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26 juin, 2019

Bannon et Martel travailleraient sur l’adaptation au cinéma de “Sodoma” ; le cardinal Burke annonce sa rupture immédiate avec le “Dignitatis Humanae Institute”


Plusieurs informations croisées permettent de penser que Steve Bannon, ancien rédacteur en chef de Breitbart et ancien conseiller stratégique de Donald Trump a le projet de porter à l’écran une dénonciation de ce qu’il pense être l'homosexualité endémique dans les hautes sphères de l’Eglise catholique. Il s'alliera à cette fin avec Frédéric Martel, l’auteur de Sodoma,  dont il apprécie apparemment la charge violente contre l'Eglise catholique. Sodoma est dans son ensemble très favorable au pape François et ses principaux têtes de Turc sont cardinaux, prélats et prêtres qui affirment le plus clairement la doctrine  morale catholique en matière de sexualité : plus ils sont traditionnels, affirme en substance ce livre, plus ils ont de chances d’être des homosexuels cachés ou refoulés.

Le cardinal Raymond Leo Burke fait partie des personnes épinglées de manière particulièrement désinformatrice dans le livre  de Martel.

Steve Bannon et Frédéric Martel ont eu selon l'hebdomadaire Valeurs actuelles plusieurs conversations téléphoniques qui ont abouti à une rencontre à l'hôtel Bristol à Paris au mois de mai lors de la récente tournée européenne de l’Américain.

Dans un article brièvement mis en ligne lundi par LifeSite, mais retiré au bout d’une heure lorsque la rédaction du site provie s'est rendue compte de ce que certains points  étaient encore à vérifier, on apprenait que Bannon cherchait à acheter les droits cinématographiques de Sodoma. Il a en tout cas déclaré à LifeSite que c'était « le livre de l’année ».

Quoi qu’il en ait été de leur conversation, il est donc certain que Bannon en prend les thèses au sérieux.

L’hypothèse d'une adaptation filmée d'un livre aussi discutable dont l'objectif est à la fois de ridiculiser la quasi-totalité de la hiérarchie catholique et plus précisément ses éléments les plus conservateurs n’augure rien de bon.

Du côté de Martel, comme il l'écrit d'ailleurs dans Sodoma,  d'objectif est d'obtenir une modification des enseignements doctrinaux et de la discipline de l'église, par la reconnaissance des amours homosexuelles et l'abolition du célibat sacerdotal. Par la même occasion, la validation et la diffusion de ses thèses ne pourrait qu’aboutir à une désaffection, voire à une révolte des catholiques du rang contre la « classe » des cardinaux, des évêques, des prêtres qui prêchent ce qu’ils ne pratiquent pas.

Du côté de Bannon, son opposition aux options politiques du pape François peut expliquer le désir de ce baptisé catholique qui ne semble plus être un pratiquant de participer à une opération contre l’Eglise dans sa configuration actuelle. C'est-à-dire,  sans en considérer la dimension surnaturelle et la promesse qui lui a été faite : les portes de l'enfer ne prévaudront pas.

Nous sommes en effet dans la difficile position d'avoir à contester certaines options personnelles du pape François, qui n'engagent pas sa charge pontificale, et aussi ses déclarations et actes contraires à la doctrine traditionnelle, sans pour autant nous en prendre à l'Eglise elle-même, en tant qu'institution, car elle est notre Mère et qu’hors d’elle, il n'y a point de salut, et au pontificat puisqu’elle repose sur Pierre, le roc sur lequel elle est bâtie.

C’est sur cette ligne de crête qu'il faut tenir et il semble extrêmement peu probable que Bannon veuille s'en soucier. Quelles sont ses motivations exactes ? Il est certainement trop tôt pour le dire ou même pour le comprendre.

Le fait est que son alliance au moins apparente avec Martel ne le fait pas apparaître comme un ami du Christ, de la foi, des catholiques. Et qu’on peut craindre une entreprise de démolition.

L'article brièvement mis en ligne par LifeSite reprenait l'information de Valeurs actuelles selon laquelle la rencontre entre Bannon et Martel au Bristol à Paris le 19 mai avait été facilitée par Benjamin Harnwell, fondateur et animateur du Dignitatis Humanae Institute implanté au sud de Rome et qui a pour objectif la promotion de la culture de vie.

Incidemment, l’article de LifeSite rappelait que Harnwell travaille à la fois avec Bannon et avec le cardinal Raymond Burke. Aucun lien n'était fait avec la rencontre entre Bannon et Martel mais la formulation de l'incise pouvait être perçue comme suggérant qu'un tel lien pouvait exister, « maladresse » que LifeSite a regrettée dans un communiqué paru aujourd’hui.

Le cardinal Burke a publié à ce sujet un communiqué qu'il m'a autorisée à traduire et à publier ici.

Communiqué du cardinal Burke
«  J'ai eu connaissance d'un article de LifeSiteNews mis en ligne le 24 juin – et depuis retiré – sous le titre : “Steve Bannon laisse entendre qu'il veut faire un film pour révéler l'homosexualité au Vatican” comportant une insinuation selon laquelle, en raison de mon association avec M.  Benjamin Harnwell du Dignitatis Humanae Institute,  j’étais d’une façon ou d'une autre impliqué dans une rencontre entre M. Bannon et M. Frédéric Martel, auteur du livre Sodoma,  afin de promouvoir une version cinématographique du livre de M. Martel. LifeSiteNews n'a pas prit contact avec moi pour vérifier ma possible implicatiopn.  Vu l'ensemble du contenu de cet article  est vu certaine déclarations qui y sont faites par M. Bannon, je dois éclaircir les points suivants : 
«  Je ne suis d'aucune manière d'accord avec l'évaluation de ce livre par M. Bannon. En outre, je ne pense aucunement que ce livre doive être porté à l’écran. Je suis en total désaccord avec nombre de déclarations de M. Bannon concernant la doctrine de la discipline de l'Eglise catholique romaine. Par-dessus tout, j'estime hautement  critiquable sa déclaration qui remet en cause la discipline de l’Eglise concernant la continence perpétuelle pour le clergé, en accord avec l’exemple et le désir du Christ, Chef et Pasteur de l’Eglise. 
«  Je n'ai jamais travaillé avec M. Bannon au sein de son organisation et je ne le fais pas davantage aujourd’hui. Je l'ai rencontré, à l’occasion, afin de parler de l'enseignement social de l’église à l'égard de certaines questions politiques, mais je  n’ai aucun dans son organisation. En le rencontrant, comme c'est le cas lorsque je rencontre d’autres leaders politiques, j'ai essayé de remplir ma mission sacerdotale : enseigner la foi et la morale en vue du bien commun. 
« J'ai été impliqué pendant quelques années dans le Dignitatis Humanae Institute en raison de son travail de soutien aux chrétiens qui dans la vie publique agissent dans le respect de la loi morale et œuvre donc à la promotion du bien commun. Il y a quelques semaines, j'ai été nommé président honoraire de cet institut. Ces derniers temps, l’institut s'est trouvé identifié de plus en plus avec le programme politique de M. Bannon. Bien que j’aie exhorté l'institut à revenir à son objectif initial, celui-ci ne l'a pas fait, comme il apparaît clairement à travers son implication dans cette dernière initiative de M. Bannon. J’ai donc, à effet immédiat, mis fin à toute relation avec le Dignitatis humanae Institute.
Raymond Leo Cardinal Burke

25 juin 2019
*
Dans un communiqué, LifeSite a répondu à ces déclarations pour préciser que l’article en question avait rapidement été retiré et qu’il n’y avait nullement eu volonté d’impliquer le cardinal Burke.
« Cependant, l’article faisait également mention du travail du cardinal Burke avec Benjamin Harnwell, qui a mis sur pied la rencontre entre Bannon et Martel. Et une phrase rédigée de manière maladroite a pu être lue par certains comme indiquant que le cardinal Burke avait eu quelque chose à voir avec la rencontre entre Bannon et Martel.« Nous ne cherchions d’aucune façon à laisser penser cela et nous avons retiré l’article pour cause de soucis relatifs à son manque de clarté. Nous n’avons pas pensé à contacter le cardinal Burke pour vérifier ce papier car celui-ci n’avait rien à voir avec lui.« Nous regrettons les torts qui ont pu être faits à Son Emincence du fait de la mention par nous de son nom. 
« A LifeSite nous avons toujours été disposés à faire des corrections lorsque nous faisons erreur, ou même lorsque nous avons laissé s’installer le flou. Nous n’avons jamais prétendu être parfaits et nous ne le sommes pas. Nous faisons simplement de notre mieux pour apporter la vérité. 
« Nous avons servi la foi, la vie et les mouvements pro-famille depuis quelque 23 ans. Nous continuerons de le faire du mieux que nous le pouvons. Nous aimons la vérité parce que nous aimons l’Auteur de la Vérité. Notre objectif est au bout du compte de diriger chacun vers la Vérité avec un V majuscule. 
« C’est pourquoi nous présentons nous excuses au cardinal Burke et l’engagement à prier pour lui. »
*
On aura compris qu’il y a une part de malentendu dans cette affaire.

Elle a permis au moins de mettre au jour un projet qui me semble fort inquiétant du côté de Bannon et Martel, d’une part, et d’autre part de permettre au cardinal Burke de faire la clarté sur ses relations actuelles avec Benjamin Harnwell.

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23 février, 2019

Frédéric Martel : le pape François a voulu changer le discours de l'Eglise sur les homosexuels aux synodes sur la famille

Frédéric Martel présente “Sodoma”
à la presse étrangère à Rome
Le pape François a-t-il vraiment œuvré pour introduire une forme de reconnaissance des unions homosexuelles par le biais des deux synodes sur la famille ? C’est ce que croit savoir Frédéric Martel, qui livre à ce sujet ce qu’il présente comme des confidences de proches de François dans son livre-brûlot Sodoma sur les réseaux homosexuels dans l’Eglise.

Si les propos rapportés sont exacts, ils constituent une véritable bombe, puisqu’ils conduisent Martel à décrire par le menu les manipulations (pour une bonne part manquées) qui ont accompagné ces synodes, puis la rédaction de l’exhortation apostolique Amoris laetitia – telles qu’elles étaient perçues, au demeurant, par les tenants de la tradition dans l’Eglise qui ne sont pas allés, pour autant, jusqu’à en rendre le pape directement et explicitement responsable.

Commençons donc par une mise en garde : Sodoma est un livre de combat qui voit des homosexuels partout, mais qui ne désigne, dénonce et dénigre comme tels que ceux – actifs ou refoulés selon lui – qui se manifestent par leur « homophobie ». C’est même l’affirmation « rigide » de la doctrine de l’Eglise sur l’homosexualité et le péché de sodomie qui serait selon Martel le signe qui ne trompe pas d’une homosexualité dissimulée de la part de ceux qui se livrent à cette affirmation.

Outre ce raisonnement qui tourne en rond, tout en insinuations et sous-entendus, il y a les erreurs factuelles qui émaillent le livre, et – s’il faut en croire Antoine-Marie Izoard, rédacteur en chef de Famille chrétienne – surtout, la déformation de propos recueillis, des interviewés « piégés » ou ayant fait l’objet de tentatives de « drague » au cours de l’enquête.

Izoard, face à la question de l’homosexualité, prône la réponse de Benoît XVI : « Il est alors plus que temps d’appliquer les mesures de Benoît XVI qui recommandait qu’aucun jeune ayant des tendances homosexuelles ne puisse intégrer le séminaire. » C’est à peu près l’inverse de la conclusion suggérée par le livre de Frédéric Martel : que les prêtres « gays » puissent enfin vivre leurs amours au grand jour et qu’on en finisse avec le célibat sacerdotal, au motif que la continence serait « contre nature ».

D’ailleurs Martel présente Benoît XVI lui-même comme un homosexuel probablement chaste qui sublime sa tendance dans l’amour des arts et des beaux vêtements, et donc « rigide » sur le plan doctrinal.

Le pape François, lui, gay-friendly et donc selon toute probabilité pas « gay » lui-même, serait entouré de proches de la même eau tels les cardinaux Blase Cupich, Walter Kasper, Kevin Farrell, Reinhard Marx, Christoph Schönborn, Oscar Maradiaga, Lorenzo Baldisseri, qui se distinguent tous par leur approche plus libérale de la question « LGBT » (acronyme de combat qui revendique des droits pour ce que la morale traditionnelle juge gravement peccamineux).

C’est avec prudence qu’il faut donc aborder l’ensemble de ce qui est avancé, mais sur le plan de la doctrine certaines allégations sont si graves qu’elles doivent être connues, et – plût à Dieu – démenties, sous peine de laisser la confusion s’installer encore davantage dans l’Eglise.

Selon Frédéric Martel, le cardinal Baldisseri, chargé de l’organisation des deux synodes sur la famille, lui a assuré qu’avant le premier, en 2014, l’idée était d’« ouvrir les portes et les fenêtres », à la demande de François. « On n’avait aucun tabou, aucune retenue. Toutes les questions étaient ouvertes. Brûlantes ! Tout était sur la table : le célibat des prêtres, l’homosexualité, la communion des couples divorcés, l’ordination des femmes… On a ouvert tous les débats à la fois. »

Il forme une « petite équipe sensible, gaie et souriante » en s’entourant de Bruno Forte, Peter Erdö et Fabio Fabene, « tous promus depuis par le pape » : « une véritable machine de guerre au service de François ».

Avec Schönborn et Maradiaga, ils sont sur la « ligne Kasper », qui a fait savoir dès avant l’ouverture du synode que les « unions homosexuelles, si elles sont vécues de manière stable et responsable, sont respectables ». Mais ils mettent en branle une forme de dynamique de groupe en interrogeant « la base » dans les diocèses du monde. Les réponses qui affluent sont « traitées » à Rome pendant que des plumes acquises se mettent au premier jet d’Amoris laetitia (« dont au moins un homosexuel que j’ai rencontré », assure Martel).

« François venait ici chaque semaine, me raconte Baldisseri. Il présidait personnellement les sessions où nous débattions des propositions », avance alors l’auteur.

Le texte est ainsi construit qu’on imagine que le pape a tout voulu et approuvé : il a « choisi de bouger sur les questions de famille et de morale sexuelle », affirme Frédéric Martel. Et de lui attribuer un « plan secret » qui annonce «  la bataille inimaginable qui va bientôt se jouer entre deux factions homosexualisées de l’Eglise » – les méchants qui s’en tiennent à la morale traditionnelle, les gay-friendly qui ne sont pas « corrompus », hypocrites, adeptes de la double vie comme les premiers mais cherchent à ouvrir la porte aux pécheurs. Périphéries et hôpital de campagne, c’est en effet le programme de François.

C’est alors que Martel donne la liste des cardinaux dont l’opposition bruyante « abasourdit » le pape et conduit celui-ci à dénoncer les « maladies curiales » pour désigner ceux qui composent selon Martel « l’invraisemblable paroisse » (dans Sodoma, « la paroisse », ce sont les homosexuels : « Raymond Burke, Carlo Caffarra, Joachim Meisner, Gerhard Ludwig Müller, Walter Brandmüller, Mauro Piacenza, Velasio De Paolis, Tarcisio Bertone, George Pell, Angelo Bagnasco, Antonio Cañizares, Kurt Koch, Paul Josef Cordes, Willem Eijk, Joseph Levada, Marc Ouellet, Antonio Rouco Varela, Juan Luis Cipriani, Juan Sandoval Iñiguez, Norberto Rivera, Javier Errazuriz, Angelo Scola, Camillo Ruini, Robert Sarah et tant d’autres ».

Et voilà que Martel attribue à François la volonté d’« abattre un mur » – encore un. « Sur la question homosexuelle, il entreprend un long travail pédagogique. Il s’agit, ici, de distinguer de manière nouvelle et fondamentale pour l’Eglise, d’une part les crimes que sont la pédophilie, les abus sexuels sur mineurs de moins de quinze ans, ainsi que les actes sans consentement dans le cadre d’une situation d’autorité (catéchisme, confession, séminaires, etc. ; et d’autre part les pratiques homosexuelles légales entre adultes consentants. Il tourne également la page du débat sur le préservatif en mettant l’accent sur “l’obligation de soigner”. »

Explosée, la morale traditionnelle, et par le successeur de Pierre lui-même ? Certains éléments, certaines attitudes du pape François semblent aller en ce sens, il faut bien le dire, mais il n’a jamais dit pareille chose explicitement. Ce qui est sûr, c’est que le monde de la presse mainstream, le monde « mondain » ne saurait que croire ce qu’il approuve déjà si volontiers.

La sortie du livre Demeurer dans la vérité du Christ, sur le mariage chrétien, présenté par Sodoma comme un « pamphlet » signé Burke, Müller, Caffarra, Brandmüller et De Paolis, met un frein aux manœuvres même s’il se fait « saisir » à la demande de Baldisseri (assure Martel) avant de pouvoir être distribué aux pères synodaux.

Martel qualifie de « subtile » la formule d’un prêtre homosexuel à propos de ce synode qui a tourné à la « farce » : « C’est la revanche du placard ! C’est la vengeance du placard ! »

Il décrit également la colère du pape qui est révulsé par les « manœuvres en coulisse », le « complot » des opposants : François réagit en « têtu entêté », raconte Martel, citant la formule d’un de ses interlocuteurs. Cela passera par la sanction des cardinaux qui l’ont « humilié » (Müller en tête) et par une stratégie à long terme : « Modifier la composition du collège des cardinaux en créant des évêques favorables à ses réformes et, compte tenu de la limite d’âge, évincer naturellement peu à peu son opposition – c’est l’arme suprême, dont seul le souverain pontife peut user. »

Qui ? Mgr Victor Manuel “Tucho” Fernandez de La Plata, qui aurait été « mobilisé » par le pape après le premier synode pour expliquer que François « vise des réformes irréversibles ». Le cardinal bergoglien Daniel Sturla de Montevideo, qui revendique devant Martel – s’il faut l’en croire – des « positions pro-gays ». Le cardinal Maradiaga, lui, voyagera à travers le monde où il « distille la pensée de François ».

Du côté des intellectuels, c’est le père jésuite Antonio Spadaro, rédacteur en chef de La Civiltà Cattolica, revue jésuite « semi-officielle » du Vatican, qui joue le rôle de « poisson pilote » pour un « grand plan de communication secret » à l’initiative de « la bande à Baldesseri ». C’est lui qui est crédité d’avoir mobilisé Maurizio Gronchi et Paolo Gomberini en Italie, le P.  Jean-Michel Garrigues, « un proche ami du cardinal Schönborn) et Antoine Guggenheim en France. Ce dernier écrit en tout cas dans La Croix : « La reconnaissance d’un amour fidèle et durable entre deux personnes homosexuelles, quel que soit leur degré de chasteté, me semble une hypothèse à étudier. Elle pourrait prendre la forme que l’Eglise donne habituellement à sa prière : une bénédiction. »

C’est de là aussi que date la mise en route de l’opération Adriano Oliva, selon Martel : ce frère dominicain italien, basé à Paris, qu’il présente comme l’un des plus grands spécialistes vivants de saint Thomas d’Aquin. Et selon Martel, c’est sur ordre du pape François lui-même qu’il a agi.

Oliva sort en 2015 – pour fêter les huit cents ans de l’Ordre dominicain ! – au Cerf le livre Amours où il prétend démontrer que l’Aquinate reconnaissait le caractère « naturel » de l’homosexualité, puisque « l’homme dans ses irrégularités et singularités fait partie du dessein divin ». « Contre nature », l’inclination homosexuelle ? Pas du tout ! « L’homosexualité ne comporte en soi aucune illicéité, et quant à son principe, connaturel à l’individu et enraciné en ce qui l’anime comme être humain, et quant à sa fin, aimer une autre personne, qui est une fin bonne », écrit en effet Oliva.

« Après la lecture d’Amours, des cardinaux, des évêques et de nombreux prêtres m’ont dit que leur vision de saint Thomas d’Aquin avait changé et que l’interdit de l’homosexualité avait été définitivement levé », assure Martel.

Si selon ce dernier Oliva a refusé de commenter « la genèse de son livre », « son éditeur, [le théologien orthodoxe] Jean-François Colosimo, patron des éditions du Cerf, a été plus disert, tout comme l’équipe du cardinal Baldisseri qui confirme avoir passé “commande d’analyses à des experts” dont le frère Oliva ». Martel poursuit : « Enfin, j’ai eu la confirmation qu’Adriano Oliva a bien été reçu au Vatican par Baldisseri, Bruno Forte et Fabio Fabene – soit les principaux artisans du synode. »

Plus loin, il surenchérit : « Le cardinal Walter Kasper le confirme l’intervention personnelle de François : “Adriano Oliva est venu me voir ici. Nous avons parlé. Il m’avait envoyé une lettre que j’ai montrée au pape : François a été très impressionné. Et il a demandé à Baldisseri de lui commander un texte pour diffuser aux évêques. Je crois que c’est ce texte qui est devenu Amours. (…) Adriano Oliva a rendu service à l’Eglise, sans être militant. »

Vrai ? Faux ? Si lettre il y avait, quel était son contenu ? Il y a ici beaucoup d’insinuations et peu d’affirmations nettes, mais Martel n’hésite pas à ajouter : « Amours sera diffusé pendant le synode sur la suggestion du pape. Le livre n’est pas un pamphlet de plus ou un essai isolé et quelque peu suicidaire, comme on l’a dit : c’est une arme dans un plan d’ensemble voulu par le souverain pontife lui-même. »

Il serait intéressant de savoir si les pères synodaux, tous ou une partie d’entre eux, ont effectivement reçu le petit livre.

Au bout du compte, toutes ces manœuvres n’ont pas abouti, du moins en ce qui concerne l’homosexualité qui ne sera évoquée, selon Martel, qu’en deux ou trois phrases sibyllines d’Amoris laetitia. Mais Kasper est selon lui confiant pour l’avenir parce que les lignes on un peu bougé : « Nous gagnerons », aurait-il dit.

En fait, Martel confirme (à moins qu’il ne fasse que répercuter, histoire de semer encore davantage le trouble), toutes les inquiétudes, toutes les accusations de manipulations du synode qui ont été exprimées par les fidèles à la doctrine traditionnelle de l’Eglise.

L’exercice a ses limites, j’ai essayé de vous le montrer en soulignant combien Martel met peut-être de lui-même dans son compte-rendu qui cherche manifestement à impliquer étroitement le pape dans le processus d’« ouverture » aux homosexuels – mais il faut bien reconnaître que sur ce chapitre, il y a aussi des faits visibles à tous.

Un démenti de la salle de Presse serait le bienvenu. Ou de Baldisseri, Kasper, Spadaro, Oliva et les autres. On peut toujours rêver. Ou mieux – prier.

Pour lire mon analyse critique des premiers chapitres de “Sodoma”, c'est par ici.

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14 février, 2019

“Sodoma”, de Frédéric Martel : un livre de combat contre la tradition de l'Eglise et ses défenseurs comme le cardinal Burke

Tout ce qui est excessif est insignifiant, disait Talleyrand. Ce sont les premiers mots qui viennent à l'esprit lorsqu'on lit les « bonnes feuilles » de Sodoma (pas besoin de vous faire un dessin), le livre à paraître du militant homosexuel Frédéric Martel. Oui, insignifiant comme les mensonges de celui qui est « père du mensonge », insignifiant comme ce qui procède par insinuation, suggestion, fabrication d'images, rumeurs, ouï-dire, insignifiant comme la grosse artillerie que l'on sort pour détourner l’attention d’un problème précis en essayant de détruire, en même temps, celui qui le pose.

L'idée force de Sodoma tient en quelques lignes : le Vatican est le plus vaste club « gay » au monde, car 80 % de ses clercs – prélats, cardinaux, monsignore y compris – sont homosexuels, actifs ou refoulés. Et même, insinue-t-il, trois papes récents : Pie XII, Jean XXIII et Paul VI… Et comme c’est un secret maladivement gardé, c’est cette « culture du secret » qui explique le choix de « couvrir » les prêtres pédophiles au cours de ces dernières décennies – la crainte de se faire soi-même « outer ».

Mais outre que cela apparaît comme une exagération délibérée, il s’agit avant tout d’une charge massive contre tout ce qu’il y a de traditionnel dans l’Eglise : notamment sa doctrine morale, sa liturgie de jadis, ses interdits sexuels, « l’hypocrisie » et la « double vie » des opposants conservateurs au pape François. Tout cela ne s’expliquerait que par un seul biais : l’homosexualité active ou refoulée, forcément cachée, de ses prêtres, évêques, cardinaux, papes qui font partie d’une société essentiellement homosexuelle dont les décisions ont été, au bout du compte, dictées par cette situation. On n’en finirait pas de donner des exemples de ces analyses psychologiques de comptoir qui émaillent le livre de Martel.

Une grille de lecture homosexuelle plaquée


Ce livre est d’ailleurs une grille de lecture, assumée, plaquée comme telle sur toute l’histoire récente de l’Eglise catholique. Il lui faut des homosexuels partout, certains réels sans aucun doute, d’autres sont peut-être « de la paroisse », comme il le dit ironiquement, parmi ceux qui sont évoqués nommément ou non – mais imaginés pour bien d’autres. Cela procède d’un raisonnement explicite : l’Eglise est sociologiquement homosexuelle parce qu’elle impose le célibat sacerdotal et que la continence est «  contre nature ». Donc, le prêtre soumis à ce régime a toutes les chances d’être un homosexuel qui se cache.

Dans un entretien avec Le Point, Martel va même plus loin : « Bien sûr qu’il y a des hétérosexuels au Vatican ; d’ailleurs, certains harcèlent les bonnes sœurs, comme vient de le reconnaître le pape François. » La chasteté, la pureté, sont tenues pour impossibles, exceptionnelles, voire ridicules – ou simplement le fait des unstraight : ceux qui sans avoir de pulsions sexuelles à l’égard des femmes, sont des hétérosexuels maniérés ou efféminés qui ne passent pas à l’acte avec des hommes.

Fondamentalement, et au-delà de son optique « pro-gay » qui ne reproche nullement aux clercs leurs attirances et leur activité homosexuelles, Sodoma est une gigantesque entreprise de souillure de l’Eglise catholique, insultée dans son être et dans ses enseignements. Paradoxalement, Martel l’a reconnu lui-même, c’est une défense et une illustration des options et de la pastorale du pape François. D’ailleurs s’il y a des cardinaux qu’il apprécie, ils se trouvent dans l’aile libérale de l’Eglise : Schönborn, Kasper, Cupich, Tobin, Farrell…

Alors, gigantesque ou insignifiant ? Insignifiant dans le fond, parce qu’on a l’impression de se trouver face à cette variété la plus insidieuse de la désinformation, qui enrobe le mensonge de demi vérités – mais ici, les mensonges paraissent caricaturaux. Gigantesque dans la manière, puisque Frédéric Martel y travaille depuis quatre ans, passant une semaine par mois à Rome, se rendant dans une trentaine de pays pour des entretiens «  à domicile », assisté de quelque 80 petites mains dans le monde pour mener ses recherches, le tout avec la complicité avouée de « quatre proches collaborateurs du pape François » qui étaient au courant «  depuis longtemps » de la teneur de son projet.

Imagine-t-on ce que cela demande comme financement ? L’éditeur Robert Laffont a-t-il, seul, les reins aussi solides ?  Qui a coordonné la traduction simultanée en huit langues – un peu comme le Da Vinci Code qui m’est immédiatement venu à l’esprit en lisant ce brûlot et avec lequel les journalistes du Point font aussi le rapprochement ? La sortie dans 20 pays ? Tout cela demande des moyens fabuleux (du point de vue des journalistes qui peinent à faire rembourser la moindre note de frais), des réseaux sur une même ligne, une volonté commune, dotée de riches moyens, pour passer à l’acte.

Mais pourquoi Le Montage de Vladimir Volkoff me vient-il à l’esprit de manière aussi lancinante ?

Le livre sort, oh combien opportunément, le 21 février, le jour même de l’ouverture du sommet sur les abus sexuels au Vatican, en huit langues et dans 20 pays. Il paraît que la sortie française était prévue en septembre, mais qu’elle a été retardée pour en faire un événement international. Mais que la date  définitive n’ait pas été choisie pour coïncider avec la réunion organisée à Rome paraît difficilement croyable.

L'attaque contre les « tradi » et les « dubia »


Alors que la « droite » de l’Eglise répète qu’on ne peut aborder la question des abus sexuels et de la « pédophilie » de certains prêtres – en fait, les abus, voire la séduction exercés sur des adolescents, l’éphébophilie, donc – sans évoquer le fléau de l’homosexualité des clercs, Sodoma est une riposte. Ils « en » sont tous. Ils sont d’autant plus homosexuels qu’ils dénoncent l’homosexualité. C’est la droite : «  Ces  conservateurs, ces “tradi”, ces “dubia”,  sont bien les fameux “rigides qui mènent une double vie”  dont parle si souvent François », écrit Martel. Donc, l’homosexualité n’est pas le problème. Le problème, c’est la droite. Le problème, ce sont les interdits sexuels – interdit de la contraception comprise – que l’Eglise a décrétés parce qu’elle abrite tant d’homophiles cachés qui sont des homophobes de façade.

Et qu’ils sont donc imbéciles ou escroqués, ces catholiques qui tentent de suivre ces règles inhumaines imposées par des hommes de double vie ! Tel est le message à peine voilé de Frédéric Martel, un message qu’il attribue d’ailleurs d’une certaine manière au pape François en citant ses nombreuses diatribes contre la corruption à la Curie.

Est-ce une « bombe », comme l’écrit déjà la presse internationale ? Ce le serait si tout était rigoureusement vrai – ce dont on peut très légitimement douter, vu la personnalité de l’auteur et la teneur de son message. Il y a du roman à thèse dans cet ouvrage… Mais il n’y a aucun doute que le livre a été fait pour être exploité comme tel, et que les gros médias vont s’en donner à cœur joie.

Si l’on s’en tient à la lettre de Sodoma, non, ce n’est pas une bombe, tant il y a d’insinuations risibles et d’accusations ou allégations sans fondement. Elles visent prioritairement ceux qui ont participé à la claire réaffirmation de la doctrine catholique face à la lente montée de l’idéologie du genre et des « droits LGBT » au cours de ces dernières décennies, et ceux qui sont perçus comme menant l’opposition face à la libéralisation « pastorale » soutenue par le pape François : du cardinal Burke à Mgr Viganò dont « l’affaire » est présentée comme « la guerre du vieux placard contre le nouveau placard » !

Les incohérences du chapitre sur le cardinal Raymond Burke


Parmi les chapitres déjà disponibles en ligne se trouve celui consacré avec gourmandise au cardinal Raymond Burke, qui serait franchement hilarant s’il n’était aussi odieux et faux.

Martel assure avoir eu un rendez-vous avec le cardinal Burke (un « dubia », comme il dit) dans son appartement, rendez-vous manqué car à ce moment-là, Burke aurait été appelé par le pape en vue d’une remontée de bretelles. Du coup, on a droit à une description de l’appartement romain du cardinal, présenté comme une « vaste garçonnière »  munie d’« art ornemental des vieux dandys », « et des napperons ! »,  Martel décrit « un autel particulier dans un décor de faux iceberg, un retable en forme de triptyque coloré, comme une petite chapelle ouverte, agrémentée d’une guirlande illuminée qui clignote, avec, posé en son milieu, le célèbre chapeau rouge du Cardinal. Un chapeau ? Que dis-je : une coiffe ! »

Bref, c’est le décor d’un appartement d'une précieuse surannée forcément narcissique. Après avoir visité, comme il le raconte, la « luxueuse » salle de bains et repéré «  des dizaines de bouteilles de champagne, Martel «  devine une armoire à glace, ou bien est-ce une psyché, ces grands miroirs inclinables qui  permettent de se voir en totalité », « ce qui m’enchante », dit-il. « Si j’avais fait l’expérience d’ouvrir les trois portes en même temps, je me serais vu comme le cardinal chaque matin : sous toutes les coutures, environné de son image, enlacé de lui-même. »

Oui, tels sont des procédés de ce journaliste et chercheur, ancien collaborateur de Michel Rocard, conseiller de Martine Aubry, attaché culturel à l’ambassade de France aux Etats-Unis, directeur de recherches à l’Institut de relations internationales et stratégiques… Militant politique et haut fonctionnaire, parfaitement introduit dans la jet-set mondialiste.

Il consacre des pages et des pages aux vêtures liturgiques du cardinal Burke : cappa magna et « galero cardinalice » qui lui donne « l’air d’une vieille femme vindicative », chapes et « robes à vertugadin »… Je vous épargne la suite, grotesque et diffamatoire.  Voilà le cardinal assimilé à une drag-queen, présenté comme l’incarnation de la théorie du genre… On perçoit trop le ressentiment d’un militant gay contre un homme qui a qualifié l’homosexualité de « grave péché » pour se laisser prendre.

Mais une certaine presse s’y laissera prendre, elle, trop heureuse de l’aubaine. Le Point a déjà publié des extraits de ce chapitre délirant.

Il serait tentant de traiter cela par le mépris. Mais il faut quand même apporter quelques petites précisions, car elles jettent une lumière révélatrice sur la manière de travailler de Frédéric Martel.

A propos du cardinal Burke, on note à quelques pages d'intervalle ces deux descriptions contradictoires : d’abord, c’est un « cardinal américain, petit homme trapu ». Un peu plus loin, on apprend que « l’homme est grand – en cappa magna, il devient géant – on dirait une dame viking ! » Martel le connaît-il seulement, cet homme accessible et affable, tellement plus facile à aborder que bien des évêques français ?

Le connaît-il, cet homme pour qui la pastorale ne s'exerce que dans la vérité, mais avec proximité et une attention véritablement paternelle, comme en a attesté notamment un jeune homme homosexuel que Burke, alors évêque au Wisconsin, a ramené à la foi ?

Benoît XVI, Gänswein et Fellini,
ou comment les idées germent dans l'esprit de Frédéric Martel


Martel assimile clairement les ornements traditionnels de l'Eglise à une expression homosexuelle. Dans le cas de Frédéric Martel, cela est très net. Quand il s’attaque à Benoît XVI, « dandy homosexualisé », et Georg Gänswein, son secrétaire, il présente la messe du sacre épiscopal de ce dernier comme une « cérémonie fellinienne ». Quand il voit des chapes et des chasubles à l’ancienne, Martel pense aussitôt à Fellini Roma, avec le défilé de mode du clergé.

« Ne délirez-vous pas ? », l’interroge Le Point. « Mais ce sont eux qui délirent ! Pour la consécration de son secrétaire particulier Georgh Gänswein, Benoît XVI a organisé l’une des messes les plus extravagantes de l’histoire », répond Martel Cette messe, on peut la voir ici. Voilà un jugement qui suffit à disqualifier Martel – vous pourrez vérifier vous-même.


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