pontificale pour la vie, Mgr Rini Fisichella, a qualifié la décision de la Cour de cassation de « fait gravissime sur les plans éthique et moral car on envoie une jeune fille à la mort ».

En France, la loi Leonetti permet l’arrêt de la nourriture en vue de provoquer la mort d’un malade sans espoir de guérison. C’est la grande différence entre l’Italie et la France : alors que l’affaire Vincent Humbert a abouti à cette législation déjà euthanasique, nombre de représentants des partis et mouvements de droite italiens s’opposent clairement et de manière raisonnée à cette concession discrète mais grave à la culture de mort.

Source : Présent du 15 novembre 2008.

Le président uruguayen oppose son veto à la dépénalisation de l'avortement

Le président uruguayen, Tavaré Vásquez, est un homme de centre-gauche. Mais c’est un scientifique : ce médecin oncologue avait largement fait connaître, avant son accession à la plus haute charge de son pays, son opposition personnelle à l’avortement pour des raisons d’« éthique philosophique » mais aussi « scientifiques ». La vie commence dès sa conception, tel est le constat qui s’impose à l’observateur honnête ; c’est pourquoi Tavaré Vásquez a opposé son veto à la loi sur la « santé reproductive » définitivement adoptée en début de semaine par le Sénat uruguayen.

Il a censuré tous les articles de la loi qui prévoyaient la dépénalisation de l’avortement en cas de danger pour la santé de la mère ou du fœtus (!), sa légalité pendant les 12 premières semaines de grossesse en cas de « pénurie économique, sociale ou familiale » affectant la mère, et son organisation obligatoire dans tous les services de santé du pays. Le texte donnait 30 jours aux médecins pour faire connaître leur statut d’objecteurs de conscience…

Le président Vásquez a préféré opposer sa conscience de chef d’Etat au nom de tous, pour que les normes juridiques de son pays continuent d’avoir un sens. Il avait dix jours pour se décider ; il est donc remarquable qu’il ait fait connaître au plus tôt sa démarche, puisqu’il ne s’est pas passé deux jours entre le vote parlementaire et l’annonce publique d’une décision qui ne pourra être signifiée au Conseil des ministres que lundi. Pour agir aussi vite il fallait que le veto fût signé par au moins un ministre : le ministre de la Santé, Maria Julia Muñoz, apposa la sienne, autant par conviction personnelle que par loyauté.

Pour renverser le veto présidentiel – ce que réclament à cor et à cris les partisans de l’avortement uruguayens, qui devaient organiser une manifestation dans la soirée de jeudi, au nom du respect de la « démocratie » – il faudrait une adoption de la loi aux trois cinquièmes par les deux chambres réunies. On sait déjà que cette majorité ne peut pas être atteinte dans leur configuration actuelle.

Voilà en tout cas la preuve que même dans un pays socialiste, laïciste, très façonné par la franc-maçonnerie, tout espoir n’est pas perdu. Ne comptons pas cependant cette fois sur le principe du « pas d’ennemis à gauche » : comme tous les pays qui osent rompre avec la culture de mort ou la repousser, l’Uruguay va se trouver dans le collimateur international…

Source : Présent du 15 novembre 2008

10 novembre, 2008

Benoît XVI et Pie XII

Je vous propose ci-dessous ma traduction du corps du discours de Benoît XVI aux participants au congrès sur « L’héritage du magistère de Pie XII dans le Concile Vatican II », en la salle Clémentine, le 8 novembre 2008. Merci de ne pas citer cette traduction sans en donner la source, le texte ci-dessous n’étant pas officiellement approuvé. La plus grande partie de ce texte a été publiée dans Présent daté du 8 novembre 2008.

J’ai apprécié le thème passionnant sur lequel vous avez concentré votre attention. Ces dernières années, quand on parlait de Pie XII, l’attention se focalisait de façon excessive sur une seule problématique, traitée en outre de façon plutôt unilatérale. En dehors de toute autre considération, cela a empêché une approche juste d’une figure d’une grande épaisseur historique et théologique qui est celle du pape Pie XII. L’ensemble de l’imposante activité de ce Pontife, et d’une façon toute spéciale, son magistère sur lequel vous vous êtes penchés en ces journées, sont la preuve éloquente de ce que je viens d’évoquer. Son magistère se définit par son ampleur vaste et bénéfique, de même que par sa qualité exceptionnelle, de sorte que l’on peut bien dire qu’il constitue un héritage précieux dont l’Eglise a fait et continue de faire un trésor.

J’ai parlé de « l’ampleur vaste et bénéfique » de ce magistère. Il suffit de rappeler, à cet égard, les Encycliques et les discours et radiomessages extrêmement nombreux contenus dans les vingt volumes rassemblent ses « Enseignements ». Il a publié plus de quarante Encycliques. Parmi elles, se détache Mystici Corporis, où le Pape considère le thème de la nature véritable et intime de l’Eglise. Son enquête d’une grande profondeur le conduit à mettre en lumière notre profonde union ontologique avec le Christ et – en Lui, par Lui et avec Lui – avec tous les autres fidèles animés par son Esprit, qui se nourrissent de son Corps et, transformés en Lui, lui donnent une manière de continuer à étendre dans le monde son œuvre salvifique. Intimement liées à Mystici Corporis on trouve deux autres Encycliques : Divino afflante Spiritu sur l’Ecriture sainte, et Mediator Dei sur la sainte Liturgie, où sont présentées les deux sources auxquelles doivent toujours retourner ceux qui appartiennent au Christ, chef du Corps mystique qu’est l’Eglise.

Dans ce contexte d’ample respiration Pie XII a traité des diverses catégories de personnes qui, par la volonté du Seigneur, font partie de l’Eglise, avec leurs vocations et leurs compétences différentes : les prêtres, les religieux et les laïcs. Il a édicté de sages normes sur la formation des prêtres, qui doivent se distinguer par leur amour personnel pour le Christ, la simplicité et la sobriété de leur vie, leur loyauté vis à vis de leur évêque et la disponibilité envers ceux dont ils ont la charge pastorale. Dans l’Encyclique Sacra Virginitas, puis dans d’autres documents sur la vie religieuse, Pie XII a mis clairement en lumière l’excellence du « don » que Dieu octroie à certaines personnes en les invitant à se consacrer totalement à son service et celui du prochain dans l’Eglise. Dans cette perspective, le Pape insiste fortement sur le retour à l’Evangile et au charisme authentique des fondateurs et fondatrices des différents Ordres et congrégations, prévoyant même la nécessité de quelques saines réformes. Nombreuses ont été ensuite les occasions où Pie XII a traité de la responsabilité des laïcs dans l’Eglise, profitant en particulier des grands Congrès internationaux dédiés à cette thématique. Il abordait volontiers les problèmes des différentes professions, indiquant par exemple les devoirs propres des juges, des avocats, des travailleurs sociaux, des médecins : à ces derniers le Souverain Pontife a adressé de nombreux discours illustrant les normes déontologiques que ceux-ci doivent respecter dans le cadre de leur activité. Dans l’Encyclique Miranda Prorsus, ensuite, le Pape a scruté la grande importance des moyens modernes de communication, qui de manière toujours plus incisive accroissaient leur influence sur l’opinion publique. C’est bien pour cela que le Souverain Pontife, qui estimait très importante la nouvelle invention qu’était la radio, soulignait le devoir des journalistes de fournir des informations véridiques et respectueuses des normes morales.

Pie XII a porté aussi son attention sur les sciences et leurs extraordinaires progrès. Tout en admirant les conquêtes réalisées dans ces domaines, le Pape ne manquait pas de mettre en garde contre les risques d’une recherche qui ne respecterait pas les valeurs morales. Il suffit d’un seul exemple : le discours, demeuré célèbre, sur la réussite de la fission de l’atome : avec une extraordinaire clairvoyance, le Pape avertissait de la nécessité d’empêcher à tout prix que ces progrès scientifiques géniaux ne viennent à être utilisés pour la construction d’armes meurtrières qui pourraient provoquer des catastrophes énormes et, à la fin, la destruction totale de l’humanité. Comment ne pas rappeler les importants et inspirés discours à propos du réordonnancement souhaité de la société civile, nationale et internationale, pour lequel il indiquait, comme fondement nécessaire, la justice, véritable condition préalable pour une cohabitation pacifique entre les peuples : “Opus justitiae pax” ! Mérite également une mention particulière l’enseignement mariologique de Pie XII, qui a trouvé son point culminant dans la proclamation du dogme de l’Assomption de la Très Sainte Vierge Marie, au moyen duquel le Pape voulait souligner la dimension eschatologique de notre existence et exalter en outre la dignité de la femme.

Que dire de la qualité de l’enseignement de Pie XII ? C’était le contraire de l’improvisation : il écrivait tout ses discours avec le plus grand soin, soupesant les phrases et chaque parole avant de la prononcer en public. Il étudiait attentivement les diverses questions et il avait l’habitude de demander conseil aux spécialistes éminents, lorsqu’il s’agissait de thèmes requérant une compétence particulière. Par nature et par caractère, Pie XII était un homme mesuré et réaliste, étranger à l’optimisme facile, mais il était en même temps préservé de ce pessimisme qui ne convient pas au croyant. Il abhorrait les polémiques stériles et il était profondément méfiant à l’égard du fanatisme et du sentimentalisme.

Ces attitudes intérieures rendent raison de la valeur et de la profondeur, et aussi de la fiabilité de son enseignement, et expliquent l’adhésion confiante que lui accordent non seulement les fidèles, mais encore de tant d’autres personnes qui n’appartiennent pas à l’Eglise. Considérant la grande ampleur et la haute qualité de l’enseignement de Pie XII, on en vient à se demander comment il a réussi à en faire autant, tout en se voyant obligé de remplir les si nombreuses charges relatives à son office de Souverain Pontife : le gouvernement quotidien de l’Eglise, la nomination des évêques et leurs visites, les visites de chefs d’Etat et de diplomates, les innombrables audiences accordées à des personnes privées et à des groupes très divers.

Tous reconnaissent à Pie XII une intelligence hors du commun, une mémoire de fer, une singulière familiarité avec les langues étrangères et une sensibilité remarquable. On a dit que c’était un diplomate accompli, un éminent juriste, un très grand théologien. Tout cela est vrai, mais n’explique pas tout. Il y avait en outre en lui un effort continuel et la ferme volonté de se donner lui-même à Dieu sans rien retenir et sans égard pour sa santé maladive. Tel est le véritable mobile de son comportement : tout trouvait son origine dans son amour pour son Seigneur Jésus-Christ, et dans son amour pour l’Eglise et pour l’humanité. Il était avant tout prêtre en constante et intime union avec Dieu ; le prêtre qui trouvait la force pour accomplir son immense travail dans ses longs temps de prière devant le Très Saint Sacrement, dans un colloque silencieux avec son Créateur et Rédempteur. C’est là que son magistère trouvait son origine et son élan, comme d’ailleurs toutes ses autres activités.

On ne doit donc pas s’étonner de ce que son enseignement continue encore aujourd’hui à diffuser sa lumière dans l’Eglise. Cinquante ans sont désormais passés depuis sa mort, mais son magistère à multiples facettes et si fécond demeure pour les chrétiens d’aujourd’hui d’une valeur inestimable. Certes l’Eglise, Corps mystique du Christ, est un organisme vivant et plein de vitalité, qui ne reste pas accroché de façon immobile sur ce qui était, il y a cinquante ans. Mais le développement se fait dans la cohérence. C’est pourquoi l’héritage de Pie XII a été recueilli par le concile Vatican II et reproposé aux générations chrétiennes successives. On a noté que dans les interventions orales et écrites des Pères du concile Vatican II se trouvent bien plus de mille références au magistère de Pie XII. Tous les documents du Concile ne possèdent pas un appareil de notes, mais dans ceux où il existe, le nom de Pie XII apparaît encore deux cents fois. Cela veut dire qu’exception faite de la Sainte Ecriture, ce Pape est la source d’autorité la plus fréquemment citée. On sait en outre que les notes apposées à de tels documents ne sont pas, habituellement, de simples renvois explicatifs, mais qu’elles font souvent véritablement et proprement partie intégrante des textes conciliaires ; elles ne fournissent pas simplement une justification qui viendrait soutenir ce qui est affirmé dans le texte, mais en offrent la clef d’interprétation.

Nous pouvons donc bien dire qu’en la personne du souverain pontife Pie XII, le Seigneur a fait à son Eglise un don exceptionnel, pour lequel nous devons tous Lui être reconnaissants. Je renouvelle donc l’expression de mon appréciation pour le travail important que vous avez réalisé pour la préparation et le déroulement de ce Symposium international sur le Magistère de Pie XII et je souhaite que l’on continue à réfléchir sur le précieux héritage laissé à l’Eglise par l’immortel Pontife, pour en tirer de profitables applications aux problématiques qui apparaissent aujourd’hui.

Reprise prudente...

Après avoir laissé ce blog en sommeil bien longtemps, allons-y, je m'y remets un peu.

23 juin, 2008

Halte au sifflements !

A force de dénoncer les « stéréotypes de genre » on en arrive à des situations cocasses...

D'après le Daily Telegraph, les étudiantes d'un collège d'éducation supérieure à Tonbridge, dans le comté du Kent (Angleterre) ont été vertement rappelées à l'ordre pour avoir « sifflé » les ouvriers du bâtiment qui viennent d'y entamer un chantier de démolition et de reconstruction prévu pour durer trois ans...

Les ouvriers n'ont semble-t-il point goûté la plaisanterie, d'autant qu'elle s'annonçait longue, et que ces louves à la Tex Avery se sont autorisé quelques commentaires en parfaite consonance avec leurs sifflements.

« Bien que nous soyons certains qu'il n'y avait aucune intention d'offenser (les ouvriers en question), il s'agit d'harcèlement et celui-ci est totalement inacceptable. Nous avons demandé à l'entreprise de construction de bien vouloir nous faire part de chaque incident » : telle est la teneur du courriel reçu par chaque étudiant, avec menaces de sanctions à la clef.

A ceux qui rigoleraient à la pensée de ce qui pourrait passer pour une réponse de la bergère au berger, après des siècles, tout de même, de « compliments » en tous genres, de la phrase fleurie, style « piropo » espagnol, au allusions plus triviales, en passant par le huiu-hou-huiuou compréhensible dans toutes les langues, on prendra soin de signaler que la loi veille, et va veiller davantage.

Ainsi en Ecosse, une nouvelle loi sur les « Délits sexuels » est en train de créer le délit de « communication indécente » passible d'un maximum de 10 ans de prison. Elle envisage ainsi de punir le « harcèlement » à connotation sexuelle par texte, courrier, lettres, commentaires, y compris par le langage des signes, envers une personne non consentante ou un enfant. Mais dans ces affaires, c'est souvent le bon sens qui manque le plus : punira-t-on le sifflement ? Ou, à l'autre bout de l'échelle, l'« éducation sexuelle » à l'école ?

Portugal : nouveaux chiffres de l'avortement légal

Une étude officielle commandée par la Direction générale de la santé au Portugal sur les avortements légaux pratiqués dans ce pays depuis le 15 juillet 2007 (entrée en vigueur de la loi sur l'« IVG ») jusqu'au 31 décembre 2007. Le Diario de Noticias en a eu connaissance et le commente ici.

Nombre total des avortements légaux (6.287), dont l'immense majorité (6.170) à la suite d'une décision personnelle de la femme, le fameux « libre choix » qui peut être fait sans aucune forme de justification.

Seuls les 107 avortements restants (2,86 %) eurent pour cause une maladie grave ou une malformation congénitale du bébé, ou bien un danger de mort ou une lésion grave pour la mère ; seuls 12 avortements eurent lieu pour mettre fin à une grossesse consécutive à un viol (déclaré ou constaté ?).

Ces chiffres sont à mettre en regard de la propagande en faveur de la légalisation de l'avortement qui met toujours en avant ces cas extrêmes pour imposer son point de vue. Cas extrêmes sur lesquels on peut d'ailleurs s'interroger : quelle est la part de l'eugénisme systématique qui ne demande pas seulement l'elimination des enfants à naître déclarés comme devant être non viables à la naissance mais qui conduit aussi à supprimer les porteurs de handicaps, du plus au moins lourd, comme la trisomie ou le bec-de-lièvre ?

Ces chiffres sont encore à comparer avec le nombre annuel d'avortements clandestins avancé par les différents partisans de la légalistion pendant la campagne du référendum portugais l'an dernier : 20 000, assuraient-ils, brandissant le spectre des morts des suites d'avortements clandestins.

Il s'avère donc que le libre accès à l'avortement légal - l'essentiel des interventions enregistrées, dont on peut supposer le nombre plus important que celui des avortements clandestins antérieurs - n'aboutit qu'à quelques 12.000 « interruptions » en année pleine. A peine 2/3 du chiffre avancé.

28 avortements furent subis par des jeunes filles de moins de 15 ans, 634 (10,1 %), par des jeunes filles de 15 à 19 ans.

A Madeire, aucun avortement légal ne fut pratiqué pendant la période.

A propos des « 20.000 » avortements clandestins annoncés, le Jornal de Noticias expliquait le 20 juin 2008 (pour la première fois à ma connaissance) que ce chiffre était le résultat de projections à partir de « données internationales ». Ce qui permettait effectivement de dire n'importe quoi...

 
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