25 février, 2016

Le don d’organes après l’euthanasie de mieux en mieux accepté aux Pays-Bas

Campagne pour le don d'organes au Brésil : “L'un ou l'autre
aura vos organes. A vous de choisir.”
Il y a quelques années à peine, on se demandait encore aux Pays-Bas si les candidats à l’euthanasie pouvaient aussi donner leurs organes : était-ce moralement acceptable ? Le dilemme éthique aura été de courte durée : la procédure est aujourd’hui de plus en plus fréquente : on compte quinze cas au total. Le premier exemple remonte à 2012 ; en 2015, on en était à huit « euthanasies suivies de dons d’organes », et les objections des médecins semblent s’être largement évaporées.
Le premier cas de 2016 s’est déroulé à l’hôpital Erasmus de Rotterdam qui naguère avait refusé pareille procédure sur un homme au motif que celui-ci n’était pas habituellement soigné par ses équipes et que son parcours ne leur était pas assez bien connu.
Cette fois, il s’agit d’un homme qui s’était adressé à la Clinique de fin de vie – la Levenseindekliniek – qui se charge d’évaluer les demandes d’euthanasie des personnes qui n’ont pas réussi à obtenir la procédure de leur médecin traitant, et qui les exécute le cas échéant. Cela peut permettre de contourner une objection de conscience ou un doute du médecin quant au respect des conditions posées par la loi pour ne pas encourir des poursuites pénales après une euthanasie.
La presse néerlandaise présente cette mort on ne peut plus « utile » sous un jour très positif. L’Algemeen Dagblad titre : « Unique : une seule euthanasie permet de sauver cinq vies par le biais du don d’organes. »
Au MC Erasmus de Rotterdam, tout était calculé au millimètre près. Le patient destiné à l’euthanasie était installé dans une chambre, les cinq receveurs attendaient sur cinq tables d’opérations, prêtes pour l’opération. Il ne restait plus qu’à passer à l’acte, transférer l’euthanasié dans une salle d’opération voisine, et zou, on pourrait récupérer son foie, ses reins, son pancréas et deux autres organes dont la nature n’a pas été précisée.
Il fallait pour cela que l’euthanasié fût en bonne forme physique, raison pour laquelle on ne peut guerre prendre en considération les propositions d’organes des cancéreux. En l’occurrence, s’agissant d’un homme qui ne supportait pas les conséquences d’une hémorragie cérébrale, la qualité des organes était bonne. Ne voulait-il plus vivre ? Autant que sa mort serve, comme il le désirait !
Entouré de sa famille, d’amis et du personnel de l’hôpital, l’homme a reçu la mort du médecin de la Clinique de fin de vie, autorisé pour l’occasion à pratiquer son « art » entre les murs de l’hôpital – chose unique dans les annales de l’euthanasie aux Pays-Bas. Les proches ont eu cinq petites minutes pour dire « à Dieu » (à supposer qu’ils y croient) avant que le « mort » parte en salle d’opération. Et hop…
Etait-il vraiment mort ? La question se pose : pour être réellement efficace, il importe de prélever les organes vitaux, cœur battant, et se contenter d’une « mort cérébrale ». Mais dans ce cas, les détails donnés à la presse ne permettent pas d’en avoir le cœur net. On sait seulement qu’un homme « a réussi à en sauver cinq autres ».
D’autres questions restent posées, comme celles mises en avant par un responsable éthique de l’hôpital Erasmus : que faire face à une personne qui demande l’euthanasie précisément pour pouvoir donner ses organes ? Comment le savoir ? Qu’en est-il de la pression qui pèse sur le futur euthanasié, qui théoriquement peut toujours se rétracter, jusqu’à la dernière seconde ? Mais ce même Gert van Dijk fait partie de l’équipe qui a rédigé un protocole régional informel et provisoire de l’euthanasie suivie par don d’organes pour l’hôpital universitaire de Maastricht. Mais la chose se fait maintenant un peu partout dans les Pays-Bas, sans qu’il y ait ni interdit ni autorisation formelle.
L’éthicien Gert van Dijk vient de cosigner un article dans l’American Journal of Transplantation pour vanter la « légalité et la possibilité médicale » du don d’organes associé à l’euthanasie que « beaucoup de médecins et de patients ignorent ».
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© leblogdejeannesmits



3 commentaires:

Anonyme a dit…

Dans le langage actuel : bonjour les dérives !
Des personnes ne vont-elles pas être incitées à être euthanasiées pour que leurs organes soient greffés sur des demandeurs ?
– ta vie t'est insupportable ? Pas de problème, donne tes organes à ceux qui en ont besoin pour vivre ça eux veulent vivre –
Et hop, une piqûre. Un retour aux expériences faites dans les camps il y a 70/80 ans, belle avancée.
Maurice P

Anonyme a dit…

Eh oui, Maurice P. « Bonjour les dérives » ; « retour aux expériences.. ». Mais à partir du moment où l'on se donne le droit de tuer avec préméditation, en bande organisée, pourquoi pas ? 
Comme le souligne madame Smits « les objections des médecins semblent s’être largement évaporées. »  Comment ne se seraient-elles pas évaporées quand on sait que dans tous les pays on manque de donneurs pour faire face à la rage greffante des greffeurs, quand on sait ce que coûte un organe quand il faut l'acheter dans un pays où les pauvres abondent et n'ont pas d'autre choix que de se vendre par morceaux. Mais un pauvre faisant don contre rémunération d'une partie de lui-même reste en vie (ou du moins peut l'espérer).
Ici on tue quelqu'un. Enfin cela dépend de ce que l'on appelle « mort ». Neurologue, je conteste le critère de « mort cérébrale », qui n'a d'utilité précisément que pour les greffeurs, quand on décide de ne pas laisser aux personnes décédées le temps de refroidir.
Mais ne vous en faite pas, Maurice P., bientôt on cultivera des embryons pour avoir des organes encore plus frais.
Dr. LCJ
Neurologue.

Denis Merlin a dit…

Merci, docteur, de votre exposé très clair et instructif.

L'origine de ces abominables dérives qui heurtent notre intuition du bien est à chercher, selon moi, dans la philosophie moderne pour laquelle le corps n'est que de la matière étendue. Or la matière est partout et toujours la même. Conclusion: tout se vaut, il n'y a rien de sacré (c'est-à-dire mis à part pour Dieu), il n'y a que le fric et le principe du plaisir immédiat et contre les adversaires l'esbroufe ou, mieux, le silence...

Reste que du point de vue concret des théologiens catholiques semblent prendre pour argent comptant les affirmations mensongères au sujet de la "mort cérébrale", comme il prennent pour argent comptant les affirmations au sujet de la chronologie fantaisiste présentée comme "scientifique", comme les affirmations mensongères des malthusiens soi-disant "écologistes" et scientifiques... L'affaire Galilée, une escroquerie de propagande anti-catholique, intimide les théologiens.

Moralité: des tueurs à gage en bande organisée se présentent comme des "médecins" et sont décorés de la Légion d'honneur.

C'est donc par un retour à la scolastique qu'il faut commencer, c'est-à-dire commencer par redonner leurs valeurs aux mots.

 
[]