Peu à peu, les chiffres des premiers avortements légaux au Portugal depuis l'entrée en vigueur de la loi autorisant l'avortement à la demande, pendant les 10 premières semaines de gestation, s'affinent. Nous annoncions ici que les autorités sanitaires avouaient quelque 300 interventions déclarées pendant le premier mois de la loi. Des chiffres légèrement réactualisés et plus précis font état de 526 avortements jusqu'au 20 août, dont la moitié dans les grandes agglomérations de Lisbonne et de Porto, et d'ailleurs concentrées dans quelques cliniques privées, dont l'une espagnole, spécialisée dans les avortements, qui a ouvert les portes d'une filiale à Lisbonne quelques jours après l'entrée en vigueur de la loi. La raison ? On avance le nombre d'objecteurs de conscience dans les hôpitaux publics qui pousse les femmes vers quelques établissements plus accommodants.
526 en 35 jours, c'est toujours bien moins que les 1.600 avortements par mois annoncés par les autorités, notamment pour justifier la légalisation.
On nous explique que les établissements de santé ont jusqu'au 20 du mois pour déclarer les avortements du mois précédent, ce qui peut expliquer le déficit actuel (si l'on ose dire). Mais depuis le 20 de ce mois, aucun nouveau chiffre plus « définitif » n'a été publié.
Un journal brésilien assure par ailleurs que sur les 526 cas répertoriés, 79 concernaient des femmes étrangères.
28 août, 2007
27 août, 2007
Avortement "par erreur"...
Le salon beige rapporte un cas d'avortement sélectif raté en Italie :
L'enfant trisomique a été ensuite supprimé à son tour, rapporte Le salon beige, citant L'Osservatore romano.
Le médecin responsable de "l'erreur", Anna Maria Marconi, se défend aujourd'hui d'avoir négligé des solutions pour éviter la confusion entre les deux fœtus, comme le marquage du petit trisomique avec un colorant (et pourquoi pas une étoile jaune ?!) :
Langage ahurissant, si l'on considère que même en minimisant les risques, l'issue fatale était certaine pour l'un au moins des enfants à naître...
Source : ici.
A Milan, une mère de 38 ans enceinte de jumeaux a été victime d'un avortement sélectif raté : au lieu de supprimer l'enfant porteur d'"altérations chromosomiques", c'est l'enfant "sain" qui a été tué.
L'enfant trisomique a été ensuite supprimé à son tour, rapporte Le salon beige, citant L'Osservatore romano.
Le médecin responsable de "l'erreur", Anna Maria Marconi, se défend aujourd'hui d'avoir négligé des solutions pour éviter la confusion entre les deux fœtus, comme le marquage du petit trisomique avec un colorant (et pourquoi pas une étoile jaune ?!) :
“Lorsque l'on fait une amniocentèse, il y a un risque de 0,5 % de mettre fin à la grossesse. A 18 semaines - c'était le cas de cette patiente - s'il avait fallu entrer avec l'aiguille et faire un prélèvement de sang sur le fœtus, le risque de mortalité aurait été de 50 %. Une fois le fœtus malade isolé avec le maximum de certitude, il aurait fallu une fois de plus entrer dans le liquide amniotique pour y introduire le colorant qui aurait pu passer dans le placenta de l'enfant sain, et causer des dommages. Le lendemain, il aurait fallu de nouveau percer avec une aigille, prélever du liquide amniotique et vérifier la présence de couleur, puis procéder à l'avortement sélectif. Nous aurions eu ainsi : le 0,5 % de risque de l'amniocentèse, les 50 % du prélèvement sanguin, plus 3 % de risque lors de l'avortement sélectif de provoquer l'avortement des deux fœtus. Sans compter le risque impondérable d'infection à chaque nouvelle pénétration d'une aiguille.”
Langage ahurissant, si l'on considère que même en minimisant les risques, l'issue fatale était certaine pour l'un au moins des enfants à naître...
Source : ici.
"Amère Pilule"
Voilà encore une confirmation du jugement du Dr Ellen Grant sur la nocivité des contraceptifs oraux (voir son livre, Amère pilule): une étude menée sur 107 élèves officiers femmes à West Point, citée ici, indique que la pilule contraceptive provoque une perte de densité osseuse (tout comme les règles irrégulières).
L'étude confirme des expériences précédentes montrant que l'œstrogène contribue au développement et au maintien de la densité osseuse ; la prise de contraceptifs hormonaux entraîne une baisse de la production d'œstrogènes avec les effets pervers prévisibles.
Des recommandations officielles faisant état de ce risque ont déjà conduit un groupe de femmes utilisatrices de la pilule du lendemain Depo-Provera à engager un procès contre Pfizer, se plaignant d'avoir été elles-mêmes victimes d'importantes pertes de densité osseuse.
A quand une mise en garde du genre : "La pilule provoque l'ostéoporose" ?
L'étude confirme des expériences précédentes montrant que l'œstrogène contribue au développement et au maintien de la densité osseuse ; la prise de contraceptifs hormonaux entraîne une baisse de la production d'œstrogènes avec les effets pervers prévisibles.
Des recommandations officielles faisant état de ce risque ont déjà conduit un groupe de femmes utilisatrices de la pilule du lendemain Depo-Provera à engager un procès contre Pfizer, se plaignant d'avoir été elles-mêmes victimes d'importantes pertes de densité osseuse.
A quand une mise en garde du genre : "La pilule provoque l'ostéoporose" ?
25 août, 2007
"4 mois, 3 semaines, 2 jours" : ce que j'ai vu
Le film de Cristian Mungiu sur un avortement clandestin en Roumanie du temps de Ceausescu, primé par l’Education nationale avant de recevoir la Palme d’Or du Festival de Cannes, a de réelles qualités.
Mais un double scandale l’entoure en France.
Le ministre de l’Education, Xavier Darcos, ayant constaté que ce film « dur » risquait de « heurter la sensibilité » des adolescents, avait décidé de ne pas en autoriser la diffusion dans les collèges et les lycées. Sous la pression des syndicats enseignants et des associations partisanes de tout montrer à tous, il s’en était remis à la classification qui serait retenue par la commission de censure des œuvres cinématographiques.
On ne peut douter que c’est par idéologie que celle-ci a classé le film « tous publics », forçant ainsi la main au ministre. C’est là un scandale sans nom. Est-il possible de montrer à des enfants (même accompagnés d’adultes, comme le suggère la commission), une mère qui fait tuer son propre enfant à naître ? Les images, mais aussi le propos de ce film sont trop froids, trop crus, trop durs – et trop gynécologiques. Les pouvoirs publics font preuve ici (mais ce n’est pas nouveau) d’un infernal mépris de l’innocence.
A cela s’ajoute un deuxième scandale : celui de l’interprétation du message du film qui sera (elle l’est déjà) servie au pauvres jeunes, collégiens ou lycéens, qui verront ce film dans le cadre de l’Education nationale. Le plaidoyer pour l’avortement propre, précoce, légal, « droit des femmes », on le voit déjà venir. Du genre : « Tout sauf cette horreur. »
Ce message ne me paraît nullement conforme à l’esprit du film. Mais c’est celui qui sera livré par des militants à l’évidence incapables, pour beaucoup, de voir la réalité de ce qu’ils prônent. Il faudra faire campagne contre cela. Sans pour autant condamner le film, car son message est fondamentalement juste. Aurait-il choisi, sans cela, ce titre qui focalise l’attention sur l’âge de l’enfant à naître au jour où il est supprimé ?
Mais la Palme d’Or 2007 est un film paradoxalement et profondément pro-vie.
Voilà bien longtemps que les défenseurs des enfants à naître réclament la programmation télévisée à une heure de grande écoute, et l’exploitation pédagogique du documentaire Le Cri silencieux. Images choc, quoique pas très nettes, d’un avortement filmé par ultrasons… Ils ne l’ont jamais obtenue. Mais voici qu’arrive sur nos écrans de cinéma, mercredi prochain (le 29 août), le film roumain 4 mois, 3 semaines, 2 jours. Eh bien, malgré le tapage médiatique qui a entouré ce film sur un avortement clandestin dans la Roumanie de Ceausescu, malgré l’impression qu’on veut nous donner d’une œuvre profondément « pro-choix », il se pourrait bien que nous tenions là un outil inattendu et providentiel pour dire toute l’atroce vérité de l’avortement.
Pour dire vrai, j’étais allée, fin juillet, à une « pré-projection » pour la presse, avec des semelles de plomb. Je m’attendais à tout, de l’ennui profond à l’indignation devant un plaidoyer insupportable « pour en finir avec les avortements clandestins ». Mais certainement pas à une analyse aussi fine, aussi fouillée de la réalité physique de l’acte et en même temps de ses implications morales, psychologiques et relationnelles. De ce point de vue-là, il convient paradoxalement de saluer une œuvre majeure.
Plus j’y repense, d’ailleurs, plus je crois que le jeune réalisateur roumain, Cristian Mungiu, n’a pas volé sa Palme d’Or. Non point parce qu’il aurait fait un long métrage lourd, moralisateur, dont la principale qualité serait de correspondre à « notre » point de vue. (Encore que l’on puisse supposer que le jury a récompensé ce qu’il croyait être un plaidoyer pour l’avortement : n’oublions pas que la Palme a été remise à Mungiu par Jane Fonda, égérie des « droits des femmes »…) Mais parce qu’il s’agit d’un film filmé avec originalité, très personnel, et qui finit par vous hanter.
L’action se situe en 1987 dans une petite ville de province de Roumanie, grise et triste comme le communisme, alors que l’avortement est interdit depuis 1966. Le film est froid comme un reportage, laconique comme un rapport de police auquel on aurait ajouté une touche d’humanité en y faisant figurer quelques remarques des protagonistes qui vous déchirent le cœur.
Mais ce qui frappe, et frappe même de plus en plus avec le recul, c’est l’extraordinaire vérité du jeu des acteurs, si juste, si sobre qu’on les en oublie, que l’on croit avoir passé aux côtés d’êtres de chair et de sang les quelques heures où se noue et dénoue le drame. Une telle vraisemblance est sans aucun doute le fruit d’un travail acharné. D’écriture, d’abord, et de direction d’acteurs. Cristian Mungiu raconte à ce propos qu’il exigeait de ses acteurs une parfaite connaissance du texte, après quoi : « Je commence à supprimer des mots afin que le dialogue sonne le plus juste et le plus naturel possible. » Du coup, l’illusion de la réalité est parfaite. Et le message (voulu ? suggéré ? simple effet du hasard ? Chacun jugera !) passe forcément.
Ce naturel époustouflant est servi par une très grande maîtrise de tous les aspects du tournage. Dans les décors, les coloris, les mouvements de la caméra. Il n’y a pas de plans de coupe, seulement de longs plans séquences qui ont dû être fichtrement durs à filmer par moments, mais qui accentuent l’impression d’être toujours à quelques pas d’Ottilia, l’héroïne du film dont je vous parlerai plus avant.
Tous les tons du béton s’y conjuguent avec le délabrement et la totale absence de fantaisie des bâtiments fonctionnels. Même le ciel du jour d’hiver est couleur muraille, on s’épuise les yeux sur les meubles en formica et les ampoules nues et la décoration désespérante d’un hôtel figé dans les années cinquante. Tout est usé, rouillé, froid, pesant comme ce jour sans soleil où même quelques arbres sans feuilles semblent plus proches de la ferraille que de la nature, et où une jeune femme s’apprête à se débarrasser d’un passager encombrant : son tout-petit. Tout dans le film le dit : ici il n’y a plus d’espoir et pas de sortie.
C’est en observant cela qu’il faut songer au titre général que Cristian Mungiu a voulu donner au cycle de films qu’il compte réaliser autour de ses souvenirs de l’ère Ceausescu : Contes de l’âge d’or, dont 4 mois, 3 semaines, 2 jours est le premier volet. Pour comprendre qu’il ne dit pas toujours ce qu’il pense, même s’il semble ne montrer que ce qu’il voit.
Ici, c’est l’aventure amère d’une jeune étudiante, Gabita (Laura Vasiliu), enceinte de plus de mois qu’elle ne veut l’avouer, qui va avoir recours à un « avorteur du deuxième trimestre », Monsieur Bebe (Vlad Ivanov). Indécise, craintive, apeurée par sa grossesse et ses conséquences, elle aura recours à l’aide de l’amie dont elle partage la chambre au foyer étudiant, où règnent la promiscuité et les petits trafics indispensables à la survie en pays communiste. Ottilia (Anamaria Marinca), jeune fille volontaire et décidée, prend en main la détresse de son amie et organise tout. C’est elle, l’héroïne du film : elle qui se « sacrifie », diront les partisans de l’avortement légal, elle qui se détruit plutôt en participant pleinement à une entreprise de mort. Sur laquelle les deux jeunes femmes n’ont pas le luxe de s’offrir une réflexion morale : on percevait alors l’avortement comme un « acte de rébellion et de résistance contre le régime », assure le réalisateur.
Il en parle en connaissance de cause. En l’occurrence, Cristian Mungiu a voulu montrer un fait réel dont il avait été lui-même témoin à vingt ans : « L’histoire est née d’une expérience tellement personnelle qu’on ne la partage généralement pas avec les autres. » Etait-il l’ami, le frère, le proche de Gabita ou d’Ottilia ? Ou le père de l’enfant ? Quoi qu’il en soit, il conte une histoire réelle dont par la suite il devait se rendre compte qu’elle était arrivée, ainsi ou presque ainsi, à beaucoup d’autres, souvent avec des conséquences dramatiques. On parle de 500 000 femmes mortes au cours d’avortements clandestins pendant la période d’interdiction : 4 mois, 3 semaines, 2 jours parle, lui, d’une autre forme de mort, celle de la conscience.
A ce propos, précisons que la pénalisation de l’avortement dans la Roumanie de Ceausescu n’avait nullement pour motif la protection de la vie à naître. Purement nataliste, elle visait à augmenter le nombre de bras disponibles pour les travaux de la Roumanie communiste. Aussi ne prévoyait-elle pas d’aide pour les femmes enceintes, ni d’accueil digne pour les bébés : pensez aux orphelinats où végétaient les plus déshérités d’entre eux s’ils étaient abandonnés par leur mère. Tout le contraire d’une loi pour la vie : dans une société matérialiste, ils étaient officiellement considérés comme des choses utiles, ce qui permettait par ricochet d’envisager de les jeter comme des choses encombrantes…
Pour Ottilia et Gabita, cela passera par une journée d’horreur où elles vont être confrontées à tous les dégâts provoqués par le crime. On a beaucoup glosé sur les conditions sanitaires minables de l’acte perpétré dans une chambre d’hôtel et le sadisme de « Monsieur Bebe » qui se complaît à décrire avec une précision de boucher l’horreur de ce qu’il va accomplir. Faux : il annonce certes la procédure d’un avortement (par solution saline, semble-t-il) mais parle simplement de la « fausse couche » qui se produira. Il faudrait insister au contraire sur le « paiement en nature » exigé par l’avorteur, auquel Gabita et Ottilia vont se soumettre, horrifiées mais sans réaction, et qui n’a rien d’invraisemblable. La scène est filmée avec quelque discrétion, on ne constatera les viols qu’à travers la toilette que fera ensuite Ottilia, montrée, elle, de façon crue, et les sanglots « off » de Gabita.
La scène centrale du film, elle – on la reproche beaucoup à Mungiu parmi ceux qui ont cru voir dans son œuvre une apologie de l’avortement légal – est constituée par les longues secondes où la caméra s’attarde sur la découverte macabre du fœtus avorté gisant sur le sol de la salle de bains, où Gabita l’a abandonné après l’avoir expulsé, seule. Ottilia vient alors de retrouver son amie dans un état de prostration manifestement plus psychique que physique : elle voit, non pas une « abstraction grotesque de viscères empaquetés dans une serviette », comme le voudrait un critique du Monde, mais la tête et les épaules d’un poupon parfaitement formé, presque ravissant, tout blanc (même s’il porte quelques traces sanguinolentes). Un être humain, à l’évidence. Presqu’un joli bébé qui gît là, mort par sa faute et par celle de son amie. Cristian Mungiu a pris là quelques libertés, semble-t-il, par rapport à la réalité : si l’avortement a bien été fait par injection de solution saline, la peau de l’enfant devrait être brûlée, rougie, et son aspect repoussant. Le choix du réalisateur est juste, pourtant : il montre et souligne le choc affectif vécu par les deux jeunes femmes conscientes d’avoir tué. D’avoir tué un enfant que Gabita aurait pu chérir.
D’où sa question angoissée à Ottilia : « Tu l’enterreras ? » En trois mots, tout est dit.
Ottilia ne peut pas répondre, puisque l’avorteur lui a bien recommandé, pour que les chiens ne la retrouvent pas, d’aller jeter « la chose » dans le vide-ordures d’un immeuble à l’autre bout de la ville, de préférence du dixième étage.
Ainsi le film suggère, effleure ou étale avec insistance les nombreux aspects destructeurs de cet avortement… de tout avortement.
• L’absence de choix. Gabita ne semble pas envisager un seul instant de pouvoir garder l’enfant qu’elle porte. L’avortement qu’elle « demande » lui tombe dessus comme un rouleau compresseur. Face à sa détresse et à sa fragilité, il n’apparaît pas du tout (et quoi qu’on dise) comme un acte de liberté, mais comme la seule « solution ». C’est ainsi que les partisans de l’avortement légal le présentent en réalité aussi ; comme la seule option.
• L’absence de père, ou d’homme digne de ce nom. Seule Ottilia est là pour aider son amie, le père de l’enfant n’est même pas évoqué. Elle ira jusqu’à accepter l’humiliation suprême pour une femme pour que l’avortement ait lieu : d’où sa révolte face aux hommes.
• Le mépris exprimé par l’avorteur. M. Bebe, en exigeant des rapports sexuels à celles qui demandent l’élimination du fruit d’un acte sexuel, met en évidence une sorte de parenté entre les abus qu’il commet. L’invasion de l’intimité féminine qu’on lui demande lui donne une sorte de « droit de jouissance » sur celle-ci. Ce n’est pas par hasard si (aux Etats-Unis par exemple), des médecins gérant des cliniques d’avortement « tombent » relativement souvent pour abus sexuels sur leurs patientes, et il est vrai que ce risque est plus fréquent dans le cadre d’avortements clandestins. La réalité de la relation entre les deux formes de viol du corps de la femme n’en est pas moins vraie dans tous les cas.
• Le dégoût de soi et des autres. Pour Ottilia, il est manifeste après la scène du viol, et il s’accentuera encore dans ses rapports avec son petit ami à elle, qu’elle doit aller rejoindre pour la première fois dans sa famille alors que Gabita attend sa « fausse couche », enfermée dans sa chambre d’hôtel. Scène d’anthologie, où se confrontent tout le vide d’une société sans références morales où l’essentiel est de survivre le plus confortablement possible, à n’importe quel prix, et la souffrance que l’on ne peut pas dire. Pour Gabita, ce dégoût viendra après…
• La rupture de l’amitié. Ottilia, qui a tout donné, jusqu’à l’excès, finira par tout reprocher à Gabita : ses mensonges, son refus de se prendre en main, son irresponsabilité. Simplement forte et décidée au début du film, Ottilia deviendra au fil des images de plus en plus dure pour essayer de se débarrasser du sentiment de culpabilité et de dégoût qui grandit lentement en elle au fur et à mesure qu’elle prend conscience de l’horreur de ce qu’elles ont fait et subi.
• La rupture des relations amoureuses dans ce qu’elles peuvent avoir de plus noble. Ottilia, avant même d’avoir eu sous les yeux l’enfant de Gabita, demande à son petit ami ce qu’il ferait si elle tombait elle-même enceinte de lui. Ce fils de médecins profiteurs finit par répondre, joliment : « Je t’épouserais. » Brisée par ce qu’elle a vécu et par ce qu’elle doit encore accomplir par la faute d’un autre homme, incapable désormais de confiance, Ottilia s’en va, en colère…
• Le remords trop lourd à porter. Il éclate avec une grande violence visuelle et psychologique dans la dernière scène du film où Ottilia, s’étant débarrassée de l’enfant avorté, retrouve Gabita dans le restaurant de l’hôtel. Scène macabre et grotesque où la jeune femme se voit apporter un plat de fête pris sur le menu du mariage « nouveau riche » qui se déroule à côté : des viscères cuites, de la cervelle panée qui pour le coup, par une sorte d’effet de miroir très calculé, évoquent irrésistiblement le sort du tout-petit qui vient de mourir. Gabita chavire, puis demande : « Tu l’as bien enterré ? » Ottilia répond, avec une sorte de fureur retenue : « Désormais, nous ne parlerons plus jamais de tout cela. Il n’en sera plus question. Plus jamais. » Et un écran noir occulte brusquement la scène. FIN. Parce qu’il n’y a pas de pardon possible dans ce pays d’où Dieu a été aussi chassé…
Cristian Mungiu n’a peut-être pas voulu faire un film contre l’avortement. Mais ce qu’il dénonce au bout du compte, ce n’est pas d’abord l’absence de liberté des femmes, mais les ravages d’un régime qui étouffe la conscience morale, et peut-être pour longtemps. Pourquoi, sinon, se donnerait-il la peine de préciser dans le dossier de presse de son film qu’en Roumanie, après le rétablissement de la légalité de l’avortement, « pendant des années, près d’un million d’avortements par an ont été pratiqués, ce qui représentait le chiffre le plus élevé en Europe » ? Et il conclut : « Aujourd’hui, l’avortement est encore utilisé comme un moyen de contraception – plus de 300 000 cas sont recensés chaque année. » Difficile d’y voir, après avoir regardé 4 mois, 3 semaines, 2 jours, un bien ou une preuve de liberté…
JEANNE SMITS
Article extrait du n° 6407 de Présent
du Samedi 25 août 2007
Mais un double scandale l’entoure en France.
Le ministre de l’Education, Xavier Darcos, ayant constaté que ce film « dur » risquait de « heurter la sensibilité » des adolescents, avait décidé de ne pas en autoriser la diffusion dans les collèges et les lycées. Sous la pression des syndicats enseignants et des associations partisanes de tout montrer à tous, il s’en était remis à la classification qui serait retenue par la commission de censure des œuvres cinématographiques.
On ne peut douter que c’est par idéologie que celle-ci a classé le film « tous publics », forçant ainsi la main au ministre. C’est là un scandale sans nom. Est-il possible de montrer à des enfants (même accompagnés d’adultes, comme le suggère la commission), une mère qui fait tuer son propre enfant à naître ? Les images, mais aussi le propos de ce film sont trop froids, trop crus, trop durs – et trop gynécologiques. Les pouvoirs publics font preuve ici (mais ce n’est pas nouveau) d’un infernal mépris de l’innocence.
A cela s’ajoute un deuxième scandale : celui de l’interprétation du message du film qui sera (elle l’est déjà) servie au pauvres jeunes, collégiens ou lycéens, qui verront ce film dans le cadre de l’Education nationale. Le plaidoyer pour l’avortement propre, précoce, légal, « droit des femmes », on le voit déjà venir. Du genre : « Tout sauf cette horreur. »
Ce message ne me paraît nullement conforme à l’esprit du film. Mais c’est celui qui sera livré par des militants à l’évidence incapables, pour beaucoup, de voir la réalité de ce qu’ils prônent. Il faudra faire campagne contre cela. Sans pour autant condamner le film, car son message est fondamentalement juste. Aurait-il choisi, sans cela, ce titre qui focalise l’attention sur l’âge de l’enfant à naître au jour où il est supprimé ?
Mais la Palme d’Or 2007 est un film paradoxalement et profondément pro-vie.
Voilà bien longtemps que les défenseurs des enfants à naître réclament la programmation télévisée à une heure de grande écoute, et l’exploitation pédagogique du documentaire Le Cri silencieux. Images choc, quoique pas très nettes, d’un avortement filmé par ultrasons… Ils ne l’ont jamais obtenue. Mais voici qu’arrive sur nos écrans de cinéma, mercredi prochain (le 29 août), le film roumain 4 mois, 3 semaines, 2 jours. Eh bien, malgré le tapage médiatique qui a entouré ce film sur un avortement clandestin dans la Roumanie de Ceausescu, malgré l’impression qu’on veut nous donner d’une œuvre profondément « pro-choix », il se pourrait bien que nous tenions là un outil inattendu et providentiel pour dire toute l’atroce vérité de l’avortement.
Pour dire vrai, j’étais allée, fin juillet, à une « pré-projection » pour la presse, avec des semelles de plomb. Je m’attendais à tout, de l’ennui profond à l’indignation devant un plaidoyer insupportable « pour en finir avec les avortements clandestins ». Mais certainement pas à une analyse aussi fine, aussi fouillée de la réalité physique de l’acte et en même temps de ses implications morales, psychologiques et relationnelles. De ce point de vue-là, il convient paradoxalement de saluer une œuvre majeure.
Plus j’y repense, d’ailleurs, plus je crois que le jeune réalisateur roumain, Cristian Mungiu, n’a pas volé sa Palme d’Or. Non point parce qu’il aurait fait un long métrage lourd, moralisateur, dont la principale qualité serait de correspondre à « notre » point de vue. (Encore que l’on puisse supposer que le jury a récompensé ce qu’il croyait être un plaidoyer pour l’avortement : n’oublions pas que la Palme a été remise à Mungiu par Jane Fonda, égérie des « droits des femmes »…) Mais parce qu’il s’agit d’un film filmé avec originalité, très personnel, et qui finit par vous hanter.
L’action se situe en 1987 dans une petite ville de province de Roumanie, grise et triste comme le communisme, alors que l’avortement est interdit depuis 1966. Le film est froid comme un reportage, laconique comme un rapport de police auquel on aurait ajouté une touche d’humanité en y faisant figurer quelques remarques des protagonistes qui vous déchirent le cœur.
Mais ce qui frappe, et frappe même de plus en plus avec le recul, c’est l’extraordinaire vérité du jeu des acteurs, si juste, si sobre qu’on les en oublie, que l’on croit avoir passé aux côtés d’êtres de chair et de sang les quelques heures où se noue et dénoue le drame. Une telle vraisemblance est sans aucun doute le fruit d’un travail acharné. D’écriture, d’abord, et de direction d’acteurs. Cristian Mungiu raconte à ce propos qu’il exigeait de ses acteurs une parfaite connaissance du texte, après quoi : « Je commence à supprimer des mots afin que le dialogue sonne le plus juste et le plus naturel possible. » Du coup, l’illusion de la réalité est parfaite. Et le message (voulu ? suggéré ? simple effet du hasard ? Chacun jugera !) passe forcément.
Ce naturel époustouflant est servi par une très grande maîtrise de tous les aspects du tournage. Dans les décors, les coloris, les mouvements de la caméra. Il n’y a pas de plans de coupe, seulement de longs plans séquences qui ont dû être fichtrement durs à filmer par moments, mais qui accentuent l’impression d’être toujours à quelques pas d’Ottilia, l’héroïne du film dont je vous parlerai plus avant.
Tous les tons du béton s’y conjuguent avec le délabrement et la totale absence de fantaisie des bâtiments fonctionnels. Même le ciel du jour d’hiver est couleur muraille, on s’épuise les yeux sur les meubles en formica et les ampoules nues et la décoration désespérante d’un hôtel figé dans les années cinquante. Tout est usé, rouillé, froid, pesant comme ce jour sans soleil où même quelques arbres sans feuilles semblent plus proches de la ferraille que de la nature, et où une jeune femme s’apprête à se débarrasser d’un passager encombrant : son tout-petit. Tout dans le film le dit : ici il n’y a plus d’espoir et pas de sortie.
C’est en observant cela qu’il faut songer au titre général que Cristian Mungiu a voulu donner au cycle de films qu’il compte réaliser autour de ses souvenirs de l’ère Ceausescu : Contes de l’âge d’or, dont 4 mois, 3 semaines, 2 jours est le premier volet. Pour comprendre qu’il ne dit pas toujours ce qu’il pense, même s’il semble ne montrer que ce qu’il voit.
Ici, c’est l’aventure amère d’une jeune étudiante, Gabita (Laura Vasiliu), enceinte de plus de mois qu’elle ne veut l’avouer, qui va avoir recours à un « avorteur du deuxième trimestre », Monsieur Bebe (Vlad Ivanov). Indécise, craintive, apeurée par sa grossesse et ses conséquences, elle aura recours à l’aide de l’amie dont elle partage la chambre au foyer étudiant, où règnent la promiscuité et les petits trafics indispensables à la survie en pays communiste. Ottilia (Anamaria Marinca), jeune fille volontaire et décidée, prend en main la détresse de son amie et organise tout. C’est elle, l’héroïne du film : elle qui se « sacrifie », diront les partisans de l’avortement légal, elle qui se détruit plutôt en participant pleinement à une entreprise de mort. Sur laquelle les deux jeunes femmes n’ont pas le luxe de s’offrir une réflexion morale : on percevait alors l’avortement comme un « acte de rébellion et de résistance contre le régime », assure le réalisateur.
Il en parle en connaissance de cause. En l’occurrence, Cristian Mungiu a voulu montrer un fait réel dont il avait été lui-même témoin à vingt ans : « L’histoire est née d’une expérience tellement personnelle qu’on ne la partage généralement pas avec les autres. » Etait-il l’ami, le frère, le proche de Gabita ou d’Ottilia ? Ou le père de l’enfant ? Quoi qu’il en soit, il conte une histoire réelle dont par la suite il devait se rendre compte qu’elle était arrivée, ainsi ou presque ainsi, à beaucoup d’autres, souvent avec des conséquences dramatiques. On parle de 500 000 femmes mortes au cours d’avortements clandestins pendant la période d’interdiction : 4 mois, 3 semaines, 2 jours parle, lui, d’une autre forme de mort, celle de la conscience.
A ce propos, précisons que la pénalisation de l’avortement dans la Roumanie de Ceausescu n’avait nullement pour motif la protection de la vie à naître. Purement nataliste, elle visait à augmenter le nombre de bras disponibles pour les travaux de la Roumanie communiste. Aussi ne prévoyait-elle pas d’aide pour les femmes enceintes, ni d’accueil digne pour les bébés : pensez aux orphelinats où végétaient les plus déshérités d’entre eux s’ils étaient abandonnés par leur mère. Tout le contraire d’une loi pour la vie : dans une société matérialiste, ils étaient officiellement considérés comme des choses utiles, ce qui permettait par ricochet d’envisager de les jeter comme des choses encombrantes…
Pour Ottilia et Gabita, cela passera par une journée d’horreur où elles vont être confrontées à tous les dégâts provoqués par le crime. On a beaucoup glosé sur les conditions sanitaires minables de l’acte perpétré dans une chambre d’hôtel et le sadisme de « Monsieur Bebe » qui se complaît à décrire avec une précision de boucher l’horreur de ce qu’il va accomplir. Faux : il annonce certes la procédure d’un avortement (par solution saline, semble-t-il) mais parle simplement de la « fausse couche » qui se produira. Il faudrait insister au contraire sur le « paiement en nature » exigé par l’avorteur, auquel Gabita et Ottilia vont se soumettre, horrifiées mais sans réaction, et qui n’a rien d’invraisemblable. La scène est filmée avec quelque discrétion, on ne constatera les viols qu’à travers la toilette que fera ensuite Ottilia, montrée, elle, de façon crue, et les sanglots « off » de Gabita.
La scène centrale du film, elle – on la reproche beaucoup à Mungiu parmi ceux qui ont cru voir dans son œuvre une apologie de l’avortement légal – est constituée par les longues secondes où la caméra s’attarde sur la découverte macabre du fœtus avorté gisant sur le sol de la salle de bains, où Gabita l’a abandonné après l’avoir expulsé, seule. Ottilia vient alors de retrouver son amie dans un état de prostration manifestement plus psychique que physique : elle voit, non pas une « abstraction grotesque de viscères empaquetés dans une serviette », comme le voudrait un critique du Monde, mais la tête et les épaules d’un poupon parfaitement formé, presque ravissant, tout blanc (même s’il porte quelques traces sanguinolentes). Un être humain, à l’évidence. Presqu’un joli bébé qui gît là, mort par sa faute et par celle de son amie. Cristian Mungiu a pris là quelques libertés, semble-t-il, par rapport à la réalité : si l’avortement a bien été fait par injection de solution saline, la peau de l’enfant devrait être brûlée, rougie, et son aspect repoussant. Le choix du réalisateur est juste, pourtant : il montre et souligne le choc affectif vécu par les deux jeunes femmes conscientes d’avoir tué. D’avoir tué un enfant que Gabita aurait pu chérir.
D’où sa question angoissée à Ottilia : « Tu l’enterreras ? » En trois mots, tout est dit.
Ottilia ne peut pas répondre, puisque l’avorteur lui a bien recommandé, pour que les chiens ne la retrouvent pas, d’aller jeter « la chose » dans le vide-ordures d’un immeuble à l’autre bout de la ville, de préférence du dixième étage.
Ainsi le film suggère, effleure ou étale avec insistance les nombreux aspects destructeurs de cet avortement… de tout avortement.
• L’absence de choix. Gabita ne semble pas envisager un seul instant de pouvoir garder l’enfant qu’elle porte. L’avortement qu’elle « demande » lui tombe dessus comme un rouleau compresseur. Face à sa détresse et à sa fragilité, il n’apparaît pas du tout (et quoi qu’on dise) comme un acte de liberté, mais comme la seule « solution ». C’est ainsi que les partisans de l’avortement légal le présentent en réalité aussi ; comme la seule option.
• L’absence de père, ou d’homme digne de ce nom. Seule Ottilia est là pour aider son amie, le père de l’enfant n’est même pas évoqué. Elle ira jusqu’à accepter l’humiliation suprême pour une femme pour que l’avortement ait lieu : d’où sa révolte face aux hommes.
• Le mépris exprimé par l’avorteur. M. Bebe, en exigeant des rapports sexuels à celles qui demandent l’élimination du fruit d’un acte sexuel, met en évidence une sorte de parenté entre les abus qu’il commet. L’invasion de l’intimité féminine qu’on lui demande lui donne une sorte de « droit de jouissance » sur celle-ci. Ce n’est pas par hasard si (aux Etats-Unis par exemple), des médecins gérant des cliniques d’avortement « tombent » relativement souvent pour abus sexuels sur leurs patientes, et il est vrai que ce risque est plus fréquent dans le cadre d’avortements clandestins. La réalité de la relation entre les deux formes de viol du corps de la femme n’en est pas moins vraie dans tous les cas.
• Le dégoût de soi et des autres. Pour Ottilia, il est manifeste après la scène du viol, et il s’accentuera encore dans ses rapports avec son petit ami à elle, qu’elle doit aller rejoindre pour la première fois dans sa famille alors que Gabita attend sa « fausse couche », enfermée dans sa chambre d’hôtel. Scène d’anthologie, où se confrontent tout le vide d’une société sans références morales où l’essentiel est de survivre le plus confortablement possible, à n’importe quel prix, et la souffrance que l’on ne peut pas dire. Pour Gabita, ce dégoût viendra après…
• La rupture de l’amitié. Ottilia, qui a tout donné, jusqu’à l’excès, finira par tout reprocher à Gabita : ses mensonges, son refus de se prendre en main, son irresponsabilité. Simplement forte et décidée au début du film, Ottilia deviendra au fil des images de plus en plus dure pour essayer de se débarrasser du sentiment de culpabilité et de dégoût qui grandit lentement en elle au fur et à mesure qu’elle prend conscience de l’horreur de ce qu’elles ont fait et subi.
• La rupture des relations amoureuses dans ce qu’elles peuvent avoir de plus noble. Ottilia, avant même d’avoir eu sous les yeux l’enfant de Gabita, demande à son petit ami ce qu’il ferait si elle tombait elle-même enceinte de lui. Ce fils de médecins profiteurs finit par répondre, joliment : « Je t’épouserais. » Brisée par ce qu’elle a vécu et par ce qu’elle doit encore accomplir par la faute d’un autre homme, incapable désormais de confiance, Ottilia s’en va, en colère…
• Le remords trop lourd à porter. Il éclate avec une grande violence visuelle et psychologique dans la dernière scène du film où Ottilia, s’étant débarrassée de l’enfant avorté, retrouve Gabita dans le restaurant de l’hôtel. Scène macabre et grotesque où la jeune femme se voit apporter un plat de fête pris sur le menu du mariage « nouveau riche » qui se déroule à côté : des viscères cuites, de la cervelle panée qui pour le coup, par une sorte d’effet de miroir très calculé, évoquent irrésistiblement le sort du tout-petit qui vient de mourir. Gabita chavire, puis demande : « Tu l’as bien enterré ? » Ottilia répond, avec une sorte de fureur retenue : « Désormais, nous ne parlerons plus jamais de tout cela. Il n’en sera plus question. Plus jamais. » Et un écran noir occulte brusquement la scène. FIN. Parce qu’il n’y a pas de pardon possible dans ce pays d’où Dieu a été aussi chassé…
Cristian Mungiu n’a peut-être pas voulu faire un film contre l’avortement. Mais ce qu’il dénonce au bout du compte, ce n’est pas d’abord l’absence de liberté des femmes, mais les ravages d’un régime qui étouffe la conscience morale, et peut-être pour longtemps. Pourquoi, sinon, se donnerait-il la peine de préciser dans le dossier de presse de son film qu’en Roumanie, après le rétablissement de la légalité de l’avortement, « pendant des années, près d’un million d’avortements par an ont été pratiqués, ce qui représentait le chiffre le plus élevé en Europe » ? Et il conclut : « Aujourd’hui, l’avortement est encore utilisé comme un moyen de contraception – plus de 300 000 cas sont recensés chaque année. » Difficile d’y voir, après avoir regardé 4 mois, 3 semaines, 2 jours, un bien ou une preuve de liberté…
JEANNE SMITS
Article extrait du n° 6407 de Présent
du Samedi 25 août 2007
20 août, 2007
Publicité

Il paraît que la publicité ci-contre est « comique », mais ce ne sont pas seulement les défenseurs de la vie qui la trouvent tout simplement de mauvais goût. L'entreprise new-yorkaise Manhattan Mini Storage (loueur de boxes dans cette ville où l'espace vital est compté) a choisi de faire la promotion de son produit avec la photo d'un cintre barrée des mots :
« Votre espace de rangement rétrécit aussi vite que son droit de choisir. »
La première association à réagir aura été la Catholic League, organisation de défense des catholiques face aux messages faux, diffamatoires ou injurieux véhiculés par les médias. Elle s'interroge sur le besoin qu'éprouve l'entreprise d'afficher ses options sur l'avortement d'une façon aussi « vile ».
Manhattan Mini Storage s'est toujours distingué par ses publicités gauchisantes, certes dans une ville qui vote démocrate à 75 %. Au point de ne pas craindre de s'aliéner une partie de sa clientèle potentielle dans un pays où le boycott est légal.
Explosion du nombre d'avortements en Espagne
L'Institut espagnol de politique familiale (IPF), présidé par eduardo Hertfelder, vient de dénoncer le nombre sans cesse croissant des avortements légaux en Espagne. Leur nombre a presque doublé entre 1996 et 2006, atteignant cette année-là les 97.000 interventions : si cette tendance se maintient, une grossesse sur cinq se terminera par un avortement en 2010, soit 125.000 par an, le chiffre de 100.000 devant être largement dépassé cette année. L'avortement est d'ores et déjà devenu la première cause de mortalité en Espagne : une moyenne de 266 tout-petits y sont supprimés chaque jour. Le nombre de victimes depuis la légalisation en 1985 dépasse 1.100.000.
Ces statistiques viennent démentir une nouvelle fois l'affirmation selon laquelle la légalisation de l'avortement, couplée avec une meilleure « éducation sexuelle » comprenant une promotion de la contraception, permet de réduire le nombre d'opérations.
M. Hertfelder souligne par ailleurs que les autorités sanitaires se refusent à opérer une distinction entre les avortements pratiqués en raison d'un risque pour la santé physique de la mère et ceux répondant à un risque pour la santé psychique : ces derniers représentent pourtant la quasi-totalité des interventions, soit 96,7 %.
Rien de plus subjectif, pourtant, que ce critère-là qui en pratique permet bien souvent l'avortement à la demande que la loi espagnole est censée interdire.
L'IPF demande que l'on apporte enfin des solutions nouvelles pour une « politique de prévention », pour permettre de valoriser la natalaité, la maternité et leur venir en aide publiquement : il insiste sur la nécessité de créer des mesures de soutien pour les femmes enceintes et de mettre en place une politique d'information à leur intention.
Rappelons qu'en France, le nombre d'avortements légaux atteint chaque année à peu près le tiers des naissances.
Source : ici
Ces statistiques viennent démentir une nouvelle fois l'affirmation selon laquelle la légalisation de l'avortement, couplée avec une meilleure « éducation sexuelle » comprenant une promotion de la contraception, permet de réduire le nombre d'opérations.
M. Hertfelder souligne par ailleurs que les autorités sanitaires se refusent à opérer une distinction entre les avortements pratiqués en raison d'un risque pour la santé physique de la mère et ceux répondant à un risque pour la santé psychique : ces derniers représentent pourtant la quasi-totalité des interventions, soit 96,7 %.
Rien de plus subjectif, pourtant, que ce critère-là qui en pratique permet bien souvent l'avortement à la demande que la loi espagnole est censée interdire.
L'IPF demande que l'on apporte enfin des solutions nouvelles pour une « politique de prévention », pour permettre de valoriser la natalaité, la maternité et leur venir en aide publiquement : il insiste sur la nécessité de créer des mesures de soutien pour les femmes enceintes et de mettre en place une politique d'information à leur intention.
Rappelons qu'en France, le nombre d'avortements légaux atteint chaque année à peu près le tiers des naissances.
Source : ici
Premiers avortements légaux au Portugal
Un mois après l'entrée en vigueur de l'avortement légal à la demande pendant les 10 premières semaines de grossesse, le 17 juillet dernier, la Direction générale de la santé (DGS) a publié le nombre d'interventions qui lui ont été signalées selon les dispositions de la loi. Soit un peu plus de 300 avortements : autant de morts à déplorer mais le chiffre beaucoup plus petit que prévu.
Incapable d'expliquer ce chiffre, le coordonnateur de la commission pour la « santé reproductive », Jorge Branco, qui est également le directeur d'une maternité à Lisbonne, a avancé l'idée que la période de vacances a pu causer des retards de déclarations, celles-ci étant pourtant indispensables pour que les hôpitaux et autres centres d'interventions puissent obtenir le paiement des avortements effectués. Cette mesure avait été introduite précisément pour éviter un phénomène de sous-déclaration, habituel au Portugal pour certaines maladies dont la déclaration à l'autorité centrale est théoriquement obligatoire.
Jorge Branco assure que dans la seule maternité qu'il dirige, plus de 100 femmes ont subi un avortement pendant le premier mois de la loi. Tout sera plus clair en septembre, a-t-il déclaré.
Le gouvernement portugais tablait sur quelque 20 à 25.000 avortements annuels, comparables aux « 20.000 » avortements clandestins annuels annoncés notamment par le Planning familial portugais. Chiffres utilisés au demeurant pour « justifier » la légalisation de l'avortement à la demande.
Si l'on part sur une base de 300 interventions par mois, soit 3.600 par an, on arrive à 5 ou 6 fois moins d'avortements que prévu (ce que Jorge Branco présente comme « moins du tiers » : ce n'est pas faux mais il aurait été plus honnête de parler du cinquième ou du sixième !).
Il s'agit donc de surveiller les chiffres des mois à venir. Peut-être viendront-ils confirmer à quel point le nombre des avortements clandestins est scandaleusement sur-évalué dans les pays « cibles » d'une légalisation.
Incapable d'expliquer ce chiffre, le coordonnateur de la commission pour la « santé reproductive », Jorge Branco, qui est également le directeur d'une maternité à Lisbonne, a avancé l'idée que la période de vacances a pu causer des retards de déclarations, celles-ci étant pourtant indispensables pour que les hôpitaux et autres centres d'interventions puissent obtenir le paiement des avortements effectués. Cette mesure avait été introduite précisément pour éviter un phénomène de sous-déclaration, habituel au Portugal pour certaines maladies dont la déclaration à l'autorité centrale est théoriquement obligatoire.
Jorge Branco assure que dans la seule maternité qu'il dirige, plus de 100 femmes ont subi un avortement pendant le premier mois de la loi. Tout sera plus clair en septembre, a-t-il déclaré.
Le gouvernement portugais tablait sur quelque 20 à 25.000 avortements annuels, comparables aux « 20.000 » avortements clandestins annuels annoncés notamment par le Planning familial portugais. Chiffres utilisés au demeurant pour « justifier » la légalisation de l'avortement à la demande.
Si l'on part sur une base de 300 interventions par mois, soit 3.600 par an, on arrive à 5 ou 6 fois moins d'avortements que prévu (ce que Jorge Branco présente comme « moins du tiers » : ce n'est pas faux mais il aurait été plus honnête de parler du cinquième ou du sixième !).
Il s'agit donc de surveiller les chiffres des mois à venir. Peut-être viendront-ils confirmer à quel point le nombre des avortements clandestins est scandaleusement sur-évalué dans les pays « cibles » d'une légalisation.
02 août, 2007
La procréation artificielle toujours plus artificielle
Un article publié le 26 juillet par le New Scientist évoque les travaux de chercheurs japonais de l'Université de Tokyo qui sont en train de créer un microprocesseur microfluidique pour faciliter la première étape de la fécondation artificielle.
Il s'agit d'automatiser le processus afin que les embryons obtenus in vitro ne soient plus abîmés par le liquide de culture qu'on utilise aujourd'hui, et qui les rend moins résistants que les embryons conçus naturellement, in vivo. L'équipe de Teruo Fujii a construit un « laboratoire sur un microprocesseur » de 2x2x0,5 mm où 20 œufs peuvent être fécondés et croître jusqu'à la phase d'implantation, dans un environnement où se développent également des cellules d'endomètre.
Les expériences menées sur des souris montrent un meilleur taux de développement d'embryons et un meilleur taux de développement des embryons obtenus, une fois implantés.
En attendant des expériences sur des embryons humains plus tard cette année, les chercheurs ont fait observer que l'automatisation réalisée, ajoutée à l'automatisation du traitement des ovules et du sperme en vue de la fécondation, actuellement à l'étude, permettra des applications comme l'obtention d'animaux génétiquement modifiés, de cellules souches et de clones.
C'est en tout cas un premier pas vers l'obtention de l'utérus artificiel.
Il s'agit d'automatiser le processus afin que les embryons obtenus in vitro ne soient plus abîmés par le liquide de culture qu'on utilise aujourd'hui, et qui les rend moins résistants que les embryons conçus naturellement, in vivo. L'équipe de Teruo Fujii a construit un « laboratoire sur un microprocesseur » de 2x2x0,5 mm où 20 œufs peuvent être fécondés et croître jusqu'à la phase d'implantation, dans un environnement où se développent également des cellules d'endomètre.
Les expériences menées sur des souris montrent un meilleur taux de développement d'embryons et un meilleur taux de développement des embryons obtenus, une fois implantés.
En attendant des expériences sur des embryons humains plus tard cette année, les chercheurs ont fait observer que l'automatisation réalisée, ajoutée à l'automatisation du traitement des ovules et du sperme en vue de la fécondation, actuellement à l'étude, permettra des applications comme l'obtention d'animaux génétiquement modifiés, de cellules souches et de clones.
C'est en tout cas un premier pas vers l'obtention de l'utérus artificiel.
Récolte d'organes : un médecin trop impatient...
Pour la première fois aux Etats-Unis, une procédure a été ouverte lundi par le tribunal de San Luis Obispo County, en Califorie, contre un médecin accusé d'avoir hâté la mort d'un patient pour pouvoir récolter ses organes. Le Dr Hootan Roozrokh, exerçant à San Francisco, qui avait en l'occurrence “soigné” un homme handicapé âge de 25 ans, travaillait aussi avec un groupe qui se chargeait de la récolte et de la transplantation d'organes. Il encourt 8 ans de prison.
Le patient, Ruben Navarro, handicapé mental et physique de naissance, avait été placé sous assistance respiratoire le 29 janvier, car il souffrait d'un désordre métabolique rare, mais, semble-t-il, pas forcément mortel. Sollicitée par le Dr Roozrokh, sa mère, Rosa Navarro, ignorant la spécialité dudit médecin, consentait au don d'organes au nom de son fils. Le 3 février, sans l'accord de Rosa Navarro, on lui ôtait le respirateur, pour lui administrer dans la foulée 200 mg de morphines et 80 mg d'un sédatif : des doses largement supérieures à la normale, selon les termes de la poursuite.
La mort n'intervenant pas dans la demi-heure, le délai maximal pour procéder au prélèvement des organes, le jeune homme fut laissé à son sort ; il devait décéder 9 heures plus tard.
Le Dr Roozrokh devra répondre de l'administration des sédatifs, mais aussi du non-respect d'une loi californienne qui interdit aux médecins transplanteurs de soigner eux-mêmes les patients donneurs avant leur mort.
Sources : ici et BioEdge.
Le patient, Ruben Navarro, handicapé mental et physique de naissance, avait été placé sous assistance respiratoire le 29 janvier, car il souffrait d'un désordre métabolique rare, mais, semble-t-il, pas forcément mortel. Sollicitée par le Dr Roozrokh, sa mère, Rosa Navarro, ignorant la spécialité dudit médecin, consentait au don d'organes au nom de son fils. Le 3 février, sans l'accord de Rosa Navarro, on lui ôtait le respirateur, pour lui administrer dans la foulée 200 mg de morphines et 80 mg d'un sédatif : des doses largement supérieures à la normale, selon les termes de la poursuite.
La mort n'intervenant pas dans la demi-heure, le délai maximal pour procéder au prélèvement des organes, le jeune homme fut laissé à son sort ; il devait décéder 9 heures plus tard.
Le Dr Roozrokh devra répondre de l'administration des sédatifs, mais aussi du non-respect d'une loi californienne qui interdit aux médecins transplanteurs de soigner eux-mêmes les patients donneurs avant leur mort.
Sources : ici et BioEdge.
01 août, 2007
Royaume-Uni : chambres doubles interdites
Le gouvernement britannique, par la voix d'un ministre délégué de l'ancienne équipe de Tony Blair, Mlle Meg Munn, a précisé quelques-unes des exigences nouvelles créées par la « Sexual orientation regulations » adoptées en avril 2006 et entrées en vigueur en avril dernier : sa récente lettre, commentée lundi par la presse britannique, entraîne l'obligation pour tout hôtel, pension ou “Bed and Breakfast” d'accueillir les couples, quelle que soit leur composition, en chambre double.
Les propriétaires de ces lieux, s'ils y sont hostiles pour des raisons religieuses par exemple - et c'est le cas de nombreux chrétiens ou musulmans - n'auront qu'une option, avait précisé la ministre : n'offrir que des chambres simples, y compris aux couples hétérosexuels mariés.
Parce qu'il faut vraiment faire attention aux détails et traquer l'homophobie partout, Mlle Munn soulevait le cas du photographe de mariage qui refuserait de couvrir un mariage gay : « Qu'il se spécialise donc dans le portrait », avait-elle suggéré.
Source : ici.
Les propriétaires de ces lieux, s'ils y sont hostiles pour des raisons religieuses par exemple - et c'est le cas de nombreux chrétiens ou musulmans - n'auront qu'une option, avait précisé la ministre : n'offrir que des chambres simples, y compris aux couples hétérosexuels mariés.
Parce qu'il faut vraiment faire attention aux détails et traquer l'homophobie partout, Mlle Munn soulevait le cas du photographe de mariage qui refuserait de couvrir un mariage gay : « Qu'il se spécialise donc dans le portrait », avait-elle suggéré.
Source : ici.
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