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02 novembre, 2015

Et voilà le démenti ! Le P. Lombardi estime que Scalfari n’a pas rapporté les propos du pape François sur les divorcés de manière « fiable »

Au lendemain de la publication par La Repubblica de la « bombe » sur les divorcés, qui finiraient « tous » par accéder à la communion s’ils le désirent aux dires du pape François, le P. Federico Lombardi a déclaré à Edward Pentin du New Catholic Register que l’article d’Eugenio Scalfari ne reflète pas la pensée du pape. Le démenti est donc arrivé, Scalfari est dénoncé comme « non fiable », et… il faudrait qu’on tourne la page.
« Les informations selon lequelles le pape François a dit au journaliste italien Eugenio Scalfari, que les divorcés remariés “seront admis” aux sacrements par le biais du confessionnal ne sont “d’aucune manière fiables” et “ne peuvent être considérées comme reflétant la manière de  penser du pape”, dit le porte-parole du Vatican, le P. Federico Lombardi », écrit Edward Pentin.
Le P. Lombardi a déclaré à Edward Pentin : « Ainsi que cela s’est déjà produit par le passé, Scalfari rapporte entre guillemets ce que le pape lui a supposément dit, mais souvent cela ne correspond pas à la réalité, puisqu’il n’enregistre ni ne transcrit les paroles exactes du pape, ainsi qu’il l’a lui-même souvent déclaré. Ainsi il est clair que ce qu’il rapporte dans le dernier article sur les divorcés remariés n’est d’aucune manière fiable et ne peut être considéré comme la pensée du pape. »
Le P. Lombardi a précisé qu’il ne publierait pas de communiqué à ce sujet puisque ceux qui ont suivi les événements antérieurs et qui travaillent en Italie connaissent la manière d’écrire de Scalfari et sont bien au courant de ces choses. »
Ce démenti appelle plusieurs commentaires, et des questions qu'Edward Pentin soulève rapidement en fin d'article. Ce n’est pas le premier : une précédente interview publiée par Scalfari en 2013, prêtant au pape des propos hétérodoxes, notamment sur la conscience, a été dans un premier temps publié sur le site du Vatican, puis enlevé. Malgré cela, Scalfari continue d’être reçu par le pape : notamment en juillet 2014, avec la publication d’un nouvel entretien à la clef – celle où le pape est supposé avoir suggéré qu’on puisse en finir avec le célibat sacerdotal. Nouveau scandale. Nouveau démenti de Lombardi. Mais il semblerait qu’un recueil d’entretiens de divers journalistes avec le pape François publié en 2014 contienne ces entretiens « controversés » avec Scalfari (je n’ai pas pu vérifier par moi-même) et le site du Vatican a laissé en ligne le PDF de l’Osservatore Romano qui contient celui de 2013, republié délibérément après sa sortie dans La Repubblica (c’est par là). Alors ?
Et voilà que le pape continue. Il décroche son téléphone pour discuter avec un journaliste dénigré par la Salle de presse du Vatican et aborder avec lui les questions les plus sensibles du moment. Il sait que ses propos seront utilisés. Déformés ? Il le sait aussi : Scalfari saura soit les exploiter, soit mentir, sans que l’on sache très bien où commence et où s’arrête la manipulation.
Si le pape n’a jamais tenu les propos que lui attribue Scalfari sur les divorcés remariés – et je serais la première à m’en réjouir ! – il a à tout le moins œuvré d’une manière qui ouvre la porte à une nouvelle et grave confusion.
Question : le P. Lombardi a-t-il parlé au pape avant de réagir à l’intention d’Edward Pentin ?
Deuxième question : le pape, qui sait trouver des moyens pour exprimer son accord ou son désaccord avec ses interlocuteurs ou avec ses subordonnés (on pense à « l’herméneutique de la conspiration ») ne peut-il pas décrocher son téléphone pour demander à La Repubblica d’amender les propos ? Cela s’appelle un droit de réponse, et – en France du moins – c’est juridiquement contraignant, on suppose qu’il y a des voies similaires en droit italien. Ne pourrait-il pas faire une déclaration claire, orale, personnelle, en appelant Radio Vaticana ? Il y en a qui rétorqueront que cela ne correspond pas au protocole. Mais cela fait bien longtemps que le pape François a manifesté le mépris en lequel il le tient. Ce serait l’occasion.
Il pourrait même se faire acheter – même d’occasion – un petit dictaphone capable de graver ses propos. Tiens, j’en ai un en double. Je veux bien l’offrir au Saint-Père…
La décision de Lombardi de ne pas faire un communiqué officiel parce que tout le monde en Italie « sait » comment travaille Scalfari, est consternante. Les lecteurs de La Repubblica achètent-ils sciemment leur journal pour lire des sornettes ? N’y a-t-il pas un vrai risque de « scandale » – de justifier au yeux des petits le scandale en leur faisant croire que des voies de régularisation sont possibles pour les divorcés remariés ? Le monde entier a accès à l’article de Scalfari : mais qu’est-ce qu’il attend ? Marre de faire du « contrôle des dommages » ?
On notera en tout cas qu’il ne dément en aucun cas le fait qu’un entretien téléphonique ait eu lieu. Son démenti ne reflèterait-il que son opinion personnelle ?
A lire les propos de Lombardi, on a presque l’impression qu’il en veut au site anglophone Rorate Cæli qui a publié ce matin une traduction des propos du pape François rapportés par Scalfari. Comme si les coupables, c’étaient les catholiques inquiets, les catholiques désolés, ceux qui pensent que les plus petits d’entre nous avons droit à une parole de vérité.

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Le pape François veut la communion pour tous les divorcés : la nouvelle bombe Scalfari

A lire aussi : le démenti du P. Federico Lombardi.


Quel crédit accorder aux dires d’un journaliste athée comme Eugenio Scalfari, s’exprimant dans un quotidien de gauche comme La Repubblica ? Il est proche du pape et a déjà rapporté des propos de François qui ont embarrassé le Vatican, amenant la Salle de presse à publier des rectificatifs. Des échanges passés entre les deux hommes ont été publiés sur le site du Vatican – un entretien a ensuite été enlevé – ou encore dans un livre édité par la Libreria editrice vaticana qui a d’ailleurs repris les textes les plus controversés. Voici qu’un nouvel entretien entre le pape François et Eugenio Scalfari vient semer un trouble encore plus grand, une vraie bombe. D’après le journaliste, le pape a dit à propos de l’accès des divorcés aux sacrements : « L’évaluation de fait sera confiée aux confesseurs, mais à la fin des parcours, qu’ils soient plus rapides ou plus lents, tous les divorcés qui le demanderont seront admis. »
L’entretien s’est passé par téléphone mercredi dernier et Scalfari a publié son compte-rendu le 1er novembre : un long texte où la bombe sur les divorcés se trouve vers la fin. Les propos sont-ils exactement rapportés ? C’est toute la question. Avec Scalfari on ne sait jamais, il est coutumier de ce journalisme imprécis et il s’autorise à citer comme précis des propos saisis à la volée.
C’est le pape François – d’après ce que raconte Scalfari – qui au terme de la longue conversation téléphonique s’est dit très intéressé par ce que ce dernier avait écrit une quinzaine de jours plus tôt. François lui a demandé ce qu’il pensait du synode sur la famille. Scalfari répondit – dit-il – qu’à son avis le compromis auquel était arrivé le synode n’avait pas tenu compte des mutations de la famille ces 50 dernières années, telles que l’objectif de « récupération de la famille traditionnelle était un objectif tout à fait impensable ». « J’ai ajouté que l’Eglise ouverte qu’il désire se trouve face à une famille ouverte elle aussi, pour le bien et pour le mal ».
« C’est vrai – a répondu le pape François – c’est une vérité et du reste la famille qui est le fondement de toute société change continuellement, comme tout change autour de nous. Nous ne devons pas penser que la famille n’existe plus, elle existera toujours parce que notre espèce est une espèce sociable et que la famille est la poutre (qui soutient) la sociabilité, mais nous n’ignorons pas que la famille actuelle, ouverte comme vous dites, contient certains aspects positifs et d’autres négatifs. Et comment se manifeste cette diversité ? Les aspects négatifs sont l’antipathie ou même la haine entre les nouveaux conjoints et ceux d’avant, s’il y a eu divorce ; la faiblesse du sentiment de fraternité notamment entre les enfants de parents partiellement ou totalement différents ; un contenu variable de la paternité qui oscille entre l’indifférence réciproque ou l’amitié réciproque. L’Eglise doit œuvrer pour que les éléments positifs prévalent sur les éléments négatifs. Cela est possible et c’est cela que nous ferons. La différence d’opinions entre les évêques fait partie de la modernité de l’Eglise et des différentes sociétés dans de telles œuvres, mais l’intention est commune et pour ce qui regarde l’admission des divorcés aux Sacrements elle confirme que ce principe a été accepté par le Synode. C’est cela, le résultat de fond, l’évaluation de fait sera confiée aux confesseurs, mais à la fin des parcours, qu’ils soient plus rapides ou plus lents, tous les divorcés qui le demanderont seront admis. »
Si le pape a vraiment dit cela, c’est révolutionnaire : l’expression d’un relativisme qui s’aligne sur les changements historiques en récusant une seule et même doctrine pour tous les temps et toutes les circonstances.
On reste interdit en outre devant cet « aspect négatif » des familles recomposées qui résiderait dans le « manque de fraternité » entre enfants de parents différents…
L’entretien rapporté par Scalfari – et commenté à travers le prisme de son athéisme, il ne faut pas l’oublier – portait aussi selon lui sur le regard positif de l’Eglise sur les autres religions, que le journaliste a explicité ainsi : « Il n’est pas besoin de se faire beaucoup violence pour comprendre le sens de cette citation : c’est la réaffirmation du Dieu unique qu’aucune religion ne possède en entier et auquel chacun arrive à travers les différentes voies, les différentes liturgies et les différentes Ecritures qui constellent l’histoire de chacune d’entre elles. Même parmi les différentes confessions de la religion chrétienne et même à l’intérieur de l’Eglise catholique. »
C’est l’interprétation de Scalfari qui dit plus loin, à propos du synode : « François a un sens politique très aigu ; il affirme des vérités révolutionnaires mais avec la diplomatie nécessaire pour transformer la diversité pour qu’elle devienne harmonie d’une œuvre commune. »
En l’absence de démentis, faut-il croire que Scalfari a exactement rapporté les propos et les opinions du pape ? La question est posée. Si c’est le cas, force est de constater que le pape va infiniment plus loin que le rapport final du synode ; la relatio synodi, surtout lue dans le contexte de l’enseignement de Jean-Paul II comme les pères synodaux ont voulu que cela soit fait, est ambiguë certes mais ne dit rien de tel.
Face à cette confusion, il devient urgent qu’à défaut d’un rectificatif du pape, un grand nombre d’évêques rappelle avec précision l’enseignement de l’Eglise.

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23 octobre, 2015

Divorcés remariés : la solution du « for interne » mise en avant au synode

La publication catholique anglaise The Tablet met en avant l’émergence d’une nouvelle idée au synode qui permettrait l’accès des divorcés « remariés » à la communion : celle du « for interne ». Le Vatican (la Salle de presse, suppose-t-on) a même proposé jeudi une note aux journalistes pour leur dire de quoi il s’agit : le for externe concerne les actes publics de l’Eglise, dans les domaines du droit canonique et de l’autorité par exemple, alors que le for interne concerne la conscience et la pratique pastorale.
En matière de mariage, le for externe a trait aux questions de nullité éventuelle : un divorcé remarié qui désire communier ne peut le faire sans voir d’abord – for externe – si la déclaration de nullité peut être obtenue.
Assez souvent, il y a de nombreuses raisons pour lesquelles cette option n’est pas possible de telle sorte que la solution interne devient une possibilité. Avec l’aide d’un prêtre, l’individu forme sa conscience sur la validité du premier mariage ou son échec. Par nature le for interne est confidentiel et « basé sur un jugement pastoral, une décision qui est prise par le prêtre approprié ».
Il est donc possible, selon la note citée indirectement par The Tablet, que l’individu puisse recommencer à communier à l’issue de ce processus de discernement.
Ce sont les évêques allemands qui ont proposé cette solution pour trouver une voie de sortie : elle dispense les divorcés remariés des « voies pénitentielles » et elle n’affecte pas la doctrine sur l’indissolubilité du mariage, note le journal.
Le cardinal Oswald Gracias – déjà cité dans le précédent post – a indiqué lors de la conférence de presse de jeudi que cette idée avait déjà été mise en avant par le théologien moraliste allemand Bernard Haring en 1970. Elle avait rencontré l’hostilité des « conservateurs ».
La question a de nouveau été soulevée quelques années plus tard par The Tablet qui s’était attirée une réponse vigoureuse du cardinal Ratzinger, alors préfet de la Congrégation pour la doctrine de la Foi, rejetant tout recours au for interne, alors que le journal assurait qu’il y était favorable.
The Tablet affirme qu’aujourd’hui, de nombreux diocèses du monde occidental ont déjà adopté cette solution, que ce soit au confessionnal ou de façon privée.
Il affirme encore qu’un nombre « énorme » de personnes ne sont pas en mesure d’essayer d’obtenir une annulation, et que cette situation perdurera malgré les décisions prises par le pape François pour accélérer la procédure parce que l’obtention d’une annulation sera trop difficile pour ceux qui ne pensent pas pouvoir démontrer que leur premier mariage était invalide.
D’autres – c’est encore le journal qui parle – « croient fortement que leur premier mariage a été un échec et est mort, plutôt que d’avoir été d’emblée nul ou invalide. Au lieu de cela ils reçoivent l’Eucharistie après un profond examen de conscience, avec l’aide d’un guide spirituel. »
Le cardinal Gracias a indiqué que l’Eglise recherche encore « un chemin ».
Sandro Magister publiait en décembre 2011 une note à propos d’une démarche du pape Benoît XVI qui a fait republier cette année-là dans L'Osservatore Romano deux textes : un essai qu’il avait publié en 1998 sur la question, complété d’une note de 2005. Il y rappelait l’impossibilité de la communion pour les divorcés remariés mais s’interrogeait pour des cas exceptionnels sur la question du for interne, liée à la situation des chrétiens non croyants engagés dans un mariage sacramentel, et à leur absence de foi qui « appartient à l’essence du sacrement » (question curieuse : un mariage entre un catholique croyant et un non croyant affirmé qui veut s’y engager comme le veut l’Eglise est bien un mariage sacramentel).
« La situation est particulièrement douloureuse pour les personnes qui se sont mariées à l’Église, mais qui ne sont pas vraiment croyantes et qui l’ont fait par tradition, puis ayant contracté un nouveau mariage non valide, se convertissent, trouvent la foi et se sentent exclues du Sacrement. C’est réellement une grande souffrance et, lorsque j’étais préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi, j’ai invité plusieurs conférences épiscopales et spécialistes à étudier ce problème : un sacrement célébré sans foi », ajoutait-il en 2005 en évoquant cette question oralement avec les prêtres du diocèse d’Aoste.
Mais il ajoutait aussitôt :
« Je n’ose pas m’avancer en affirmant que l’on puisse trouver ici réellement un motif d’invalidité parce qu’il manquait une dimension fondamentale au mariage. Je le pensais personnellement, mais à la suite des discussions que nous avons eues, j’ai compris que le problème est très difficile et doit être encore approfondi. »
C’est une marche arrière sur le texte de 1998, même si cela n’exclut pas que dans certains cas un époux puisse avoir la certitude morale de n’avoir pas été validement marié lors d’une première union : il s’agit de dire que cela est délicat et compliqué. On lira avec profit la réponse d’un dominicain à une proposition en ce sens du P. Garrigues en juin dernier (à la fin d’un autre article de Sandro Magister).
La proposition des cardinaux allemands au synode est en revanche un pas en avant, invoquant bien plus largement la question du for interne, le faisant peut-être même au nom de ces quelques idées émises avec prudence et assez rapidement remises en question par le pape Benoît XVI puisqu’on en est à parler dans un journal comme The Tablet du nombre « énorme » de personnes qui ne sauraient obtenir une déclaration de nullité ou, pire encore, qui considèrent leur premier mariage comme ayant existé mais « mort ».


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Synode : le cardinal Oswald Gracias dit à propos des divorcés « remariés » que les circonstances ont changé depuis “Familiaris consortio”


Lors de la conférence de presse dela mi-journée au synode sur la famille jeudi, le cardinal Oswald Gracias, membre du « G9 » du pape François, a répondu à une question sur la décentralisation dans l’Eglise posée par George Buscemi de Campagne-Québec-Vie. Ce prélat très proche du pape a indiqué que les différentes zones du monde étaient confrontées à des problèmes très différents et qu’il pouvait être sain de laisser les conférences épiscopales se pencher sur ceux qui les concernent le plus directement. Il a ainsi évoqué celui des divorcés « remariés », plus présent en Europe notamment, en indiquant que des solutions de soins pastoraux pourraient être recherchées dans ce cadre.
« Il pourrait être question des possibilités d’annulations et de rectifications des mariages », a-t-il suggéré.
« Ce synode ne fait pas de doctrine, il cherche l’approche pastorale (…) », a-t-il noté plus loin, ajoutant qu’il souhaitait voir le texte final à la rédaction duquel il collabore saura refléter les préoccupations de chacun tout en donnant une « direction pastorale » acceptable pour tous.
A la question des divorcés remariés, il a répondu :
« Familiaris consortio a abordé de nombreux problèmes, mais il date du temps de saint Jean-Paul II. Le monde a changé, et même beaucoup. C’est pourquoi les défis eux-mêmes ont changé. (…) Familiaris consortio date du début des années 1980 et naturellement nous ne dirons pas la même chose. Il y aura beaucoup de références à Familiaris consortio. Je crois que saint Jean-Paul II avait déjà (…) donné une certaine ouverture, dans le n° 84 qui est souvent cité et qui disait qu’on ne pouvait pas considérer chaque cas de la même manière. Il a donné une indication. (…) C’est toute l’idée du synode : comment faire face à ce défi d’aujourd’hui, la doctrine restant la même, le principe de la foi restant le même, nous devons… Certainement l’indissolubilité est un grand don qui nous a été donné par Dieu, nous l’avons tous dit, très clairement, et nous n’avons répété – mais comment pouvons-nous cependant aider les gens dans un nouveau climat sociologique, économique, politique, et aussi idéologique : comment y répondre ? Ce ne sera pas la même chose, mais la doctrine, naturellement, ne sera pas changée. »
C'est le leitmotiv commun à tous, cardinal Kasper compris : la doctrine ne changera pas !

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19 octobre, 2015

Des pères synodaux essaient de changer la doctrine, avertit Mgr Gądecki

Le site de la conférence des évêques de Pologne mis en ligne samedi un court texte de son président, Mgr Stanisław Gądecki, faisant part de son constat selon lequel certains pères synodaux essaient de changer la doctrine de l’Eglise à travers leurs propositions « pastorales » en direction des divorcés « remariés » – des propositions qui, aux dires de Mgr Wątroba rapportés par le blog de Mgr Gądecki, forment « l’un des principaux sujets » des discussions de la troisième semaine du synode sur la famille. Il a témoigné de cela lors d’une interview à Radio Vatican.
Ainsi la proposition marginale du cardinal Kasper, qui n’avait pas obtenu la majorité requise des deux tiers lors du vote du rapport final du synode extraordinaire de 2014, prend-elle le centre des débats.
Le commentaire de Mgr Stanisław Gądecki a été traduit vers l’anglais par Toronto Catholic Witness. Je vous propose ma traduction à partir de là.
« Les changements de discipline proposés par certains pères synodaux vis-à-vis de la communion pour les divorcés constituent une tentative d’introduire par contrebande des changements dans la doctrine de l’Eglise elle-même », souligne la brève présentation, avant de présenter les propos du prélat :
« Pratiquement tous répètent qu’il n’y aura pas de changement doctrinal, mais cela se comprend de diverses manières. Car si vous ajoutez que des changements disciplinaires sont possibles, cela signifie en pratique que la stabilité doctrinale est annulée. A mon avis, on ne peut parler de la séparation de la pratique de l’Eglise de sa doctrine, de ses enseignements. Les deux sont inséparables. J’ai l’impression que de nombreux partisans de cette modernité pensent en réalité à changer la doctrine, tout en parlant d’un changement de la discipline de l’Eglise. C’est un point inquiétant de ces discussions, car on y met lourdement l’accent : « Nous acceptons la totalité de la doctrine », mais aussitôt suit l’idée que la doctrine n’aurait rien à y voir. Cela me préoccupe grandement, car les uns comme les autres disent qu’ils ne veulent pas d’un changement de la doctrine. D’où viennent donc ces pratiques opposées à la doctrine ? »

Tout cela est à rapprocher d’un récent tweet d’Edward Pentin :


« Certains sont profondément inquiets après le discours du pape samedi. Un responsable du Vatican craint de voir “défaire non plus soixante ans de Magistère mais 1000”. »


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30 mai, 2015

Synode, unions homosexuelles, divorcés : le cardinal Kasper et ses amis s'expriment, assurant défendre la doctrine de l'Eglise

Que cherche vraiment le cardinal Kasper ? On peut se le demander au vu des comptes-rendus apparemment contradictoires qui se suivent à propos de ses interventions ces derniers jours. C'étaient des interventions en des lieux différents avec des objectifs différents, mais au fond c’est toujours le même but qui est poursuivi : changer la doctrine de l'Eglise en faisant croire que l'on ne modifie que sa pastorale, voire, de manière encore moins révolutionnaire, uniquement son langage.

Mais le langage façonne les idées et la pensée. Et la pastorale est indissociable de la doctrine : elles sont toutes deux ordonnées à la vérité.
Lundi, c’était la réunion secrète et scandaleuse organisée à la Grégorienne. Jeudi, le ton a quelque peu changé. Le vaticaniste Giuseppe Rusconi rapporte sur son blog Rossoporpora quelques propos tenus par le cardinal Kasper lors de la rencontre mensuelle du Cénacle des amis de François, le 28 mai.

Le cardinal Kasper à la réunion du “Cenacolo”

Le « Cenacolo » est un groupe d’intellectuels et d’amis rassemblés autour du vaticaniste de gauche Raffaele Luise, partisan de l’interprétation la plus progressiste possible des propos du pape François. Fréquents invités d’honneur, le cardinal Walter Kasper et le cardinal Francesco Coccopalmerio, président du Conseil pontifical pour les textes législatifs depuis 200, créé cardinal par Benoît XVI en 2012, nommé membre de la nouvelle commission spéciale chargée du traitement des recours au sein de la congrégation pour la doctrine de la foi au début de cette année, étaient là jeudi.
La réunion, convoquée au Centro Russia Ecumenica du Borgo Pio, à quelques centaines de mètres du Vatican, était annoncée en ces termes : « Une discussion sur l'issue du référendum en Irlande et sur ses importantes répercussions sur le processus synodal en cours, à la lumière des paroles de François lors du Regina Coeli du dimanche 23 mai : « La Mère Eglise ne ferme jamais la porte à la figure des gens. À personne, même au pire des pêcheurs. Elle ouvre ses portes à tous, parce qu’elle est mère. »
On pouvait s’attendre, écrit Giuseppe Rusconi, à un « enthousiasme de tifosi » pour les résultats du scrutin irlandais, à des « auspices révolutionnaires » en vue du prochain synode. Il n’en a rien été. Mais est-ce si étonnant ? Nous sommes clairement dans une opération d’agit-prop. L’objectif n’est pas l’opposition frontale, mais la séduction, une modification de la pensée dont la nouvelle mouture doit apparaître comme parfaitement orthodoxe.
Giuseppe Rusconi raconte : d'emblée l’introduction par le coordinateur Raffaele Luise annonce que « la confrontation dans le cadre du Synode sera beaucoup plus âpre vu que les rigoriste utiliserons probablement le résultat de Dublin pour chercher à bloquer toute et n'importe quelle ouverture ». Le vote irlandais « est un vote légitime et nous devons dire aussi que beaucoup d'entre nous, catholiques, sommes sur des positions favorable à la reconnaissance du mariage gay ». Et de dénoncer les propos du secrétaire d'État, le cardinal Parolin qui a parlé d’« un échec pour l'humanité ». Luise résume : « Nous devons changer, désarmer le langage » lorsqu'il s'agit d'aborder des thèmes anthropologiques. « Ce n'est plus le moment de concevoir l'homosexualité comme ontologiquement désordonné », dit-il.

Oui, le “mariage” homosexuel est une défaite pour l'humanité !

Mais dans cette assemblée d’intellectuels catholiques de gauche il s'est trouvé des intervenants pour soutenir le jugement de Parolin : « Il est parfaitement défendable et acceptable sous l'aspect anthropologique parce qu’on est en train de dire qu'il n'y a plus de distinction entre l'homme et la femme et que cela blesse l'image de Dieu dans l’homme », affirme par exemple Raniero La Valle, homme de gauche.
Le cardinal Francesco Coccopalmerio prend le relais. Il déclare qu'il « ne faut pas confondre l'homosexualité avec le mariage homosexuel » et qu’il ne faut « pas être d'accord pour mettre sur un même plan les unions homosexuelles et les formes du mariage ». En apportant son soutien à l'expression du cardinal secrétaire d'État sur la « défaite de l’humanité », il enfonce une porte ouverte, observant que « si toutes les unions étaient homosexuelles, l'humanité ne pourrait aller de l'avant ».
Une remarque. Ce type de jugement à la mode de Kant n'est certainement pas définitif dans cette confrontation. Si tous les hommes et toutes les femmes choisissaient la virginité consacrée, l'humanité ne pourrait pas non plus aller de l'avant, ou en tout cas se renouveler, mais ce n'est pas pour autant que la virginité consacrée est critiquable. Le problème se situe à un tout autre niveau, celui du désordre intrinsèque, en effet. Il ne suffit pas de distinguer entre unions homosexuelles et mariage pour régler le problème.
Le cardinal Kasper, de son côté, a insisté sur le deux « nécessités » qui se présentent aux catholiques impliqués dans ce défi anthropologique. La première : « Garder sauve notre conception du mariage. » La seconde : se demander comment réussir à « concilier » la position catholique sur le mariage « avec le respect des personnes qui ont des inclinations personnelles différentes », ce qui « n'est pas facile ». Il faut être « respectueux et même miséricordieux, mais sans tomber dans le piège du relativisme, pour lequel tout est égal : c'est une tendance à tout mettre sur le même plan que nous ne pouvons pas accepter ».

Seul objectif du cardinal Kasper, la miséricorde ?

Voila sans doute le nœud de cette affaire. L'accueil des unions homosexuelles n'est pas mis en avant comme une sorte de droit à l'égalité, mais justifié par le biais de la miséricorde, de l'accueil, de la compréhension, du changement de langage. Mais à la fin on aboutit bien à un relativisme moral, en faisant mine de préserver l'orthodoxie doctrinale tout en faisant passer à la trappe l’affirmation du désordre intrinsèque de l’acte homosexuel. La manipulation est là, exactement.
C’est dans ce contexte que les différents propos du cardinal Kasper trouvent toute leur cohérence. Giuseppe Rusconi écrit : « Pour Kasper, le défi qui se pose à l’Eglise est très difficile pour ce qui est de l'éducation des jeunes, et à cause des problèmes relatifs aux unions homosexuelles. » Le cardinal a précisé : « Non seulement l'adoption, mais aussi la fécondation artificielle sont des choses inhumaines, tout comme la location d’utérus. Il a mis en garde : il ne faut pas promouvoir « seulement les droits des homosexuels, mais aussi les droits des enfants que personne ne défend ». Il poursuit : un enfant « a le droit de savoir qui sont son père et sa mère ». Dans tous les cas « les problèmes psychologiques et juridiques associés sont énormes ». Dans la « chaîne de la génération il se produit une rupture qui fait de l'homme un produit économique et technique au service des énormes intérêts financiers en jeu ».
En somme, il faut doser la révolution. Revendiquer des droits pour les homosexuels mais en même temps ne pas oublier de dénoncer les désordres que peut entraîner la mise en place de droits homoparentaux. On n’est pas très loin du cadre idéologique de la Manif pour tous, qui n’a jamais cessé de dénoncer l’« homophobie » mais qui était en outre, dans un premier temps, menée par Frigide Barjot et d’autres favorables aux unions civiles. Elle aussi avait mis le l'essentiel de ses efforts à défendre les droits des enfants.
Mais il faut bien comprendre qu’un tel langage permet déjà de mettre le pied dans la porte, quand l’objectif poursuivi est de rompre avec la doctrine du « désordre intrinsèque » de l’homosexualité.
Le cardinal Kasper présente son combat comme une volonté de répondre aux problèmes du temps en changeant le langage de l'Eglise. On se croirait dans les années 1960 : il s'agit bel et bien de promouvoir un aggiornamento visant à rendre le discours de l'Eglise audible pour les hommes de notre temps.

Kasper : « Ne pas mener une guerre idéologique, perdue d'avance »

Il déclare : « Nous ne pouvons pas mener une guerre idéologique, étant donné que nous ne pouvons pas gagner. Les autres ont à leur disposition des moyens économiques gigantesques, et ils ont aussi de leur côté les mass media. » C'est pourquoi nous devons « désarmer notre langage » en cherchant à entrer en contact avec le monde sécularisé, dit-il.
Dans ces paroles on perçoit une double manipulation. D'une part, le cardinal fait apparaître ceux qui affirment la doctrine de la manière traditionnelle comme les responsables d'une coupure entre l'Eglise et le monde, responsables de l'incapacité de l'Eglise à toucher ceux qui ont le plus besoin de la vérité et de la miséricorde. Dans le même temps, il paraît s'opposer aux erreurs de notre temps en se présentant en victime, avec l'Eglise, de la marginalisation réalisée par la pensée dominante de notre temps, alors même que les médias justement le soutiennent avec un enthousiasme évident.
Cet enthousiasme devient alors le signe de ce que le cardinal Kasper a trouvé le moyen de dire la vérité et de défendre la doctrine en désarmant l'adversaire. Mais cette attitude « pastorale » – on y retourne toujours – ne peut s’adopter sans le rejet de la doctrine. C’est précisément ce que le cardinal Kasper veut contester à tout prix. Ce rejet, il s’agit d’éviter de l’assumer. Et cela explique qu’il faille tenir des propos critiques à l'égard du mariage gay ou de l'homoparentalité. La communication est parfaitement maîtrisée…

« Repenser Humanae vitae »

Le théologien Marco Vergottini, présent lui aussi à la réunion de jeudi, participe à cette œuvre de désarmement non pas des médias mais des tenants de la doctrine traditionnelle. Il a déclaré, rapporte Rusconi, que « les attentes à l'égard de synode sont très importantes » et « qu'il faut donc pouvoir remporter à la maison quelque chose de concret ». Ce ne sera pas facile dit-il parce que il y a des « secteurs traditionalistes qui en toute bonne foi veulent empêcher tout changement ». Il faut repenser le discours d’Humanae Vitae de Paul VI, permettre l'accès des divorcés remariés à l'Eucharistie, « reconnaître les couples homosexuels » parce que « dans une société démocratique les union civiles sont un droit ». Il a ajouté que « l'avortement aussi est une défaite pour l'humanité », mais ce n'est pas pour autant qu'il faut « casser les jambes des médecins avorteurs ».
« Ici le cardinal Kasper a convenu qu’“il n'y a pas de doute que l'avortement est un homicide” », écrit Rusconi, mais cela posé « il faut se rapporter aux cas concrets et alors on ne peut pas définir la femme qui a avorté comme une criminelle », a ajouté le cardinal.
Autrement dit : on peut désigner le mal de manière abstraite, mais non dans les cas concrets, ce qui revient finalement à l’excuser, voire à le justifier.
C’est le moyen d’échapper à la critique d’hétérodoxie tout en promouvant une cause hétérodoxe…

L'entretien du cardinal Kasper au “Corriere della Sera”

Et c’est la raison pour laquelle les propos tenus jeudi soir par le cardinal Kasper ne sont pas en contradiction par rapport à ceux rapportés la veille par Il Corriere della Sera où le même cardinal Kasper a parlé de ces questions (voir ici sur le Forum catholique). L’entretien se situe dans le contexte du référendum irlandais qui tombe tellement à point nommé qu’on l’imaginerait volontiers comme faisant partie du montage : c’est une nation présentée comme catholique qui a approuvé le « mariage » des homosexuels. (Voilà pourquoi, soit dit en passant, l’opposition au « mariage gay » ne doit pas craindre de revendiquer son identité catholique, elle n’empêche nullement que des non catholiques partagent la même analyse !)
Je vous propose une traduction rapide de cet entretien du cardinal Kasper.
« Un Etat démocratique doit respecter la volonté populaire, cela me paraît évident. Si la majorité du peuple veut cette union civile, c'est un devoir de l'Etat de reconnaître de tel droit. Mais nous ne pouvons pas oublier qu’une telle législation, même si elle distingue entre le mariage et l'union homosexuelle, en arrive à reconnaître plus ou moins les mêmes droits que ceux d'une famille formée d'un homme et d'une femme. Cela a un impact énorme sur la conscience morale des gens. Cela crée une certaine normativité. Et pour l'Église il devient alors encore plus difficile d'expliquer la différence. » (Soupir…) « Ce ne sera pas facile. »
Pourquoi ?
« Voyez, je pense que le référendum irlandais est emblématique de la situation où nous nous trouvons, non seulement en Europe mais dans l'ensemble de l'Occident. Regarder la réalité en face signifie reconnaître que la conception post-moderne, pour laquelle tout est égal, est en contraste avec la doctrine de l'Eglise. Nous ne pouvons pas accepter la mise sur le même plan avec le mariage. Mais il y a aussi cette réalité : le fait qu’au sein de l'Église irlandaise de nombreux fidèles ont voté “oui”, et j'ai l'impression que dans les autres pays européens le climat est le même. »
 Que doit faire l'Eglise ?, demande le journaliste.
« On s’est trop longtemps tu sur ces sujets. Voici venu le moment d'en discuter. »
Au synode d’octobre ?
« Certainement. Si le prochain Synode veut parler de la famille selon la conception chrétienne, il doit dire quelque chose, répondre à ce défi. La dernière fois la question est restée marginale ; mais aujourd'hui elle devient centrale. Je ne peux imaginer un changement fondamental dans la position de l'Eglise. La Genèse est claire, l'Évangile l’est aussi. Mais les formules traditionnelles avec lesquels nous avons cherché à l'expliquer, évidemment, ne correspondent plus à la mentalité et au cœur des gens. Il ne s'agit pas maintenant de faire des barricades. Nous devons plutôt trouver un nouveau langage pour dire les fondements de l'anthropologie, l'homme et la femme, l'amour. Un langage qui soit compréhensible, surtout pour les jeunes. »
Le journaliste observe qu’au dernier synode le thème de l'accueil des homosexuels a été sujet de controverse, et qu'il y a eu un contraste entre l'ouverture européenne et les positions plus fermées de l'épiscopat africain, par exemple.
 « Non, ce n'est pas que les évêques européens et les évêques africains pensent de manière différente, la position de l'Eglise est toujours la même. Ce qui est différent, c'est le contexte, et la sensibilité de la société, différente en Afrique et en Europe. En Europe, les choses ont changé. » Kasper poursuit : « Il est fini, le temps où la position de l'Eglise sur ces sujets était plus ou moins soutenue par la communauté civile. Au cours des dernières décennies l'Eglise s’est efforcée de dire que la sexualité est une bonne chose, nous avons voulu éviter un langage négatif, celui qui a prédominé par le passé. Mais aujourd'hui nous devons parler aussi de ce qu'est la sexualité, de l’égale dignité et en même temps de la différence entre l'homme et la femme dans l'ordre de la création, dans la conception de l'être humain. »
Le journaliste observe à propos du langage que les documents de l'Eglise sur l'homosexualité usent d'expression comme « inclination objectivement désordonnée ». Le cardinal répond :
« Il faudra faire attention à ne pas utiliser des expressions qui peuvent paraître offensantes, sans pour autant dissimuler la vérité. Nous devons dépasser la discrimination qui a une longue tradition dans notre culture. Du reste c’est le Catéchisme qui dit que nous ne devons pas discriminer. Les personnes homosexuelles doivent être accueillies, elles ont une place dans la vie de l'Église, elles appartiennent à l'Eglise. »
Le journaliste demande : Et les couples d'homosexuels ? L'Église ne peut-elle reconnaître à leur égard aussi cette idée du « bien possible » dont on a parlé à propos des divorcés remariés et des nouvelles formes d'union ?
« S'il s'agit d'une union stable, des éléments de bien existent indiscutablement, nous devons le reconnaître. Mais nous ne pouvons pas mettre cela sur le même plan, cela non. La famille formée d'un homme et d'une femme, ouverte à la procréation, est la cellule fondamental de la société, la source de vie pour l'avenir. Ce n'est pas un problème interne à l'église, il concerne chacun. Pensez à l'adoption, au bien de l’enfant, aux pratiques comme la maternité de substitution, aux femmes qui ont un enfant pendant neuf mois sous leur cœur, et qui sont peut-être exploitées parce qu'elles sont pauvres, pour un salaire. Il ne faut pas discriminer mais pas non plus être naïf. »

Quelques observations rapides :

• Il n’y a pas de devoir de l’Etat de reconnaître et de mettre en œuvre la volonté populaire lorsque celle-ci est désordonnée. L’Etat est soumis au même devoir de respect de la loi naturelle que les personnes.
• L’Eglise ne s’est pas tue sur « ces sujets ». Si ce n’est à travers le refus de membres de sa hiérarchie et de son clergé de les aborder par volonté de ne pas froisser l’esprit du temps. Elle a clairement, dans ses documents magistériels et à travers l’immense « Théologie du corps » de Jean-Paul II, rappelé la vérité.
• Admirons la manière dont le cardinal prétend que la question est restée « marginale » au dernier synode, et dont il prend prétexte du référendum irlandais pour prétendre en faire le thème majeur du prochain. La dialectique est remarquable. Il faudrait aborder la question de l’homosexualité et des unions gays pour parler convenablement de la famille…
• « Aujourd’hui nous devons parler de la sexualité… » Je répète : Jean-Paul II n’a-t-il donc rien dit ? C’est son enseignement qui est rejeté, ignoré.
­• Dépasser la discrimination ? Ici le cardinal « oublie » de dire que le Catéchisme proscrit en effet clairement les « discriminations » à l’égard des homosexuels, mais en précisant : les « discriminations injustes ». Dans le langage moderne, la « discrimination » désigne toute différence de traitement, d’appréciation – c’est toute la tromperie idéologique de l’antiracisme. Dans le langage du Catéchisme, il apparaît clairement que les différences de traitement et d’appréciation à l’égard des personnes homosexuelles, que ce soit à l’égard de leur « propension » ou de leurs « actes », peuvent être justes.
• Reconnaître le « bien » dans les unions homosexuelles stables ? Nous sommes là au cœur du débat. J’avais posé la question au cardinal Burke à propos des divorcés remariés, lors d’un entretien publié ici en mars :
— Ainsi, lorsque l’homme de la rue dit qu’en effet, il est vrai que ces personnes sont bonnes, dévouées, généreuses, cela ne suffit donc pas ? 
— Bien sûr que non. C’est comme une personne qui commet un meurtre mais qui est pourtant aimable avec les autres… 
Cette réponse a provoqué un tollé dans la presse anglophone. Il s’agit pourtant d’une question cruciale relative au salut éternel, au pardon des péchés, à la rupture de l’amitié avec Dieu par la perte de l’état de grâce. Et c’est la mission centrale de l’Eglise : communiquer la grâce pour ouvrir les portes de la vie éternelle…


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