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05 janvier, 2012

Pays-Bas : un sociologue dénonce le lien médiatique entre euthanasie et démence

Vers le site de Hugo van der Wedden
Voilà une interview (dans la revue nursing.nl) qui devrait même retenir l'attention des pro-mort : elle a été donnée à une radio de gauche néerlandaise, Vara, par Hugo van der Wedden, un sociologue de la médecine qui se dit libéral et favorable au droit de choisir l'euthanasie, y compris pour les personnes en voie de devenir démentes. Il note une augmentation rapide des euthanasies dans ce cadre (on passe de 3 en 2006 à 21 en 2010) et ne voit pas de raison pour qu'elle se poursuive sur un rythme soutenu. Pourquoi ? Il pointe plusieurs raisons, mais en dénonce deux avec plus de vigueur : le fait que les Pays-Bas, en tant que société, rejette les déments qui craignent davantage la situation où il se trouveront que d'éventuelles souffrances, et la propension des médias à toujours évoquer ensemble démence et euthanasie. Comme s'il n'y avait pas d'autre perspective.

« Il faut d'abord en finir avec la crise des soins », affirme Hugo van der Wedden. La plupart des personnes qui demandent l'euthanasie alors qu'elles sont dans les premières phases de la démence – Parkinson, Alzheimer… – ont des proches dans leur entourage qui sont mortes dans des institutions et dont elles ont vu l'état se dégrader jusqu'à les placer dans des conditions « indignes » (comme si la maladie, la souffrance, la dégradation physique rendait l'homme indigne…). Elles ne veulent pas vivre le même scénario. Elles ne veulent pas « devenir des plantes de serre ».

Il faut distinguer ici plusieurs cas.

• Premièrement, celui des personnes devenant démentes qui demandent et obtiennent l'euthanasie : à ce stade, on en dénombre quelques dizaines. Elles sont mises à mort alors qu'elles sont encore en mesure de prendre une décision en pleine conscience. Beaucoup de médecins hésitent à accéder à ces demandes puisqu'il ne semble pas que l'acte d'euthanasie soit ici en conformité avec la loi, qui exige une décision prise alors que le patient est capable d'affirmer sa volonté, et des souffrances intolérables et sans perspective d'amélioration. Mais, note van der Wedden, alors que les médecins sont généralement très réticents devant ces demandes, le fait que les commissions régionales de contrôle des euthanasies aient systématiquement approuvé a posteriori les médecins qui ont franchi le pas les encourage :

« Les médecins ont vu désormais plusieurs fois que tout s'est bien passé, que les commissions de contrôle  étaient d'accord et qu'il ne s'est pas passé de choses bizarres. Ils se sentent assez en sécurité pour accéder à la demande d'euthanasie. En outre le sujet a suscité beaucoup d'attention, par exemple à travers la mort de Hugo Claus », note le sociologue, qui prévoit du coup une forte augmentation de ce type d'euthanasies.

• Puis il y a le cas des déments qui ne sont déjà plus en mesure d'exprimer leur volonté éclairée. Un verrou a sauté en novembre dernier (voir ici sur ce blog) lorsqu'il a été rendu public qu'une femme qui avait fait un « testament de vie » exprimant sa volonté de mourir lorsque son état aurait atteint un certain niveau de gravité avait été euthanasiée. Sans préjuger de l'existence d'euthanasies « clandestines » qui peuvent avoir lieu dans ce cadre, le pas qui a été franchi en cette occurrence est l'approbation par les cinq commissions régionales – toutes consultées en raison du caractère délicat de l'affaire – qui ont toutes approuvé l'euthanasie.

• La troisième catégorie est constituée par ceux qui ont fait un testament de vie et dont la demande d'euthanasie n'a pas été honorée en raison de leur incapacité de prendre une décision : van der Wedde note que quelque 2.000 personnes démentes meurent de mort naturelle tous les ans dans les établissements de soins alors qu'elles avaient, comme la personne citée ci-dessus, clairement exprimé leur volonté de mourir.

Pour elles aussi, l'évolution de la situation va signifier de nouveaux passages à l'acte, alors que jusqu'à présent ce sont essentiellement les personnes en phase terminale de cancer qui sont euthanasiées dans le cadre de la loi.

Et là, il y a du potentiel : quelque 100.000 testaments de vie sont actuellement déposés, notamment à la suite de campagnes publiques de la NVVE (Association néerlandaise pour une fin de vie volontaire), signale le sociologue. Qui se dit de plus en plus « contrarié » par l'argumentation en faveur de l'euthanasie des personnes démentes.

« Les cancéreux en phase terminale demandent l'euthanasie en raison de plaintes réelles relatives à la douleur, à l'oppression et la nausée, mais beaucoup de personnes en début de démence ne veulent pas être mises à l'écart, transformées en plante sous serre ou atterrir dans une institution ou personne ne prêtera attention à elles. Ainsi une personne en voie de démence ne recherche pas l'euthanasie en raison de choses dont elle a à se plaindre, mais d'une situation vers laquelle elle est poussée par la société. Apparemment cela devient une raison de plus en plus fréquente de quitter la vie. Evidemment je comprends bien ces raisons, mais je pense plutôt : regardons la manière dont nous nous comportons avec les personnes qui deviennent démentes, pour voir ce que nous pouvons changer. Par exemple, en disant au client : “Vous pouvez quitter la vie, mais nous pouvons également bien prendre soin de vous.” »


C'est la « honte » qui gouvernerait ces demandes d'euthanasies, selon Hugo van der Wedden : honte de se voir diminué, d'oublier ce que l'on savait, de ne plus avoir le contrôle de sa vie. Le sociologue plaide pour une levée du tabou sur les maladies comme Alzheimer perçues comme infamantes dans les très « tolérants » Pays-Bas, au point que ceux qui en souffrent ont tendance à se couper de leurs amis et de leur vie sociale alors même que celle-ci pourrait encore être riche. Il plaide pour une campagne de sensibilisation publique.


Hugo van der Wedden souligne aussi que d'ici à 30 ans, le nombre de personnes démentes au Pays-Bas aura doublé, tandis que le nombre potentiel de soignants aura diminué de moitié…  Alors que leur nombre est déjà « insuffisant » :

« Le problème va prendre des proportions envahissantes. Nous n'y pensons pas vraiment. Personne, dans le monde politique, ne dit que notre société va arriver dans une impasse d'ici à 40 ans en raison du problème du vieillissement, personne n'en parle. En revanche nous parlons continuellement d'euthanasie. Quand on évoque la démence dans les médias, on parle en fait toujours d'euthanasie et du désir d'euthanasie. »


Quelle solution proposer, alors, à l'heure où l'euthanasie apparaît comme la solution facile à ce casse-tête dont, selon lui, personne ne prend publiquement la mesure ? Il propose de mettre en place une sorte de service civique national des jeunes dans les institutions accueillant des personnes démentes pour valoriser le travail auprès d'elles – aujourd'hui, ce sont des boulots mal payés pour des gens souvent mal formés, explique-t-il. Pour alléger le travail des soignants, et susciter des vocations.

Mais comme il n'invoque aucune raison morale de respecter et de chérir la vie des personnes âgées et malades, je doute que son argument puisse avoir beaucoup de poids.

Les néerlandophones trouveront son interview ici.

© leblogdejeannesmits.

20 mars, 2013

Les Flamands se mettent à préférer l'euthanasie à la démence

Une enquête réalisée par le Centre d'expertise de la démence de Flandres, en Belgique, révèle que près de la moitié des Flamands choisirait l'euthanasie s'ils devaient apprendre qu'ils étaient en train de devenir déments. Les commanditaires de l'enquête ont fait connaître leur préoccupation face à cette situation, rappelant que pas plus que le cancer, la démence n'est aujourd'hui un arrêt de mort.

En attendant la publication des résultats complets de l'enquête, il a déjà été indiqué à la presse que sur les 1.050 Flamands en bonne santé, 42 % ont répondu « oui » à la question de savoir s'ils se feraient euthanasier s'ils devaient faire l'objet d'un diagnostic de démence.

Une proportion que les spécialistes médicaux et experts de la démence jugent « inquiétante », voire « choquante ».

Mais elle correspond à l'environnement médiatique : la presse belge a donné beaucoup de publicité au cas du poète Hugo Claus qui a choisi de se faire éliminer dès qu'il s'est su atteint d'Alzheimer (j'en parlais ici). Et, comme le souligne un chercheur à l'Université catholique de Louvain, « le regard de la société sur la démence est très négatif. Nous portons systématiquement toute l'attention sur la dernière phase de cette maladie du cerveau. La dégradation constatée nous insuffle de la peur. Au moment de recevoir le diagnostic, on l'assimile à un arrêt de mort. » Après le diagnostic, souligne une autre spécialiste, il reste 7 à 10 années à vivre…

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© leblogdejeannesmits



24 mars, 2008

L'affaire Chantal Sébire dans “Présent” (3)

Chantal Sébire a gagné, l’euthanasie progresse…


Jeudi matin, la cause du décès de Chantal Sébire, retrouvée morte à son domicile mercredi soir, n’était pas connue, a indiqué le procureur de Dijon. Il n’était pas exclu qu’elle ait tout simplement succombé à sa maladie. Mais elle avait laissé entendre qu’elle avait les moyens de se supprimer, et un médecin au moins s’était dit prêt à l’« aider » : le Dr Bernard Senet, médecin du Vaucluse qui avouait dans Match, jeudi matin, une trentaine de ces mises à mort compassionnelles au cours de sa carrière. Curieusement, en annulant le point-presse qu’il avait annoncé, le procureur a déclaré « hésiter » quant à l’opportunité d’une autopsie. Ne saura-t-on donc jamais ?

Chantal Sébire avait de toute façon gagné. Elle a obtenu que Jean Leonetti, auteur de la loi de 2005 sur la fin de vie, se voie confier par Matignon, la mission d’« évaluer la mise en œuvre concrète de la loi et de faire des propositions, pour remédier à la méconnaissance ou la mauvaise application des textes et éventuellement à l’insuffisance de la législation ».

La manipulation est ici évidente : la loi Leonetti prévoit et organise l’euthanasie par omission en autorisant l’arrêt des soins ordinaires (l’alimentation, en l’occurrence ; les textes préparatoires de la loi excluent l’arrêt de l’hydratation), avec l’objectif unique et direct de provoquer la mort du patient.

Il s’agit donc de faire évoluer plutôt que d’évaluer, et doublement. Le cas Chantal Sébire est le plus frappant. Elle a brandi comme un drapeau son refus d’être plongée dans un coma qui la soulagerait, son refus encore d’y être plongée en vue de mourir, ce que la loi Leonetti prévoit. Elle a pleinement joué le jeu de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité, dont le message aura finalemnent consisté à dire aux Français que Chantal Sébire était tombée dans l’indignité de vivre, et que la mort doit pouvoir alors être administrée directement.

Bernard Kouchner, François Fillon, Jean Ameisen, du Comité national d’éthique, et quelques autres ont déjà plaidé pour cette solution… finale, que ce soit sous forme d’« exception » ou de légalisation d’office. On peut dire que Chantal Sébire a marqué ici un autre point : Nadine Morano, nouveau secrétaire d’Etat à la Famille depuis mardi, renouvelait dès mercredi son soutien à l’euthanasie. Elle avait été co-auteur, avec Gaëtan Gorce (PS) d’une proposition de loi élargissant son cadre.

Deuxième cas : celui d’Hervé Pierra. Ce jeune homme, réanimé par ses parents alors qu’il venait de se pendre, était plongé dans un coma végétatif. Le Monde de mercredi raconte avec force détails le combat de ses parents pour obtenir l’application de la loi Leonetti : contre son gré, l’équipe médicale a fini par lui retirer sa sonde gastrique, sans accompagner ce geste d’une « sédation palliative » que la loi ne prévoit pas explicitement. Hervé Pierra est mort au bout de six jours de convulsions terribles et éprouvantes pour ses proches. Le fait tragique est là encore monté en épingle pour obtenir, sans doute, une prescription légale encore plus explicite du « laisser mourir » qui en l’occurrence relève totalement de la volonté de tuer.

Manipulation, exploitation : elles ont été manifestes dans le cas de Chantal Sébire, comme le souligne Tugdual Derville dans France Catholique, à travers « refus des solutions sociales ou médicales (notamment analgésiques) qui pourraient être proposées ». « Plusieurs médecins que nous avons interrogés se disent dégoûtés par ce qui est affirmé à propos des douleurs de Chantal Sébire », note-t-il, précisant plus loin : « Son cas ne serait pas aussi “limite” qu’il est spectaculaire. »

Voilà un aspect des choses que les gros médias ne soulèveront pas. En attendant, dans les pays où l’euthanasie est pleinement légale, on cherche aussi à aller plus loin. L’euthanasie, à Anvers, de l’écrivain belge Hugo Claus, qui souffrait d’un Alzheimer, était fortement médiatisée mercredi. Le même jour, la Deuxième chambre néerlandaise était saisie de la demande de la présidente du groupe « Gauche Verte », proposant que l’euthanasie soit autorisée pour les personnes âgées privées de la « dignité humaine » : celles, par exemple, dont tous les enfants seraient morts, celles qui souffrent trop de la solitude.

Supprimons-les ! Cela soignerait au moins la mauvaise conscience de la société…

Tout ceci arrive pendant la Semaine sainte, et ce n’est pas un hasard. Nous nous apprêtons à revivre la Passion du Christ, librement choisie, librement consentie pour notre salut, en vue de la Résurrection. Qu’Il pardonne à tous ces malheureux qui ne savent pas ce qu’ils font. Qu’Il nous pardonne aussi de ne pas assez prier pour ceux qui « ont le plus besoin de sa Miséricorde ». La neuvaine commence ce Vendredi saint. La vraie réponse à ces drames dont on veut gommer l’aspect surnaturel est là.

Article extrait du n° 6553
du Vendredi 21 mars 2008

 
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