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15 octobre, 2015

Un vaticaniste allemand, Paul Badde, confirme l’existence de la « mafia » de Sankt-Gallen autour de Kasper, Lehmann et Danneels

Le vaticaniste allemand Paul Badde.
L’édition allemande de Catholic News Agency a publié le 10 août un entretien avec le vaticaniste germanophone Paul Badde, qui y apporte notamment un nouvel éclairage sur le groupe de Saint-Gall – la « Mafia » des cardinaux, pour reprendre le mot du cardinal Godfried Danneels. Il affirme avoir eu connaissance de cette affaire en 2005 et apporte des précisions. Je traduis ci-dessous les extraits de l’entretien relatifs à l’ancien primat des Belges, en m’aidant de la traduction anglaise mise en ligne par The radical Catholic ce jeudi. Il fait état d’une réunion après la mort de Jean-Paul II en vue d’éviter l’élection du cardinal Ratzinger. Ce n’était pas à Sankt-Gallen, en Suisse, mais à Rome. — J.S.
CNA. – Un petit scandale mijote en fond de synode : le pape François a invité l’ancien archevêque de Bruxelles Godfried Danneels, qui a récemment avoué devant les caméras avoir appartenu à une sorte de « club-mafia » au sein de l’Eglise.
Paul Badde. — C’est exact. Je ne sais pas si c’est un petit scandale, ou un gros. C’est en tout cas une énigme. Il est en tout cas certain que le cardinal Danneels a totalement couvert un évêque qui avait abusé de son neveu. Il est également supposé avoir fait pression sur le roi Baudouin pour que celui-ci promulgue le projet de loi belge légalisant l’avortement, et qu’il soit moins mesquin dans cette affaire. Quel conseils ce cardinal est-il censé pouvoir donner à un synode catholique qui discute de « la vocation et la mission du mariage et de la famille » est pour beaucoup un mystère, pour parler légèrement. En ce qui concerne sa revendication du mois dernier d’avoir été membre d’une sorte de « mafia » dans le collège des cardinaux, je peux la confirmer par expérience personnelle.
CNA. – Que voulez-vous dire par là ? Aviez-vous déjà des indications là-dessus ?
Paul Badde. — Oui. En avril 2005, j’ai reçu d’une source fiable l’information selon laquelle, à peine trois jours après les funérailles de Jean-Paul II, les cardinaux Martini de Milan, Lehmann et Kasper d’Allemagne, Bačkis de Lituanie, Van Luyn des Pays-Bas, Danneels de Belgique et O’Connor de Londres se sont réunis dans ce qu’on appelle la Villa Nazareth avec celui qui n’était plus papabile, le cardinal Silvestrini, en vue de mettre secrètement au point une tactique qui permette d’éviter l’élection de Joseph Ratzinger. C’est alors que j’ai écrit un article pour Die Welt, publié le 17 avril 2005, évoquant cette rencontre en précisant qu’elle violait les directives dans l’instruction de 1996 du pape défunt, Universi Dominici Gregis, qui posait de nouvelles règles pour les modalités de la succession, avec notamment cette directive stricte : aucun accord ne devait être pris en vue d’influencer l’issue du conclave, que ce soit avant ou pendant celui-ci. Trois jours plus tard, Joseph Ratzinger fut élu pape à une large majorité. Le cardinal Meisner de Cologne, aujourd’hui à la retraite, pourrait vous dire exactement comment cela s’est passé– si n’était l’obligation du secret en ce qui concerne toutes les procédures d’un conclave. Mais ce n’est un secret pour personne que Meisner était, à cette époque, l’adversaire le plus ardent de ce groupe dans son ensemble et du cardinal Danneels en particulier. Pourtant ce n’est pas lui, le vieil ami de Joseph Ratzinger, qui a été personnellement invité au synode par le pape, mais plutôt le cardinal Danneels, lui aussi émérite, qui a même six mois de pus que l’archevêque de Cologne. C’est un fait.

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© leblogdejeannesmits



25 septembre, 2015

Le cardinal Danneels et la “mafia” de Sankt-Gallen revendique son rôle dans l'élection du pape François

Le cardinal belge Godfried Danneels a publiquement reconnu lors de la présentation de sa biographie officielle qu’il faisait partie du groupe de Sankt-Gallen, une réunion annuelle convoquée depuis 1996 à l’initiative de l’évêque de cette petite ville Suisse, Ivo Fürer, en résistance à la montée en puissance du cardinal Ratzinger.
« Le nom chic, c’étatit le groupe de Sankt-Gallen. Mais nous, nous l’appelions “la Mafia” », dit-il goguenard devant un public ravi, réuni dans l’enceinte de la basilique de du Sacré-Cœur de Koekelberg en Belgique, mercredi soir.
« Il y avait quelques évêques, quelques cardinaux, trop pour les nommer tous », explique-t-il. Le cardinal Martini faisait partie des fondateurs ; les biographes de l’ancien primat de Belgique évoquent aussi la présence, au fil des ans, des cardinaux Kasper, Karl Lehmann, Basil Hume, Achille Silverstrini et l’ancien primat des Pays-Bas Mgr Ad van Luyn, qui fut de 2006 à 2012 président de la Conférence des évêques de l’Union européenne (COMECE).
Néerlandais, Belge, Allemands, Autrichiens, un ou des Français… Tout n’a pas été dit sur l’identité des conspirateurs de Sankt-Gallen mais on en sait tout de même assez pour comprendre que c’était du sérieux.
C’était pour eux des « vacances spirituelles » où ils pouvaient s’épancher alors que le pouvoir était de plus en plus centralisé à Rome sous Jean-Paul II. Ils n’avaient pas de candidat précis, expliquent-ils. Mais ils avaient des idées. Des idées qui étaient radicalement opposées à celles de Ratzinger,  « le pessimiste » ; et qui ont triomphé avec l’élection du pape François. Pour Danneels, ce fut une « résurrection personnelle », dit-il lui-même.
Ses biographes, Jürgen Mettepenningen et Karim Schelkens, ont fait un travail « scientifique », ayant accès à toutes les archives personnelles du cardinal Danneels. Ils le présentent comme un « faiseur de roi » : le groupe de Sankt-Gallen a favorisé l’élection du cardinal Bergoglio qui aurait déjà été son favori en 2005, après la démission du pape Benoît XVI. Depuis lors, le cardinal Danneels est régulièrement invité par le pape François.
« L'élection de Bergoglio a été préparée à Saint-Gall, ça ne fait aucun doute. Et les grandes lignes de son programme sont celles dont Danneels et ses confrères discutaient depuis plus de dix ans » écrit Schelkens, souligne belgicatho.
Toute la presse belge bruit de leurs révélations en soi ahurissantes, mais en outre insultantes pour le pape émérite.
 Danneels a rêvé en tant qu’évêque et cardinal « d’une certaine sorte d’Eglise », expliquent ses biographes : « Elle commence à se concrétiser avec le pape François ».
Voici ce qu’en dit Mettepenningen sur la radio belge Radio1 :
« Au cours du long pontificat de Jean-Paul II il y a eu une tendance croissante à la centralisation de tout ce qui était imposé depuis le haut, avec la marge du freedom of speech (liberté de parole) qui se rétrécissait. C’est depuis 1996 qu’un groupe a été érigé à Sankt-Gallen par l’évêque de Sankt-Gallen, Ivo Fürer : un groupe de cardinaux et d’évêques d’Europe de premier plan qui trouvaient quelque part cette freedom of speech ensemble. Depuis 1999, le cardinal Danneels en a été membre lui-même ; avec Ivo Fürer il en a été le plus longtemps membre.
Personne n’en savait rien mais on avait des soupçons à Rome, où en fait on était not amused [« pas amusé » à la manière de la reine Victoria, NDLR] de savoir qu’il y avait ce groupe que nous avons appelé de Sankt Gallen dans la biographie – et que le cardinal lui-même, apparemment, appelle la mafia, mais c’est un nom affectueux, signe d’une certaine espièglerie… »
Interrogé sur le fait de savoir si « Bergoglio en faisait partie », le biographe répond :
« Non, c’est un réseau de cardinaux et d’évêques européens haut placés. Dans l’engagement de ce petit groupe qui voulait la réforme de l’Eglise, qui voulait la rendre plus proche du cœur des gens, on y est allé progressivement. Au début des années 2000, alors que la fin de Jean-Paul II était désormais prévisible, on a pensé de manière plus stratégique à ce qu’il allait advenir de cette Eglise après Jean-Paul II. Depuis la venue du cardinal Silvestrini dans ce groupe de Sankt-Gallen celui-ci a pris un caractère plus tactique et plus stratégique. C’est ce qui explique la déception chez le cardinal Danneels et bien d’autres personnes lors de l’élection du pape Benoît  XVI – car l’Eglise ne se réformerait pas sous Benoît XVI. Cela ne commence vraiment à se faire que sous le pape François. »
Dès avant ces réunions le cardinal Danneels n’était pas en odeur de sainteté à Rome : la biographie précise qu’il était sur le point de devenir président de la COMECE lorsqu’un coup de fil depuis le Vatican l’en a empêché.
Danneels avait été chargé en 1980 du synode spécial des évêques néerlandais au moment où il fallait mettre de l’ordre dans l’Eglise des Pays-Bas. A peine le synode achevé, Godfried Danneels allait participer au synode général des évêques où Ratzinger s’exprime de manière pessimiste sur le divorce et la déliquescence des mœurs. Danneels – déjà – lui répons qu’il faut « un nouvel équilibre entre la loi et la miséricorde ». C’était nouveau, relève la presse belge. C’est l’esprit qui prévalait à Sankt-Gallen.
Pourquoi Danneels a-t-il parlé de ce groupe, pourquoi maintenant ? Besoin de se montrer important ou victorieux ? A vrai dire, il semble qu’il y ait de sa part une volonté de réhabilitation : éclaboussé par les enquêtes policières sur les affaires de prêtres pédophiles, il a quitté son poste en 2010 sous un nuage sombre, son image liée à celle de cette ancienne Eglise qu’au fond il n’aime pas. En rattachant de manière aussi spectaculaire son nom à celui du pape François, bien-aimé des médias, Danneels redorerait-il son blason ?
On peut supposer qu’il n’a pas révélé les noms de ses confrères dans cette « mafia » autoproclamé sans leur accord, tout comme on peut imaginer qu’il s’est abstenu de parler de ceux qui ont préféré que le secret qui avait eu cours jusqu’alors et qui l’ont toujours gardé.
Benoît-et-moi en parle ici.

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