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11 septembre, 2014

Le cardinal Francis George dénonce la religion du laïcisme

L’archevêque de Chicago, le cardinal Francis George, a écrit cette semaine dans son éditorial hebdomadaire du journal de son diocèse que les Etats-Unis ont désormais leur « religion d’Etat » : le laïcisme. Une religion qui s’impose parfois avec la même brutalité que « la charia ».
Un tel franc-parler surprend aujourd’hui de la part d’un prince de l’Eglise.
Plutôt que de vous donner une idée, quelques citations, je vous propose de découvrir le texte in extenso. Il en vaut la peine. Vous verrez que ce que le cardinal George écrit vaut aussi pour la France et pour d’autres pays jadis chrétiens. Il explique notamment que s’engager sur la route du pouvoir, dans la situation actuelle, suppose une forme d’apostasie : l’acceptation des idoles du jour.
Je vous propose ici ma traduction de ce texte. Le titre choisi par le cardinal est détourné de celui du roman de Dickens, A Tale of Two Cities. – J.S.

Le conte de deux Eglises

Il était une fois une Eglise fondée au moment où Dieu est entré dans l’histoire humaine afin de donner à l’humanité un chemin vers le salut éternel et le bonheur avec lui. Le Sauveur envoyé par Dieu, son Fils unique, n’écrivit pas de livre mais fonda une communauté, une Eglise, sur le témoignage et le ministère de douze apôtres. Il envoya à son Eglise le don de l’Esprit Saint, l’esprit d’amour entre le Père et le Fils, l’Esprit de la vérité que Dieu avait révélée sur lui-même et sur l’humanité en faisant irruption dans l’histoire de l’humanité pécheresse.
Cette Eglise, communion hiérarchique, a continué son chemin au cours de l’histoire, vivant parmi différents peuples et cultures mais toujours guidée pour ce qui fait l’essentiel de sa vie et de son enseignement par le Saint Esprit. Elle se disait « catholique » parce qu’elle avait pour raison d’être et pour but de prêcher une foi universelle et une moralité universelle, qui embrassent tous les peuples et toutes les cultures. Cette prétention devait souvent provoquer des conflits avec les classes dominantes de nombreux pays. Au bout de quelque 1.800 ans de son histoire souvent orageuse, cette Eglise s’est retrouvée en tant que tout petit groupe dans un nouveau pays de l’Amérique du Nord-Est qui promettait de respecter toutes les religions parce que cet Etat ne serait pas confessionnel ; il n’allait pas tenter de jouer le rôle d’une religion.
Cette Eglise savait qu’elle était loin d’être socialement acceptable dans ce nouveau pays. L’une des raisons pour lesquelles celui-ci avait été créé était précisément de protester contre la décision du roi d’Angleterre de permettre la célébration publique de la messe catholique sur le sol de l’Empire britannique dans les territoires catholiques du Canada nouvellement conquis. Il avait trahi le serment de son couronnement par lequel il s’était engagé à combattre le catholicisme, défini comme « le plus grand ennemi de l’Amérique », et de protéger le protestantisme, en mettant la religion pure des colonisateurs en danger, leur donnant ainsi le droit moral de se révolter et de rejeter son règne.
Pour autant, bien des catholiques dans les colonies américaines pensaient que leur vie pourrait être meilleure dans ce nouveau pays plutôt que sous un régime dont la classe dominante les avait pénalisés et persécutés depuis la moitié du XVIe siècle. Ils ont pris ce nouveau pays comme le leur et l’ont servi fidèlement. Leur histoire sociale n’a pas manqué de conflits, mais de manière générale l’Etat a gardé sa promesse de protéger toutes les religions et de ne pas s’opposer à leur égard en faux rival, comme une fausse Eglise. Jusqu’à une date récente.
Il y avait toujours eu un élément quasi religieux dans le credo public de ce pays. Il vivait du mythe du progrès humain, qui ne laissait guère de place à la dépendance par rapport à la providence divine. Il tendait à exploiter la religiosité des gens ordinaires en utilisant un langage religieux afin de les coopter jusqu’à les faire adhérer aux objectifs de la classe dominante. Diverses formes d’anti-catholicisme faisaient partie de son ADN social. Il avait encouragé les citoyens à se considérer comme les créateurs de l’histoire mondiale et comme les gérants de la nature, de telle sorte qu’il ne fût plus nécessaire de consulter une source de vérité extérieure à eux-mêmes pour vérifier la bonté de leurs objectifs et de leurs désirs collectifs. Mais il n’avait jamais assumé explicitement les atours d’une religion, ni dicté officiellement à ses citoyens ce qu’ils devaient penser ou quelles « valeurs » ils devaient faire leurs afin de mériter de faire partie de ce pays. Jusqu’à une date récente.
Ces dernières années, la société a revêtu d’approbation sociale et législative toutes sortes de relations sexuelles autrefois qualifiées de « péchés ». Puisque la vision biblique de ce que signifie le fait d’être humain nous dit que toute amitié, tout amour ne peut s’exprimer au travers de relations sexuelles, l’enseignement de l’Eglise sur ces questions est désormais une preuve d’intolérance à l’égard de ce que la loi civile affirme, voire impose. Là où jadis on demandait de vivre et de laisser vivre, on exige maintenant l’approbation. La « classe dominante » – ceux qui façonnent l’opinion dans les domaines de la politique, de l’éducation, de la communication, du divertissement – utilise la loi civile pour imposer à tous sa propre forme de moralité. On nous dit que, même au sein du mariage, il n’y a pas de différence entre hommes et femmes, alors que la nature et nos corps eux-mêmes apportent la preuve évidente qu’hommes et femmes ne sont pas interchangeables à volonté lorsqu’il s’agit de former une famille. Néanmoins, ceux qui ne se conforment pas à la nouvelle religion – nous avertit-on – mettent leur citoyenneté dans la balance.
Lorsqu’une récente affaire d’objection religieuse à l’égard d’une des dispositions de la Health Care Act (NDLR : l’Obamacare) aboutit à un jugement qui allait contre la religion d’Etat, le Huffington Post (le 30 juin 2014) exprima son « inquiétude » quant au fait de pouvoir être « à la fois catholique et bon citoyen ». Et ce n’est pas en écho aux nativistes qui élevèrent la voix contre l’immigration catholique dans les années 1830. Ce n’est pas davantage la voix de ceux qui ont brûlé des couvents et des églises à Boston et à Philadelphie, une dizaine d’années plus tard. Il ne s’agit pas davantage d’une expression du Know-Nothing Party des années 1840 et 1850, ni du Ku Klux Klan qui brûlait des croix devant les églises catholiques du Midwest après la guerre civile. C’est une voix bien plus sophistiquée que celle de l’American Protective Association, dont les membres s’engageaient à ne jamais voter pour un candidat catholique à une charge publique. Il s’agit plutôt de la voix pharisaïque de certains membres de l’Establishment américain aujourd’hui, qui se voient comme des « gens de progrès », des « illuminés ».
Pour beaucoup de catholiques, le résultat inévitable est une crise de la foi. Tout au long de l’histoire, lorsque les catholiques et les autres croyants de la religion révélée ont été contraints de choisir entre être enseignés par Dieu ou instruits par des politiques, des professeurs, des éditorialistes de grands journaux et des artistes du monde du divertissement, nombreux sont ceux qui ont choisi d’aller du côté du manche. Cela permet d’amoindrir une importante tension au cœur de leur vie, même si cela entraîne aussi l’idolâtrie d’un faux dieu. On n’a pas besoin de courage moral pour se conformer au gouvernement et à la pression sociale. Il faut une foi profonde pour « nager à contre-courant », ainsi que le pape François a encouragé les jeunes à le faire lors des JMJ de l’été dernier.
Nager à contre-courant signifie limiter son propre accès aux positions de prestige et de pouvoir au sein de la société. Cela veut dire que ceux qui choisissent de vivre conformément à la foi catholique ne seront pas les bienvenus en tant que candidats politiques aux postes nationaux, qu’ils ne feront pas partie des conseils éditoriaux des grands journaux, qu’ils ne seront pas chez eux dans la plupart des facultés universitaires, qu’ils ne feront pas une belle carrière d’acteurs ou d’artistes. Ni eux, ni leurs enfants, qui seront également suspects. Dans la mesure où toutes les institutions publiques, peu importe qui les possède ou les fait fonctionner, seront agents du gouvernement et conformeront leurs activités aux exigences de la religion officielle, l’exercice de la médecine et du droit deviendra plus difficile pour les catholiques fidèles. Cela signifie déjà dans certains Etats que ceux qui ont des entreprises sont obligés de conformer leur activité à la religion officielle ou payer une amende, de même que les chrétiens et les juifs doivent payer une amende à cause de leur religion dans les pays gouvernés par la charia.
Celui qui lit le conte des deux Eglises, un observateur extérieur, pourrait noter que la loi civile américaine a beaucoup fait pour affaiblir et pour détruire l’unité de base de toute société humaine : la famille. Alors que s’affaiblissent les contraintes internes qu’enseigne toute saine vie familiale, l’Etat aura besoin d’imposer toujours plus de contraintes extérieures sur l’activité de chacun. L’observateur extérieur pourrait également noter qu’inévitablement, l’imposition par la religion officielle à tous les citoyens et même au monde entier de tout ce que ses adeptes désirent, engendre le ressentiment. L’observateur pourrait faire remarquer que le statut social joue un rôle important dans la détermination des principes de la religion d’Etat officielle. Le « mariage des couples de même sexe », pour prendre un exemple actuel, n’est pas une question qui intéresse les pauvres ni ceux qui sont en marge de la société.
Comment ce conte se finit-il ? Nous n’en savons rien. La situation actuelle est évidemment bien plus complexe que celle du scénario d’un conte, et il y a beaucoup d’acteurs et de personnages, y compris au sein de la classe dominante, qui ne veulent pas voir leur cher pays se transformer en fausse église. On aurait tort de perdre espoir, puisqu’il y a tant de gens bons et fidèles.
Les catholiques savent, avec la certitude de la foi, que lorsque le Christ reviendra dans la gloire pour juger les vivants et les morts, l’Eglise, qui sera reconnaissable d’une manière ou d’une autre dans sa forme catholique et apostolique, sera là pour l’accueillir. Il n’y a aucune garantie divine de cette sorte pour quelque pays, culture ou société de quelque époque que ce soit.
+ Cardinal Francis George, OMI.

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07 décembre, 2013

Visite “ad limina” : l'effondrement du catholicisme néerlandais

En visite ad limina à Rome, les évêques néerlandais ont fait savoir au pape François la profondeur de la crise de l’Eglise catholique aux Pays-Bas, l’exode des fidèles et des pratiquants ayant atteint des proportions critiques.

Cardinal Eijk
Le cardinal Willem Eijk, archevêque d’Utrecht, s’en est ouvert au micro de Radio Vatican en LifeSiteNews.
soulignant que des centaines d’églises catholiques sont aujourd’hui menacées de fermeture et que l’Eglise « qui est aux Pays-Bas » est au bord de l’effondrement après s’être « sécularisée de manière drastique », rapporte Hilary White sur

Le nombre de catholiques pratiquants continue de diminuer. « Pendant les années 1950, 90 % des catholiques allaient encore à l’Eglise tous les dimanches. Aujourd’hui, ils ne sont plus que 5 %. »
Cela a des conséquences matérielles : l’Eglise catholique ne reçoit aucune subvention publique, ne vivant que du denier du culte et des dons volontairement versés par les fidèles. « C’est pourquoi nous sommes forcés à fermer de nombreuses Eglises », a-t-il expliqué.

Et de citer de récentes statistiques selon lesquelles en 2010, seuls 16 % des Néerlandais s’identifient comme catholiques, une proportion qui devrait, sauf miracle, tomber à 10 % d’ici à 2020 – date à laquelle l’islam prendra le rang de deuxième religion des Pays-Bas, devant les protestants qui devraient se situer alors à 4, ou au maximum 5 %.

Le pape François, a précisé le cardinal Eijk, a réagi à ces chiffres catastrophiques en exhortant les évêques néerlandais à « ne rien lâcher ».  « Vous devez garder courage et surtout l’espérance que le Christ nous a donnée. Cette espérance ne déçoit jamais », a dit le pape François, cité par le cardinal.
Quelles raisons à ce déclin ? S’il n’a commencé à se rendre palpable qu’au cours des années 1960, il se devinait dès le lendemain de la Seconde Guerre mondiale, a souligné le cardinal Eijk : on pouvait alors voir des « problèmes » même chez les catholiques alors que les protestants avaient commencé à décrocher dès le début du XXe siècle : l’Eglise « perdit sa relation avec la doctrine de la foi et ne touchait plus la vie quotidienne des gens ».

Autrement dit, la crise que nous vivons prend racine dans une crise de l’autorité et de l’enseignement fidèle de la doctrine. Il est vrai qu’aux Pays-Bas catholiques – naguère le premier fournisseur mondial de missionnaires – la promotion du Nouveau catéchisme et les attitudes lénifiantes du clergé à l’égard des exigences morales de l’Eglise sur le plan des mœurs notamment ont fait beaucoup pour persuader les catholiques que tout allait très bien et qu’il ne fallait pas s’en faire.

Aujourd’hui, aux termes d’une estimation de l’association « Avenir du patrimoine religieux » (The Future of Religious Heritage), publié en 2010, 600 à 700 églises catholiques néerlandaises seront fermées au culte d’ici à cinq ans. Actuellement, les églises ferment au rythme de deux par semaine en moyenne, faute de paroissiens ou de pratiquants. Le rapport, établi sur des chiffres de 2008, prévoit également la fermeture de 150 des 170 moanastères et maisons religieuses actives cette année-là à l’horizon de 2018.

Interrogé sur cet état de fait, le cardinal Eijk a expliqué que dans son propre diocèse d’Utrecht, les 326 paroisses existantes sont en train d’être fondues en 49 conglomérats territoriaux, au sein desquels une seule église est désignée comme « Centre eucharistique ». « Nous n’avons pas assez de prêtres aujourd’hui pour célébrer la messe dans chaque église, nous centralisons donc la célébration dans une seule », a-t-il déclaré.

Cet effondrement de la pratique va de pair avec la chute vertigineuse des mariages religieux : « Aux Pays-Bas, il y a beaucoup de couples gays, des couples qui cohabitent, et de moins en moins de mariages religieux catholiques. Il s’agit d’une chute considérable qui indique clairement que le soin pastoral de la famille doit être une priorité dans notre pays », a-t-il indiqué. Et d’affirmer la volonté de l’Eglise de demeurer ferme et audible dans sa condamnation de l’avortement et de l’euthanasie.
Le pape François, dans son discours aux évêques néerlandais, a mis l’accent sur l’« éducation des consciences » qui est aujourd’hui primordiale vu le « vide spirituel » de leur pays fortement laïcisé, en soulignant qu’il était important que les catholiques soient là où les décisions sont prises.

Mais comment faire, dans un contexte où « la doctrine de la foi », comme le dit le cardinal Eijk, est désormais si mal connue et où les développements les plus extrêmes de la culture de mort se sont imposés parmi l’indifférence générale – quand ce n’était pas l’adhésion au nom de la tolérance ?

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06 décembre, 2013

Les évêques des Etats-Unis poursuivis pour refus d'avortement dans les hôpitaux catholiques

L’ACLU (American Civil Liberties Union) association laïciste, poursuit en justice la Conférence des évêques catholiques des Etats-Unis pour obtenir la condamnation de leurs directives anti-avortement, a-t-elle annoncé lundi. Les évêques, et à travers eux l’Eglise, sont accusés d’empêcher la procuration de soins médicaux nécessaires aux femmes enceintes en état de détresse, entraînant des refus de soins (« medical negligence », en droit américain).

Le procès sera plaidé devant la cour fédérale du Michigan  où l’ACLU représentera une femme qui se plaint de ne pas avoir reçu des informations adéquates sur son état ni des soins appropriés, alors qu’elle s’était présentée dans l’hôpital catholique de la ville de Muskegon à 18 semaines de grossesse, après avoir perdu les eaux, malgré le risque d’infection que cela lui faisait courir. Mais qui ne s’est pas réalisé…

Tamesha Means, la jeune femme en question, estime que ses droits ont été méconnus. Il n’y avait pas d’autre hôpital à proximité que le Mercy Health Partners, c’est donc là qu’elle est allée lorsque l’urgence s’est présentée, pour se voir renvoyée chez elle. Le lendemain elle s’est de nouveau présentée, alors qu’elle saignait et éprouvait des douleurs, pour être encore une fois rassurée et renvoyée à la maison. C’est seulement au cours de la nuit suivante que, fiévreuse et saignant toujours, elle a été accueillie ; elle devait assez rapidement mettre au monde son bébé qui est mort peu de temps après.
Qu’il y ait eu là mauvaise appréciation de l’affaire, erreur médicale ou non, en tout cas mauvais accueil pour autant qu’on puisse en juger, n’est pas la question.  Ce qui compte, c’est que l’affaire est exploitée au nom du « droit à l’avortement » contre une institution qui ne peut pas accepter l’avortement pour des motifs qui dépassent la loi civile et la compétence des tribunaux.

Mme Means estime que son droit a été méconnu dans la mesure où personne ne lui a dit que son bébé – le fœtus, dit le New York Times – n’avait qu’une petite chance de survivre dans cette situation, ni ne l’a prévenue que la poursuite de la grossesse pouvait présenter un risque.

En l’occurrence, l’ACLU cherche à faire admettre que dans un tel cas, il est obligatoire d’informer la patiente du fait que fréquemment, les équipes médicales choisissent de provoquer le travail même si la date de viabilité n’est pas atteinte, condamnant l’enfant à une mort certaine, ou d’« extraire chirurgicalement le fœtus » pour réduire (et non éliminer !) les risques d’infection pour la mère.

On comprend qu’ACLU se soit précipitée sur l’affaire dans l’objectif d’obtenir une jurisprudence contraignante et générale contre la politique de vie des évêques catholiques à l’heure ou un sixième des hôpitaux aux Etats-Unis sont catholiques et que les partenariats se multiplient avec des hôpitaux non catholiques.

De son côté un responsable du National Catholic Bioethics Center de Phhiladelphie, John M. Haas, a réagi en déclarant que sans connaître l’affaire, il pouvait quand même souligner que les directives des évêques sont parfois interprétés avec trop de zèle et qu’elles sont plus nuancées que leurs détracteurs ne le pensent. Et de rappeler qu’une femme enceinte et malade peut recevoir un traitement même si celui-ci risque de mettre en danger, par une sorte d’effet secondaire, la vie de son enfant.

La difficulté ici réside en le fait que la seule « solution » exigée par ACLU est bien une intervention destinée directement à mettre fin à la grossesse, avec un effet secondaire potentiel : éviter une infection. Il s’agit donc non pas de venir au secours de cette femme mais de l’instrumentaliser au nom du droit à l’avortement « thérapeutique » ou « médical » – sans quoi on s’interrogerait peut-être d’abord sur le fait que Mme Means n’a pas été admise et placée en observation, alors que, pour autant que les faits soient connus, son état le justifiait d’emblée.

La guerre se fait de plus en plus frontale entre les tenants de la culture de mort et ceux qui veulent sauvegarder les droits de la vie.

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25 janvier, 2012

Atelier ICHTUS sur la culture de mort, à Paris le jeudi 26 janvier

Des guerres révolutionnaires à l’avortement et l’euthanasie 
Dans le cadre des Atelier Jean Ousset : « L’impasse de la “sécularisation” : le coût humain d’un monde sans Dieu » 
19h30 - 21h
Base 49, 49 rue des Renaudes 75017 Paris.
Métro Ternes ou Péreire
Contact : 01 47 63 97 81
 
Suivi d’un pot convivial. 10 € ; 5 € étudiants et chômeurs.
Atelier interactif. Après un bref topo, les intervenants et le public réfléchiront sur le thème de la culture de mort à partir des questions suivantes :
 
1. Parler de « culture de mort » évoque dans les esprits la mentalité contraceptive, abortive ou euthanasique. Dans quelle mesure l’expression ne peut-elle pas être étendue bien au-delà du domaine de la bioéthique et désigner les politiques suicidaires des sociétés européennes du XXe siècle, en incluant les guerres totales, le suicide démographique, le goût du morbide et scatologique (les spectacles) ou les sports et pratiques extrêmes ? 
2. N’y a-t-il pas un processus logique unissant l’ensemble des lois et des projets en cours depuis la contraception jusqu’à l’euthanasie, le mariage homosexuel et la théorie du genre ? Dans quelle mesure l’une des clés de ce processus ne réside-t-elle pas dans cette sorte de retournement des mots (voir 1984 d’Orwell ou Le meilleur des mondes d’Huxley) où liberté signifie esclavage, où le culte du bien-être entraîne le devoir de faire mourir et où la stérilité choisie est synonyme de fécondité, etc. ? 
3. Conséquence logique de la sécularisation, la société actuelle a fait de la mort et de la souffrance un sujet tabou. C’est le culte de la santé parfaite (Lucien Sfez), mais dans le même temps, cette même société est accusée de promouvoir la « culture de mort ». Comment expliquer ce paradoxe ? 
4. Est-il possible de faire un lien entre la culture de mort (celle qui mène à la contraception, à l’avortement ou à l’euthanasie) et le dépérissement du lien social ? En quoi l’accueil de la vie est-il un facteur primordial du « Nous Commun » et de l’équilibre social ?
Les intervenants :  
Pierre de Lauzun, auteur notamment de L’avenir de la démocratie et de Economie et christianisme  
Jeanne Smits, directeur de la rédaction de Présent  
Modérateur : Joël Hautebert, professeur des universités en histoire du droit 
Pour vous inscrire, cliquez ici.

25 juillet, 2011

Le cardinal Cañizares, le Troisième Reich, le communisme et la laïcisation

Le Préfet de la Congrégation pour le Culte divin, le cardinal Antonio Cañizares, a reçu il y a quelques jours le titre de docteur honoris causa à la Faculté de théologie Redemptoris Mater du diocèse du Callao, au Pérou. Dans son discours de réception il a rappelé que l'homme sans Dieu, tel que le veut le laïcisme, est « seul ».

« Si l'homme par lui-même, sans Dieu, peut décider de ce qui est bien ou mal, il peut aussi disposer qu'un groupe déterminé de personnes doit être annihilé », a-t-il expliqué. En ce sens, « nous ne pouvons oublier (…) qu'en s'appuyant leur pensée en de semblables racines, des décisions de ce type ont déjà été prises par le Troisième Reich et dans le monde soviétique. »


Et de montrer que la négation de Dieu, ainsi que le fait de vivre comme si Dieu n'existait pas, est le problème « aux plus lourdes conséquences déshumanisantes pour l'homme et pour son avenir ». « Le développement de ce laïcisme est alarmant dans certains lieux, il atteint le noyau et le fondement même de notre société, il affecte l'homme et sa réalité la plus vive et son avenir même » en même temps qu'il « a pu envahir aussi la fibre religieuse ».

Lançant un appel à l'évangélisation, le cardinal a rappelé qu'« il n'y a pas de plus grande pauvreté que de vivre comme si Dieu n'existait pas”. Le laïcisme idéologique « entraîne une façon de penser et de vivre où la référence à Dieu est considérée comme manifestant une déficience de la maturité intellectuelle et du plein exercice de la liberté, et c'est ainsi que s'implante progressivement la conversion athée de l'existence elle-même ».


Source : ACIPrensa.

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21 février, 2011

Plaidoyer pour une circulaire pro-vie dans les collèges de Belgique

Je découvre sur le site Génération pour la vie Liège cette intéressante information, tirée de La Libre Belgique :

Une circulaire Pro-IVG envoyée aux écoles
BELGA
L’initiative crée la polémique car elle irait à l’encontre du Pacte scolaire qui interdit toute activité et propagande dans les écoles, relate mercredi Le Soir.
Une circulaire intitulée « 20 ans de droit à l’avortement » a été envoyée le 9 février par la Direction générale de l’enseignement à tous les directeurs et tous les pouvoirs organisateurs des établissements secondaires.
L’initiative crée la polémique car elle irait à l’encontre du Pacte scolaire qui interdit toute activité et propagande dans les écoles, relate mercredi Le Soir.
La circulaire renvoie à un dossier pédagogique et à un documentaire produits par le Centre d’action laïque (CAL), avec l’appui des centres de planning et du Groupement des centres extra hospitaliers pratiquant des avortements (Gacehpa).Elle donne aussi un numéro de téléphone et une référence internet pour obtenir gratuitement des supports pour « sensibiliser les jeunes sur les aspects médicaux et pratiques de l’avortement en Belgique« .
« Sur le fond, il s’agit d’une publicité masquée et directe en faveur du CAL, organe représentatif de la laïcité belge et de son idéologie », note un observateur.
Selon Le Soir, la circulaire n’a pas encore été examinée par la commission chargée de veiller au respect de l’article du Pacte scolaire sur l’interdiction de toute activité et propagande politique ainsi que toute activité commerciale dans les écoles.
« Il ne s’agit en rien d’une action de propagande! « , réagit Lise-Anne Hanse, directrice générale de l’enseignement obligatoire, signataire de la circulaire. « Il appartient aux chefs d’établissements et aux enseignants en tant que ‘passeurs de pouvoir’, et dans le respect de la philosophie du décret-mission, d’aider les élèves à devenir de véritables citoyens. Ces supports pédagogiques servent de base. »
Les pro-vie proposent avec humour : « Soyons pour l'égalité : envoyons une circulaire Pro-Vie ! »

Notez que les informations du dossier, qui font encore polémique chez nos voisins belges, sont incluses dans le programme de SVT (Sciences de la Vie et de la Terre) des 4e et des 3e en France.

20 février, 2011

Marche pour les chrétiens d'Orient à Vannes : des photos…

Plus de 2.000 personnes, selon le site du diocèse de Vannes, et certainement plus près de 3.000, selon moi, ont participé en ce fin de samedi après midi à une marche silencieuse pour les chrétiens persécutés dans le monde – et aussi contre la christianophobie dans nos vieux pays d'Europe. Mgr Centène a prononcé une allocation au lieu de rassemblement, avant de lire le texte de la pétition qu'il invite tous les catholiques du diocèse à signer d'ici au 6 mars. Elle est en ligne iciReportage sur la marche dans Présent daté de mardi (en ligne lundi à midi), en principe. En attendant, voici quelques photos.

Les marcheurs se massent sur le port de Vannes. Au fond, le clocher de la cathédrale Saint-Pierre.

Abbés d'Orient et d'Occident

Au milieu de la foule, un drapeau scout
Un évêque qui parle. Pour l'édification de ceux qui lui sont confiés.

Et les fidèles, de tous âges et de toutes conditions, écoutent…

…attentifs.

Qu'est-ce que la liberté de conscience ? Il s'agissait ici de demander
le droit pour tous les chrétiens de pouvoir pratiquer librement, partout
dans le monde, y compris dans les pays où aujourd'hui, on n'a
même pas le droit de construire des églises…

Des prêtres qui connaissent bien le Proche-Orient, berceau du christianisme, ouvraient la marche. Celui de droite,
prêtre mexicain, 28 ans missionnaire en Egypte, devait prêcher l'homélie de la messe. C'est le sang des
nouveaux martyrs d'Egypte qui assurera la présence, toujours, de chrétiens en Egypte, dit-il.

Monseigneur Centène ouvre la marche.

Les chalands, nombreux en ce samedi après-midi, regardent, étonnés, l'interminable et silencieuse colonne…

On serpente d'une porte de la ville à l'autre. Terre chrétienne par toutes ses pierres.

Pas un bruit ne monte de cette longue procession. Très loin d'être complète sur cette photo…

Derniers mètres avant la cathédrale.

Mgr Centène conduit le troupeau dans son église.

Toutes les places possibles sont prises,
et aussi quelques autres.


























La nuit tombe, on se prépare à veiller.
Le rouge des martyrs… Mais on parlera de pardon, et non de vengeance.

Au pied de la croix, fleurs rouges et blanches, et la palme promise
à ceux qui ne rougissent pas du Christ, mais donnent, pour Lui
rendre témoignage, jusqu'à leur propre vie.

© photos : Jeanne Smits, leblogdejeannesmits.

10 février, 2011

Quelle est la priorité dans l'Europe laïcisée ? Evangéliser !, répond l'évêque de Séville

Au cours d'une interview donnée dans le Diario de Sevilla, l'archevêque de Séville, Mgr Juan José Asenjo, à la tête d'un des plus importants diocèses d'Espagne, a pris acte de la sécularisation du pays. En matière d'avortements et de « droits gays », de promotion de l'idéologie du genre et de mainmise sur l'éducation, l'Espagne n'a rien à envier à la France et se trouve même plus loin qu'elle sur le chemin de la culture de mort. Que faire, alors ?

« L'Eglise ne vit pas des temps confortables. Ce sont parfois des temps d'affrontement, de lutte… Ce sont des temps où il n'est pas bien vu d'être chrétien. En Espagne, comme dans le reste des Eglises d'Europe, nous sommes assaillis par la sécularisation. Mais cela, loin de nous déprimer ou de nous inhiber, doit nous stimuler à annoncer Jésus-Christ en actes et en paroles, pour avancer dans l'évangélisation, qui est une priorité », a déclaré Msg Asenjo.
Et que lui inspire le fait qu'il y ait moins de catholiques, moins de pratiquants, moins de couples qui se marient religieusement ?
« C'est un fait que l'on constate : la pratique du précepte religieux dominical a diminué et il y a moins de mariages canoniques. Cela, je ne peux pas l'applaudir. Je sens que c'est la conséquence de la laïcisation de la société. Mais cela, comme je l'ai dit, doit nous encourager à évangéliser. »
Ajoutant qu'à l'inverse, le nombre de catholiques qui prennent leur foi au sérieux va croissant – facteur d'espoir – Mgr Asenjo a aussi parlé des tentatives de reléguer Dieu dans la sphère privée.

« La culture laïcisée essaie d'ôter Dieu de la vie publique. Elle se manifeste à travers des moyens de communication qui dans une large mesure, ne sont pas chrétiens, et dans certaines initiatives législatives qui ne respectent pas le droit des parents d'être les premiers éducateurs de leurs enfants, qui ne respectent pas la liberté d'éducation et qui tentent de supplanter la famille dans le cœur des enfants. »

L'Espagne, un pays laïcisé ? Certainement – peut-être même plus gravement que la France. Mais lorsque ses évêques prononcent des paroles fortes, la « minorité créative » des catholiques espagnols sait se faire voire et entendre.

© leblogdejeannesmits.

18 janvier, 2011

Espagne : les laïcistes de l'Université de Barcelone ont eu raison de la messe

Jusqu'à nouvel informé, il n'y aura plus de messes dans la chapelle de l'Université de Barcelone (UB) dont le Recotat affirme ne plus pouvoir « assurer la sécurité » des étudiants catholiques lors des offices. « Les temps changent », observent laconiquement les responsables académiques qui sont ainsi revenus unilatéralement sur une convention signée en 1988, toujours en vigueur, avec l'archevêché de Barcelone, ou ils s'engageaient ) ce qu'un espace universitaire serait réservé au culte catholique. La décision a été prise mardi dernier et officiellement notifiée aujourd'hui : la chapelle ferme.

Cette « mesure de précaution » est supposée provisoire et les services du doyen de la faculté d'économie, où se trouve le sanctuaire, ont expliqué qu'ils ont confié aux services juridiques de l'Université la tâche de trouver un moyen pour assurer la sécurité des étudiants catholiques si les messes devaient reprendre. On parle d'installer une nouvelle porte pour créer une sorte de sas de sécurité à l'accès de la chapelle. Mais en attendant, note HazteOir, étudiants et professeurs catholiques sont bel et bien privés du droit d'exercer leur liberté religieuse.

Mais où est donc le danger dont il faut « protéger » ces jeunes et ces moins jeunes trop pieux ? Eh bien, tout s'est déclenché trois jours après la visite du Pape à Barcelone en novembre dernier : des étudiants progressistes de l'UB ont prétendu « boycotter » la messe du mercredi célébrée dans la chapelle du campus, non sans avoir fait le tour des amphis pour inciter leurs condisciples à les aider, par la « force » s'il le fallait.

D'où pancartes, slogans, cris, manifestations aux portes de la chapelle, le tout assorti de menaces bien nettes. Et, lors d'un mercredi avant Noël, il y eut même des jets de projectiles. Ce jour-là, une quarantaine d'étudiants gauchistes parvinrent même à faire irruption dans la chapelle au cours de la messe.

Dans un premier temps, le rectorat avait décidé de protéger les messes et les personnes qui voulaient y assister étaient escortées de gardes pour les mettre à l'abri de l'hostilité et de la violence des laïcistes. Pendant toute la durée des cérémonies religieuses, ces agents de sécurité contractuels gardaient l'entrée de la chapelle.

Le curé de la paroisse de saint Raymond Nonnat de Barcelone, qui célèbre habituellement ces messes pour les étudiants et les professeurs, juge la situation « lamentable » et propose que le conflit se résolve de manière pacifique : « Le mieux serait que cessent les tentatives de boycott de la part de quelques étudiants et que l'on retrouve la situation normale. »  Il ne semble pas dans les intentions des laïcistes de se laisser retourner pour si peu…

Depuis quelque temps, les laïcistes radicaux espagnols se sentent pousser des ailes. C'est du moins ce que rapporte le forum « No sé si me explico » : à la célèbre université de Madrid, la Complutense, après des attaques qui ont abouti à la fermeture de la chapelle de la fac d'histoire, la plus importante chapelle du campus située dans la faculté de droit est désormais visée elle aussi d par des manifestations et des troubles, bien que de très nombreux étudiants y passent pour prier chaque jour.

La campagne est notamment menée par Europa Laica qui s'étrangle devant les « privilèges » accordés à la religion catholique dans ce lieu public qu'est l'université, qui plus est aux termes du Concordat de 1953 qui garantit la tenue d'offices catholiques dans ces lieux d'enseignement supérieur.

Les laïcistes, sans surprise, invoquent la modernité et la science et la libération des dogmes religieux qui rendent impensable cette ingérence du religieux dans le domaine de la connaissance et de la culture.

La religion, n'est-pas, est affaire strictement privée.

En attendant, face à ces hurluberlus, le plus scandaleux est la complicité de fait des autorités universitaires et publiques.

Mais quel rapport, direz-vous, avec la culture de mort ? Il est incontestable : c'est au nom d'une même marginalisation de la foi, de la loi divine et de toute transcendance qu'il est interdit de s'exprimer sur la vérité de l'avortement (pour ne parler que de lui).

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10 mai, 2010

L'histoire des Cristeros au cinéma

Le tournage commencera en juin, au Mexique, et ce sera (probablement) un film « catho »… L'acteur mexicain Eduardo Verastegui, héros du film pro-vie Bella, partagera avec Eva Longoria et avec Andy Garcia (Le Parrain III, Dead Again, Les Incorruptibles…)  l'affiche d'un film relatant l'épopée des Cristeros. Cristiada reviendra sur les persécutions laïques qui ont frappé dans les années 1926 et 1929 les catholiques, souvent des paysans illettrés, qui se sont battus pour leur foi et pour les droits de l'Eglise face au pouvoir maçonnique en place au Mexique.

Le film sera réalisé par Dean Wright, spécialiste des effets spéciaux et associé à la réalisation des Chroniques de Narnia et du  Seigneur des Anneaux.

Verastegui interprétera le bienheureux Anacleto Gonzalez, laïc et dirigeant de la rébellion des Cristeros, tandis que Garcia incarnera l'« ultracatholique » (je cite un blog ciné hispanophone) enrique Gorostieta y Velarde qui avait pris les armes pour défendre les prérogatives de l'Eglise, mises à mal par la Constitution laïque de 1917 au Mexique.

Au cri de « Vive le Christ-Roi et Sainte Marie de Guadalupe », les Cristeros combattirent pendant trois ans d'une guerre qui fit près d'une centaine de milliers de victimes et s'acheva sans victoire éclatante de part ou d'autre, mais à la suite de laquelle l'Eglise recouvra au moins quelques-uns de ses droits.

Les Cristeros comptent plusieurs martyrs officiellement reconnus (34 prêtres et laïcs béatifiés ou canonisés, dont le père Miguel Pro.

Pourquoi vous raconter cela dans un blog pro-vie ? Parce que le laïcisme n'est pas mort…

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17 janvier, 2008

Cadeau ! Traduction complète du discours que Benoît XVI devait prononcer à l'Université de Rome, La Sapienza

Je vous propose ici ma tentative de traduction intégrale du texte envoyé par Benoît XVI à l'Université de Rome, La Sapienza. Le Pape avait décidé de reporter sa visite, qui devait coïncider ce jeudi avec l'ouverture de l'année académique, à la suite des protestations d'une poignée de constestataires laïcistes. Alors qu'une marée de messages de soutien est venue au secours du Saint-Père, l'actualité de son discours (lu par le Recteur de La Sapienza en l'absence de Benoît XVI)se révèle brûlante. N'ayant pu en trouver le texte français, il m'a semblé opportun, vu l'importance des sujets abordés par le Pape, de faire ce travail. Précision : je vous propose ici une traduction non officielle. Merci de ne pas la reproduire comme faisant autorité mais de renvoyer plutôt vers cette page afin qu'elle ne soit pas séparée de cette précision.

Ce m’est une grande joie de rencontrer la communauté de « La Sapienza – Université de Rome » à l’occasion de l’inauguration de l’année académique. Depuis des siècles, cette université ponctue la marche et la vie de la ville de Rome, faisant fructifier les meilleures énergies intellectuelles dans tous les champs du savoir. Que ce soit à l’époque où, après sa fondation décidée par Boniface VIII, l’institution dépendait directement de l’Autorité ecclésiastique, ou, plus tard, celle où le Studium Orbis s’est développé comme institution de l’Etat, votre communauté a su maintenir un très haut niveau scientifique et culturel, qui la place parmi les plus prestigieuses universités du monde. Depuis toujours l’Eglise de Rome considère ce centre universitaire avec sympathie et admiration, reconnaissant ses efforts, parfois ardus et difficiles, dans le domaine de la recherche et celui de la formation des nouvelles générations. N’ont pas manqué, ces dernières années, des moments significatifs de collaboration et de dialogue. Je voudrais rappeler, en particulier, la rencontre mondiale des Recteurs à l’occasion du Jubilé des Universités, qui a vu votre communauté assumer non seulement la charge de l’accueil et de l’organisation, mais surtout celle d’avoir fait la proposition prophétique et complexe de développer un « nouvel humanisme pour le troisième millénaire ».

Il me plaît, en cette circonstance, d’exprimer ma gratitude pour l’invitation qui m’a été faite de venir à votre université pour vous y proposer une leçon. Dans cette perspective je me suis d’emblée posé la question : quelles choses peut et doit dire un pape dans une telle occasion ? Lors de mon discours de Ratisbonne j’ai parlé, certes, en tant que pape, mais je me suis surtout exprimé en tant qu’ancien professeur de cette université qui était la mienne, en essayant de lier les souvenirs et l’actualité. Mais à l’université « Sapienza », l’antique université de Rome, je suis invité précisément comme l’évêque de Rome, et ainsi je dois parler comme tel. Certes, la Sapienza fut pendant un temps l’université du pape, mais elle est aujourd’hui une université laïque avec cette autonomie qui, au fondement même de son concept fondateur, a toujours fait partie de la nature de l’université, qui doit être liée exclusivement à l’autorité de la vérité. Dans sa liberté à l’égard de l’autorité politique et ecclésiastique l’université trouve sa fonction particulière, y compris au sein de la société moderne, qui a besoin d’une institution de ce genre.

Je reviens à ma question de départ : que peut et doit dire le pape lors de sa rencontre avec l’université de sa ville ? En réfléchissant à cette interrogation, il m’a semblé qu’elle en contenait deux autres, dont l’éclaircissement devrait de lui-même conduire à la réponse. Il faut, en effet, se demander : « Quelle est la nature et la mission de la papauté ? » Et encore : « Quelle est la nature et la mission de l’université ? » Je ne voudrais pas, à cette place, vous attarder, ni m’attarder sur une longue dissertation sur la nature de la papauté. Il suffit d’un bref aperçu. Le pape est avant tout Evêque de Rome et, en tant que tel, en vertu de la succession de l’Apôtre Pierre, il a une responsabilité épiscopale à l’égard de toute l’Eglise catholique. Le mot « évêque » : episkopos, qui dans son premier sens rappelle immédiatement le « surveillant », a dès le Nouveau Testament été fusionné avec le concept biblique de « Pasteur » : celui qui, depuis un poste d’observation élevé, regarde l’ensemble, assumant la charge de la bonne marche et de la cohésion de l’ensemble. En ce sens, une telle désignation de sa charge oriente le regard d’abord vers l’intérieur de la communauté des croyants. L’Evêque – le Pasteur – est l’homme qui prend la charge de cette communauté ; celui qui la maintient unie sur le chemin vers Dieu, indiqué, selon la foi chrétienne, par Jésus ; mais point seulement indiqué : Il est lui-même, pour nous, le chemin. Mais cette communauté dont l’évêque assume la charge – si grande ou si petite qu’elle soit – vit dans le monde ; ses circonstances, son chemin, son exemple et sa parole influent inévitablement sur tout le reste de la communauté humaine dans son ensemble. Plus elle est grande, d’autant plus sa bonne condition ou son éventuelle dégradation se répercutent sur l’ensemble de l’humanité. Nous voyons aujourd’hui, très clairement, comment les conditions des religions et comment la situation de l’Eglise – ses crises et ses renouvellements – agissent sur l’ensemble de l’humanité. Ainsi le pape, même comme pasteur de sa communauté, est devenu toujours davantage une voix de la raison éthique de l’humanité.

Ici surgit cependant immédiatement l’objection selon laquelle le pape, en réalité, ne parlerait pas véritablement sur le fondement de la raison éthique, mais tirerait ses jugements de la foi, et que pour cette raison il ne pourrait pas les prétendre valides pour ceux qui ne partagent pas cette foi. Nous devrons revenir plus loin sur cet argument, parce que se pose ici la question absolument fondamentale : Qu’est-ce que la raison ? Comment une affirmation – surtout une norme morale – peut-elle être démontrée comme étant raisonnable ? Je voudrais ici simplement, pour le moment, relever que John Rawls, tout en niant aux doctrines religieuses d’ensemble le caractère de la raison « publique », voit tout de même dans leur raison « non publique » à tout le moins une raison qui ne pourrait être purement et simplement ignorée, au nom d’un rationalisme laïciste dur, par ceux qui le soutiennent. Il voit un critère de cette « raisonnabilité » entre autres dans le fait que de telles doctrines sont issues d’une tradition responsable et motivée, au sein de laquelle, au cours d’un temps très long, ont été développées des argumentations suffisamment bonnes pour soutenir ces doctrines respectives. Dans cette affirmation, le point important me semble être la reconnaissance du fait que l’expérience et de la démonstration au cours des générations, le fonds historique de la sagesse humaine, sont aussi un signe de leur caractère raisonnable et leur signification durable.

En face d’une forme a-historique de la raison qui cherche à s’auto-construire seulement comme une rationalité a-historique, la sagesse de l’humanité comme telle – la sagesse des grandes traditions religieuses, doit être reconnue comme une réalité que l’on ne peut impunément jeter à la poubelle de l’histoire des idées.

Revenons à la question de départ. Le pape s’exprime comme représentant d’une communauté croyante, dans laquelle a mûri au cours des siècles une sagesse déterminée de la vie ; il parle comme représentant d’une communauté qui conserve en son sein un trésor de connaissance et d’expérience éthique, qui se révèle importante pour l’humanité tout entière : en ce sens, il parle comme représentant d’une raison éthique.

Mais il faut demander maintenant : et qu’est-ce que l’université ? Quelle est sa tâche ? C’est une gigantesque question à laquelle je peux, encore une fois, tenter de répondre seulement en style quasi télégraphique, en faisant quelques observations. Je pense que l’on peut dire que la véritable et même l’intime origine de l’université se trouve dans l’intense désir de connaissance qui est le propre de l’homme. Il veut connaître tout ce qui l’entoure. Il veut la vérité. En ce sens on peut considérer le questionnement de Socrate comme l’impulsion d’où est née l’université occidentale. Je pense, par exemple – pour ne mentionner qu’un texte – à la dispute avec Euthyphron, qui face à Socrate défend la religion mythique et ses dévotions. A quoi Socrate oppose la question : « Crois-tu qu’entre les dieux il existe véritablement une guerre réciproque et de terribles inimitiés et batailles… Devons-nous, Euthryphon, effectivement dire que tout cela est vrai ? » (6 b-c). Dans cette demande guère pieuse – mais qui chez Socrate, trouvait son origine dans une religiosité plus profonde et plus pure, dans la recherche du Dieu véritablement divin – les chrétiens des premiers siècles se sont reconnus eux-mêmes, et leur chemin. Ils ont accueilli leur foi non de manière positiviste, ou comme la voie pour échapper à des désirs inassouvis ; ils l’ont comprise comme ce qui allait dissiper le brouillard de la religion mythologique pour faire place à la découverte de Dieu qui est Raison créatrice et en même temps Raison-Amour. Ainsi, le fait de s’interroger par la raison sur ce Dieu plus grand, et aussi sur la véritable nature et le véritable sens de l’être humain n’était pas pour eux une forme problématique de manque de religiosité, mais faisait partie de l’essence même de leur façon d’être religieux. Il n’avait pas besoin, par conséquent, de résoudre ou d’écarter le questionnement socratique, mais ils pouvaient, et même ils devaient accueillir et reconnaître comme faisant partie de leur identité propre la recherche ardue de la raison pour atteindre la vérité entière. Ainsi l’université pouvait, ou plutôt même devait naître au sein de la foi chrétienne, dans le monde chrétien.

Il est nécessaire de faire un pas encore. L’homme veut connaître – il veut la vérité. La vérité est avant tout affaire de voir, de comprendre, de théorie, comme l’appelle la tradition grecque. Mais la vérité n’est pas non plus seulement théorique. Augustin, en faisant la corrélation entre les Béatitudes du Discours de la Montagne et les dons de l’Esprit mentionnés dans Isaïe 11, a affirmé une réciprocité entre la « science » et la « tristesse » : la simple connaissance, dit-il, rend triste. Et en effet, celui qui voit et apprend seulement tout ce qui se produit dans le monde, finit par devenir triste. Mais la vérité signifie plus que le savoir : la connaissance de la vérité a pour but la connaissance du bien. C’est même le sens du questionnement socratique : Quel est ce bien qui nous rend vrais ? La vérité nous rend bons, et la bonté est vraie : là est l’optimisme qui vit dans la foi chrétienne, parce que c’est à celle-ci qu’à été concédée la vision du Logos, de la Raison créatrice qui, dans l’incarnation de Dieu, s’est révélée en même temps comme le Bien, comme la Bonté même.

Dans la théologie médiévale eut lieu une dispute approfondie sur le rapport entre la théorie et la pratique, sur la juste relation entre la connaissance et l’agir – une dispute que nous ne pouvons développer ici. Et de fait l’université médiévale, avec ses quatre Facultés, présente cette corrélation. Commençons avec la Faculté, qui selon la compréhension d’alors, était la quatrième, celle de médecine. Alors même que celle-ci était davantage considérée comme « art » que comme science, son insertion dans le monde de l’université signifiait clairement qu’elle était placée dans la sphère de la rationalité, que l’art de guérir se trouvait sous la conduite de la raison et qu’elle devait être soustraite de la sphère de la magie. Guérir est une tâche qui requiert toujours davantage que la simple raison, et précisément pour cela elle a besoin d’un lien entre le savoir et le pouvoir, elle a besoin d’appartenir à la sphère de la raison. Inévitablement, apparaît alors la question de la relation entre la pratique et la théorie, entre la connaissance et l’agir dans la Faculté de jurisprudence. Il s’agit de donner une forme juste à la liberté humaine qui est toujours liberté dans la communion réciproque : le droit est le présupposé de la liberté, et non son adversaire. Mais ici paraît subitement la question : Comment se précisent les critères de justice qui rendent possible une liberté vécue ensemble et qui servent au bien-être de l’homme ? Ici s’impose un saut vers le présent : c’est la question de savoir comment l’on peut trouver un corps normatif juridique qui constitue un ordonnancement de la liberté, de la dignité humaine et des droits de l’homme. C’est la question qui nous préoccupe aujourd’hui par rapport aux processus démocratiques de formation de l’opinion et qui en même temps nous angoisse quant à l’avenir de l’humanité. Jürgen Habermas exprime, me semble-t-il, une idée largement partagée par la pensée actuelle, lorsqu’il dit que la légitimité d’une charte constitutionnelle, présupposé de la légalité, procède de deux sources : de la participation égalitaire de tous les citoyens et de la forme raisonnable dans laquelle se résolvent les oppositions politiques. Par rapport à cette « forme raisonnable » il note que celle-ci ne peut se réduire à la simple lutte pour obtenir la majorité arithmétique, mais qu’elle doit se caractériser comme un « processus d’argumentation sensible à la vérité » (wahrheitssensibles Argumentationsverfahren). Cela est bien dit, mais c’est chose bien difficile à transformer en une pratique politique. Les représentants de ce « processus » public d’« argumentation » sont, nous le savons, principalement les partis comme responsables de la formation de la volonté politique. De fait, ceux-ci auront immanquablement pour objectif la conquête de la majorité et, quasi inévitablement, ils prendront soin des intérêts qu’ils entendent satisfaire ; mais de tels intérêts sont souvent particuliers et ne servent pas véritablement l’ensemble. La sensibilité à la vérité est toujours et encore dépassée par la sensibilité aux intérêts. Je trouve significatif le fait que Habermas parle de la sensibilité à la vérité comme de l’élément nécessaire dans le processus de l’argumentation politique, réinsérant ainsi le concept de vérité dans le débat philosophique et dans le débat politique.

Mais alors devient inévitable la question de Pilate : Qu’est-ce que la vérité ? Et comment la reconaît-on ? Si pour cela on se réfère à la « raison publique », comme le fait Rawls, suit nécessairement encore cette question : Quelle chose est raisonnable ? Comment une raison se prouve-t-elle comme raison vraie ? Dans tous les cas, il est évident que dans la quête du droit de la liberté, de la vérité d’une juste vie en société, il faut écouter des instances différentes des partis et des groupes d’intérêt, sans vouloir pour autant nier l’importance de ceux-ci.

Revenons donc à la structure de l’université médiévale. Outre la jurisprudence, elle comptait les Facultés de philosophie et de théologie, à qui était confiée la recherche sur l’être humain dans sa totalité, avec la tâche de maintenir vive la sensibilité à la vérité. On pourrait même dire que là se trouve le sens permanent et véridique de ces deux Facultés : être gardiennes de la sensibilité à la vérité, ne pas permettre que l’homme soit distrait de la recherche de la vérité. Mais comment peuvent-elles remplir leur tâche ? Voilà une question à laquelle il faut revenir et travailler toujours et qui n’est jamais posée ni résolue définitivement. Ainsi, à ce stade, je ne peux, même moi, proposer une réponse à proprement parler, mais plutôt une invitation à rester en chemin avec cette question – un chemin en compagnie des grands qui tout au long de l’histoire ont lutté et cherché, avec leurs réponses et leur inquiétude de la vérité, qui demeure toujours au-delà de toutes les réponses singulières.

La théologie et la philosophie forment ici un drôle de couple de jumeaux, où ni l’un ni l’autre ne peut être totalement distingué de l’autre et où, pourtant, chacun doit conserver son propre but et sa propre identité. C’est le mérite historique de saint Thomas d’Aquin – face aux différentes réponses des Pères liées à leur contexte historique – d’avoir mis en lumière l’autonomie de la philosophie et avec celle-ci, le droit et la responsabilité propres de la raison qui s’interroge sur la base de ses propres forces. En se distinguant des philosophies néoplatoniciennes, où philosophie et théologie étaient inextricablement liées, les Pères ont présenté la foi chrétienne comme la philosophie véritable, soulignant même que cette foi correspond aux exigences de la raison dans la recherche de la vérité ; que la foi est le « oui » à la vérité, en regard des religions mythiques qui avaient fini par devenir simples affaires de coutume. Mais plus tard, au moment de la naissance de l’université, ces religions n’avaient plus cours en Occident, mais seulement le christianisme, et ainsi il fallait souligner de manière nouvelle la responsabilité propre de la raison, qui n’est pas absorbée par la foi. Thomas va devoir agir à un moment privilégié : pour la première fois, les écrits philosophiques d’Aristote étaient accessibles dans leur intégralité ; étaient présentes les philosophies hébraïques et arabes, en tant qu’appropriations et continuations spécifiques de la philosophie grecque. Ainsi le christianisme, dans un nouveau dialogue avec la raison des autres, qu’il venait à rencontrer, devait lutter pour sa propre « raisonnabilité ». La Faculté de philosophie qui, aussi dite « Faculté des artistes », avait été jusqu’alors seulement une propédeutique à la théologie ; elle devint une Faculté véridique en elle-même, un partenaire autonome de la théologie et de la foi reflétée en celle-ci. Nous ne pouvons nous attarder ici sur les âpres confrontations qui s’ensuivirent. Je dirais que l’idée de saint Thomas à propos du rapport entre la philosophie et la théologie pourraient s’exprimer au travers de cette formule trouvée dans le Concile de Chalcédoine pour la christologie : philosophie et théologie doivent être en relation entre elles « sans confusion et sans séparation ». « Sans confusion » veut dire que chacune des deux doit conserver sa propre identité. La philosophie doit demeurer véritablement une recherche de la raison dans sa propre liberté et avec sa propre responsabilité ; elle doit voir ses limites et précisément ainsi sa grandeur et sa vaste étendue. La théologie doit continuer d’atteindre un trésor de connaissance qu’elle n’a pas inventé elle-même, qui la dépasse toujours et qui, ne pouvant être épuisé totalement au moyen de la réflexion doit pour cette raison même doit toujours renouveler sa pensée. Mais avec le « sans confusion » vient toujours le « sans séparation » : la philosophie ne part pas toujours de zéro du sujet pensant dans un monde isolé, mais se situe dans le grand dialogue de la sagesse historique, qui est chaque fois de nouveau accueilli et développé à la fois de façon critique et docile. Elle ne doit pas se fermer devant ce que les religions, et en particulier la foi chrétienne ont reçu et donné à l’humanité comme indications du chemin. Diverses choses affirmées par les théologiens au cours de l’histoire, voire traduites en pratique par les autorités ecclésiastiques, ont été démontrées fausses par l’histoire et se réfutent aujourd’hui. Mais en même temps il est vrai que l’histoire des saints, l’histoire de l’humanisme qui a grandi sur les fondements de la foi chrétienne démontre la vérité de cette foi dans son noyau essentiel, faisant d’elle une instance dont la raison publique a besoin. Certes, on ne peut s’approprier bien des choses affirmées par la théologie et par la foi que de façon interne à la foi et elles ne peuvent donc être présentées comme exigences à ceux pour qui cette foi demeure inaccessible. Il est vrai, pourtant, que le message de la foi chrétienne n’est pas seulement une « doctrine religieuse d’ensemble » au sens où le dit Rawls, mais une force purificatrice pour la raison même, qui l’aide à devenir davantage elle-même. Le message chrétien, au fondement de son origine, devrait toujours être un encouragement à aller vers la vérité et ainsi, une force contre la pression du pouvoir et des intérêts.

Eh bien, nous n’avons jusqu’à présent parlé que de l’université médiévale, en cherchant toutefois à laisser transparaître la nature permanente de l’université et de sa tâche. Aux temps modernes se sont révélées des nouvelles dimensions de la connaissance, qui à l’université sont mises en valeur principalement dans deux grands domaines : avant tout celui des sciences naturelles, qui se sont développées sur la base de la connexion entre l’expérimentation et le présupposé de la rationalité de la matière ; et en second lieu, dans les sciences historiques et les humanités, où l’homme, scrutant le spectacle de son histoire et éclairant les dimensions de sa nature, essaie de se mieux comprendre lui-même. Dans ce développement s’est ouvert à l’homme non seulement une mesure immense de savoir et de pouvoir ; ont grandi également la connaissance et la reconnaissance des droits et de la dignité de l’homme, et pour cela nous ne pouvons que rendre grâces. Mais on ne peut jamais dire que le voyage de l’homme est achevé et le danger d’une chute dans l’inhumanité n’est pas davantage conjuré : nous le voyons bien dans le panorama de l’histoire actuelle ! Le danger du monde occidental – pour n’évoquer que celui-ci – est aujourd’hui dans le fait que l’homme, précisément à raison de l’importance de son savoir et de son pouvoir, pourrait abandonner la question de la vérité. Et cela signifie en même temps que la raison, à la fin, se plie devant les questions des intérêts et l’attraction de l’utilité, qu’elle serait contrainte de reconnaître comme critère ultime. Du point de vue du monde de l’université : le danger existe que la philosophie, ne se sentant plus capable d’accomplir sa propre tâche, se dégrade en positivisme ; que la théologie, et avec elle le message propre qu’elle apporte à la raison, en vienne à être confinée à la sphère privée d’un groupe plus ou moins grand. Si pourtant la raison – inquiète de préserver sa supposée pureté ¬– devient sourde au grand message qui lui vient de la foi chrétienne et de sa sagesse, elle se dessèche comme un arbre dont les racines n’atteignent plus l’eau qui lui donne vie. Elle perd son courage en vue de la vérité et ainsi ne devient pas plus grande, mais plus petite. Appliqué à notre culture européenne cela signifie : si elle veut seulement s’autoconstruire sur la base de sa propre argumentation et de ce qui, sur le moment, la convainc et que – préoccupée de sa seule laïcité – elle se détache des racines qui la font vivre, alors elle ne deviendra pas plus raisonnable et plus pure, mais au contraire elle se défait et se délite.

Ainsi j’en reviens au point de départ. Que doit faire ou dire le pape dans l’université ? Sûrement, il ne doit pas chercher à imposer la foi aux autres de manière autoritaire, qui ne peut être donnée que dans la liberté. Au-delà de son ministère de Pasteur dans l’Eglise et à la base de la nature intrinsèque de ce ministère pastoral, il lui appartient de maintenir cette sensibilité à la vérité ; d’inviter toujours à nouveau la raison à se mettre à la recherche du vrai, du bien, de Dieu et, sur ce chemin, l’exhorter à voir les utiles lumières qui ont émergé tout au long de l’histoire de la foi chrétienne et à percevoir ainsi Jésus-Christ comme la Lumière qui illumine l’histoire et qui aide à trouver la voie vers le futur.

Benoît XVI

19 juillet, 2007

Mgr de Gasperin et le laïcisme

Et puisque nous passons ces quelques instants avec Mgr de Gasperin Gasperin (voir le message ci-dessous), je ne résiste pas au plaisir de traduire quelques phrases de son communiqué officiel à l'occasion de la venue de José-Luis Zapatero au Mexique il y a quelques jours. L'accusant de se montrer « très socialiste dans les affaires politiques, éducatives et vis-à-vis de l'Eglise catholique », l'évêque de Querétaro rappelle qu'en ce qui concerne l'économie, le Premier ministre espagnol sait d'abord défendre les intérêts de ses entreprises de Cancun. Mais il a voulu le démasquer d'abord sur le plan moral.

Il faut savoir que M. Zapatero est l'un des plus grands promoteurs du laïcisme en Espagne et dans toute l'Europe. Le laïcisme (...) est purement et simplement la négation de Dieu et l'affirmation de l'homme à sa place. Mais, quand Dieu disparaît, l'homme, son image, disparaît nécessairement aussi. Nier la présence de Dieu dans la vie conduit à l'enfer, qui est l'absence de Dieu. Jetez donc un regard attentif et réfléchi sur ce qui nous entoure, et voyez où nous allons.

L'homme, enorgueilli contre Dieu et s'exaltant sur sa propre misère, parvient seulement à montrer sa nudité. Les régimes lâïcistes, en éliminant Dieu comme « trublion », mettent à sa place l'Etat et celui-ci devient toujours une idole qui opprime. En Espagne on a mis à la place de la religion et de la morale, l'éducation à la citoyenneté, où l'Etat est le maître, l'éducateur, le recteur, le dernier mot, le grand pape... dieu. De cela nous avons nous aussi déjà tâté. Nous n'avons pas besoin des leçons de M. Zapatero... ni des autres que vint nous donner M. Aznar.


Source : Diocèse de Querétaro.

11 décembre, 2006

Mgr Chaput, la démocratie et la laïcité

L’archevêque de Denver, Mgr Charles Chaput, s’est exprimé au cours d’un « Prayer Breakfast » en Californie la semaine dernière, pour évoquer Noël. Il y évoquait les notions de tolérance, de démocratie et de laïcité dans le sens où ils sont aujourd’hui compris aux Etats-Unis, mais on pourrait transposer bon nombre de ses réflexions à la vieille Europe, et particulièrement à la France où la séparation de l’Eglise et de l’Etat atteint des proportions bien plus graves qu’outre-Atlantique. Voici un extrait de sa conférence, traduit par mes soins.



Notre vocabulaire civique devient de plus en plus brutal et confus d’année en année.

Le langage que nous utilisons dans le discours public est important. Les mots sont comme le pinceau de l’artiste. Ils sont un outil puissant. Ils peuvent former ou déformer la conscience humaine.

Les mots « tolérance » et « consensus » sont des principes d’action démocratique importants. Mais ce ne sont pas des vertus chrétiennes, et ils ne doivent jamais prendre le pas sur d’autres mots comme la charité, la justice, le foi et la vérité, ni dans notre vie personnelle, ni dans nos choix publics.

En voilà encore, un de ces mots : choix. Le choix est en général une bonne chose. Mais ce n’est jamais une fin en soi. Le choix est sans valeur – c’est même une forme d’idolâtrie – si tous les choix possibles sont mauvais ou n’ont pas de sens.

Voici un autre mot : pluralisme. Aujourd’hui le pluralisme sert de mot codé pour obtenir que les chrétiens la ferment dans la vie publique par un sens dévoyé de la courtoisie. Mais le pluralisme est un simple facteur démographique. Ce n’est pas une idéologie. Et il n’est jamais une excuse valable qui nous autoriserait à nous taire à propos de nos convictions morales fondamentales.

Encore un mot : communauté. La communauté est davantage qu’une collection de personnes. La communauté exige le respect mutuel, un avenir partagé, et la soumission réciproque aux besoins les uns des autres basée sur des principes et des croyances partagées. Ce n’est pas simplement un joli nom pour un regroupement catégoriel. Parler de la « communauté pour le droit à l’avortement » est à peu près aussi intelligent que d’évoquer « la communauté des grands fabricants de tabac ».

Et voici encore des mots : bien commun. Le bien commun n’est pas la somme de ce que la plupart des gens veulent ici et maintenant. Le bien commun est ce qui constitue la meilleure source de justice et de bonheur pour une communauté et pour ses membres à la lumière de la vérité. On ne sert jamais le bien commun en tuant les membres les plus faibles d’une communauté. On ne le sert pas non plus quand les appétits et les comportements des individus membres d’une communauté obtiennent le droit de saper la vie de la communauté elle-même.

Prenons enfin un dernier mot : démocratie. La démocratie ne signifie pas la mise de côté de nos croyances religieuses et morales pour le bien de la politique dans la sphère publique. Elle exige exactement l’inverse. La démocratie dépend du fait que des gens de caractère se battent pour leur convictions dans la sphère publique : légalement, éthiquement et de manière non-violente, mais avec force et sans chercher à s’en excuser. La démocratie n’est pas Dieu. Seul Dieu est Dieu. Même la démocratie est soumise au jugement de Dieu et aux vérités de Dieu sur le sens de l’homme et sur sa dignité. Les passagers d’une voiture peuvent démocratiquement décider d’aller dans la mauvaise direction. Mais ils sont tout aussi morts – avec ou sans le choix majoritaire – s’ils tombent dans un ravin.

(…)

Ces dernières années, certaines personnes dans les deux grands partis politiques voudraient faire porter la responsabilité des conflits dans la vie publique américaine par les fidèles des religions. Ils argumentent ainsi : la religion est si puissante et si personnelle que dès lors qu’elle entre dans la vie publique de façon organisée, elle divise les gens. Elle repousse. Elle polarise. Elle sur-simplifie des problèmes complexes. Elle crée de l’amertume. Elle invite à l’extrémisme. Et pour finir elle viole l’esprit de la Constitution en brouillant cette séparation de l’Eglise et de l’Etat qui empêche les Américains de glisser vers l’intolérance.

L’argument continue en affirmant qu’une fois libérés du poids de l’interférence religieuse, citoyens et responsables matures peuvent entamer un discours raisonné, en laissant de côté la superstition et les obsessions personnelles afin de choisir les meilleures voies pour le plus grand nombre. L’Etat se trouvant au dessus du tribalisme religieux et moral, c’est lui qui est le plus apte à garantir les droits de tous. Une sphère publique complètement laïcisée constituerait la forme adulte de l’Expérience américaine.

Voilà ce que l’on voudrait nous vendre. Et voici la réalité…

Premièrement, il existe des différences fondamentales entre les institutions publiques « non-sectaires » et l’idéologie laïciste contemporaine. Tous peuvent vivre avec celles-là. Mais aucun chrétien en pleine faculté de ses moyens mentaux ne devrait vouloir vivre dans ce cadre idéologique. Chaque fois que l’on entend un tollé déclenché par la peur irrationnelle d’une Eglise établie, cela signifie que quelqu’un cherche à éliminer les fidèles d’une religion ou leur communauté de la discussion publique.

Deuxièmement, l’Expérience américaine – plus que n’importe quel autre Etat moderne – est le produit de concepts et de traditions formées par la religion. Elle ne peut survivre longtemps sans respecter la source de cette tradition. Une vie publique pleinement laïcisée impliquerait la politique des puissants pour les puissants parce qu’aucun principe permanent ne peut exister dans un vide moralement neutre.

Enfin, la laïcité n’est pas vraiment moralement neutre. Elle est activement destructrice. Elle sape la communauté. Elle s’attaque au cœur de ce qui fait l’humanité. Elle rejette le sacré tout en se prétendant neutre par rapport au sacré. Elle ignore les questions les plus basiques du sens de vie en société et du sens de la vie personnelle en les considérant comme des lubies privées. En outre, elle ne fonctionne pas – et ne peut, par sa nature, fonctionner – comme le principe de vie d’une société. Et quoi qu’en dise sa propre propagande, elle n’a jamais été le résultat naturel, évolutif, historique du progrès de l’humanité.

02 novembre, 2006

A propos du Nicaragua...

On apprend via C-Fam Friday Fax qu'outre les diverses organisations internationales qui ont fait pression sur le Nicaragua pour empêcher le vote démocratique sur la repénalisation de l'avortement, l'un des organismes les plus puissants de l'ONU est intervenu directement dans cette affaire. Il s'agit du CEDAW (Comité pour l'élimination des discriminations à l'égard des femmes), dont l'une des vice-présidentes, Silvia Pimentel, a adressé une lettre de menaces au Parlement du Nicaragua. Ladite lettre était écrite au nom de l'ensemble du Comité.

Elle reprochait principalement au texte, qui a depuis été adopté, de porter l'empreinte "des hiérarchies de l'Eglise catholique et de certaines Eglises évangéliques" : les autorités religieuses avaient en effet été consultées.

Selon le CEDAW, le Nicaragua a ainsi violé sa propre Constitution d'"Etat indépendant, libre, souverain, unitaire et indivisible" qui "n'a pas de religion officielle". Il aurait fallu, assurait-il, recommencer toutes les discussions à zéro afin de permettre aux décisions législatives d'être prises dans le cadre de l'Etat laïc.

 
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