17 juin, 2009

Folie de la fécondation in vitro : un cas d’école

Où, au passage, on confirme que la pilule du lendemain tue

« Paul » et « Deborah », couple marié du Pays de Galles, ont fait la une de la presse britannique ces derniers jours. Alors qu’ils viennent de se voir attribuer d’importants dommages et intérêts qui incomberont à la clinique de fécondation in vitro de l’hôpital universitaire de Cardiff, leur histoire a été révélée. En décembre 2007, ils s’étaient rendus à la clinique pour que l’épouse, 40 ans, déjà victime de plusieurs grossesses ectopiques, et qui s’était pour cette raison tournée vers la « fivete » homologue, se fasse implanter le dernier embryon congelé du couple. Le personnel de la clinique était embarrassé. Il lui avait fallu annoncer que l’embryon avait été « détruit ». Quelques jours plus tard, Deborah devait apprendre qu’il avait été implanté par erreur dans une autre femme qui, avertie de l’erreur, avait préféré mettre un terme à sa grossesse. Cela s’était passé le matin même du jour où Deborah était venue pour l’implantation.

Deborah, 40 ans aujourd’hui, s’était effondrée. « Ils ont tué notre enfant ! » La phrase lui revient encore aujourd’hui, comme une macabre ritournelle.

C’est l’histoire du roi Salomon à l’envers : il semble que la femme qui avait reçu l’embryon de l’autre couple, après avoir été avertie dans l'heure de la substitution accidentelle, avait été mise en garde à propos du fait qu’un procès aurait certainement lieu pour déterminer à qui appartiendrait l’enfant : à ses géniteurs biologiques ou à sa mère porteuse. Celle-ci, telle la fausse mère dans le récit biblique, a préféré choisir la mort.

Certainement enceinte depuis le matin même, elle a reçu non une pilule abortive, mais la pilule du lendemain, ainsi qu’en attestent WalesOnline et la BBC. Oui, contrairement à ce que prétend une certaine littérature, la pilule du lendemain tue donc bien en empêchant la nidation de l’embryon. Qui osera encore le nier ?

L’embryon, lui, était donc au rebut. De la part de ses vrais parents, on comprend les manifestations de choc (encore qu’ils aient confié qu’ils étaient au départ moins en colère qu'en apprenant la mise à mort volontaire de leur enfant, puisqu’ils pensaient que l’embryon avait été détruit en tombant d’une table…).

Mais cette affaire soulève très grand nombre de questions dont décidément personne ne sort très grandi.

1. Contrairement à ce qu’affirment les cliniques de fertilité, l’erreur (oserons-nous dire « sur la personne » ?) n’est jamais totalement à exclure. Dans ce cas, on parle d’un embryologiste stagiaire surmené qui a mélangé deux embryons posés par négligence sur une même étagère, à la faveur d’un mauvais éclairage et du bruit des travaux dans l’environnement de la clinique.

2. Paul et Deborah, sachant celle-ci sujette aux grossesses extra-utérines, avaient décidé plusieurs années auparavant de recourir à une fertilisation in vitro. Au total, neuf embryons avaient alors été « produits ». Un premier enfant, Jamie, 6 ans aujourd’hui, est né lors d’une première implantation. Mais plusieurs autres tentatives devaient… avorter.

3. Sur les neuf embryons, il n’en restait en 2007 que deux en congélation, dont l’un « impropre à l’utilisation ». Au rebut, lui aussi ! Le couple avait été appelé à cette époque par la clinique qui lui signalait que le dernier survivant était apte pour un essai. Déclaré conforme, sans doute.

4. Etant entrés dans la logique de la fabrication d’un enfant « dû » et non de l’accueil d’un enfant « don », l’attitude de la « marâtre » furieuse de porter un enfant qui n’était pas le sien était inévitable. La colère de ceux qui se sentent volés aussi : leur souci était entre autres la cherté de la procédure et l’âge de la mère, puisqu’ils avaient peur de ne pas pouvoir recommencer une procédure de « fivete » avec stimulation ovarienne et la création d’une nouvelle série d’embryons.

En fait, la clinique de fertilité de l’hôpital de Cardiff, qui a multiplié les plus plates excuses, a proposé au couple un nouveau traitement sans aucun frais ; échaudés, Paul et Deborah ont promis qu’ils n’y mettraient plus les pieds mais envisagent aujourd’hui d’utiliser leurs dommages et intérêts pour procéder à un nouvel essai, ailleurs.

Tout ira pour le mieux, tant qu’ils pourront eux-mêmes prendre la responsabilité de la « production » et le risque de la destruction massive de leurs tout-petits.

Après tout, pour les renvois au fabricant, il n'est plus question de papa et maman, mais des techniciens « procréateurs ».

12 juin, 2009

Limiter la population pour sauver le climat

Le vrai projet de la Deep ecology prend davantage place au sein de l'ONU

Le rythme de la croissance mondiale est insoutenable pour la planète et le climat, estime une ONG australienne qui demande que le futur accord de Copenhague lie « explicitement » la réduction de la population et celle des émissions de gaz à effet de serre. « Le Protocole de Copenhague doit explicitement établir la relation entre le fait de réduire “humainement” le nombre d‘êtres humains et l’atténuation des émissions de gaz à effet de serre », indique Sustainable Population Australia, une organisation non gouvernementale, dans une communication aux Nations unies.

Pour l’AFP, l’ONG va lever un « tabou », ce qui montre à quel point l’on ignore ou feint d’ignorer ce discours de plus en plus fréquent et de plus en plus ouvertement soutenus par les grands « philanthropes » comme Bill Gates (Microsoft), Ted Turner (AOL), la fondation Rockefeller et bien d’autres.

Le texte est consultable en ligne sur le site de la Convention de l’ONU contre les changements climatiques (CCNUCC). Il a été présenté jeudi soir à Bonn, en marge des négociations du futur accord climatique qui doit être adopté en décembre à Copenhague.

Partisane de la décroissance, l’ONG identifie comme facteurs d’abus des ressources énergétiques de la planète et d’émissions de gaz à effet de serre la population, la richesse par tête et les choix technologiques. La population apparaît alors comme une variable d’ajustement. La population mondiale approche actuellement les 6,7 milliards et augmente chaque année d’environ 77 millions d’individus, rappelle-t-elle. Et même si les émissions par tête n’ont guère évolué, les émissions mondiales totales n’ont cessé d’augmenter, en raison d’un usage accru des énergies fossiles : pétrole, gaz, charbon. « L’ONU prévoit une augmentation de 50 % de la population mondiale en 2050 ; même si les émissions par tête étaient réduites de 30 %, leur volume global resterait inchangé », affirme l’ONG, d’autant que selon elle la production de nourriture, la multiplication des voyages et les migrations vers des pays riches accélèrent le mouvement.

L’organisation australienne, qui avance que « 41% des naissances dans le monde sont non désirées », demande (exige ?) que celles-ci soient réduites : « S’assurer que chaque enfant qui naît est un enfant attendu est le moyen le plus rapide et le plus efficace de réduire l’impact humain sur l’environnement, y compris sur les émissions de gaz à effet de serre. »

En clair : « les chefs d’Etat doivent soutenir » les programmes de planning familial qui doivent être financés par des contributions internationales accrues (Obama s’y emploie…) ; « le maillage des lieux d’offre de planification familiale doit être dense » ; « les contraceptifs doivent être délivrés sans ordonnance » (tiens, en France, le gouvernement Sarkozy s’y emploie…) ; « l’avortement doit être légalisé ».

Le tout s’accompagnant d’un matraquage de l’opinion, notamment dans les écoles (les manuels scolaires français répondent déjà à cette exigence).

Tout en reconnaissant que « des objections culturelles et religieuses sont parfois soulevées » quand il s’agit de limiter le nombre d‘êtres humains, l’ONG estime que « tout examen dépassionné du niveau actuel de l’impasse environnementale humaine présente montre que le taux et la croissance de la population ne sont pas “soutenables” et ne peuvent être ignorés. Sans réaction, les pires scénarios seront presque certainement inévitables ».

Ce n’est pas un tabou qui est levé, mais au moins le discours devient plus audible. Et il a déjà produit des effets.

(Cet article a paru dans Présent daté du 13 juin 2009.)

11 juin, 2009

Affaire de Recife : Mgr Michel Schooyans prend position

Le site pro-vie LifeSiteNews vient de publier la réaction très pointue de Mgr Michel Schooyans, spécialiste des questions démographiques et du droit de la vie, à l'affaire de la petite fille de Recife. Professeur émérite de philosophie politique à l'université de Louvain, le prélat a jugé que l'« Affaire de Recife » est d'une « extrême gravité » pour l'Eglise, dans la mesure où la note publiée par Mgr Fisichella dans L'Osservatore Romano introduit une « morale de situation » et même un « relativisme total » à travers le respect de la liberté de choix dans des situations concrètes, relève LifeSite.

Il va jusqu'à écrire dans le résumé de ses commentaires : « Qu'il soit simplement établi que Rino Fisichella justifie ici l'avortement direct. »

Mgr Schooyans est membre de l'Académie pontificale des sciences sociales.

Pour les anglophones, voici le texte complet de son commentaire, toujours sur LifeSite.

En français, voici un résumé de l'article avec quelques-uns de ses « temps forts » dont je vous propose ma traduction.

A propos de l'article de Mgr Fisichella, dont il note le caractère « quelque peu démagogique » et les erreurs de fait, il écrit :

« Le titre de l'article en lui-même fournit une indication claire quant à la position de Mgr Fisichella dans cette affaire : il s'est focalisé sur les intérêts de “Carmen” (ndlr : nom donné pour l'occasion à la fillette). Le caractère unilatéral de ce choix va si loin qu'on ne trouve pratiquement aucun mot de compassion pour les jumeaux victimes d'un double avortement. »

Mgr Schooyans lui reproche d'avoir accepté sans vérification l'affirmation selon laquelle la fillette aurait été en danger de mort : « S'est-il laissé tromper par les journalistes ? A-t-il écrit sous la pression ou la contrainte ? (...) Ce qui aurait dû être prouvé, à savoir que l'avortement était le seul moyen de sauver la mère, dont on considérait la vie en danger, est présenté comme un fait établi."

Mgr Schooyans note alors que le dossier médical de la fillette établit le contraire : « On ne pouvait d'aucune façon invoquer un quelconque état de nécessité. »

« “Carmen portait une vie innocente”, poursuit Mgr Fisichella, ajoutant : “Dans son cas, la vie et la mort se sont trouvées face à face.” Des affirmations théâtrales, mais inexactes. Carmen portait deux vies innocentes, et ces deux vies - aurait-il dû écrire noir sur blanc - ont été détruites. La mort a été infligée intentionnellement et inéluctablement, sans aucune justification, sur deux bébés absolument innocents. En raison du propos délibéré de réaliser l'avortement, la vie n'a eu à aucun moment une quelconque chance de prévaloir. »

Mgr Schooyans souligne l'absurdité du propos de Mgr Fisichella sur le fait qu'on ne prend pas aisément une décision d'avorter en de tels cas, puisque ni la vie de la fillette, ni celle de ses enfants n'étaient en danger, si ce n'est de la part des « médecins qui ont choisi de pratiquer le double avortement, et des idéologues du droit de choisir ».

Et de noter que cette « flatterie » des médecins, demandant pour eux le respect, constitue une justification indirecte de l'euthanasie pour ceux qui la pratiquent dans des cas extrêmes. « Par ses paroles, Rino Fisichella a semé une grande confusion dans les consciences des médecins du monde entier à propos du respect de la vie, à ses débuts et à sa fin. »

« Rino Fisichella nous fournit une nouvelle surprise lorsqu'il se hasarde à donner des arguments relatifs à la morale fondamentale », poursuit le prélat belge. En affirmant que chaque situation est unique, « Rino Fisichella révèle son adhésion à la morale opportuniste, la morale de l'option fondamentale, la morale proportionnaliste, toutes catégoriquement condamnées par Jean-Paul II dans Veritatis splendor.

Pourtant, Mgr Fischella a bien rappelé dans sa note la condamnation de l'avortement par l'Eglise. Mgr Schooyans relève donc la contradiction interne dans cette note publiée par le président de l'Académie pontificale pour la vie (PAV) : « Pour lui, il faut adhérer aux principes tant que la liberté de choix, avant tout, en face de situations concrètes, est respectée. Voilà ce qui détruit la morale, tant naturelle que chrétienne... »

Mgr Schooyans dénonce encore plus vigoureusement la présentation du droit canon par Mgr Fisichella : « Il y a quelque chose d'inadmissible dans la tentative d'émouvoir le lecteur en l'invitant à “regarder au-delà du cadre juridique” dont la raison d'être ici est de protéger les innocents. Il est, pourrait-on dire, blasphématoire de tordre les paroles du Seigneur de la Vie pour excuser les avorteurs, en même temps - et cela ne fait qu'aggraver l'affaire - que d'exploiter l'infortune de la mère, blessée et privée à jamais de ses deux enfants. »

Il a été reproché à Mgr Cardoso Sobrinho d'avoir fait du tort à la crédibilité de l'Eglise. « Mais l'Eglise et ses pasteurs ne méritent pas d'être crédibles s'ils ne proclament pas la vérité », affirme Schooyans. Et de rappeler que le Pape lui-même, à Luanda, le 20 mars, regrettait que l'avortement puisse être présenté comme une affaire de santé maternelle, déclaration que le P. Federico Lombardi « s'est cru autorisé à édulcorer le lendemain », non sans suggérer que l'avortement pratiqué sur la fillette de Recife était un « avortement indirect », c'est-à-dire non voulu directement.

« Est-il normal qu'un journaliste, même de haute volée, s'érige en interprète autorisé de ce que le Pape vient de dire, spécialement si son interprétation a pour effet d'arrondir les angles des déclarations du Saint-Père ? Il serait sans doute nécessaire de clarifier les niveaux d'expertise et d'autorité. Les paroles du Pape seraient-elles donc si obscures qu'elles nécessitent un déchiffrage de la part d'un magistère médiatique non officiel ? »

Mgr Schooyans souligne ensuite le trouble semé dans l'Académie pontificale pour la vie et l'atteinte à son autorité.

La gravité des prises de position de Mgr Fisichella est alors détaillée. Elles font le jeu des organismes internationaux qui se servent justement des cas extrêmes pour demander la légalisation universelle de l'avortement afin de sauver des vies maternelles. Il porte atteinte aux arguments pro-vie alors même que la bataille fait rage au Brésil et ailleurs, donnant une « légitimité » à tout ce que les mouvements anti-vie ont proclamé depuis des années. D'ailleurs les mouvements pour l'avortement ne s'y sont pas trompés, qui ont accueilli la note avec enthousiasme.

« Les positions prises par Rino Fisichella sont très voisines de celles que l'on rencontre dans les publications du Planning familial, de l'OMS, du Fonds des Nations unies pour la population et des “Catholiques pour le libre choix”. Il est permis de se demander si cette proximité est le fruit du hasard, ou si d'autres explications méritent une investigation. Les lecteurs de l'article ont l'impression qu'une main cachée a joué un rôle. Ce qui nous permet d'envisager cette hypothèse est la différence significative, quant au style et quant à la doctrine, entre l'article publié par Fisichella dans L'Osservatore Romano (...) et une interview (...) publiée par Il Corriere della Sera du 24 janvier 2009. »

En espérant que des secteurs de la Curie romaine ne soient pas imprégnés par l'influence du président Lula, qui avait pareillement attaqué Mgr Cardoso Sobrinho, Mgr Schooyans rappelle qu'une campagne pro-avortement mondiale est menée aujourd'hui par Barack Obama, intensifiée par le couple catholique Tony et Cherie Blair. Ce qui laisse prévoir que « l'Amérique latine sera bientôt sous pression afin d'adopter les “nouveaux droits humains”, y compris le “droit” à l'avortement ».

Pour Schooyans, il est urgent de se demander si la préséance de la Congrégation pour la doctrine de la Foi ne doit pas être établie à l'intérieur de la Curie. Il demande si l'article de Fisichella a été publié en accord avec d'autres autorités vaticanes : « Lesquelles ? Qui a financé, organisé et couvert cet arrangement ? Dans une lettre datée du 14 mai (PAV, ref. 4235/09), Fisichella a écrit : “Cet article a été écrit sur demande.” A la demande de qui ? Il en est qui veulent insinuer qu'une pétition a été adressée à Fisichella, voire une sommation, au niveau du bureau de la Secrétairie d'Etat... C'est une question cruciale sur laquelle la lumière doit être faite. »

Mgr Schooyans n'hésite pas à se demander, vu le nombre de désinformations qui ont conduit à cette affaire, s'il n'y a pas des taupes au Vatican, des menées pour discréditer L'Osservatore Romano, il accuse directement Fisichella de compromettre les efforts immenses déployés par l'Eglise en faveur de la famille et de la vie.

« Il serait désastreux que cette affaire soit couverte par le silence ou qu'elle se poursuive indéfiniment, vu que le trouble est grand parmi les fidèles et que des mouvements “laïques” sont à l'évidence à l'affût pour exploiter la moindre nouvelle faille dans l'unité de l'Eglise. Un silence anormalement prolongé impliquerait que le Saint-Siège confirme la répudiation de l'archevêque Cardoso, prononcée implicitement par Fisichella. »

Il faut faire cesser les multiples erreurs, ajoute Mgr Schooyans, qui utilise le mot « scandale » et parle d'urgence, d'autant que l'affaire ouvre la voie à d'autres « dissidences ».

« L'affaire de Recife souligne que l'unité de l'Eglise ne peut se résumer à une affaire d'opportunité politique. L'Eglise, ou à tout le moins certains de ses membres, est victime d'une stratégie de la tranche de salami. En rejetant Humanae vitae, certains parmi ses pasteurs ont avalé la première tranche : la contraception. L'affaire de Recife révèle que certains de ses pasteurs sont en train d'avaler la deuxième tranche, l'avortement. D'autres tranches sont en attente d'être avalées : l'euthanasie, le “mariage” de personnes de même sexe, diverses forme d'ingéniérie génétique, etc. (...) On se contente d'une vérité qui s'enracine dans l'ambiguïté. Mais cette ambiguïté conduit inévitablement à un relativisme doctrinal généralisé. Cette tendance doit-elle être encouragée ? »

Pour Schooyans, la seule solution se trouve dans une mise au point du Pape lui-même, puisque l'article de Fisichella a créé un doute à propos de la légitimité de l'avortement. « Mais il n'est pas sûr qu'à Rome, la gravité de la situation soit suffisamment perçue », regrette-t-il.

02 juin, 2009

En anglais... Exclusive interview : Prof Josef Seifert, of the Pontifical Academy for Life, speaks about the Recife affair

The following interview with Pr Josef Seifert, of the Pontifical academy for life, by Jeanne Smits, was published in in French in Présent dated May 26th 2009. It followed the remarks published by Pr Seifert following Mgr Fisichella's note in the Osservatore Romano.
_________________

– Why did you choose to write to Mgr Fischella ?

– It was not really a letter to Mgr Fisichella, even if several internet sites which published my remarks presented it as such. We – that is, several members of the Acadamy – wrote privately to our president. The text to which you refer was not a letter but a series of remarks : I was asked to express my opinion because, worldwide, there was confusion about whether there was a change to the teaching of the Church on abortion.

– But you found these observations and remarks necessary and you do maintain them.

– Yes, I found them necessary because I think one can see how all through the pro-abortion circles, in countless articles, Mrs Frances Kissling, who called Fisichella’s article “an amazing shift in the Vatican’s strategy of no dissent from its position that direct abortion is never permitted”, and many others interpreted it as a complete change in the teaching of the Church which they welcome, by believing that now so-called “therapeutic abortion” is okay in the eyes of the Church. In my opinion this is not a wrong construal of the article of Mgr Fisichella (even though he indicates at the beginning of his article that the Church’s doctrine on abortion does not change). I certainly hope that Mgr Fisichella does not really maintain this position but his article certainly creates this impression both with the opponents and the adherents to abortion and therefore I thought it was very urgently necessary to speak on this, also in public. And I hope that the Church, with authority, will speak out.

You write that several people of the Pontifical Academy for Life have been speaking about this privately. Is the discussion going on, as far as you know?

– I feel it is not up to me to speak about the internal operations in the PAV, or of the members of the Academy, but I can say a number of members hoped that Mgr Fisichella would express himself, and that some of them wrote to him jointly, and others personally. Despite this there has been no public correction or change to this opinion he published. That much I can say, for the rest I wouldn’t like to give information to the press about the names or numbers of those who reacted.

– This whole affair was about communication. Was Mgr Cardoso Sobrinho right to speak about excommunication ? I think there are two points here : the point that in Western circles, it was assumed that the little girl was on the point of dying, which was not true. But if she had been, do you think it would be possible to say that excommunication would not intervene because of the fear of death on the part of the mother of the little girl?

– First of all, the archbishop of Recife made corrections, which I added to the text of my observations published on internet. He did not excommunicate this girl, the nine year-old who had an abortion. And he did not actually excommunicate the responsible people: he told them that they were excommunicated automatically. Mgr Fisichella mentions as much at the beginning of his article. It was not a direct excommunication of the people concerned but a public declaration of the archbishop, that all those involved in the abortion were excommunicated latae sententiae. This is what the Codex Juris canonici says, and I think also Evangelium Vitae. It was not a new excommunication or the excommunication of a nine year-old girl.

This girl was not actually in danger of dying, the abortion was not a life-saving act as it appeared in the article. It was simply an abortion on a nine year-old girl, who was abused sexually by her stepfather. It was very sad, no doubt, and from that point of view Mgr Fisichella was right to say that it was an extremely tragic case; but the archbishop of Recife was completely aware of that. Moreover, in point of fact he was not communicating poorly, but he was being a pastor and he was trying to do everything that could be imagined to show love and charity to this girl and also to her mother and father. Mgr Fisichella’s article creates the false impression that Mgr Cardoso Sobrinho neglected his pastoral duties in this case and instead of showing charity had only cruelly waved an excommunication flag against a nine year old.

If the little girl really had been in danger of dying those responsible persons who collaborated with it, would still incur excommunication; abortion, in the eyes of the Church, even to save some life, is not permitted. That would still fall under this sanction of excommunication. But apart from that, it wasn’t the case.

– No, it was not the case. I think it’s more a question of sensitivity of Western people who are not Catholic anymore, who do not understand what excommunication means. Would you agree with that?

– Yes, no doubt. I think there was a sort of hysteria about this excommunication, but the archbishop José Cardoso Sobrinho declared his conviction that in this particular situation, with the public discussion accompanying it, it seemed pastorally and out of charity necessary to state publicly that those who performed or collaborated in the abortions incurred excommunication. As we can see from what happened after the article of Mgr Fisichella, many people who are Catholics or who are seen as Catholics, seem to be claiming therapeutic abortions can be carried out; Mrs. Kissling even was President of an organization that is a contradiction in terms: “Catholics for choice” (pro freedom for abortion). In Canada, people, including an archbishop, came out quite openly on this, drawing the same conclusion from the Fisichella article. There was confusion and I think the archbishop Cardoso Sobrinho was correct to say that if one does not speak about that at all, the impression remains that it is not a heinous crime to kill unborn innocent children, because this idea has disappeared so widely from society. There are so many countries in which abortion is legal that I think he made a good point.

In my opinion that is the reason why the reaction to the archbishop’s declarations was nearly hysterical, as if he had done nothing to take care pastorally of the girl, and of the babies, as if he had spoken coldly and without further ado excommunicated all those involucrated in the abortion. I think the declaration of the diocese puts this in a very good perspective that is quite contrary to the wrong impression drawn from the Fisichella article.

– You used the word “charity”, which is very interesting. You said the archbishop of Recife had the charity to say the truth about this. I’d like you to go a bit further on this point: actually you’re saying the Church is charitable when it shows people that something is very wrong.

– If it is the truth that to kill the unborn is a great crime, if it is a serious thing and puts in peril the soul of all those who do abortions or who participate in abortion, then I think it is an act of charity to make people aware of this fact, and it is a lack of charity to be silent about the real nature of this crime. But the archbishop, together with a pastor, showed his charity not only in mentioning the excommunication but also in many, many efforts to save the lives of the children, and the health and spiritual well-being of the girl, in offering pastoral services to her and to the mother. His charity was not restricted to his declarations on the excommunication of the mother or the other persons involved.

But I do indeed think that he was also charitable in telling them that in the eyes of the Church, who teaches the truth opportune-importune, there are actions which separate those who commit them from the community of the Church and which also constitute enormously great dangers for their souls. Therefore I think it is certainly not charitable not to warn people of such a danger and to lull them in a feeling that they have done well or have just been saving a young girl’s life. This applies to any dangers. Telling someone that if he comes close to some danger he will die is an act of charity, not to tell him is a lack of charity: why should it not be charity to tell someone that through what he does he might lose his eternal life? Christ, who is God and hence Love (Charity) Itself, warns us a tremendous number of times of the danger of hell. I think the words of archbishop Sobrinho must be seen in that light.

Now of course in a society in which people have reached a more or less general consensus that there is no danger of peril to any soul, that there is no sin, or at least no mortal or grave sin, it must appear extremely old-fashioned, rude, and uncharitable to say such a thing, which it would be if sin and the threat of damnation are fairy-tales. But if these exist, there exists a “charitable excommunication” and to see any form of excommunication, even if preceded by ardent charity and spiritual pastoral care, as uncharitable would be a profound misconception.

– Are you afraid, in the light of what is happening, that the doctrine of the Church is really changing, or rather that it is not being proclaimed as it should be ?

– I am not afraid that the Church’s teaching on the absolute and unconditional wrongness of abortion and killing human embryos in any other form (by abortion pills, embryonic stem cell research, etc.) is changing, because as a Catholic I believe that the Church is guided by the Holy Spirit who will prevent that it ever declares false things on very important issues of morality or doctrine. Purely humanly speaking I would be extremely afraid because of this long silence from the Vatican on such an important and urgent issue, a silence which I find quite wrong, wherefore I hope it will end soon. But Gamaliel in the Acts of the Apostles gives an argument for the truth of the Church and the divine foundation of the Church, which I consider extremely strong and would like to call the “rascal proof of the Catholic Church”, which appears in cynical undertones also in one of Bocaccio’s stories in the Decamerone: Gamaliel says the Jews should not abuse or kill the apostles because if their work is purely human it will disappear in a generation, while if it is divine they would be fighting God in killing the apostles.

And indeed the teaching of the Church has not changed for two thousand years in spite of some horrible Popes, and with our present Pope and Pope John Paul II we have been blessed with wonderful Popes! In the past, some Popes were really terrible, but in spite of them and many corrupt and heretical bishops and cardinals during two thousand years of history and sometimes of exorbitant corruption, worldliness and heretical views in the Vatican, Church doctrine has not changed on any single essential point, and that is, I think, a miracle. Even the greatest philosophers, such as Plato, had their noblest cognitions denied in their own school within decades. How much more would a mere man-guided religion that teaches such immense mysteries fall apart and splinter into thousands of sects without the divine gift of infallibility and guidance through God? I believe in that miracle of the Catholic Church of which the Jew Gamaliel spoke, and I therefore – and solely of it being God’s work - do not think the Church will ever change its doctrine.

But it’s another thing for a bishop, who can easily err, or even for a Congregation for the Faith or a Pope, to declare sufficiently strongly a teaching of the Church. Pope John Paul II, the Great, did so magnificently in Evangelium Vitae regarding human life and abortion, and I hope that this will happen again, especially after this confusing article which makes a quick and unambiguous and public reiteration of this doctrine necessary. But of course there is no guarantee that at all times all bishops, or responsible cardinals, or even the Pope himself (let alone the Osservatore Romano, who lately not only published the Fisichella article in several languages after its errors about archbishop Sobrinho were already clearly known, but a series of other scandalous articles on life issues, for example some of at least implicitly critiquing of the 80 US bishops, who decried Notre Dame’s decision to give Obama, the most pro-abortion US President of all times, an honorary doctorate of law), will proclaim the teachings of the Church strongly enough. Saint Catherine of Sienna condemned this great evil of uncharitable silence in the Church of her time. My fear is that we ourselves, and the authorities of the Church, never proclaim the truth and a true Church teaching strongly enough, but I do think very strongly that one must do everything to express the desire and the hope that it will be done, and to pray for that intention.

– I’d like to put to you the point made by a French catholic journalist who was very angry about the gesture of Mons. Cardoso: he said all the people who were applauding the archbishop are part of a “vitalist” heresy which has an excessive respect for human biological life. How do you react to this sort of reasoning ?

– I think a “vitalist heresy” in the sense of overestimating or idolizing the value of earthly human life is an extremely low danger in the Church today. I think the real danger is rather the exact opposite: what Pope John Paul called the “culture of death” heresy. I don’t know exactly what this journalist means but if it is that he calls the insistence on the sublime dignity and morally binding character of the dignity of every human life from conception to death a heresy, that is a complete abuse of the term “heresy”. Especially given the fact that the Encyclical Evangelium vitae declares – dogmatically, because the Pope invokes the authority of Peter and his successors – very clearly, that human life from conception to death deserves full respect, with no exception, and that any direct killing of an innocent life is clearly a crime. So from that respect, I think any statement that relativizes this, like saying therapeutic abortion is acceptable, or that it is very unclear whether it is permitted or not, is actually a “culture of death” heresy in the light of that dogmatic declaration of Evangelium vitae.

You could of course speak of vitalist heresy in the case of environmentalists who argue that every form of life, even bacterial life, should not be killed. If we are speaking about an absolute right for every living organism, animals or plants, and we must all be vegetarians or only eat fruits, that could indeed be called a “vitalist heresy” – like making an uproar, with Brigitte Bardot, when sheep are slaughtered in Morocco for the muslims greatest religious feast.
But I think it would be a very shocking misuse of the word to call the full and unconditional respect for each human being’s life “heresy”. That no innocent human life must ever be taken is not only a natural ethical point of view or an objective ethical insight that Socrates could state even apart from the context of Revelation (when he refuses to kill the innocent Leon, even at the risk of his own life, being asked by the government to do so), but it is the clearly declared Church teaching, particularly in Evangelium vitae.

01 juin, 2009

Pour l'honneur d'un cardinal

Une polémique fait la une de la presse espagnole à propos du Cardinal Cañizares, nommé en décembre préfet de la Congrégation pour le culte divin. Celui-ci a commenté sur la chaîne espagnole Antena 3 le scandale des abus de multiples natures, sexuels et autres, subis avant 1980 par plusieurs milliers de garçons et de filles irlandais de la part de religieux dans des institutions caholiques, en ajoutant que l’Eglise demandait « pardon » pour ces horreurs, mais en ajoutant aussi qu’il n’y avait pas de commune mesure avec les millions de victimes de l’avortement.

Patrice de Plunkett y a trouvé une nouvelle cause de scandale. Sur son blog, il écrit ceci :


Commentaire - La douloureuse et courageuse attitude des évêques irlandais rend stupéfiante l'intervention du cardinal espagnol Cañizares citée par La Croix du 29 mai :
« Commentant ce scandale, Mgr Cañizares, nommé en décembre par le Vatican préfet de la Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des sacrements, a déclaré jeudi : “Ce qui a pu se passer dans un certain nombre de collèges n'est pas comparable avec les millions de vies détruites par l'avortement.”. »


L'avortement est une atrocité. Mais les sévices sur enfants (par des gens du clergé) sont une monstruosité, dont on sait les ravages quand on connaît un peu les Irlandais.... Prétendre estomper ceci en invoquant cela est un procédé honteux. Et si ce n'est pas un procédé, alors c'est d'une bêtise qui défie l'évaluation. De quoi se mêle le cardinal espagnol ? Depuis quand les abus sexuels relèvent-ils de sa congrégation ? Ne voit-il pas quel mauvais service il rend à la défense de la vie, en pratiquant un amalgame aussi intolérable ? Un concours de pataquès (dantesques) s'ouvre-t-il entre le
cardinal Cañizares et le cardinal Re, qui se rendit coupable d'une intrusion du
même genre dans l'affaire de Recife ?

J’avoue ne pas comprendre. Une fois de plus, c’est sur une citation incomplète et hors contexte que s’exprime l’indignation. Si l’on devait s’en tenir simplement à ce que La Croix rapporte, une transposition simple permettrait de comprendre que le propos n’est pas scandaleux. Imaginez en effet que le cardinal ait dit : « Ce qui a pu se passer dans un certain nombre de collèges n’est pas comparable avec les millions de vies détruites par la Shoah. » Je pense que personne ne pourrait contester cela, ce qui n’empêche évidemment pas de condamner la « monstruosité » des sévices sur enfants, surtout lorsque des religieux s’en sont rendus coupables.

Mais il faut aussi comprendre que l’Espagne est au sein d’une bataille terrible contre la libéralisation de l’avortement, une bataille dans laquelle l’épiscopat s’est lancée avec vigueur et courage, avec le soutien d’un prince de l’Eglise que d’aucuns ont appelé « le petit Ratzinger ». Que c’est une bataille d’aujourd’hui, et non un scandale du passé. Qu’aujourd’hui, l’avortement fait 42 millions de victimes dans le monde chaque année (chiffres du Guttmacher Institute, pro-avortement légal).

Le cardinal de Tolède, à la veille de quitter sa ville pour rejoindre la Ville éternelle, a maintenu son propos et l’a ré-expliqué au cours de l’émission En la Tarde con Cristina sur Cope.

« Simplement : je réprouve tous les abus commis sur les mineurs. Comment pourrais-je ne pas réprouver ce qui est intrinsèquement mauvais ? Comment ne pas réprouver le fait qu’il y ait des actes qui, en effet, constituent un abus de la dignité des petits avec toutes les conséquences que cela comporte ? Mais il faut aussi réprouver de façon absolument absolue cette chose intrinsèquement perverse qu’est l’avortement. Ce sont 40 millions d’êtres sans défense, faibles, fragiles qui sont légalement assassinés chaque année dans le monde. Cela est très grave (…). Oter la vie à quelqu’un, c’est plus grave que de lui causer des traumatismes. Cela ne justifie en rien, et je ne veux en rien justifier, tout ce qui relève des délits sur les mineurs. Ce sont des délits très graves, énormément graves. Mais le commandement “Tu ne tueras pas” est d’une absolue gravité et il faut le considérer comme tel.

« En ce moment où nous sommes en train de revendiquer une société nouvelle, une société en paix, une société libre, une société qui respecte les droits humains, si l’on ne respecte pas le droit à la vie, que respectons-nous ? Si nous ne respectons pas la dignité d’un être humain – je dis bien un être humain, pas un être vivant – qui grandit dans le sein de sa mère, et qu’on ne laisse pas naître, où est la plus grande violence ? (…)

« On souligne que ces petits qui ont été aussi brutalement traités, l’ont été contre leur volonté. Mais a-t-on tenu compte de l’avis de ces petits êtres humains qui sont dans le sein de leur mère, pour savoir s’ils décident de naître ou non ? Là, il n’y a que la décision de la mère ou la décision de ceux qui conduisent la mère à accepter cette réalité terrible qui est celle de l’avortement. »

Les propos du cardinal ( « pataquès dantesque », vraiment?) ont été condamnés d’abord et surtout par la gauche espagnole au pouvoir. Le ministre de la Santé et de la Politique sociale Trinidad Jiménez - elle préside notamment à la promotion du projet d’avortement qui « est un droit et qui sera gratuit pour pouvoir être exercé » (ici) - a qualifié les paroles du Cardinal d’« inappropriées et irresponsables » parce que les abus sexuels « commis normalement sur des mineurs contre leur volonté » les « affectent de manière terrible pour le restant de leurs jours ».

Reste que les législations occidentales prévoient des peines plus lourdes pour ceux qui ôtent la vie que pour ceux qui violent, même lorsque leurs victimes sont mineures. (En France, 20 ans de réclusion pour un viol sur mineur de 15 ans, contre 30 ans pour le meurtre.)

On peut écouter le cardinal Cañizares ici : .

 
[]