13 novembre, 2014

“EcoPop” : une initiative mortifère des écologistes radicaux suisses

Je lis sous la plume d’un ami, Vivien Hoch, un éloge de l’initiative « EcoPop » en Suisse (reprise ici par le Salon beige), par laquelle des écologistes demandent une limitation sévère de l’immigration. Vivien Hoch y voit un moyen de retrouver le « chez soi » européen : le sens du « ré-enracinement ». Si je suis évidemment d’accord avec lui sur l’importance de l’« enracinement », en revanche il ne faut pas prendre l’initiative EcoPop pour ce qu’elle n’est pas. Il s’agit en réalité d’une proposition inacceptable qui profite d’un sentiment populaire d’exaspération par rapport aux excès de l’immigration pour faire avaler autre chose : un programme de contrôle de la population qui s’inscrit dans une tradition malthusienne à l’origine du véritable « racisme » contemporain, qui a la haine des populations pauvres.
EcoPop est une initiative fédérale populaire lancée par un « militant indépendant pour le développement durable », Alex Gagneux, qui précise, sur son site, qu’il est « sans enfant ». Le principal ressort de sa campagne est la diffusion de la planification familiale, qui est au cœur des « actions pour le développement » des organisations internationales comme l’ONU, de multiples ONG et des fondations dérivées des grandes multinationales – mais aussi des militants de la Deep Ecology et plus généralement des écologistes qui voient en l’homme le principal ennemi de la planète. Elle sous-tend aussi des actions contre le « réchauffement climatique ». Cela fait du monde… C’est même « le monde », celui du pouvoir : celui, dominant, de la culture de mort.
Le sigle même de l’initiative est tout un programme : l’écologie progresse lorsque la population
diminue, suggère-t-il.
L’initiative Ecopop sera soumise à la votation des Suisses le 30 novembre prochain.
On a beaucoup mis en avant sa proposition n°2, qui vise à modifier la Constitution helvétique en imposant une limite à la croissance de la population attribuable au solde migratoire : celui-ci « ne peut excéder 0,2 % par an sur une moyenne de trois ans ».
On présente cela comme un moyen de permettre d’éviter « le grand remplacement » de population. Tel n’est pourtant pas l’objectif de cette mesure qui pèche déjà par son côté mécanique. Elle vise prioritairement à contrôler la population de manière contraignante.
La proposition n°1 donne la clef : « La Confédération s’attache à faire en sorte que la population résidant en Suisse ne dépasse pas un niveau qui soit compatible avec la préservation durable des ressources naturelles. Elle encourage également d’autres pays à poursuivre cet objectif, notamment dans le cadre de la coopération internationale au développement. »
La proposition n°3 donne les moyens : « Sur l’ensemble des moyens que la Confédération consacre à la coopération internationale au développement, elle en affecte 10 % au moins au financement de mesures visant à encourager la planification familiale volontaire. » Autrement dit : l’accès à la contraception sous toutes ses formes artificielles, qui est à la racine de la culture de mort.
La proposition n°4 verrouille le tout : « La Confédération ne peut conclure de traité international qui contreviendrait au présent article ou qui empêcherait ou entraverait la mise en œuvre de mesures propres à atteindre les objectifs visés par le présent article. »
En faisant du volume de la population suisse une prérogative de l’Etat, l’initiative EcoPop est en elle-même d’essence totalitaire. Sa mise en œuvre ouvrirait un droit étatique – sanctuarisé par son adoption par référendum et sa présence dans la Constitution helvétique – d’édicter des lois limitant la liberté des couples de procréer. Comme cela existe en Chine, avec son cortège d’avortements et de stérilisations forcés, de contraintes économiques et de mesures vexatoires. La nouveauté, ce serait de faire adopter une telle mesure par le plus « démocratique » des pays par le biais le plus « démocratique » qui soit : le référendum d’initiative populaire. C’est ce que souligne un communiqué de Choisir la Vie Suisse.
C’est d’autant plus ahurissant que la Suisse a un indice de fécondité d’1,47 enfant par femme (en 2012), bien en deçà de celui qui permet le simple remplacement des générations. A ce rythme, sa population commencera à décroître d’ici à 20 ans. Pour le plus grand bonheur de ceux pour qui l’homme est d’abord une « empreinte écologique »… EcoPop le dit assez clairement : la Suisse souffre aujourd’hui d’un trop plein : « Bouchons sur les routes, trains bondés, loyers en hausse, terres agricoles construites, disparition des espèces: la pression démographique réduit la qualité de vie et évince la nature. »
Tout le texte suinte le malthusianisme qui s’autorise de la « Grande Peur » répandue par les idéologues de l’écologie extrémiste, exactement comme dans les années 1970 les époux Paul et Anne Ehrlich, auteurs de The Population Bomb, annonçaient la surpopulation apocalyptique et la famine mondiale pour les années 1980. Aucune de leurs prédictions ne s’est réalisée : si la population mondiale augmente – notamment et surtout, dans de nombreux pays, par l’allongement de la durée de la vie – les ressources alimentaires ont progressé plus vite per capita, et la faim dans le monde est davantage liée à des difficultés de distribution et des problèmes politiques qu’à un manque de nourriture.

Voici un film de propagande d'EcoPop :





EcoPop s’inscrit très clairement dans cette logique de lutte contre la surpopulation qui est à l’œuvre dans les organisations internationales depuis les prédictions d’Ehrlich. Comme le Saint-Siège n’a cessé de le dire, de nombreux pays ont été soumis à une obligation de contrôle de la population et de programmes de planning familial immoraux en échange d’aide au développement depuis lors. Car pour cette puissante faction du mondialisme, l’ennemi, c’est l’homme. Ce n’est pas un hasard si le site d’EcoPop renvoie vers des vidéos présentant des initiatives de diffusion de la contraception du FNUAP en Afrique (Fonds des Nations unies pour la Population) : cet organisme qui est à la pointe de la lutte pour le libre accès à la contraception et à l’avortement.
Anne-Marie Rey, fondatrice d'EcoPop
Cette « aide » des pays développés aux pays pauvres est d’un cynisme sans fin : elle préfère subventionner les contraceptifs (qui n’ont pas moins de contre-indications physiques et morales pour les femmes africaines que pour les femmes des pays riches !) plutôt que de venir en aide à la misère réelle : la mortalité maternelle et infantile liée à des structures sanitaires déficientes, le manque d’hygiène, le défaut de distribution d’eau, la concentration dans les mégapoles là où les populations pauvres ont elles aussi besoin d’enracinement…
Il faut noter pour finir – avec Choisir la Vie Suisse – que le leader historique d’EcoPop n’est autre qu’Anne-Marie Rey, une féministe de la première heure, socialiste, pro-avortement, pionnière du « droit » à l’avortement et figure de proue de la bataille pour sa décriminalisation en 2002.



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© leblogdejeannesmits



4 commentaires:

Anonyme a dit…

Merci à Jeanne Smits de son article. La reprise de ce site par le Salon Beige est extrêmement décevante. Il faut préciser encore qu'ils on viré tout leur personnel conservateur pour s'adonner enfin à leur amour inavoué de la glorification de l'euthanasie (http://www.lesobservateurs.ch/2014/06/28/anna-5/).

Ecopop surfe sur le rejet de l'immigration pour faire passer un planning familial contraint et forcé par la loi dans la Constitution. Beaucoup se laisse prendre. Vivement qu'on reçoive la facture de la balle que le gouvernement aura tiré dans la nuque de celles qui auront refusé d'avorter.

Noël Macé.

Babar a dit…

Dès le 19ème siècle, tous les pays protestants et francs maçons ont fabriqué des idéologies pour le contrôle et la sélection des populations 'inférieures' : malthusianisme, eugénisme, nietzschéisme, darwinisme social, racisme, ...
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Et, sur base de ces idéologies inhumaines, la 'race supérieure' WASP (White Anglo Saxon Protestants) a fait voter 'démocratiquement' des lois de ségrégation raciale, de stérilisation, d'euthanasie, etc... dont on a pu constater toute l'horreur au 20ème siècle.
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Mais, malgré cela, ces mêmes pays protestants et francs maçons n'ont pas renoncé, et ils persistent dans la mise en œuvre de leurs idéologies, par des stérilisations, contraceptions, avortements, eugénismes, euthanasies. Forts de leur puissance financière, ils veulent même imposer leurs idéologies au monde entier.
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Et l'Église catholique, opposée depuis toujours à ces dérives inhumaines, reste pour eux l'ennemie à abattre, par tous les moyens de propagande. Du point de vue endoctrinement idéologique des populations, ils sont 'diaboliquement' maîtres.

Anonyme a dit…

Merci beaucoup pour cet article! Nous ne sommes pas dupes de cette initiative et voterons NON!

EFM

Thomas Mazzone a dit…

Nous avons montré à plusieurs reprises sur lesobservateurs.ch que, même si les idées du comité d'Ecopop pouvaient être éventuellement mauvaises et différente des nôtres, cette initiative est une aubaine, car la proportion de Suisses dans les classes en bas âge est probablement au-dessous des 50%. La population suisse est en voie de remplacement, si ce n'est déjà fait. C'est une dernière chance.

Une autre initiative a été votée, mais elle s'encre dans une tradition récente et très pharisienne d'interprétation du droit constitutionnel, laquelle permet au Conseil Fédéral de n'en faire qu'à sa tête. Le seul intérêt de ce texte, c'est qu'il déboute cet effet de formulations semi-légalistes non appliquées en introduisant ce chiffre de 0.2%. Avec 0.2%, si la natalité reste stable, le manque de renouvellement sera quasiment compensé.

Si votre argumentaire est très bon et que je ne trouverais franchement que peu de choses à critiquer sur l'esprit général, il faut tenir compte de la réalité suisse et de la situation dramatique engendrée par l'économie apatride alliée au socialisme international. Dans cinq ans, il sera peut-être trop tard. C'est une occasion rêvée de nous tirer de ce qui guette à peu près tous les pays d'Europe. Vous savez, la Suisse sans Suisses n'a pas de raison d'être. Ce faisant, et partant de là, j'essaye de montrer en quoi les autres mesures pourraient aussi s'avérer être un moindre mal.

Aucun opposant politique au texte oserait l'affronter sous l'angle que vous proposez. J'ai donc entrepris d'attaquer tous les arguments qu'on nous oppose pour en montrer la malhonnêteté. La population est une donnée fondamentale de l'écologie au service de l'homme et ça, c'est connu depuis l'Antiquité. On n'est pas obligé d'en tirer en malthusianisme caricatural, mais simplement une recherche d'harmonie, chose qu'on savait très bien gérer sans contraceptifs. C'est peut-être ce que je reproche à votre argumentaire, en fin de compte. Ecopop rompt justement avec les écologistes qui souhaitent qu'on construise dense pour sauver la nature à notre détriment. L'initiative rompt, en pratique, avec cette écologie qui considère l'homme comme une nuisance, en tout cas celle qui voit ainsi l'homme suisse - et le politique ne peut pas exister en dehors de la nation - . La Suisse est un des pays les plus denses d'Europe et le ratio production alimentaire/population est déficitaire, alors qu'il aurait pu être équilibré si on avait suivi les résolutions prises pendant la Guerre et abandonnées dans les années '70.

Ce texte, dans l'urgence, est salutaire et sachez que les risques (à terme beaucoup plus long) que vous en contez pourront toujours être réformés avec le temps, car le peuple conserve son droit d'initiative. Si Ecopop ne passe pas, on espère qu'un texte aussi exigeant quant à l'immigration sera très rapidement lancé, car il faut quand même, en moyenne, deux ans pour aboutir.

C'est vraiment une bouffée d'air frais.
https://www.youtube.com/watch?v=RWE38L_3T74

La force de ce texte, c'est paradoxalement son aspect très restrictif. Les circonstances politiques en veulent ainsi.

 
[]