Affichage des articles triés par pertinence pour la requête scalfari. Trier par date Afficher tous les articles
Affichage des articles triés par pertinence pour la requête scalfari. Trier par date Afficher tous les articles

02 novembre, 2015

Et voilà le démenti ! Le P. Lombardi estime que Scalfari n’a pas rapporté les propos du pape François sur les divorcés de manière « fiable »

Au lendemain de la publication par La Repubblica de la « bombe » sur les divorcés, qui finiraient « tous » par accéder à la communion s’ils le désirent aux dires du pape François, le P. Federico Lombardi a déclaré à Edward Pentin du New Catholic Register que l’article d’Eugenio Scalfari ne reflète pas la pensée du pape. Le démenti est donc arrivé, Scalfari est dénoncé comme « non fiable », et… il faudrait qu’on tourne la page.
« Les informations selon lequelles le pape François a dit au journaliste italien Eugenio Scalfari, que les divorcés remariés “seront admis” aux sacrements par le biais du confessionnal ne sont “d’aucune manière fiables” et “ne peuvent être considérées comme reflétant la manière de  penser du pape”, dit le porte-parole du Vatican, le P. Federico Lombardi », écrit Edward Pentin.
Le P. Lombardi a déclaré à Edward Pentin : « Ainsi que cela s’est déjà produit par le passé, Scalfari rapporte entre guillemets ce que le pape lui a supposément dit, mais souvent cela ne correspond pas à la réalité, puisqu’il n’enregistre ni ne transcrit les paroles exactes du pape, ainsi qu’il l’a lui-même souvent déclaré. Ainsi il est clair que ce qu’il rapporte dans le dernier article sur les divorcés remariés n’est d’aucune manière fiable et ne peut être considéré comme la pensée du pape. »
Le P. Lombardi a précisé qu’il ne publierait pas de communiqué à ce sujet puisque ceux qui ont suivi les événements antérieurs et qui travaillent en Italie connaissent la manière d’écrire de Scalfari et sont bien au courant de ces choses. »
Ce démenti appelle plusieurs commentaires, et des questions qu'Edward Pentin soulève rapidement en fin d'article. Ce n’est pas le premier : une précédente interview publiée par Scalfari en 2013, prêtant au pape des propos hétérodoxes, notamment sur la conscience, a été dans un premier temps publié sur le site du Vatican, puis enlevé. Malgré cela, Scalfari continue d’être reçu par le pape : notamment en juillet 2014, avec la publication d’un nouvel entretien à la clef – celle où le pape est supposé avoir suggéré qu’on puisse en finir avec le célibat sacerdotal. Nouveau scandale. Nouveau démenti de Lombardi. Mais il semblerait qu’un recueil d’entretiens de divers journalistes avec le pape François publié en 2014 contienne ces entretiens « controversés » avec Scalfari (je n’ai pas pu vérifier par moi-même) et le site du Vatican a laissé en ligne le PDF de l’Osservatore Romano qui contient celui de 2013, republié délibérément après sa sortie dans La Repubblica (c’est par là). Alors ?
Et voilà que le pape continue. Il décroche son téléphone pour discuter avec un journaliste dénigré par la Salle de presse du Vatican et aborder avec lui les questions les plus sensibles du moment. Il sait que ses propos seront utilisés. Déformés ? Il le sait aussi : Scalfari saura soit les exploiter, soit mentir, sans que l’on sache très bien où commence et où s’arrête la manipulation.
Si le pape n’a jamais tenu les propos que lui attribue Scalfari sur les divorcés remariés – et je serais la première à m’en réjouir ! – il a à tout le moins œuvré d’une manière qui ouvre la porte à une nouvelle et grave confusion.
Question : le P. Lombardi a-t-il parlé au pape avant de réagir à l’intention d’Edward Pentin ?
Deuxième question : le pape, qui sait trouver des moyens pour exprimer son accord ou son désaccord avec ses interlocuteurs ou avec ses subordonnés (on pense à « l’herméneutique de la conspiration ») ne peut-il pas décrocher son téléphone pour demander à La Repubblica d’amender les propos ? Cela s’appelle un droit de réponse, et – en France du moins – c’est juridiquement contraignant, on suppose qu’il y a des voies similaires en droit italien. Ne pourrait-il pas faire une déclaration claire, orale, personnelle, en appelant Radio Vaticana ? Il y en a qui rétorqueront que cela ne correspond pas au protocole. Mais cela fait bien longtemps que le pape François a manifesté le mépris en lequel il le tient. Ce serait l’occasion.
Il pourrait même se faire acheter – même d’occasion – un petit dictaphone capable de graver ses propos. Tiens, j’en ai un en double. Je veux bien l’offrir au Saint-Père…
La décision de Lombardi de ne pas faire un communiqué officiel parce que tout le monde en Italie « sait » comment travaille Scalfari, est consternante. Les lecteurs de La Repubblica achètent-ils sciemment leur journal pour lire des sornettes ? N’y a-t-il pas un vrai risque de « scandale » – de justifier au yeux des petits le scandale en leur faisant croire que des voies de régularisation sont possibles pour les divorcés remariés ? Le monde entier a accès à l’article de Scalfari : mais qu’est-ce qu’il attend ? Marre de faire du « contrôle des dommages » ?
On notera en tout cas qu’il ne dément en aucun cas le fait qu’un entretien téléphonique ait eu lieu. Son démenti ne reflèterait-il que son opinion personnelle ?
A lire les propos de Lombardi, on a presque l’impression qu’il en veut au site anglophone Rorate Cæli qui a publié ce matin une traduction des propos du pape François rapportés par Scalfari. Comme si les coupables, c’étaient les catholiques inquiets, les catholiques désolés, ceux qui pensent que les plus petits d’entre nous avons droit à une parole de vérité.

• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner




© leblogdejeannesmits



13 juillet, 2014

Pédophilie, célibat sacerdotal, œcuménisme: encore une interview du Pape avec Scalfari – et un rectificatif du Vatican

Le pape François a recommencé. Jeudi dernier, il a de nouveau reçu le journaliste Eugenio Scalfari – qui se dit athée et qui publie dans un quotidien de gauche, La Repubblica – pour un entretien à bâtons rompus. Il paraît que l’ambiance fut cordiale et d’ailleurs Scalfari, qui parle davantage de lui que de son interlocuteur pontifical dans le compte-rendu paru aujourd’hui, avoue affectionner ces rencontres en raison de la « spontanéité de cet assez étrange successeur de Pierre ». De la conversation, Scalfari a tiré nombre de « propos » du pape François, qu’il présente entre guillemets. Mais de mémoire comme la dernière fois.
Le père Lombardi, porte-parole du Vatican, a déjà publié un rectificatif…
Au cours de l’entretien qui a duré plus d’une heure, selon Scalfari, le pape François a surtout parlé de la pédophilie et de la mafia. Sert-il à quelque chose de rapporter les propos cités par ce journaliste qui travaille sans micro et sans notes ?
Je note les phrases suivantes :
« L’éducation comme nous l’entendons semble avoir quasiment déserté les familles. Chacun est prisonnier de ses propres soucis, souvent pour assurer à la famille un mode de vie supportable, parfois pour parvenir à un accomplissement personnel, d’autres fois en raison d’amitiés et d’amours alternatifs. L’éducation considérée comme obligation principale à l’égard des enfants semble avoir fui les foyers. Ce phénomène révèle une très grave omission mais nous ne sommes pas encore dans le mal absolu. » Celui-là, le pape le voit dans « la corruption, le vice, les turpitudes imposées à l’enfant ».
Scalfari raconte en effet comment le pape déplore que la pédophilie soit le plus souvent le fait des plus proches de l’enfant. Le phénomène est-il fréquent et répandu ?
« Il l’est bien trop souvent, et il s’accompagne d’autres vices comme la diffusion de la drogue. »
Et que fait l’Eglise ?
« L’Eglise lutte pour que le vice soit écrasé et l’éducation retrouve sa place. Mais même nous, nous avons cette lèpre chez nous. »
Certains collaborateurs rassurent le pape en affirmant que la pédophilie n’atteint que 2 % à l’intérieur de l’Eglise. Dans une phrase aux guillemets ouverts, mais non fermés, Scalfari cite François :
« Ce chiffre devrait me tranquilliser mais je dois dire qu’il ne le fait pas complètement. Je pense même qu’il est très grave. Deux pourcent des pédophiles sont prêtres et même évêques et cardinaux. Et d’autres, encore plus nombreux, le savent mais se taisent, punissent mais sans donner le motif. Je trouve cet état de choses insoutenable et c’est mon intention de l'affronter avec toute la sévérité qu’il requiert.
On notera l’étrange glissement entre « 2 % de pédophilie à l’intérieur de l’Eglise » et « 2 % des pédophiles sont prêtres… » Ce n’est pas la même chose.
Le pape a aussi, selon Scalfari, parlé de la conscience – on se souviendra que ses premiers libres entretiens avaient été très peu clairs sur la question. Voici ce qui Scalfari en a retenu, après avoir « relancé » François en lui disant que notre conscience est libre et autonome, qu’elle peut en parfaite bonne foi faire le mal tout en étant convaincue que de ce mal sortira un bien. Réponse de François, telle que la rapporte le journaliste :
« La conscience est libre. Si elle choisit le mal parce qu’elle est sûre qu’il fera descendre un bien du haut des cieux, ces intentions et leurs conséquences seront prises en compte. Nous, nous ne pouvons en dire davantage parce que nous n’en savons pas plus. La loi du Seigneur, il appartient au Seigneur de l’établir et non aux créatures. (…) Il faudrait examiner à fond les livres sapientiaux de la Bible, et l’Evangile quand il parle de Judas Iscariote. Ce sont des thèmes de fond de notre théologie. »
Le moins que l’on puisse dire, c’est que cette réponse rapportée n’est pas limpide. Si les propos sont exacts, il y a au moins un problème : ce n’est pas la finalité considérée bonne qui éventuellement justifie l’acte mauvais (si tel est bien le sens du propos rapporté par Scalfari). Ce qui peut l’excuser, c’est le fait d’avoir pensé que tel acte était bon dans telle circonstance.
Après des échanges à propos de la mafia, Scalfari, sur le point de partir, introduit un nouveau sujet : « Vous, Sainteté, vous travaillez assidument à intégrer la catholicité avec les orthodoxes, avec les anglicans… Il m’interrompt en continuant : “Avec les vaudois que je trouve religieux de premier ordre, avec les pentecôtistes et naturellement avec nos frères hébreux ”. »
Et donc, puisque nombre de leurs prêtres sont régulièrement mariés, l’Eglise de Rome va-t-elle changer ?
« Peut-être ne savez-vous pas que le célibat a été fixé de manière stable au Xe siècle, c’est-à-dire 900 ans après la mort de Notre Seigneur. L’Eglise catholique orientale a permis jusqu’à aujourd’hui que ses prêtres se marient. Le problème existe certainement mais il n’est pas d’une grande importance. Cela demande du temps, mais il y a des solutions et je les trouverai.
La Repubblica a été obligée de publier le rectificatif du P. Lombardi, qui a souligné (il commence à en avoir l’habitude) qu’on ne peut en aucun cas parler d’une « interview au sens habituel du terme » :
« La conversation est cordiale et très intéressante (…). Toutefois, comme cela s’est déjà produite dans une circonstance analogue, il faut faire remarquer que ce que Scalfari attribue au pape, rapportant ses propos “entre guillemets”, est le fruit de sa mémoire de journaliste expérimenté, mais non la transcription précise d’un enregistrement et encore moins de propos revus par l’intéressé, à qui ces affirmations sont attribuées. On ne peut ni on ne doit donc parler d’aucune façon d’une interview au sens habituel du terme, comme si elle rapportait une série de questions et de réponses qui respectent fidèlement et certainement la pensée précise de l’interlocuteur. 
Si donc on peut retenir que dans l’ensemble, l’article rapporte le sens et l’esprit de la conversation entre le Saint-Père et Scalfari, il faut redire avec force ce qui avait déjà été dit à l’occasion d’une précédente “interview” publiée par La Repubblica : les différentes expressions citées, dans leur formulation rapportée, ne peuvent être attribuées avec certitude au pape. 
Par exemple et en particulier, cela vaut pour deux affirmations qui ont beaucoup attiré l’attention et que l’on ne peut par contre attribuer au pape. Il s’agit de celle disant qu’il y a des “cardinaux” parmi les pédophiles, et du fait que le pape aurait affirmé certainement, à propos du célibat : “Les solutions, je les trouverai.” 
Dans l’article publié par La Repubblica ces deux affirmations sont clairement attribuées au pape, mais – curieusement – les guillemets sont ouverts au début, mais ils ne sont pas fermés. Il manque tout simplement les guillemets de fermeture… Oubli, ou reconnaissance explicite de ce que l’on est en train de faire une manipulation en direction des lecteurs ingénus. »
Mise au point assez vive, on le notera ; mais pourquoi donc le pape François a-t-il recommencé ?

• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner



© leblogdejeannesmits



02 novembre, 2015

Le pape François veut la communion pour tous les divorcés : la nouvelle bombe Scalfari

A lire aussi : le démenti du P. Federico Lombardi.


Quel crédit accorder aux dires d’un journaliste athée comme Eugenio Scalfari, s’exprimant dans un quotidien de gauche comme La Repubblica ? Il est proche du pape et a déjà rapporté des propos de François qui ont embarrassé le Vatican, amenant la Salle de presse à publier des rectificatifs. Des échanges passés entre les deux hommes ont été publiés sur le site du Vatican – un entretien a ensuite été enlevé – ou encore dans un livre édité par la Libreria editrice vaticana qui a d’ailleurs repris les textes les plus controversés. Voici qu’un nouvel entretien entre le pape François et Eugenio Scalfari vient semer un trouble encore plus grand, une vraie bombe. D’après le journaliste, le pape a dit à propos de l’accès des divorcés aux sacrements : « L’évaluation de fait sera confiée aux confesseurs, mais à la fin des parcours, qu’ils soient plus rapides ou plus lents, tous les divorcés qui le demanderont seront admis. »
L’entretien s’est passé par téléphone mercredi dernier et Scalfari a publié son compte-rendu le 1er novembre : un long texte où la bombe sur les divorcés se trouve vers la fin. Les propos sont-ils exactement rapportés ? C’est toute la question. Avec Scalfari on ne sait jamais, il est coutumier de ce journalisme imprécis et il s’autorise à citer comme précis des propos saisis à la volée.
C’est le pape François – d’après ce que raconte Scalfari – qui au terme de la longue conversation téléphonique s’est dit très intéressé par ce que ce dernier avait écrit une quinzaine de jours plus tôt. François lui a demandé ce qu’il pensait du synode sur la famille. Scalfari répondit – dit-il – qu’à son avis le compromis auquel était arrivé le synode n’avait pas tenu compte des mutations de la famille ces 50 dernières années, telles que l’objectif de « récupération de la famille traditionnelle était un objectif tout à fait impensable ». « J’ai ajouté que l’Eglise ouverte qu’il désire se trouve face à une famille ouverte elle aussi, pour le bien et pour le mal ».
« C’est vrai – a répondu le pape François – c’est une vérité et du reste la famille qui est le fondement de toute société change continuellement, comme tout change autour de nous. Nous ne devons pas penser que la famille n’existe plus, elle existera toujours parce que notre espèce est une espèce sociable et que la famille est la poutre (qui soutient) la sociabilité, mais nous n’ignorons pas que la famille actuelle, ouverte comme vous dites, contient certains aspects positifs et d’autres négatifs. Et comment se manifeste cette diversité ? Les aspects négatifs sont l’antipathie ou même la haine entre les nouveaux conjoints et ceux d’avant, s’il y a eu divorce ; la faiblesse du sentiment de fraternité notamment entre les enfants de parents partiellement ou totalement différents ; un contenu variable de la paternité qui oscille entre l’indifférence réciproque ou l’amitié réciproque. L’Eglise doit œuvrer pour que les éléments positifs prévalent sur les éléments négatifs. Cela est possible et c’est cela que nous ferons. La différence d’opinions entre les évêques fait partie de la modernité de l’Eglise et des différentes sociétés dans de telles œuvres, mais l’intention est commune et pour ce qui regarde l’admission des divorcés aux Sacrements elle confirme que ce principe a été accepté par le Synode. C’est cela, le résultat de fond, l’évaluation de fait sera confiée aux confesseurs, mais à la fin des parcours, qu’ils soient plus rapides ou plus lents, tous les divorcés qui le demanderont seront admis. »
Si le pape a vraiment dit cela, c’est révolutionnaire : l’expression d’un relativisme qui s’aligne sur les changements historiques en récusant une seule et même doctrine pour tous les temps et toutes les circonstances.
On reste interdit en outre devant cet « aspect négatif » des familles recomposées qui résiderait dans le « manque de fraternité » entre enfants de parents différents…
L’entretien rapporté par Scalfari – et commenté à travers le prisme de son athéisme, il ne faut pas l’oublier – portait aussi selon lui sur le regard positif de l’Eglise sur les autres religions, que le journaliste a explicité ainsi : « Il n’est pas besoin de se faire beaucoup violence pour comprendre le sens de cette citation : c’est la réaffirmation du Dieu unique qu’aucune religion ne possède en entier et auquel chacun arrive à travers les différentes voies, les différentes liturgies et les différentes Ecritures qui constellent l’histoire de chacune d’entre elles. Même parmi les différentes confessions de la religion chrétienne et même à l’intérieur de l’Eglise catholique. »
C’est l’interprétation de Scalfari qui dit plus loin, à propos du synode : « François a un sens politique très aigu ; il affirme des vérités révolutionnaires mais avec la diplomatie nécessaire pour transformer la diversité pour qu’elle devienne harmonie d’une œuvre commune. »
En l’absence de démentis, faut-il croire que Scalfari a exactement rapporté les propos et les opinions du pape ? La question est posée. Si c’est le cas, force est de constater que le pape va infiniment plus loin que le rapport final du synode ; la relatio synodi, surtout lue dans le contexte de l’enseignement de Jean-Paul II comme les pères synodaux ont voulu que cela soit fait, est ambiguë certes mais ne dit rien de tel.
Face à cette confusion, il devient urgent qu’à défaut d’un rectificatif du pape, un grand nombre d’évêques rappelle avec précision l’enseignement de l’Eglise.

• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner




© leblogdejeannesmits



14 novembre, 2016

Nouvelles déclarations du pape François à Spadaro et Scalfari sur les pauvres, le communisme, la liturgie traditionnelle…

Dans un entretien avec le journaliste athée, cofondateur du parti radical italien, Eugenio Scalfari, le pape François a commenté l’élection qui allait se montrer favorable à Donald Trump en se disant d’abord préoccupé par la situation des réfugiés et des migrants dans le monde, puis en affirmant que « l’on pourrait dire que ce sont les communistes qui pensent comme les chrétiens ». La rencontre a eu lieu le 7 novembre ; Scalfari en a rapporté la teneur quelques jours plus tard. La même semaine, un nouvel entretien du pape François avec son ami, le jésuite Antonio Spadaro, a également fait beaucoup de bruit, puisque, prenant le contre-pied du pape émérite Benoît XVI, François adénoncé la « rigidité » de certains parmi ceux qui restent attachés à la « forme extraordinaire », spécialement les jeunes qui ne l’ont pas vécue avant le Concile.
Cela fait beaucoup pour une seule semaine…
*
Dans le premier cas, celui d’Eugenio Scalfari, il sera sans doute expliqué que ce journaliste n’est pas vraiment fiable dans la mesure où il retranscrit ses entretiens – déjà fort nombreux – avec le pape François de mémoire, et éventuellement en déformant ses propos. Il n’empêche. Le pape accepte régulièrement de lui parler aux fins de publication, outre qu’il a avec lui de fréquents contacts téléphoniques, comme le précise le journaliste. Et il n'exige pas de se relire. Cette fois-ci, selon Scalfari, c’est même le pape François qui l'a convoqué au Vatican.
En tant que journaliste, je peux dire que la demande d’une personnalité de revoir ses propos avant publication me paraît tout à fait acceptable, et à plus forte raison lorsqu’il s’agit d’une personne qui engage plus qu’elle-même dans son interview. C’est le cas du pape, par excellence. Or voici qu'on nous explique, encore et toujours, qu'il parle seulement à titre personnel. Cela est certainement vrai du point de vue du poids magistériel de ses paroles. Mais sur le plan psychologique, elles sont nécessairement reçues – avec enthousiasme ou inquiétude – par ceux qui se sentent directement impliqués, qui ont charge d’âme, et par le catholique ordinaire, comme les paroles d'un souverain pontife.
Donc, le pape François s’est montré, dit le journaliste, non seulement « révolutionnaire » comme Scalfari a l’habitude de le dire, mais « au-delà de la révolution ».
A propos des migrants, on peut résumer la pensée du pape ainsi : dans les pays riches, même les pauvres ont peur des migrants qui pourraient les appauvrir : « C’est un cercle vicieux il faut le rompre. Nous devons abattre les murs qui nous divisent : nous devons essayer d'augmenter le bien-être et l’étendre davantage, il nous faut détruire les murs et construire des ponts qui nous permettent de réduire l’inégalité et d’augmenter la liberté et les droits. Davantage de droits et une plus grande liberté. »
Tel est le rêve actuel des mondialistes qui parlent beaucoup de la difficulté à imposer leur idée à des populations qui se sentent les oubliées du processus de globalisation : ils veulent imposer davantage de liberté dans les échanges – y compris migratoires – tout en assurant davantage de protection sociale dans le cadre d’une société mondialisée. Du socialisme mondial ?
C’est en tout cas selon le pape l’inégalité qui est à la racine des migrations. Mais il est optimiste : « Après deux, trois, quatre générations, ces personnes sont intégrées et leur diversité tend à disparaître complètement. »
La vraie question est alors de savoir quelle est la masse qui se fond dans l’autre… Le propos n’est d’ailleurs pas vérifié puisque les invasions musulmanes n’ont pas eu totalement raison du christianisme du Proche-Orient, si ce n’est par des génocides répétés.
Scalfari répond : « J’appelle cela un métissage universel au sens positif du terme. »
Réponse du pape, telle que la rapporte le journaliste : « Bravo, c’est le mot exact. Je ne sais pas s’il sera universel mais il sera bien plus prévalant qu’aujourd’hui. Ce que nous voulons, c’est une bataille contre l’inégalité, qui est le pire mal qui existe au monde. C’est l’argent qui la crée et qui va contre les mesures qui essayent de mieux diffuser la richesse et ainsi de promouvoir l’égalité. »
L’inégalité, le pire de tous les maux ? Le Christ a dit que nous aurions toujours les pauvres avec nous. Le pire malheur, le pire mal n’est pas de ne pas en avoir autant que son voisin (« Tu ne convoiteras pas le bien d’autrui »), mais de perdre son âme. « Que sert à l’homme de gagner l’univers s’il vient à perdre son âme ? », dit aussi le Christ.
Le plus grand mal est donc d’agir contre la volonté de Dieu, de pécher gravement sans s’en repentir. Et sur le plan politique et social, de favoriser cette révolte. Le monde qui nous entoure est visiblement en révolte contre Dieu. François ne l’aurait-il pas remarqué ?
Ravi, Scalfari rebondit : « Vous m’avez dit il y a quelques temps que le précepte “aime ton prochain comme toi-même” devait changer, vue la période noire que nous traversons, pour devenir “plus que toi-même”. Ainsi, vous aspirez à une société ou l’égalité domine. C’est, comme vous le savez, le programme du socialisme marxiste, puis du communisme. Pensez-vous donc à un type de société marxiste ? »
Réponse du pape François : « On l’a dit bien des fois, et ma réponse a toujours été que l’on pourrait dire que ce sont des communistes qui pensent comme les chrétiens. Le Christ a parlé d’une société où les pauvres, les faibles et les marginalisés ont le droit de décider. Non pas les démagogues, ni Barabbas, mais le peuple, les pauvres, qu’ils aient foi ou non en un Dieu transcendant. Ce sont eux qui doivent aider à atteindre l’égalité et la liberté. »
On pourrait discourir sans fin sur cette réponse, si elle est en effet celle que le pape a donnée à Scalfari. On pourrait se contenter de dire que toutes les révolutions ont abouti à rendre les pauvres encore plus pauvres, plus malheureux, plus opprimés. Tout en soulignant au passage que le Christ n’a pas prêché un royaume politique en direction des pauvres : il leur a promis la vie éternelle en invitant chacun à prendre sa croix et à le suivre. On n’oubliera pas non plus que si le communisme a prétendu lutter contre de vraies injustices, de vrais abus, il n’en est pas moins intrinsèquement pervers : radicalement, par son refus de Dieu et son refus de l'ordre naturel. Ordre qui se construit sur les inégalités fécondes.
On pourrait rappeler aussi la boutade de Margaret Thatcher : « Personne ne se rappellerait le bon Samaritain s'il n’avait que de bonnes intentions ; il avait aussi de l’argent. »
L’entretien s’est déroulé quelques jours après que le pape eut pris la parole devant les Mouvements populaires (indigénistes). Scalfari l’a interrogé pour savoir s’il voulait que les pauvres entrent directement en politique.
« Oui, c’est exact. Pas la politique politicienne – se battre à propos du pouvoir, l’égoïsme, la démagogie, l’argent – mais une politique plus haute, créative, la politique d’une grande vision. Celle dont parlait Aristote », répond le pape. Il y a ici une véritable idéalisation d’une certaine catégorie humaine. Comme si les pauvres allaient nécessairement faire une politique vertueuse. Comme s’ils étaient exempts du péché originel, de l’envie et tous les autres défauts.
Parlant des chrétiens, le pape conclut : « Nous avons répandu la foi en suivant l’exemple de Jésus-Christ. Il était le martyr des martyrs et il a donné à l’humanité la semence de la foi. Mais je suis trop avisé pour demander le martyre à ceux qui se battent pour une politique orientée vers les pauvres, pour l’égalité et la liberté. Cette politique est quelque chose de différent de la foi il y a beaucoup de pauvres qui n’ont pas une foi. Néanmoins, ils ont des besoins urgents et vitaux, et nous devons les soutenir tout comme nous soutenons tous les autres. Comme nous pouvons et comme nous savons le faire. »
*
A propos de la liturgie traditionnelle, les propos du pape cette semaine n’ont pas été moins vifs. Ils ont paru dans le dernier livre du pape François, présenté ainsi bien qu’il s’agisse des homélies du cardinal Bergoglio à Buenos Aires entre 1999 et 2013, dans l’entretien avec le père Spadaro qui les accompagne. Je cite d’après la traduction anglaise de Rorate Caeli.
Le P. Spadaro raconte la conversation, et explique notamment :
« La simplicité des enfants me fait aussi penser aux adultes, avec un rite qui est direct, auquel la participation est intense, aux messes paroissiales vécues avec tant de piété. On pense aux propositions encourageant les prêtres à tourner le dos aux fidèles, à repenser Vatican II, à utiliser le latin. Je demande au pape ce qu’il en pense. Le pape répond :
“Le pape Benoît a accompli un geste juste et magnanime en tendant la main à une certaine mentalité de certains groupes et personnes qui ressentaient de la nostalgie et qui s’éloignaient. Mais c’est une exception. C’est pourquoi l’on parle d’un rite ‘extraordinaire’. Ce qui est ordinaire dans l’Eglise, ce n’est pas cela. Il est nécessaire d’approcher avec magnanimité de ceux qui sont attachés à une certaine forme de prière. Mais l’ordinaire n’est pas cela. Vatican II et Sacrosanttum Concilium doivent continuer comme ils sont. Parler d’une ‘réforme de la réforme’ est une erreur.” »
 L’idée, sinon les mots, était pourtant celle du cardinal Ratzinger, puis de Benoît XVI…
Spadaro poursuit: « Outre ceux qui sont sincères et qui demandent cette possibilité par habitude ou par dévotion, ce désir peut-il exprimer autre chose ? Y a-t-il des dangers ? »
Le pape répond : « Je me pose des questions à propos de cela. Par exemple, j’ai toujours cherché à comprendre ce qui anime ces individus qui sont trop jeunes pour avoir vécu la liturgie préconciliaire, et qui la veulent néanmoins. Je me suis trouvé parfois devant des personnes qui sont trop rigides, une attitude de rigidité. Et je me demande : pourquoi tant de rigidité ? On creuse, on creuse, cette rigidité cache toujours quelque chose : de l’insécurité, parfois, peut-être, autre chose… la rigidité est sur la défensive. L’amour vrai n’est pas rigide. »
Le Père Spadaro « insiste », dit-il. « Mais la tradition ? Certains la comprennent d’une manière rigide. »
Le pape : « Mais non ! La tradition fleurit ! Il y a un traditionalisme qui est un fondamentalisme rigide : il n’est pas bon. La fidélité implique au contraire une croissance. La tradition, dans la tradition d’un âge à l’autre du dépôt de la foi, croît et se consolide avec le passage du temps, comme le disait Saint Vincent de Lérins dans son Commonitorium Primum. Je lis toujours dans mon bréviaire : ‘Ita etiam christianae religionis dogma sequatur has decet profectuum leges, ut annis scilicet consolidetur, dilatetur tempore, sublimetur aetate.’ ( « Le dogme de la religion chrétienne doit suivre cette même loi du progrès, afin qu’il se renforce avec les années, qu’il se développe avec le temps, qu’il s’exalte avec l’âge ».)
Certes. Mais Vincent de Lérins ne s’arrêtait pas là, il ajoutait : « Et qu'il soit entier et parfait dans toutes les dimensions de ces mesures, comme dans ses propres membres et sens, car il n’admet ensuite aucune mutation, aucune perte de ses propriétés, aucune variation de son contenu. »
Toute la question de la réforme liturgique est là : dans une édulcoration du contenu, un amoindrissement de la connaissance du dogme, qui n’est pas une rigidité mais la connaissance de la vérité et l’adhésion à celle-ci.
Et si les jeunes sont si nombreux à admirer, à demander, à préférer la liturgie traditionnelle, c’est qu’ils en perçoivent la richesse, la capacité à nourrir leur âme et leur intelligence. En les présentant comme des passéistes, voire comme des coincés, le pape François semble décidément les repousser vers des « périphéries » que même lui est prêt à oublier.


• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner


© leblogdejeannesmits



 
[]