Affichage des articles dont le libellé est congénitale. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est congénitale. Afficher tous les articles

19 février, 2016

Zika : le pape François envisage la possibilité de recourir à la contraception pour éviter un risque de maladie congénitale


Le pape François a donné une longue interview dans l’avion qui le ramenait du Mexique, comme il a coutume de le faire au retour de ses longs voyages. Ce sont en règle générale des propos qui derrière leur « spontanéité » peuvent avoir une valeur « programmatique », comme lorsque le pape avait laissé entendre au retour des JMJ de Rio son intention de modifier la procédure canonique de nullité des mariages. Cette fois, il s’est exprimé sur une douzaine de thèmes « chauds » en réponse à autant de questions. Les médias ont retenu sa réponse ambiguë suggérant une ouverture à la contraception pour éviter les naissances d’enfants porteurs d’anomalies congénitales alors que le virus Zika est présenté comme responsable de cas de microcéphalie au Brésil.
Autres sujets d’intérêt pour ce blog : sa réponse sur la légalisation des unions civiles pour les homosexuels en Italie, et sur les divorcés « remariés ».
Sur la contraception, je reproduis ici le texte complet de la question de Paloma Garcia Ovejero de la chaine espagnole COPE et la réponse du pape François, traduit par mes soins depuis l’espagnol, et l’anglais pour compléter :  
« Saint-Père, depuis quelques semaines on s’inquiète beaucoup dans de nombreux pays d’Amérique latine mais aussi en Europe en ce qui concerne le virus Zika. Le plus grand risque frapperait les femmes enceintes. Il y a de l’angoisse. Certaines autorités ont proposé l’avortement, ou alors d’éviter la grossesse. En ce qui concerne l’évitement de la grossesse, dans ce cas, l’Eglise peut-elle prendre en compte le concept de “moindre mal” ? », demande la journaliste. Elle ne nomme pas la contraception mais la réponse va confirmer que le pape a bien compris que son propos vise la contraception dite « artificielle ».
Le pape François répond :
« L’avortement n’est pas un “moindre mal”. C’est un crime. C’est éliminer l’un pour sauver l’autre. C’est ce que fait la mafia, hein ? C’est un crime. C’est un mal absolu. Sur le “moindre mal” : éviter la grossesse est… nous parlons en termes de conflit entre le cinquième et le sixième commandement. Paul VI – le grand ! – lors d’une situation difficile, en Afrique, a permis aux religieuses d’utiliser des contraceptifs pour cause de violence. Il ne faut pas confondre le mal qui consiste à éviter la grossesse avec l’avortement. L’avortement n’est pas un problème théologique, c’est un problème humain, c’est un problème médical. On tue une personne pour sauver l’autre – dans le meilleur des cas. Ou pour pouvoir s’amuser, non ? Il est contraire au serment d’Hippocrate que les médecins doivent prononcer. C’est un mal en soi, mais ce n’est pas un mal religieux au départ : non, c’est un mal humain. Ensuite, évidemment, comme il s’agit d’un mal humain – comme chaque assassinat – il est condamné. En revanche, éviter la grossesse n’est pas un mal absolu ; dans certains cas comme celui-ci, comme celui que j’ai évoqué du bienheureux pape Paul VI, c’était clair. Moi j’exhorterais aussi les médecins à tout faire pour trouver des vaccins contre ces deux moustiques qui apportent ce mal ; c’est là-dessus qu’il faut travailler. »
La réponse reste confuse : il n’y a pas d’approbation affirmée de la contraception pour l’affaire du virus Zika, encore qu’on puisse l’extrapoler depuis l’exemple des religieuses belges au Congo tel que le pape François la présente… et qui n’est pourtant pas si claire, puisqu’on ne dispose d’aucune approbation officielle de l’usage des contraceptifs par des religieuses sérieusement menacées de viol. Ni Paul VI, ni le Vatican ne s’étaient prononcés, même si le cardinal Palazzini avait personnellement approuvé ce recours aux contraceptifs non abortifs.
L’invocation du pape Paul VI semble très délibérée, puisque c’est lui qui par Humanae vitae a clairement énoncé l’enseignement de l’Eglise refusant la contraception qui sépare l’acte conjugal de sa finalité procréatrice.
Dans le cas évoqué par la journaliste espagnole, il ne s’agit pas de religieuses mais bien de couples chrétiens mariés auxquels le pape donne un discret feu vert : la contraception apparaît même ici comme un moyen d’éviter non la grossesse, mais plutôt l’avortement (d’où l’expression « moindre mal ») ! On n’imagine pas en effet que le pape considère la naissance d’un enfant microcéphale comme le « plus grand mal » à éviter par la contraception…
En cela, il y a une contradiction directe à l’égard de l’enseignement de l’Eglise sur la sexualité conjugale et sur la licéité d’actes objectivement mauvais en eux-mêmes, posés pour obtenir un effet mauvais comme  moyen d’éviter un plus grand mal.  C’est un principe moral de base : la fin ne justifie pas les moyens.
L’ouverture à la contraception pour le cas du virus Zika, qui crée (peut-être) un risque de microcéphalie, ouvre nécessairement la porte à d’autres recours à la contraception. Que faire dès lors qu’il y a un risque de maladie génétique, de contamination du fœtus par le sida, pourquoi pas de dangers particuliers qu’une grossesse ferait courir à la mère ? Pourquoi les exclure dans ces cas-là, si Zika justifie à lui seul ce recours ?
Pourquoi ne pas avoir tout simplement rappelé que l’abstinence, ou l’abstinence pendant les périodes fertiles, pouvait constituer une solution envisageable en cas de forte crainte d’une naissance handicapée ?
On peut dire à tout le moins que le pape n’a pas rappelé avec précision la loi de Dieu et de l’Eglise.
Nous parlerons plus tard des autres questions soulevées par l’entretien…


• Voulez-vous être tenu au courant des informations originales paraissant sur ce blog ? Abonnez-vous gratuitement à la lettre d'informations. Vous recevrez au maximum un courriel par jour. S'abonner

© leblogdejeannesmits



 
[]