Zika : le pape François envisage la possibilité de recourir à la contraception pour éviter un risque de maladie congénitale
Le pape François a donné une longue interview dans l’avion qui le ramenait du Mexique, comme il a
coutume de le faire au retour de ses longs voyages. Ce sont en règle générale des
propos qui derrière leur « spontanéité » peuvent avoir une valeur
« programmatique », comme lorsque le pape avait laissé entendre au
retour des JMJ de Rio son intention de modifier la procédure canonique de
nullité des mariages. Cette fois, il s’est exprimé sur une douzaine de thèmes
« chauds » en réponse à autant de questions. Les médias ont retenu sa
réponse ambiguë suggérant une ouverture à la contraception pour éviter les
naissances d’enfants porteurs d’anomalies congénitales alors que le virus Zika
est présenté comme responsable de cas de microcéphalie au Brésil.
Autres sujets d’intérêt pour ce
blog : sa réponse sur la légalisation des unions civiles pour les
homosexuels en Italie, et sur les divorcés « remariés ».
Sur la contraception, je reproduis
ici le texte complet de la question de Paloma Garcia Ovejero de la chaine
espagnole COPE et la réponse du pape François, traduit par mes soins depuis
l’espagnol, et l’anglais
pour compléter :
« Saint-Père, depuis quelques
semaines on s’inquiète beaucoup dans de nombreux pays d’Amérique latine mais
aussi en Europe en ce qui concerne le virus Zika. Le plus grand risque
frapperait les femmes enceintes. Il y a de l’angoisse. Certaines autorités ont
proposé l’avortement, ou alors d’éviter la grossesse. En ce qui concerne
l’évitement de la grossesse, dans ce cas, l’Eglise peut-elle prendre en compte
le concept de “moindre mal” ? », demande la journaliste. Elle ne nomme pas
la contraception mais la réponse va confirmer que le pape a bien compris que
son propos vise la contraception dite « artificielle ».
Le pape François répond :
« L’avortement n’est pas un
“moindre mal”. C’est un crime. C’est éliminer l’un pour sauver l’autre. C’est
ce que fait la mafia, hein ? C’est un crime. C’est un mal absolu. Sur le
“moindre mal” : éviter la grossesse est… nous parlons en termes de conflit
entre le cinquième et le sixième commandement. Paul VI – le grand ! – lors
d’une situation difficile, en Afrique, a permis aux religieuses d’utiliser des
contraceptifs pour cause de violence. Il ne faut pas confondre le mal qui
consiste à éviter la grossesse avec l’avortement. L’avortement n’est pas un
problème théologique, c’est un problème humain, c’est un problème médical. On
tue une personne pour sauver l’autre – dans le meilleur des cas. Ou pour
pouvoir s’amuser, non ? Il est contraire au serment d’Hippocrate que les
médecins doivent prononcer. C’est un mal en soi, mais ce n’est pas un mal
religieux au départ : non, c’est un mal humain. Ensuite, évidemment, comme
il s’agit d’un mal humain – comme chaque assassinat – il est condamné. En
revanche, éviter la grossesse n’est pas un mal absolu ; dans certains cas
comme celui-ci, comme celui que j’ai évoqué du bienheureux pape Paul VI,
c’était clair. Moi j’exhorterais aussi les médecins à tout faire pour trouver
des vaccins contre ces deux moustiques qui apportent ce mal ; c’est
là-dessus qu’il faut travailler. »
La réponse reste confuse : il
n’y a pas d’approbation affirmée de la contraception pour l’affaire du virus
Zika, encore qu’on puisse l’extrapoler depuis l’exemple des religieuses belges
au Congo tel que le pape François la présente… et qui n’est pourtant pas si
claire, puisqu’on ne dispose d’aucune approbation officielle de l’usage des contraceptifs
par des religieuses sérieusement menacées de viol. Ni Paul VI, ni le
Vatican ne s’étaient prononcés, même si le cardinal Palazzini avait
personnellement approuvé ce recours aux contraceptifs non abortifs.
L’invocation du pape Paul VI
semble très délibérée, puisque c’est lui qui par Humanae vitae a clairement énoncé l’enseignement de l’Eglise refusant
la contraception qui sépare l’acte conjugal de sa finalité procréatrice.
Dans le cas évoqué par la
journaliste espagnole, il ne s’agit pas de religieuses mais bien de couples
chrétiens mariés auxquels le pape donne un discret feu vert : la
contraception apparaît même ici comme un moyen d’éviter non la grossesse, mais
plutôt l’avortement (d’où l’expression « moindre mal ») ! On
n’imagine pas en effet que le pape considère la naissance d’un enfant
microcéphale comme le « plus grand mal » à éviter par la
contraception…
En cela, il y a une contradiction
directe à l’égard de l’enseignement de l’Eglise sur la sexualité conjugale et
sur la licéité d’actes objectivement mauvais en eux-mêmes, posés pour obtenir
un effet mauvais comme moyen
d’éviter un plus grand mal. C’est
un principe moral de base : la fin ne justifie pas les moyens.
L’ouverture à la contraception
pour le cas du virus Zika, qui crée (peut-être) un risque de microcéphalie, ouvre nécessairement la porte à d’autres
recours à la contraception. Que faire dès lors qu’il y a un risque de maladie génétique, de contamination du fœtus par le sida,
pourquoi pas de dangers particuliers qu’une grossesse ferait courir à la
mère ? Pourquoi les exclure dans ces cas-là, si Zika justifie à lui seul ce
recours ?
Pourquoi ne pas avoir tout
simplement rappelé que l’abstinence, ou l’abstinence pendant les périodes
fertiles, pouvait constituer une solution envisageable en cas de forte crainte
d’une naissance handicapée ?
On peut dire à tout le moins que
le pape n’a pas rappelé avec précision la loi de Dieu et de l’Eglise.
Nous parlerons plus tard des
autres questions soulevées par l’entretien…
• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner
